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AU RÉDACTEUR EN CHEF DU jVAT/0N.4L

Paris, 2 mai 1847.

Voulez-vous que je vous dise, monsieur, ce que je

pense des systèmes socialistes qui ont cours de notre temps?

— Au même. Paris, 24 novembre 1845.

— Au même. Paris, 29 septembre 1844.

— Au même. Date un peu douteuse, mais supposée de 1844.

— An même. Paris, 20 octobre 1844.

— Au même. Paris, 5 novembre 1844.

— Au même. Paris, 20 novembre 1844.

— Au même. Paris, 2 septembre 1845.

— Au même. Paris, 15 octobre 1845.

— Au même. Paris, 22 octobre 1845.

— Au même. Paris, 4 novembre 1845.

— Au même. Paris, 21 novembre 1845

— Au même. Paris, 27 avril 1848.

Lamennais déclare que, loin d'aspirer à la représentation nationale, il serait au contraire très-beureux de garder sa liberté. Il l'espère encore; et le premier usage qu'il en ferait serait de se retirer en Bretagne pour y linir en repos et en paix sa vie de labeur. Il a déjà pris ses mesures pour cela.

— A V Éditeur. Paris, 4 avril 1849.

— .4 M"" George Sand. Paris, 50 avril 1849.

— A M. Emile Amante. Paris, 14 mai 1849.

— A M. de Vitrolles. Paris, 10 août 1850.

— Au même. Paris, 29 août 1850.

— Au même. Paris, 7 septembre 1850.

— Au même. Paris, 9 septembre 1850.

— Au même. Paris, 17 octobre 1850.

— A M. Philippe Faure, au Mans, Paris, 8 décembre 1850.

— A M'°^ George Sand. Paris, même date.

— A M. Philippe Faure. Paris, 27 janvier 1851.

— A M. Jean Paul Faber (pseudonyme). Paris, 25 mai 1851.

En réponse à la proposition que M. J. P. F. avait adressée à Lamennais de racheter quelques ouvrages mis en vente à Cambrai, et provenant de la bibliothèque vendue, quelques années auparavant, par l'auteur de Vlndifférence.

— A M. de Vitrolles. Paris, 4 septembre 1 851 ,

— Au même. Paris, 16 septembre 1851.

— Au même. Paris, 18 septembre 1852,

— Aumême. Paris, 24 septembre 1852.

— Au même. Paris, 7 octobre 1852,

— Au même Paris, 15 mai 1855 (la date de l'année est douteuse).

490 €URUES1»0:<DANCE

Gomme vous n'entendez pas que j'enlame une (iiscussion qui dépasserait de beaucoup les bornes d'une lettre, que vous me demandez simplemcmt mon avis personnel en peu de mots, il me sera facile de vous satisfaire.

Je ne vois guère, dans les doctrines qui se sont produiles jusqu'à ce jour, qu'un symptôme du besoin profond qu'éprouve la Société d'une meilleure application de la justice à la rétribution du travail, afin d'améliorer la condition, partout maintenant si déplorable, des travailleurs. Par ce côté, on ne peut qu'applaudir aux tentatives faites pour atteindre ce but. Mais il s'en faut bien, selon moi, qu'il en soit ainsi des moyens proposés par les différentes écoles. Je n'eu connais pas une seule qui, plus ou moins directement, n'arrive à cette conclusion que Y appropriation .personnelle est la cause du mal auquel on cherche à remédier; qu'en conséquence, la propriété doit cesser d'être individuelle; qu'elle doit être concentrée exclusivement dans les mains de l'État, qui, possesseur unique des instruments de travail, organisera le travail même en attribuant à chacun la fonction spéciale, et rigoureusement obligagatoire pour lui, à laquelle on l'aura jugé propre, et distribuera, selon certaines règles, sur lesquelles on diffère d'ailleurs, le fruit du labeur commun.

— Aumême. Paris, 15 juillet 1855 (même observation).

— Au même. Paris, 8 septembre 1853.

— Au même. Paris, 14 septembre 1853.

— Au même. Paris, 39 décembre 1853.

Lamennais, s'attristant des rudes destinées que le froid fait au pauvre

peuple, ajoute avec une amertume déguisée à peine : « On leur dit, pour les consoler : — Cest tordre de ce monde; rien ne le.changera ; vous êtes ce que furent vos pères; vos enfants seront ce que vous êtes... Nous ue nions pas que ce soit un moment un peu rude à passer, mais il finira. Laissez-vous enterrer seulement, et vous verrez comme vous serez à l'aise!... Je suis étonné, en vérité, qu'une invitation si gracieuse, soutenue d'une promesse si nourrissante pour l'âme dont le corps meurt de faim, ne produise pas plus d'effet... »

— Au même. Un dernier billet, d'écriture altérée, et sans date bien certaine : « — Je n'ose, mon bon ami, sortir par celte neige, d'autant plus que déjà je ne suis pas trop bien. Ne m'attendez donc pas demain, à mon granrl regret, car je me ferais une fête de vous voir. Je me dédommagerai le plus tôt possible. Mes amitiés à Emile. * Je vous embrasse de cœur. »

* L'Éditeur de celte Correspond;ince

DK LAMENNAIS. ^497

Il m'est évident que la réalisation d'un pareil système réduirait les peuples à une servitude telle que le monde n'en a point encore vue, réduirait l'homme à n'être qu'une pure machine, un pur outil, l'abaisserait au-dessousdu nègre dont le planteur disposée son gré, au-dessous de l'animal. Je ne crois pas que jamais idées plus désastreusement fausses, plus extravagantes et plus dégradantes, soient entrées dans l'esprit humain, et, ne méritassent-elles pas ces quahfications qui, à mes yeux du moins, ne sont que justes, il n'y en aurait point encore de plus radicalement impraticables.

Le fouriérisme et quelques sectes, issues de l'école saint-simonienne, — non moins absurdes, à mon avis, dans leurs principes économiques, — se caractérisent en outre par la négation plus ou moins absolue de toute morale. Je n'ai rien à dire de celles-ci : la conscience publique les a déjà jugées.

Vous m'avez demandé, monsieur, mon sentiment : le voilà. Recevez, en même temps, l'assurance de mon dévouement le plus affectueux.

F. Lamennais.

FIN f'K l.A COR P, KSPONDANCK

Le 10 août 1847,— on notera la date,— le R. P. Ventura, qui venait d'écrire V Oraison funèbre d'OXonnel, l'adressait à Lamennais avec la lettre suivante :

f Mon très-cher ami et frère,

<x Le livre que je vous envoie vous appartient. C'est le résumé de ces grandes et magniliques doctrines que vos anciens écrits ont développées dans mon esprit. De malheureuses circonstances ont pu faire croire que vous avez oublié ces doctrines qui ont fait votre gloire et votre bonheur, ainsi qu'elles font encore le mien. Mais rien n'a pu me persuader qu'elles se soient effacées de votre noble cœur. La preuve de cela est que vous n'êtes pas, à ce qu'on me dii, si heureux que je veux que vous le soyez, et que vous méritez tant de l'être.

« J'ai aussi une ambassade à vous faire : c'est de la part de l'Ange que le ciel nous a envoyé, de Pie IX, que j'ai vu ce matin. 11 m'a chargé de vous dire «t qu'il vous bénit et vous attend pour vous embrasser. » C'est le ibon Pasteur qui cherche sa brebis, c'est le père qui va à la recherche de son enfant. Aussi je ne désespère pas de vous voir revenir à l'ancien drapeau pour combattre ensemble, comme nous l'avons fait déjà, à la gloire de la Religion et au bonheur de la pauvre Humanité. Dans cet espoir, que je vous prie de ne pas ébranler en moi, je suis pour la vie votre très-affectionné ami et frère. »

Lamennais répondit, trois mois plus tard, en ces termes :

« Paris, 8 novembre 1847.

« Comme, après les preuves si nombreuses que vous m'en avez données, mon cher ami, je n'ai jamais douté un seul instant de vos sentiments à mon égard, vous ne pouvez non plus douter de ceux que je vous ai voués depuis si longtemps et qui ne s'éteindront qu'avec moi. Mais, toujours unis par le coeur, nous avons cessé de l'être complètement par les convictions de l'esprit. Celles que vous savez être les miennes, — et que vous ne pouvez partager, je le comprends, — sont mon être même, ma foi, ma conscience, et j'y trouve

plus de paix et «le bonheur que je n'en froûlai jamais en aucun temps de ma vie. Elles me consolent des maux présents par l'espérance, certaine à mes yeux, de l'avenir digne de lui, de sa puissance et de sa bonté, que Dieu prépare au monde. Il s'agite et se transforme sous sa main. Nous assistons à une grande mort et à une grande naissance : seulement, nous voyons la tombe, et le berceau est encore voilé.

« Je prie, de tout mon cœur, Celui qui dispose souverainement des choses humaines de bénir les desseins qu'il inspire lui-même au Pontife vénérable ilont les peuples, en ce moment, encouragent les efforts par leurs acclamalions unanimes. La mission que la Providence a confiée à son zèle est immense. Il ne marchera point en arrière; il marchera jusqu'au bout avec fermeté dans la route glorieuse ouverte devant lui. Veuillez mettre à ses pieds mes vœux et mes respects.

« Le petit livre qu'on m'a remis de votre part mérite toutes les louanges qu'il a reçues universellement. Je garderai le portrait * comme un souvenir précieux de l'ami tendre à qui je suis heureux de redire avec quelle sincère et vive affection je lui serai toujours dévoué. »

M. A. Blaize, détenteur de ces deux lettres, voulut les annexer à VEssai biographique qu'il a publié depuis. Il en demanda Tautorisalion au R. P. Ventura, qui la lui accorda, mais en lui conseillant de ne pas se servir de ces documents, — comme il avait déclaré le vouloir faire, — « afin de montrer quelle paix intérieure, quelle sécurité d ame avait laissées chez Lamennais sa renonciation aux dogmes du catholicisme, et qu'il en avait joui jusqu'à la fin de sa vie. »

Ce charitable conseil n'ayant pas été suivi, le R. P. Ventura s'est cru obligé de protester, à sa manière, contre les inductions du travail de M. A. Blaize, et c'est à cette occasion, ou sous ce prétexte, qu'a paru, dans les Annales de philosophie chrétienne, une lettre adressée au neveu de Lamennais, lettre dont certains journaux monarchiques et religieux se sont emparés avec un empressement qui fait plus d'honneur à la persistance de leurs rancunes qu'à la délicatesse (le leur goiit. Ce document a ainsi reçu d'eux une pubUcité aux inconvénients de laquelle son mérite intrinsèque ne le condamnait certes pas, et nous nous trouvons réduit à relever quelques-unes des erreurs, — involontaires, il le faut croire, — dans lesquelles est tombé le R. P. Théatin.

Nos rectifications ne porteront pas sur le point principal qu'a trailé Tauteur de la lettre, à savoir si Lamennais a vécu en paix ou en guerre avec lui-même pendant la dernière période de sa vie intellectuelle. Il est, en vérité, par trop étrange de discuter là-dessus, et il est presque impossible de répondre sérieusement au R. P. Ventura

' Le portrait de Pie IX.

quand il veut prouver, en forme, que Lamennais, séparé de TÉglise romaine, n'a pu, dés lors, goûter aucun repos d'esprit; qu'il a été nécessairement malheureux, torturé, dévoré de remords, de doutes et de soucis ; et enfin, et pour parler comme le P. Ventura, qu'wil n'a plus joui de la paix de convictions sincères. »

Dans ces assertions d'une si audacieuse naïveté, Lamennais luimême n'a pas vu sujet à controverse, car il ne jugea pas nécessaire de répondre à une lettre que son ancien ami assure lui avoir écrite en réponse à la dernière qu'on a lue, lettre dont il donne la substance en ces termes :

« Je crains, très-cher ami, que vous ne vous fassiez illusion sur l'état de votre âme. Dans la position que vous avez prise, il me paraît impossible que vous n'éprouviez pas des troubles intérieurs capables de vous rendre le plus malheureux de tous les hommes; et, si vous ne les éprouviez pas, vous seriez, à mon avis, le plus malheureux de tous les pécheurs *. »

Il n'y a pas plus à lutter contre certains partis pris et certaines formes de raisonnement, qu'à vouloir atteindre une tortue réfugiée sous sa carapace. Laissons donc où elle en est cette question, que chacun résoudra selon le sens dont la nature l'a pourvu. Mais il nous faut arrêter court le R. P. Ventura, lorsqu'il se permet d'administrer, à l'appui de ses opinions plus ou moins raisonnables, des preuves comme celle-ci :

« Dans une entrevue que j'eus avec lui (Lamennais) en 1851, chez M. le baron de VitroUes, et en présence de ce dernier, il s'exprima dans les termes du plus profond mépris contre les malheureux à qui il avait fait partager ses nouvelles opinions touchant la foi. »

11 y a ici nécessairement, pour ne rien dire de pis, erreur matélielle et absolue. Si, par impossible, Lamennais se fût démenti luimême à plaisir, s'il eût avoué hautement une imposture, une hypocrisie comme celles qu'on lui attribue avec tant d'assurance, celui qui écrit ces lignes l'aurait ignoré moins que personne. M. de VitroUes, témoin stupéfait de cette palinodie, ne la lui eût pas cachée un instant. Ceci est certain; et ce qui l'est mille fois plus, c'est que, de ce jour, ni Lamennais ni M. de VitroUes n'eussent pu se supporter en face l'un de Tautre. Il n'est pas probable que les amis du P. Ventura soient tentés de nous demander pourquoi.

* w... A celte manifestation de ma douleur fraternelle, je ne reçus aucune réponse, ajoute le P. V., ce qui, pour moi, fut une preuve qtie mon langage avait été compris. »

Dans une autre conférence — à laquelle M. de Vitrolles n'assistait pas, malheureusement, — Tauleurde la lettre qui nous occupe affirme qu'il a entendu, trois quarts d'heure durant, sortir de la bouche de Lamennais »( cette bouche autrefois si éloquente » des extravagances, des absurdités, des niaiseries, qu'il lui serait impossible de redire. Puis, sur une simple remarque faite par le R. P. « du ton le plus doux et le plus compatissant, » Lamennais serait entré « dans une sorte de fureur » et aurait « éclaté contre Dieu en de tels blasphèmes» que, nous dit le R. P. a fen frissonnai de terreur^. »

Cette terreur, poussée jusqu'au frisson, n'aurait-elle pas quelque peu troublé l'entendement et la mémoire du révérend Théatin?... Nous incHnons à regarder ceci comme très-probable. Placés entre la douloureuse nécessité de rabattre quelque chose de ses étonnantes aftlrmations, ou celle de croire que Lamennais fut, certain jour de sa vie, un niais absurde, un extravagant blasphémateur, — et nous rappelant d'ailleurs le compte rendu de l'entrevue à laquelle assista M. de Vitrolles, — nous optons, sans hésiter, pour la première de ces deux alternatives.

Et comment hésiterions-nous, du reste, en voyant travestir de la façon la plus bizarre, par l'auteur de la lettre à M. Blaize, les faits qui sont à notre connaissance personnelle, ceux dont nous pourrions porter témoignage, la main lésée, devant tout jury d'honnêtes gens?

Le R. P. Ventura, prévenu par M. de Vitrolles, s'est présenté chez Lamennais mourant. On l'a poliment éconduit, les instructions formelles du malade s'opposant à ce qu'on pût l'admettre. Nous avons dit, dans les ISotes et Souvenirs placés en tête de cette Correspondance, quelles minutieuses précautions avaient été prises pour cori-

' Le pa.ssage textuel est trop caractéristique pour iHre omis :^

« Mais voici encore quelque chose de plus saillant.

« Dans une seconde rencontre, ménagée entre votre oncle et moi par M. Martin de Noirlieu, présentement curé de Saint-Louis d'Antin, à Paris, notre ami commun, je crus devoir, par un sentiment de réserve que vous saurez aisément apprécier, m'abstenir d'aborder aucune question religieuse.

« Il se chargea de le faire lui-même, et, pendant tiuis quarts d'heure, je lecoutai sans l'int errompre.

« Vous dire, monsieur, les extravagances, les absurdités, les niaiseries qui sortirent d« celte bouche autrefois si éloquente, c'est chose impossible... Profondément attristé devoir im esprit, naguère, si grand, tomber si bas, je lui fis remarquer, du ton le plus doux et le plus compatissant, etc.... l\ entra toutefois dans une sorte de fureur, et éclata en de tels blasphèmes contre Dieu que j'en frissonnai de terreur. »

Que pen<era-t-on maintenant du P. Ventura se plaignant amèrement de ce que Lamennais a méconnu en lui un ami. parce qu'il se présentait ï-ous la robe du pnHre ?

APPENDICE. 50j

stater, par-devant témoins non-suspects, — et entre autres, par-devant M. de Vitrolles lui-même, — que telle était bien la volonté de Lamennais. N'importe ; il en sera de cette volonté suprême comme de la paix intérieure du prêtre affranchi. LeR. P. la niera hardiment, ou s'il se voit forcé de l'admettre, il niera « l'état lucide » de celui qui l'a exprimée. — Catholique ou insensé, pas de milieu. Le giron de l'Église ou un cabanon de Bicêtre ! — Ces choses-là, il faut les aller dire... à Rome. En France, elles n'ont plus cours depuis longtemps. Aussi nous accusera-t-on, très-évidemment, d'exagérer. Une dernière citation devient donc indispensable.

« M. de Lamennais ne revint jamais pour moi à un état lucide. Je fus donc contraint de me retirer, navré de n'avoir pas vu, pour une dernière fois, mon ancien ami.

« Or, de deux choses l'une : les malheureux qui ont recueilli ses derniers soupirs en ont agi ainsi avec moi, ou de leur propre mouvement, ou en vertu d'une consigne de leur mallieureux maître.

« Dans le premier cas, ils auraient renouvelé l'infernale comédie qu'ont jouée les disciples de Voltaire à l'égard de ce coryphée de l'impiété, en éloignant de lui tout prêtre, de peur, selon leur propre expression, qu' « il ne fit le plongeon. »

« Mais, s'il en fut ainsi, il est évident que ses tristes amis ne comptaient pas beaucoup sur V inébranlahilité, si je puis m'exprimer ainsi, des convictions qu'il leur avait fait partager.

« Dans le second cas, M. de Lamennais aurait prouvé qu'il haïssait le ministre sacré au point de méconnaître un ami sous sa robe.

« Si ce qu'on a dit de ses derniers moments est exact, il aurait fait éconduire de sa chambre, dans les termes les plus amers, madame votre sœur, cet ange de bonté et de dévouement que Dieu lui avait envoyé pour le ramener à lui, mais qui eut la douleur de voir ses efforts chrétiens se briser devant les efforts infernaux de gens qui, au point de vue des qualités du cœur et de l'esprit, ne valaient ni la nièce, ni même l'oncle.

« C'est, a-t-on dit, parce qu'il voulait mourir tranquille ; mais, encore une lois, sa tranquillité n'était donc pas bien imperturbable, puisqu'ils craignaient de la voir compromise par la présence d'une grande chrétienne ou d'un prêtre *. »

Les « tristes amis » de Lamennais n'ont pas besoin de protester contre les interprétations et appréciations si bénignes du révérend Théatin. Aucun d'eux, que je sache, n'a pris encore la peine de lui répondre que, dans ce qu'on vient de lire, pas un détail n'est exact : — que jamais Lamennais n'a été un seul instant isolé des influences

' IjCtlre à M. Blaize, signée du W. V. Ventura de Raulica, mort depuis peu, mais qui n'a point maintenu, que nous sachions, après la publication première des Correspondances de Lamennais, les étranges assertions de la lettre à M. Blaize.

504 APPENUICE.

religieuses par une autre volonté que la sienne; ~ que sa nièce et une amie de sa nièce ont passé auprès de son lit les dernières heures qu'il ait vécues; — que si elles n'ont pas assisté à son agonie, c'est que, volontairement, après toute une nuit de veille et de fatigue, elles avaient quitté la chambre mortuaire. '

Et pourquoi toutes ces inexactitudes, ces circonstances dénaturées, ces blessantes hypothèses n'ont-elles pas été relevées? C'est d'abord qu'elles avaient, sous la plume aggressive et légère du révérend Théatin, moins de sérieux et d'autorité qu'on ne serait porté à le croire ; — mais c'est surtout parce que les faits vrais, patents incontestés, incontestables, étaient depuis longtemps relatés dans un procès-verbal authentique, signé de noms qui portent avec eux leur garantie.

En voici la teneur littérale :

a Le dimanche 26 février 1854, Joseph Montanelli et Armand Lévy, qui avaient passé la nuit chez H. Lamennais, et Henri Martin, qui était venu le matin de bonne heure, se trouvaient tous les trois dans la chambre, près le salon, quand, sur les une heure et demie de l'après-midi^ Auguste Barbet, sortant de la chambre du malade, les appela et les y fit rentrer avant lui.

< M. Lamennais, préoccupé des tentatives qui avaient été hiles durant sa maladie pour l'amener à rétractation, et craignant qu'on n'exerçât une pression sur sa légataire universelle, en éveillant des scrupules de conscience de nature à empêcher l'exécution de sa volonté, avait voulu écrire quelques lignes à la suite de son testament. Ne l'ayant pu, il les dicta. Henri Martin les lui relut. Il dit : « Le commencement est bien, » indiqua une correction de style dans le milieu, puis approuva le tout *. Henri Martin les recopia, les lui relut, et il persista. Sur la demande que lui firent Auguste Barbet tt Henri Martin, «s'il voulait qu'on appelât un officier public pour donner à cette disposition une forme authentique, » M. Lamennais dit que c'était inutile, que pour sa nièce une obligation, même purement morale, suffisait. Il prit s.t plume, se souleva, pria Henri Martin de tenir le carton, et signa. En entrant dans la chambre, Auguste Barbet s'était placé debout au pied du lit, Henri

* Voici la pièce dont il s'agit :

« Ayant essayé de porter sur mon testament la disposition présente, et n'ayant pas pu, je prieMM. Auguste Barhel et Henri Martin de recevoir ma déclaralion pour en faire l'usage opportun qui sera bon; et cette déclaration est que ma volonté est que si ma légataire universelle, sans le consentement de laquelle aucun des livres que je lui ai alloués ne peut être imprimé, venait à refuser ce consenlement, pour l'impression d'aucun d'eux, mes exécuteurs testamentaires auront droit de la contraindre, et je leur en impose le devoir.

Paris, ce 12 février 1854.

Au bas est écrit :

« Cerlidons d'iionneur avoir entendu M. Lamennais exprimer Ja volonté ci-dessus, et la dicter à M. Henri Martin qui l'a écrite, et après lecture, M. Lamennais a signé.

Armam) Lkvy, Joseph Motanei.ii.

AlM'EM)!Cfc:. 505

Martin s'était assis à la tète, Armand Lévy àcôlé d'Henri Martin, près de la porto du salon ouverte, et, derrière Armand Lévy, Joseph Montanelli, de façon à ne point voiler la lumière de la croisée unique qui éclairait la chambre et l'alcôve.

« Nous retournâmes tous les quatre dans la chambre du fond, afin que le malade pût reposer un peu. Vers les trois heures, le docteur Jallat nous dit qu'il trouvait M. Lamennais très-mal. Aussitôt Auguste Barbet envoya chercher la nièce de M. Lamennais à l'Abbaye-aux-Bois par M. de Coux*. Nous entrâmes dans la chambre du malade : la respiration était difficile. Nous étions depuis quelques instants agenouillés près de son lit, quand tout à coup attachant sur nous un regard fixe et long, et, pressant les mains aux deux plus proches, il dit : Ce sont les bons moments. L'un de nous lui dit : « Nous serons toujours unis avec vous.» Il répondit en faisant un signe de la tête: C'est bien, nom nous retrouver.... David (d'Angers) arriva et resta quelques instants. Puis survint Carnot, qui avait passé toute la nuit précédente chez M. Lamennais, et presque en même temps la nièce du malade.

« Sa première parole fut : « Féli, veux-tu un prêtre? tu veux un prêtre, n'est-ce pas? » Lamennais répondit : Non. La nièce reprit : « Je t'en supplie! » Mais il dit d'une voix plus forte : Non, non, non, qu'on me laisse en paix! Un peu après, la nièce s étant approchée du lit et ayant dit : « N'avez-vous besoin de rien?» il dit d'un ton mécontent: Je n'ai besoin de rien du tout; qu'on tne laisse en paix! X^ani dit : Madame! la nièce crut qu'on l'appelait, il dit : Non. Sur sa demande si c'est la garde qu'il voulait, il dit: Oui. Henri Martin et Carnot rentrèrent dans le cabinet de travail. Quand vint M""^ de Grandville, elle s'approcha du lit et dit : « Je suis Antoinette, me reconnaissez-vous ? » Il dit : Parfaitement; je suis bien aise de vous voir... Mais y ai affaire avec mes amis. La nièce et son amie ayant promis de ne plus faire de tentatives, elles restèrent au bout du canapé à prier. M. Lamennais se sentait mourir; il dit à l'un de nous : Ce sera pour cette nuit ou la prochaine.

« A cinq heures moins un quart, Armand Lévy étant près du lit, Lamennais lui dit : // faudrait aller trouver M. Emile Forgues, rue deTournon, 2, pour lui dire de venir nie voir demain matin, ou plutôt ce soir. Armand Lévy répéta cette parole à Auguste Barbet, et Carnot partit pour la rue de Tournon avec Henri Martin, et revint avec Emile Forgues sur les cinq heures et demie. Auguste Barbet ayant prévenu le malade de l'arrivée de M. Forgues, celui-ci entra, se pencha près du malade; M. Lamennais lui parla de la publication de ses Œuvres, dont il lechargeait par ses testaments et codicille, et dit entre autres choses : Soyez ferme! on essaiera de vous circonvenir; publiez tout, sans changer ni retrancher! Forgues dit : « Vos volontés seront exécutées complètement, sans qu'il y soit changé un point ou une virgule, je vous le jure! » Alors se retournant vers nous, et rentrant dans le cabinet

* M. de Ceux est mort récemment ; mais il vivait encore quand la pièce que nous insérons ici fut publiée, à roccasion du procès relatif à la Conespondance de Lamennais, par la presse tout entière. M. de Ceux était un légitimiste, un catholique fervent. Que signifia son silence, si ce n'est qu'il reconnaissait la vérité de tous les détails consignés dans le document où son nom était inscrit, et son témoignage, parla même, indirectement invoqué?

500 UM'ENDICE.

de travail de M, Lamennais, près de la cheminée. Forgues répéta : — « M. Lamennais m'a dit : « Soyez ferme! on essaiera de vous circonvenir. » Je l'ai juré, je publierai tout ce que je trouverai, »

« Dans la soirée, Armand Lévy s'approcha de la nièce de M. Lamennais et de M"" de Grandville, qui étaient au salon. Elles lui dirent: «Il est bien triste devoir mourir, et mourir comme cela. Car, eniin, ajouta la nièce, c'est lui qui m'a faite chrétienne. » Armand Lévy répondit : « La chose première, c'est que la volonté du mourant soit respectée. » La nièce dit : « C'est vrai, et sa volonté est malheureusement trop évidente. » Il ajouta: « Si M. Lamennais eût voulu un prêtre, nous eussions été le chercher aussi vite que nous avons couru chez M, Forgiies. » La nièce paraissait touchée de l'empressement qu'avait mis M. Barbet à la faire prévenir, et elle le disait. Cette conversation fut répétée à l'instant aux personnes qui étaient dans l'autre pièce.

a La lucidité de M. Lamennais fut parfaite toute cette journée du dimanche. Sa main conserva longtemps de la force. A dix heures du soir, il buvait avec nne cuiller sans renverser, s'impalientantsi on voulait soutenirsa main. Le docteur Jallat, qui, le matin, était venu sur les huit heures et demie et était reparti, re vintsurles deux heures et resta jusqu'au soir. La garde-maladequi veilla M. Lamennais depuis lejeudi 23 février jusqu'à la fin, l'autre garde étant tombée malade, estM™^ Valleton; elle ne le quitta pas. Tout le dimanche soir, chaque personnequi se présentait put entrer; il entra même une personne qui n'avait jamais vu M. Lamennais. Entre autres personnes qui vinrent ce soir-là étaient M. Benoît-Champy, l'un des exécuteurs testamentaires, le nonce polonais Carrowski, le général UUoa. Carnet revint le soir ainsi que Henri Martin et Jean Heynaud. Ce qui s'était passé en leur absence leur lut redit textuellement alors; ils partirent à dix heures du soir tous les trois, et, en même temps qu'eux, Armand Lévy. Restèrent pendant la nuit Auguste Barbet, Monlanelli, Forgues, M'°° de Grandville et la nièce de M. Lamennais.

« Le lendemain matin, M. Lamennais expira à neuf heures trente-trois minutes, peu d'instants après le départ de sa nièce et de Montanelli. (On pensait qu'il passerait encore la journée, tant il conserva de force jusqu'au dernier moment.) M. Lamennais était en ce moment entouré de quelques-uns de ses anciens comme de ses nouveaux amis. M. Barbet lui ferma les yeux. Henri Martin était arrivé quelques instants auparavant; Armand Lévy quelques instants après.

« Toutes lesquelles choses nous avons cru devoir consigner, maintenant que noire mémoire est encore toute fraîche, pensant utile et néces.saire d'indiquer nettement au milieu de quelles circonstances avait eu lieu l'expression de la volonté de M. Lamennais sur la publication et la réimpression de ses ouvrages, afin qu'on puisse au besoin mieux apprécier pourquoi il le fit, comme aussi de faire connaître ses derniers moments, pour qu'il soit bien constaté quelles furent, jusqu'à la fin, son indépendance, sa lucidité, son énergie d'esprit et sa ferme volonté.

'( Paris, le 15 mai 185 i,

« Ont signé :

« (iiuseppe Momanelli, Armand Lkvt.

H. Mahtin, h. Carnot. H. Jallat. »

Ceci, nous le croyons, expose tout, précise tout, répond à tout. Reste, il est vrai, la ressource de prétendre que les cinq « malheureux» signataires ont, « par un effort infernal,» menti à Dieu et aux hommes ; — ou bien encore qu'ils n'étaient pas dans un état lucide et n'ont pas vu ce qu'ils croient avoir vu ; — ou, finalement et en désespoir de cause, que nous supposons, nous, un document chimérique. Nous ne prétendons pas deviner à laquelle de ces trois hypothèses, également sensées, s'est arrêté le zèle si intelligent, si discret du R. P. Ventura et de ses émules. Ce qui est certain, c'est que nous regardons la question comme désormais parfaitement vidée entre eux et nous.

La contestation judiciaire dont le résultat, fort imprévu, a été de rendre inutiles les soins que nous avions pris pour compléter la publication de la Corre^^pondance de Lamennais, a présenté ce phénomène particulier, qu'elle reste inintelligible, même après les comptes rendus des débats, pour la grande mnjorilé du public. Encore aujourd'hui, nonobstant l'immense publicité qu'ils ont reçue, on nous demande, chaque jour, dans quel intérêt ce procès nous a été fait, on s'étonne que nous ayons pu le perdre.

A cette surprise, que, tout naturellement, nous avons partagée , nous ne savons d'autre remède que le texte même de l'arrêt* par lequel nous avons été définitivement privés de ce que nous regardions comme un droit. Aucun commentaire ne pourrait, sans doute, ajouter à la force de ses considérants, et, dans tous les cas, ce n'est point à nous qu'il faudrait demander ce commentaire explicatif. Chacun le fera donc à sa guise, et tâchera de comprendre, quitte, s'il n'y parvenait pas, à s'incliner, comme nous, devant les lumières supérieures de la haute magistrature d'où émane la décision en question.

Quant à la raison d'être du procès, avant de la chercher, il sera peut-être à propos d'exposer sommairement le procès lui-même.

Voici dans quels termes Lamennais nous investissait du mandat que nous nous étions engagé à remplir.

Testament.

.... Tous mes papiers, autres que ceux d'affaires, reulennés dans une caisse feruiée ou déposés dans les arnioires de la bibliothèque vitrée de mon

' Voir ]»his l»;i>, pai:c SiiS.

cabinet, seront remis à la personne que je désignerai dans un codicille, laquelle en disposera en toute propriété ; aucuns de mes ouvrages publiés avant ma mort ne pourront être réimprimés que sous la direction de la même personne qui indiquera les corrections, additions ou retranchements à y faire : de ces ouvrages, j'excepte toutefois celui qui a pour titre : Discussions critiques et Pensées diverses sur la Religion et la Philosophie, lequel, ainsi que les articles insérés par moi dans divers journaux, deviendra, comme les papiers ci -dessus mentionnés, la propriété de ladite personne désignée dans mon codicille.

Fait, écrit, daté et signé par moi.

Paris, ce 28 décembre 1853.

Codicille annoncé par mon testament.

Par mon testament en date du 28 décembre 1853, j'ai déclaré que mes papiers, autres que ceux d'affaires, et que l'on trouvera en partie renfermés dans une caisse, en partie déposés dans les armoires de la bibliothèque non vitrée de mon cabinet, devraient être remis à la personne que je désignerais par un codicille, laquelle en disposera en toute propriété. J'ai déclaré en même temps qu'aucun de mes ouvrages, déjà publiés au monjent de ma mort, ne pourrait être réimprimé que sous la direction de cette même personne, laquelle indiquerait les corrections, additions ou retranchements à y faire, exceptant toutefois desdits ouvrages qui devront devenir, aux termes de mon testament, la propriété de M""" V'^ Élie de Kerlangui, ma légataire universelle, celui qui a pour titre : Discussions critiques et Pensées diverses sur la Religion et la Philosophie, ainsi que les articles insérés par moi dans divers journaux, queje joins au legs de mes papiers.

En conséquence de cette disposition, je déclare que M. Emile Forgues, demeurant actuellement rue de Tournon. n'' 2, est la personne à laquelle j'entends que ces papiers soient intégralement remis, m'en rapportant à lui pour le choix de ce qui devra en être publié, aussi bien que pour l'époque de cette |)ublication, concernant laquelle mes intentions lui sont d'ailleurs connues par les instructions que je lui ai verbalement données.

A cet effet, je l'institue, en tant que de besoin, par le présent codicille, légataire EN TOUTE PROPiuÉTÉ DESDITS PAPIERS aiusi que (le l'ouvragc intitulé : Discussions critiques et Pensées diverses sur la Religion et la Philosophie, et des articles insérés par moi dans divers journaux. J'entends également que, des bénéfices qui pourront résulter de la publication de ces papiers et écrits, la moitié appartienne à ma petite-nièce, M"** Augustine de Kertangui, à moins qu'elle ne se fasse religieuse, auquel cas le présent legs retournerait à sa mère. Quelle que soit celle des deux qui se trouve légataire, elle n'aura le droit d'intervenir en rien de ce qui concernera ladite publication, ni d'exiger de M. Emile Forgues aucune justification du produit, sa simple déclaration devant, par ma volonté expresse, tenir lieu de tout compte pour le règlement des bénéfices à partager.

Dans le cas où M. Emile Forgues viendrait à décéder avant que la publication mentionnée ci-dessus fût ou commencée ou terminée, lesdits papiers et

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nulres écrits que je lui lègue par le présent seront remis à M. Adrien Benoît-Champy, qui en deviendra légataire à son tour, et en disposera au même litre que M. Emile Forgues.

Fait, écrit, daté et signé par moi. Paris, ce trente décembre mil huit cent cinquante-trois.

F. Robert de Lamennais.

Des textes qu'on vient de lire, et des instructions verbales qui en étaient pour nous le commentaire, nous avions conclu :

1° Que notre mission, consistant à présenter sous son véritable jour, au moyen de documents authentiques, lacarrière de notre illustre ami, si elle nous imposait de grands devoirs, nous donnait en revanche des droits étendus ;

2° Qu'en nous léguant tous ses papiers (autres que ceux d'affaires) Lamennais ne faisait point un acte restrictif, puisqu'il nous laissait, dans un but déterminé, tout ce dont il avait la possession au moment de sa mort ; qu'en ne nous laissant pas autre chose, — ce qui lui était impossible, — il n'entendait pas nous interdire de continuer les recherches par lui commencées, et non menées à terme ;

5° Que sa confiance en nous était entière, puisqu'on nous attribuant sur ses ouvrages, publiés avant sa mort, un droit absolu de modifications, additions ou retranchements, il nous donnait, non, certes, le droit, mais la faculté d'empêcher, si bon nous semblait, la réimpression de ces mêmes ouvrages* ;

4° Que sa légataire universelle n'avait à intervenir en rien dans la publication des Œuvres Posthumes, puisque, d'une part, le testateur le lui interdisait formellement, et que, de l'autre, afin de rendre cette interdiction plus efficace (aucun autre motif ne pourrait être donné de cette disposition), il lui avait retiré, pour nous l'attribuer, la propriété des OEMW^sPosi/iMmes.

De ces mêmes textes, nos adversaires concluaient, en revanche:

1° Qu'ils étaient investis, par Lamennais, du soin de veiller sur sa

1 Ceci est si vrai que lorsque M. Blaize vint nous prier de limiter nous-mème ce ilroit énorme, il nous déclara que, sans cela, il ne rencontrerait aucun libraire disposé à réimprimer les Œuvres de son oncle, et que, sous le coup d'une transformation comme celle que nous pouvions, si bon nous semblait, leur faire subir, elles ne trouveraient certainemeni aucun acquéreur. Cette prière, à laquelle nous lunes droit par instinct de courtoisie et de conciliation autant que par esprit de justice et déloyauté, ne ressemblait en rien à une <« interpellation », bien qu'il ait plu à M. Blaize de lui donner ce nom rébarbatif. S'il nous eût « .interpellé, » il sait bien qu'elle eût été notre réponse, et s'il ne le sait pas, chacun le devine. Mais il pria, nous cédâmes; et quand ainsi, bénévolement, nous nous fûmes désarmé nousluème, le procès nous arriva; digne salaire de notre candide chevalerie.

h\{) APPENDICE.

renommée, et avaient à la protéger, tout particulièrement, contre •'homme qu'il semblait en avoir constitué le gardien ;

2° Qu'en ne nous léguant pas les papiers qu'il n'avait pas en sa possession au moment de sa mort, Lamennais nous avait interdit, ipso silentio, de chercher dans ces mêmes papiers, restés en mains tierces , la confirmation des vérités qu'il nous donnait à établir;

5° Que le droit de diriger la réimpression de ses ouvrages déjà publiés, et d'y faire tous changements, retranchements ou additions, était une pure formule, par laquelle il comptait s'assurer, tout simplement, un bon correcteur d'épreu^s. Il y avait là, de toute nécessité, un malentendu de rédaction, Lamennais étant trés-novice en affaires, et, probablement aussi, très-novice dans l'art d'exprimer sa pensée en bon français ;

4" Que l'interdiction formelle à la légataire universelle d'intervenir dans la publication des Œuvres Posthumes ne pouvait s'entendre que des Œuvres Posthumes telles qu'il lui paraîtrait qu'elles devaient être pubhées; que si on les publiait autrement, elle avait, certes, le droit d'intervenir, car alors il ne s'agissait plus de la publication dont le testateur avait parlé. Vainement l'éditeur exciperait-il de son droit de propriétaire; il n'était propriétaire que de l'objet légué. Or, Lamennais n'avait légué que ce qu'il possédait de documents . Aucun autre ne pouvait, dés lors, — même par le consentement des tiers détenteurs, — devenir la propriété de son mandataire, et prendre place dans la collection que ce dernier avait à former.

Le lecteur a sous les yeux, maintenant, et le texte en litige, et les deux interprétations contradictoires qu'on lui donnait. On se doute bien qu'à notre avis, la plus raisonnable, la plus sensée, n'est pas la seconde. Le tribunal de première instance de la Seine partagea cette manière de voir, car sans laisser achever une excellente plaidoirie de M" Senard qui nous prêtait le secours de sa puissante parole *, et tandis que l'organe du parquet (M. le? substitut Pinard) concluait en faveur de nos adversaires, le jugement suivant, rendu séance tenante, nous donnait complètement gain de cause :

« Attendu que, aux termes de son testament olographe, en date du 28 décembre 1855, enregistré, et de son codicille du 30 du même mois, de Lamennais a légué les papiers autres que ceux d'affaires, et que l'on trouverait, en partie renfermés dans une caisse, en partie dans les armoires de la

* Lire cette plaidoirio inachevée, mais remplie de détails très-instructifs et trèscurieux, dans le Droit ou la Gazette des Tribunaux du 10 aoûil8u6.

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