‹ CorrespondanceChapitre 34 sur 224 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

A la Chênaie, 8 février 1830

Je suis charmé, monsieur le marquis, que vous soyez un peu content de la Revue ^^ qui est faite par des gens que j'aime et que j'estime. Il est vrai que le mot de catholique^ ajouté dans le titre, est, par le temps qui court, assez malencontreux. Je m'imagine qu'on aura voulu montrer par là sa parenté avec le Mémorial^ et aussi se caractériser d'abord devant les lecteurs à qui Ton s'adresse principalement. Mais, à propos d'ouvrages périodiques, vous êtes mille fois trop bon d'avoir bien voulu vous occuper encore de me procurer le Journal des Savants. Je n'aspire certainement pas à la collection entière, qui n'a guère d'égale, en étendue, que celle du Mercure galant et non galant. Je désirerais seulement, si cela était possible, avoir ce qui a paru depuis l'époque où M. Abel Rémusat a commencé de concourir à sa rédaction ; supposé, toutefois, que cela n'offre aucune difficulté, car je serais inconsolable d'abuser de votre bienveillance et de celle de la personne qui veut bien la seconder. Vous peignez si bien les hommes et les choses, qu'il n'est pas probable que le ministère vous choisisse pour son historiographe : en ce genre-là, l'on n'aime pas les portraits trop frappants. J'avoue qu'après dix mois de silence je suis curieux d'entendre nos gens, et, bien que je me doute un peu, je crois, de ce qu'ils diront et de ce qu'on leur dira, ce n'en sera pas moins un spectacle assez divertissant. Je prends, comme vous voyez, le gouvernement représentatif par son bon

* . . . J'ai reçu le premier numéro de la Revue catholique qu'on a eu l'extrême bonté de m'adresser. Je suis fort content du prospectus, de Vintroduction et de la dictée. J'y aurais seulement voulu, si j'eusse été convoqué au conseil, un litre charitablement décevant pour les faibles, les prévenus, que le titre peut rebuter... Vous ne sauriez croire ce que, dans un de nos mille cabinets de lecture, le titre catholique peut faire reculer de lecteurs, avant d'avoir ouvert le recueil, que, s'ils l'avaient ouvert, ils liraient d'abord sans défiance, continueraient par curiosité, et achèveraient pcut-êlre for^ surpris. Avant tout, il faut être lu. — M. de'Coriolis à Lamennais, 5(» janvier 1830.

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