‹ CorrespondanceChapitre 35 sur 224 · II · texte numérisé non relu

II

côté. Ce qui, en tout cela, n'est nullement propre à divertir, lorsqu'on y pense sérieusement, ce sont les suites terribles, et qui pèseront sur tous, des folles erreurs et de la faiblesse de ceux que Dieu a chargés, ou qui se chargent eux-mêmes, do nous faire nos destinées ; et je trouve, à dire vrai, qu'à cause de cela il ne serait pas trop mal que nous nous en mêlassions un peu davantage. Vivent les Belges, qui se sont avisés de trouver que le gouvernement n'était pas tout, et qu'ils étaient bien, eux aussi, quelque chose ! Lorsque, sortant de notre humilité, par trop profonde peut-être, nous nous laisserons, nous autres Français, aller à la même réflexion, l'avenir commencera, je crois, à se montrer sous des couleurs un peu moins sombres. Mais, avec tout l'esprit qu'on nous accorde, nous avons la vieille habitude de prendre à la lettre les paroles venant de certain lieu, et en particuher celle-ci, qui est, à la vérité, à peu près aussi vieille que le monde : « Vous leur fîtes, seigneur, en les croquant, beaucoup d'honneur. » En disant, monsieur le marquis, que je vous suis dévoué avec autant de respect que de tendresse, je ne dis absolument rien qui ne soit vrai à la lettre.

Le 8 février 1830.

Veuillez avoir la bonté, mon excellent ami, de lire la lettre ci-jointe, et de l'acheminer ensuite à son adresse. Vous connaissez déjà Ostini, et peu de choses, je pense, peuvent vous surprendre de sa part. Toutefois, cette audace insensée d'un Nonce du Saint-Siège, qui s'en va combattant partout les doctrines du Saint-Siège, et fomentant de toutes ses forces des erreurs qui menacent l'Europe d'un schisme nouveau, et peutêtre mortel, — cette audace, dis-je, et cette foUe, quelque idée que vous ayez de l'homme, vous étonneront encore. Il faut gémir profondément de la manière dont Rome est représentée au dehors. J'aurais aussi, malheureusement, bien des choses déplorables à vous raconter de celui que vous avez connu à G.* :

* A Gênes, sans doute. Serait-il question de rarchovêque de Gênes, Lam-

pauvre esprit, pauvre caractère, vanité étroite et mesquine, préoccupations ambitieuses, rien n'y manque pour faire le mal. Lui aussi s'est prononcé, quoique avec plus de réserve, contre les défenseurs du trône Apostolique, et ses paroles n'ont retenti que trop loin. Le peu de considération dont il jouit, même parmi ceux qu'il flatte, en a seul atténué l'effet. Quel étrange état, mon ami, et qu'attendre de l'avenir, lorsqu'il est trahi par ceux mêmes à qui Dieu en a particulièrement confié le soin? Je ne saurais me persuader que le Pape connaisse le véritable état des choses ; il est trompé, indignement trompé par les hommes qu'il emploie. Oh ! avec quelle ardeur je demande à Dieu qu'il fasse parvenir la lumière jusqu'à lui, et qu'ensuite il lui donne le saint courage de la foi qui sauva le Monde, il y ^ six siècles, et qui pourrait le sauver encore ! Il y a une force morale qui se communique : qu'il parle aux âmes, elles lui répondront. Mais le silence, mais l'abandon de soi, mais la crainte •qui fléchit, qui cède tout et dissimule tout, c'est la mort.

Je ne sais rien sur la politique que ce que vous en apprennent les journaux. Nous vivons dans l'attente de la session, qui doit ou tuer le ministère, ou prolonger encore quelque temps son agonie et celle de la Royauté. Je ne crois, en aucune hypothèse, à la possibihté d'éviter une catastrophe. Si on laisse les choses aller, la ruine est au bout ; si l'on tente quelque forte mesure, on manque de ce qu'il fout pour la soutenir, car les masses seront contre. Nul moyen de salut à présent, parce qu'il y a autant d'erreur, autant de mal, dans le parti du Pouvoir, que dans celui qui l'attaque. Je le dis à regret, mais je le dis avec une conviction profonde, c'est aux peuples à se sauver «ux-mêmes, en s'aidant de l'Éghse et en s'appuyant sur elle.

Nous avons eu d'horribles froids. Il paraît qu'il en a été ainsi par toute l'Europe; cependant, depuis hier, il y a une apparence de dégel : Dieu veuille que ce ne soit pas une simple apparence, car les pauvres souffrent extrêmement ! Mille tendres respects à ce qui vous entoure. Tout à vous du fond de mon cœur.

truschini, nonce du Pape en France? C'est une simple conjecture que rien ^e particulier n'autorise, et que nous donnons pour ce qu'elle peut valoir.

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