‹ CorrespondanceChapitre 60 sur 224 · A M. L'ABBÉ AUGER · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ AUGER

[Juilly, 16 avril 1831.

Je sais qu'on vous a communiqué une prétendue lettre de moi, où sont exprimés des sentiments qui doivent inspirer une horreur profonde à quiconque est catholique. On a fait circuler secrètement, dans le midi de la France, une semblable lettre. J'ignore, jusqu'à ce moment, quel est le centre de ces infernales machinations; mais je tiens déjà quelques fils à l'aide

desquels j'espère que je parviendrai à le découvrir. Tous les honnêtes gens sont intéressés à ce que les auteurs d'aussi noires calomnies et d'intrigues aussi infâmes soient publiquement démasqués, et j'ai trop de confiance dans votre équité et votre religion pour douter un seul instant que je n'obtienne de vous tous les renseignements que vous êtes à même de me donner pour atteindre ce but. Je ne vous demande rien qui ne soit une obligation de justice, un devoir rigoureux de conscience, rien que je n'aie même le droit de réclamer devant les tribunaux. Ce que j'ai surtout intérêt à savoir, c'est le nom de la personne qui vous a communiqué la lettre en question. Dans une circonstance pareille, je n'hésiterais pas à faire, à votre égard, ce que je demande de vous, et je croirais même, si je ne le faisais pas, manquer non- seulement à la charité, mais commettre une grande injustice.

J'ai l'honneur d'être avec respect, monsieur l'abbé, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

52i - A M. L'ABBE ***.

Juilly, 17 avril 1831.

Je vous dois beaucoup, monsieur, mais pas plus que mon cœur ne peut payer en reconnaissance et en affection, et je dois me consoler des injustices qui m'ont valu de votre part des preuves si touchantes et si honorables d'intérêt. L'abbé Gombalot, pour qui je prends la liberté d'insérer un petit billet dans cette lettre, recevra très-incessamment, de Paris, ma procuration en blanc, à l'effet de poursuivre l'auteur des horribles calomnies dont j'ai été l'objet, et qui rejaillissent, à quelques égards, sur tout le clergé dont j'ai l'honneur d'être membre. Toutefois, je recommande expressément à l'abbé Gombalot de se guider par vos conseils, et de ne rien faire que vous ne l'approuviez. J'ai Heu de croire, d'après ce que m'écrit M. Sibour, qu'un prêtre, actuellement malheureux, n'est pas étranger aux intrigues dont j'ai tant à me plaindre. Je ne voudrais pas aggraver sa position, déjà trop fâcheuse; en ce qui me con-

cerne personnellement, je lui pardonne de tout mon cœur le mal qu'il m'a fait, sans cause, je crois. Seulement, pour sauver ce que je dois à ma réputation comme prêtre, il pourrait, dans les termes qu'il lui coûterait le moins d'employer, mais clairs et précis toutefois, déclarer par écrit que « étant soupçonné d'être l'auteur des bruits en question, il est de son devoir de les démentir comme absolument calomnieux; » — que si quelques ecclésiastiques d'Aix, où ils se sont d'abord répandus, déclaraient aussi qu'ils se sont assurés, par des recherches exactes, de leur complète fausseté, ces deux pièces, pubhées dans VAvenir, suffiraient, ce me semble, pleinement à ma justification, et je n'aurais pas la douleur d'être obhgé de traduire devant les tribunaux plusieurs prêtres peut-être, à qui, en toute autre circonstance, je serais heureux de donner toutes sortes démarques de respect et de déférence. En résumé, monsieur, je remets toute cette affaire en vos mains; décidez péremptoirement : le bon Dieu, dont nous ne cherchons l'un et l'autre que la gloire, vous inspirera ce qui sera le mieux.

Permettez que je vous prie encore d'offrir à M. l'évêque de Marseille l'hommage de ma profonde vénération, et agréez vous-même l'expression des tendres et respectueux sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

■ , 325. - A M. LE COMTE DE SEiNFFT.

Paris, 18 avril 1831.

Je reçois à l'instant, mon cher et respectable ami, vos deux lettres du 1" et du 7 avril. La dernière me tranquilHse beaucoup, sans m'ôler cependant toute inquiétude. Je compte sur l'effet du printemps pour ramener les forces et calmer les symptômes nerveux ^ Mais, hélas! c'est l'âme qu'il faudrait guérir de ses blessures profondes, et cela. Dieu seul le peut : je le prie de tout mon cœur pour elle et pour vous, attendant,

* Il s'agit ici, bien évidemment, d'une maladie de M"' de Senfft

avec une patience qui chancelle quelquefois, le jour qui nous réunira, j'espère, là où la paix n'est plus troublée et où la joie n'a pas de déclin. Je souhaite très- vivement que vous ne retourniez pas habiter votre dernier séjour ^ : il vous serait plus triste que jamais. Je ne souhaite pas moins que la Providence, par une combinaison de circonstances que je ne prévois pas, m'accorde le bonheur de vous revoir, non-seulement à cause de la si grande consolation qu'y trouverait mon cœur, mais aussi pour contempler ensemble l'étonnant spectacle qu'offre aujourd'hui le monde, et chercher à y découvrir les vues de Dieu sur le genre humain. Pour moi, je crois profondément à une transformation universelle de la société sous l'influence du catholicisme, qui, affranchi et ranimé, reprendra sa force expansive et accomphra ses destinées en s'assimilant les peu» pies qui ont jusqu'ici résisté à son action ; tout se prépare pour cela, et la pohtique européenne n'a été et n'est encore que l'instrument aveugle de la Providence, qui se sert d'elle comme elle se sert du libéralisme anti-chrétien, pour réaliser cette grande promesse : Et erit iinum ovile et unus Pastor. Si les Puissances comprenaient cela, elles sauveraient aux peuples d'effroyables calamités et se sauveraient elles-mêmes. Tout le monde, aujourd'hui, agit contre soi, et c'est à mes yeux une des plus fortes preuves que tout ce qui est est réprouvé, et que Dieu a pris en main le gouvernement du monde pour y étabhr un ordre nouveau ; s'il existait, dans une certaine position ^ un homme qui sentît cela, et qui se plaçât, pour ainsi dire, au milieu de l'action divine, jamais il n'aurait paru sur la terre rien de si grand que cet homme.

Adieu, cher ami; faites agréer à madame de Senfft mes vœux ainsi que mes tendres et respectueux hommages. Je vous embrasse de cœur'.

* Turin.

^ Sur le Saint-Siège, naturellement.

^ Lettre supprimée : — A M, le baron de Vitrolles. Juilly, 28 mai 1831.

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