‹ CorrespondanceChapitre 62 sur 224 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

Juilly, 21 juin 1831.

Je VOUS remercie mille fois, mon cher ami, de vous être souvenu de moi à Toulouse, et des nouvelles que vous me donnez de votre si aimable et si bonne famille. Je me réjouis qu'elle soit en ce moment absente de Paris, car tout le monde presque y a été et y est encore malade ; au point que, dans une maison que je connais, il a fallu successivement aller chez quatre médecins avant d'en trouver un qui ne fût pas retenu au lit. Ce n'est pourtant pas, grâce à Dieu, le choléra-morbus, mais quelque sorte d'indisposition légère qu'on attribue aux subites variations de l'atmosphère. Cela, ou autre chose, j'ai été moimême presque toujours souffrant depuis quelques mois, et, quoique je me sente mieux, j'éprouve cependant encore une faiblesse excessive, ce qui, quelquefois, me ferait croire presque que je deviens pair. Je suis charmé que mon article ne

VOUS ait pas déplue On dit que le gouvernement renonce à l'hérédité; à sa façon d'agir, je ne doute pas au moins qu'il n'y renonce pour lui : il est bien le maître.

Vous apprendrez avec plaisir que les actions et les coupons arrivent en grand nombre à V Avenir, et avec dos lettres qui montrent tout le zèle qu'on met à le soutenir. J'espère que peu à peu nous triompherons des préventions qu'on a suscitées contre nous. Chaque jour on fait quelque progrès ^ chaque jour les idées que nous défendons pénètrent davantage dans les esprits; chaque jour notre voix trouve plus d'échos. J'espère que vous contribuerez beaucoup à lui en créer où vous êtes, quelque endurci qu'on soit dans un système fatal. On verra, plus tard, où il conduit, et l'intérêt est aussi une lumière. Ceux qui, suivant les sages conseils de la Gazette et de la Quotidienne, refusent aujourd'hui de se rendre aux élections, s'apercevront bientôt de ce qu'il leur en aura coûté pour conserver ce qu'ils appellent Vhonneiir de leurs principes; car « ces principes » et « cet honneur » les mènent tout droit à quelque chose de semblable à 93; et ceux qui les conseillent le savent bien. On pensait et on agissait autrement en 97 et 98. Mais hastaî... c'est, je crois, un mot du pays.

Je vous prie de faire agréer mes respects et mes hommages aux personnes qui vous entourent. Avez-vous le projet de revenir cet automne à Paris? Il se passera peut-être bien des

* Votre article sur la Pairie m'a enctianté. Il faut rexécuterà mort, et je dirais volontiers avec Olivier Cromwell : — Délivrez-nous de cette marotte!... Je n'ai encore vu que fort peu de nos scaltri et retrosi (les légitimistes toulousains). Ils nous supposent avec le Palais-Royal les grêles intrigues qu'ils ont, eux, avec Ilolyrood. Cela ne vous réjouit -il pas? — M. de Coriolis à Lamennais. Toulouse, 12 juin 1851.

...Le nouveau curé de notre nouvelle cure... est cet abbé Armand que vous avez connu ici... Il m'a beaucoup parlé de vous, cher ami, mais, comme tout le clergé du pays, il est fort éloigné de vos nouvelles doctrines. Ils déplorent tous la^perte d'un défenseur de leurs principes, conmie ils les entendent. Je dois vous dire, et c'est avec peine, que, dans tous les pays que j'ai traversés, je n'ai pas pu recueillir un seul assentiment, même dans les différentes opinions, à vos théories. Je cherche à les expliquer avec vos paroles, point en homme qui les partage, mais comme un ami qui les comprend; et je n'ai pas le moindre succès. — M. de Vitrolles à Lameîitiais. Château de Vitrolles, 17 juin 1851.

choses d'ici là. Elles se hâtent comme les ombres près du fleuve d'oubh; il faudrait que je busse une terrible quantité de ses eaux pour qu'elles effaçassent jamais, mon cher ami, votre souvenir dans mon cœur.

Paris, le 27 juin 1831.

Vos lettres, mon excellent ami, ne me parviennent qu'après des retards assez longs; vous avez vu, par la dernière que je vous ai écrite, combien j'attendais impatiemment des nouvelles de M'"' de Senfft, et malheureusement celles que vous me donnez (le 27 mai) ne sont pas encore de nature à me tranquilliser entièrement. Toutefois, je sais par expérience que la plupart des maladies nerveuses occasionnent plus de souffrances qu'elles n'offrent de danger. Ce qui serait le plus à craindre, ce serait l'épuisement des forces. J'espère que celles de notre chère malade se soutiendront, et que leur équilibre se rétablira : il me tarde que vous m'en donniez l'heureuse nouvelle. A Paris, il a régné une épidémie de bronchite, dont plus de quarante mille personnes ont été attaquées à la fois, et qui dure encore. Pour nous consoler, on nous annonce le dioléra-. morbiis, qui paraît avoir sur la peste l'avantage d'être notablement plus expédilif; s'il pénètre, à travers l'Allemagne, jusqu'à nous, j'y verrai une intervention de la Providence pour prévenir de plus grandes calamités peut-être.

Nous avons perdu, ces jours derniers, le comte de Montalembert : c'était un homme d'un beau caractère, et qui nous fait bien faute ; son pauvre fils, jeune homme plein de talent et de courage, et d'une piété d'ange, est dans une grande désolation. Que de personnes, déjà, vous ne retrouveriez plus à Paris !

Si ce n'est pas être indiscret, je vous prierai, mon cher ami, de me rendre un service. Il est^ presque impossible de trouver ici un bon Bréviaire romain; je n'ai pu, malgré mes II. 14

recherches, m'en procurer que de très-défectueux : les rchgieux Méchitaristes en ont donné, à Vienne, une édition fort estimée; s'il vous était possible de m'en envoyer, par occasion, un exemplaire {avec r office de Grégoire VU), vous me feriez un très-grand plaisir.

Les journaux vous auront appris l'horrible détresse des Irlandais : ils meurent de faim, par centaines, dans un pays qui regorge de blé; nous avons ouvert pour eux une souscription. Il est impossible que les choses restent comme elles sont dans ce malheureux pays. — Dieu interviendra.

Je ne monte pas une fois au saint autel sans me souvenir de vous et de M'»^ de Senfft. Priez aussi pour moi; j'en ai, de toutes manières, grand besoin. Tout à vous du fond du cœur ^

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