A SA SAINTETÉ LE PAPE
La Chênaie, le 4 août 1835, Très-saint Père,
Quelque répugnance que j'éprouve à distraire un moment Votre Sainteté des graves affaires qui sont l'objet de sa soHicitude, il est de mon devoir de m'adresser directement à Elle dans les circonstances personnelles où je suis placé.
Lorsque le jugement de Votre Sainteté sur la manière dont moi et mes amis nous avions entrepris de défendre les droits des cathohques en France nous fut connu, à l'instant même nous protestâmes pubhquement, et dans toute la sincérité de notre âme, de notre soumission pleine et entière à la volonté du Vicaire de Jésus-Christ, et Votre Sainteté daigna me faire dire que ce témoignage solennel de notre obéissance filiale l'avait également satisfaite et consolée.
Cependant, je vois, Très-Saint-Père, avec une profonde douleur, par un Bref que Votre Sainteté a adressé à M. l'archevêque de Toulouse, et que les journaux ont rendu public, qu'on avait réussi à inspirer à Votre Sainteté des sentiments de défiance à notre égard : par quels moyens et sur quels fondements? Je l'ignore. Quels sont ces bruits répandus dans le pu-
blic, et qui « ont de nouveau contristé votre cœur? » Plus, sur ce point, j'interroge ma conscience, moins je découvre ce qui a pu fournir contre nous le sujet d'un reproche. Ce que je sais, avec toute la France, c'est que l'Avenir a cessé de paraitre; que l'Agence Catholique a été dissoute, et les comptes rendus aux souscripteurs; que nul d'entre nous n'a seulement songé à entreprendre, depuis, rien de semblable; et qu'ainsi nous avons prouvé notre obéissance à Votre Sainteté, non pas seulement par de simples paroles, mais par des actes effectifs aussi éclatants que le soleil.
Toutefois, puisqu'on a rendu de nouvelles explications nécessaires, je me sens obligé de déposer derechef humblement, aux pieds de Votre Sainteté, l'exposition de mes sentiments, qu'on a calomniés prés d'Elle ; et, en conséquence, je déclare :
Premièrement, que par toute sorte de motifs, mais spécialement parce qu'il n'appartient qu'au chef de l'Église déjuger de ce qui peut lui être bon et utile, j'ai pris la résolution de rester, à l'avenir, dans mes écrits et dans mes actes, totalement étranger aux affaires qui la touchent.
Secondement, que personne, grâce à Dieu, n'est plus soumis que moi, dans le fond du cœur et sans aucune réserve, à toutes les décisions émanées ou à émaner du Saint-Siège Apostolique, sur la doctrine de la foi et des mœurs, ainsi qu'aux lois de discipHne portées par son autorité souveraine.
Tels sont, Très-Saint- Père, mes sentiments réels, établis d'ailleurs par ma vie entière. Que si l'expression n'en paraissait pas assez nette à Votre Sainteté, qu'Elle daigne Elle-même me faire savoir de quels termes je dois me servir pour la satisfaire pleinement : ceux-là seront toujours les plus conformes à ma pensée, qui la convaincront le mieux de mon obéissance filiale.
Je suis, Très-Saint-Père, avec le plus profond respect, de Votre Sainteté
Le très-humble, etc.