A MONSEIGNEUR
Août 1833.
Monseigneur,
Les bontés dont vous m'avez honoré, pendant mon dernier séjour à Home, me persuadent que vous me permettrez d'y recourir do nouveau, dans une circonstance délicate, où ce qui
* Nous avons tout lieu de penser que cette lettre d'envoi fut adressée à 3Igr de Quélen, chargé de la transmettre à la Nonciature
me touche personnellement se trouve mêlé aux intérêts généraux de la Religion.
Votre Excellence * connaît sûrement un Bref adressé par Sa Sainteté, le 8 mai 1855, à M. l'archevêque de Toulouse, et que celui-ci a rendu public par la voie des journaux. La sincérité de ma soumission et de celle de mes amis à la volonté du Pape y est expressément mise en doute; c'est-à-dire qu'après la protestation la plus solennelle d'obéissance de notre part, on déclare au monde cathohque que notre loyauté et notre bonne foi peuvent être légitimement soupçonnées.
J'étais certainement loin de m'attendre à une pareille imputation, et plus l'autorité d'où elle émane est haute et vénérable, plus le devoir de la repousser est rigoureux. Il n'est point, je ne dis pas de chrétien, mais d'honnête homme, qui puisse, sans manquer à ce qu'il se doit, consentir à passer pour un fourbe et un hypocrite.
Dans une position aussi douloureuse et que rien n'avait dû me faire prévoir, j'ose donc m' adresser à Votre Excellence, pour la prier de faire de mes réclamations ainsi que des explications franches et nettes que je vais y joindre, l'usage qui lui paraîtra le plus convenable. Accusé pubhquement, j'aurais eu le droit de me défendre publiquement; je ne Tai pas voulu, parce que, dans mon cœur, les intérêts de l'Église et du Saint- Siège passent avant les miens; parce que j'ai résolu d'être fidèle jusqu'au bout aux principes et aux sentiments qui, grâce à Dieu, ont constamment réglé mes démarches et toute ma conduite; et que je regarderais comme la plus pénible des extrémités où je pourrais être réduit, la nécessité de me justifier devant la Chrétienté entière.
Votre Excellence pouvant n'avoir pas sous les yeux le Bref au sujet duquel je prends la liberté de lui écrire, je transcrirai ici le passage qui me concerne, d'après la traduction imprimée à Toulouse, car je n'en ai point vu le texte original :
« Les auteurs eux-mêmes et les partisans des projets qui
* Ce litre d'excellence semble indiquer qu'il s'agit d'un des ministres de la cour pontificale, et que ce ministre n'était pas Son Éminence le cardinal Bernetti, alors à la têle des affaires. C'est tout ce que nous pouvons dire à ce sujet.
{( faisaient surtout l'objet de nos plaintes, et auxquels nous « avions eu soin d'envoyer l'Encyclique, ont déclaré publique- « ment qu'ils se désistaient à l'heure même de leurs entre- « prises, pour ne pas s'opposer à notre volonté.
« Cotte déclaration nous inspira d'abord la confiance qu'ils (( avaient obtempéré à notre jugement avec sincérité, pleine- (( ment, absolument, sans aucun reste d'ambiguïté, et que, (f dans la suite, ils en donneraient des témoignages plus court vaincants, avec les sentiments de foi dont ils ont dit souvent, « et dans les termes les plus expressifs, qu'ils étaient animés (( pour le Vicaire de Jésus-Christ. Cet espoir si doux avait re- « levé noire âme, alarmée du péril de la Religion, dans l'ex- « trême difficulté des temps. Mais ce qu'on répand encore au- « jourd'hui dans le public nous jette de nouveau dans la douleur. « Nous levons donc, avec d'humbles prières, nos yeux et nos (( mains vers Jésus-ChrisI, l'auteur et le consommateur de la « foi, afin que, donnant lui même à tous un cœur docile, nous « puissions nous féliciter, selon l'expression du Pape saint Cé- « lestin, de ce que les bruits qui se sont élevés dans l Église ont « été calmés de la manière la plus paisible. »
Ainsi, en nous livrant aux soupçons les plus injurieux, on n'allègue contre nous que des bruits répaîidus dans le public, comme s'il était possible à qui que ce soit de se mettre à l'abri de pareilles accusations, ou même de les réfuter, tandis qu'elles demeurent ainsi vagues et indéfinies; comme s'il n'était pas notoire qu'il n'est point de calomnies que, depuis trois ans, nos ennemis n'aient imaginées contre nous. Qu'on m'interroge sur des faits précis, je suis prêt à répondre avec candeur et humilité. Tout ce que nous avions promis, nous l'avons effectué : V Avenir, suspendu depuis notre départ pour Rome, a été supprimé définitivement; l'Agence Catholique a été dissoute, et ses comptes publiquement rendus aux souscripteurs. A-t-on tenté, plus tard, d'étabhr rien de semblable? Nous défions nos adversaires les plus ardents d'oser l'avancer. Des anciens rédacteurs de V Avenir et membres de l'Agence, les uns ont été conduits par leurs affaires en Angleterre *, d'autres voyagent
* M. de Coux.
en Allemagne pour leur instruction^; le reste est dispersé, et moi-même je vis à la campagne, au fond d'une de nos provinces les plus reculées. Les témoignages plus convaincants de la sincérité de notre soumission, que le Pape attendait, ont donc été donnés, et donnés à la face du monde. Il est clair, néanmoins, qu'on a trouvé le moyen de nous noircir aux yeux du Saint- Père, de lui inspirer de l'inquiétude sur nos dispositions réelles. Comment? je l'ignore; mais je présume qu'on aura inventé des faits, des paroles, qu'on en aura dénaturé d'autres, et je connais assez la triste adresse de nos ennemis à abuser du faux, comme du vrai, et à corrompre celui-ci par l'autre, pour comprendre qu'ils aient réussi à faire illusion aux hommes même de meilleure foi. Si donc je me plains, c'est qu'on ne m'ait pas mis, avant de me flétrir par un acte public, en face de mes accusateurs. Il y a dix-huit mois, on fit circuler, dans toute la France, une prétendue lettre où j'engageais des ecclésiastiques à se joindre à moi pour secouer le joug des évêques. Averti de cette odieuse fourberie, je vins à bout, mais seulement après de longues et pénibles recherches, — dans lesquelles M. deMazenod, récemment nommé évêque, voulut bien m' aider avec un zélé que je n'oublierai jamais, — je parvins, dis-je, à remonter jusqu'à l'auteur de la calomnie, qui était un prêtre d'Aix; sur le point d'être traduit devant les tribunaux, il confessa sa fraude dans une lettre que je fis imprimer ^. Cet exemple peut du moins servir à montrer la nécessité d'être en garde, lorsque toutes les passions sont enjeu, contre les bruits les mieux fondés en apparence.
Nous avons donc été fidèles à notre déclaration; nous avons obéi, sans hésiter, à la volonté du Pape. Que si, comme quelques-uns l'ont fait en France, l'on demandait pourquoi nous nous sommes renfermés strictement dans cette limite, la réponse serait facile. Des hommes, dont je ne veux pas caractériser les vues, ont fait tous leurs efforts pour nous en faire sortir, par des provocations de tout genre, des outrages, des insultes qui n'ont pu vaincre notre patience. On ne croira pas,
* M. de Montalembert.
* Voir, à ce sujet, les lettres 322, 323 et 324, pag. 199 et suiv
je pense, que je redoute la controverse; mais j'ai dû m'oublier moi-même, et supporter tout, pour éviter qu'à mon occasion la paix de l'Église fût troublée, même innocemment de ma part : où en serait cette paix, si j'avais suivi l'exemple de mes adversaires? Lorsque le Souverain Pontife a parlé dans l'Encyclique, j'ai écouté sa voix avec respect et soumission, et mes actes l'ont assez prouvé. Je ne pouvais aller au delà sans faire naître des discussions interminables; car, d'un côté, si j'ai dû entendre, comme chrétien, avec un silence humble, les dures paroles qui m'y sont adressées, ma conscience ne me permettait pas l'aveu que je les eusse méritées; et, d'un autre côté, comme à moins d'explications de ma part, l'on n'aurait pas manqué de conclure que je reconnaissais mes doctrines dans celles réprouvées par l'EncycHque, ce que je devais à la vérité, comme à mon caractère, m'aurait inévitablement forcé à soulever de nouveau, pour ma propre défense, des disputes que le Pape voulait assoupir. Je crois donc, en me taisant malgré les injures dont on m'accablait, lui avoir mille fois mieux prouvé mon respect et ma soumission que ceux qui m'accusent prés de lui. On ne doit pas, d'ailleurs, se dissimuler qu'en France, les questions religieuses sont complètement subordonnées, dans le plus grand nombre des esprits, aux questions politiques. Il m'aurait ainsi fallu entrer dans ces dernières questions, afin d'éviter qu'on ne se servît de mes paroles pour m'agréger à un parti politique, chose à laquelle je ne consentirai jamais, convaincu que le prêtre doit, connne tel, se tenir à l'écart, et s'élever au-dessus de toutes ces querelles de la terre.
Cependant, sur ce point, il est de mon devoir de déposer humblement aux pieds du Saint-Père une franche et claire ex position de mes sentiments, afin qu'elle puisse, en toutes cir constances, servir, en quelque sorte, de commentaire à mes actes et à mes paroles. J'ai toujours été, je serai toujours pro fondement soumis, et sans aucune réserve, à toutes les décisions émanées du Saint-Siège sur la doctrine de la foi et des mœurs, ainsi qu'à ses lois de discipHne. Je vénère, dans le Pontife romain, l'autorité de Jésus-Christ même, et je fais hautement profession de lui devoir une pleine et parfaite obéis-
sance. Mais, en dehors de cet ordre, dans les choses purement temporelles, et particulièrement en ce qui touche les intérêts de mon pays, je ne me crois lié en aucune manière par sa puissance spirituelle. Catholique, j'écoute la voix du Pasteur suprême, et j'y obéis comme à celle de Dieu; Français, je consulte, sur les choses exclusivement temporelles, ma conscience et ma raison, et je me conduis d'après les conseils qu'elles me dictent.
Je vous écris ces choses. Monseigneur, en présence de Dieu, et devant la Croix sur laquelle est mort Celui qui me jugera un jour, et peut-être bientôt. Vous avez vu mon âme tout entière; il est vrai qu'elle est pleine de douleur, mais cette douleur est calme et résignée, parce que ma conscience est tranquille, parce que si je sais que les Pontifes les plus éclairés et les plus saints peuvent être momentanément trompés par d'insidieuses et fausses relations, je sais aussi qu'il vient un temps où la justice et la vérité triomphent de toutes les intrigues.
Daignez agréer. Monseigneur, l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, le trèshumble et obéissant serviteur.
Le 29 août 1833.
J'ai de vos nouvelles du 17 août. Souffrances, tristesses, inquiétudes, chagrins; — vos lettres sont l'écho de la vie. Élevonsnous au-dessus d'elle ; transportons-nous par la pensée, par la foi et par l'espérance, au-dessus de la sphère terrestre, dans l'immuable région des esprits que ne tourmentent plus les vicissitudes présentes : c'est l'unique soulagement aux innombrables maux de ce laborieux pèlerinage. Ce qui me fait le plus croire à une catastrophe prochaine, c'est l'espèce de vertige, la frénésie de bêtise qui s'est emparée de toutes les têtes, mais particulièrement de ceux qu'on appelle légitimistes. Lisez la Gazette, la Quotidienne; tout était perdu, parce qu'Henri V n'avait plus près de lui M. de Barande ; tout est sauvé, parce
qu'on vient de lui donner M. de Frayssinous pour précepteur, et pour gouverneur l'ancien gouverneur des Invalides^. D'ici à trois mois, on verra une nouvelle restauration : c'est là ce qu'on persuade à des milliers d'imbéciles, principalement dans <îes contrées. Et par qui se fera cette restauration? Aucuns disent par Nicolas, aucuns par M. de Bourmont, que beaucoup de jeunes henriquinquistes rejoignent en ce moment ^ Ils vont se battre pour dom Miguel, par amour pour les Bourbons. Il est très-possible, assurément, que Bourmont reprenne Lisbonne; mais qu'en résultera -t-il? une simple prolongation de la lutte, L'Angleterre est trop engagée en faveur de dom Pedro, ou plutôt de dona Maria, pour laisser périr sa cause; elle ne pourrait désormais être abandonnée que par un ministère tory, ot un ministère tory amènerait immédiatement une révolution en Angleterre. D'un autre côté, quoi que fassent les gouvernements, et à cause même de ce qu'ils font, les idées d'affranchissement politique se propagent chaque jour en Europe : il n'est pas un seul coin de cette terre qui n'en soit imbu ; et que leur oppose-t-on? la force. Mais que peut la force contre un vœu qui sera bientôt universel? Et puis cette force, elle-même, ne tardera pas à échapper à ceux qui en disposent maintenant. Par le système même de la conscription, seul moyen possible de recrutement, lorsqu'on veut avoir quatre ou cinq cent mille hommes sous les armes, l'armée sort du peuple, et ne saurait être longtemps séparée du peuple. Il n'est donc pas difficile de prévoir à qui la victoire restera. La seule chose qui retarde le triomphe des masses, c'est la crainte très-fondée qu'inspirent les anarchistes, qui partout se placent à la tête du mouvement; et cette crainte elle-même prouve clairement que ce que veulent les populations, ce n'est pas le désordre, mais un ordre nouveau qui leur reconnaisse des droits et leur en offre la garantie. Or, ce désir, ou plutôt ce besoin invincible de l'époque présente, ne fera que s'accroître avec le temps. Remar-
* M. de Latour-Maubourg, qui, par parenthèse, refusa cette marque de haute confiance.
2 En Portugal, où M. de Bourmont allait prendre le commandement des troupes de Dom MigueL
quez que les légilirnistes n'espèrent eux-mêmes acquérir et exercer quelque action sur les esprits qu'en proclamant plus haut que les autres, — quoique avec moins de sincérité, pour leur malheur, — les principes de liberté qui sont dans tous les cœurs, et surtout dans les plus droits, comme dans les plus nobles. Car, il ne faut pas s'y tromper, les paysans bretons, par exemple, sont, par le fonds de leurs sentiments, bien plus républicains que royalistes. Peu leur importe ce qu'on appelle la légitimité : ce nom, pour eux, ne signifie que la défense de la Religion et la résistance à l'oppression que le Pouvoir et ses agents font peser sur eux. En réalité, ceux-là aussi combattent pour la liberté, et pour elle seule. Le petit nombre des hommes qui ont d'autres pensées et d'autres vues, ne songe qu'à ses intérêts d'argent et de vanité : c'est de la boue, et de la plus infecte. Vous connaissez les œuvres de mon frère, ses écoles où trente mille enfants reçoivent une éducation chrétienne. Eh bien! croyez-vous que, ces écoles, on voudrait les détruire, parce qu'elles sont en dehors de toutes les opinions politiques; et qui les attaque? devinez-le : l'évêque de Rennes et une partie de son clergé. Telle est la religion de ces gens-là : leurs efforts seront vains sans doute ; mais jugez, par là, du degré de fureur qu'ont atteint les passions, et de l'intérêt que peut inspirer aux âmes honnêtes une cause qui enfante, — le mot n'est pas trop fort, — d'aussi exécrables crimes. En vérité, de pareils hommes feraient tolérer tout, même le juste-milieu, moins insensé et moins infâme qu'eux. Au reste, tout continue à pourrir là, comme ici. On a vu d'étranges choses ; on en verra de plus étranges encore. Que Dieu vous protège, et vous soutienne, et vous console au milieu de tant de folies coupables qui consternent la pensée et flétrissent le cœur ! Dieu s'est retiré de ce qui est : que mettra-t-il à la place? il le sait, et nous l'ignorons; mais qu'importe? nous croyons en lui ; croyons aussi dans l'avenir qu'il prépare au monde. Pour moi, j'ai la conviction qu'après les maux inévitables, cet avenir vaudra mieux que le passé. Il existe des symptômes de bien qu'on ne remarque pas assez ; j'aurais là-dessus des choses consolantes à vous dire ; mais il
faudrait, pour cela, entrer dans des détails qu'une lettre ne comporte pas. Soignez votre santé et celle de notre cher comte. Le séjour de Florence est très-fatigant pendant les chaleurs : un peu de campagne, un peu d'air plus vif et plus pur vous feraient, je crois, du bien. Leben wohll
A la Chênaie, le 6 septembre 1833.
Vous connaissez, mon bien cher ami, et vous aimez la famille Mac-Garthy ; mais vous ne la connaissez pas tout entière; il en existe, en Angleterre, une seconde branche à laquelle appartient l'excellent jeune homme qui vous remettra cette lettre : je vous prie de le recevoir comme mon fils, car je l'aime comme un fils; il se rend à Rome, au séminaire anglais, où il a déjà passé trois ans, et où il se propose d'en passer encore trois autres. C'est là, peut-être, un bien long projet pour des temps tels que ceux où nous sommes ; mais, quand nos desseins sont subordonnés aux volontés de la Providence, nous allons et nous venons comme elle nous conduit, et notre âme est toujours en paix, parce que rien ne saurait troubler la paix de l'âme qui s'abandonne pleinement à Celui qui dirige nos pas dans les sentiers de la vie, comme le cours des astres dans l'immensité. M. C. J. Mac-Carthy pourra vous donner des détails fort intéressants sur l'Angleterre, et même sur la France; il vous dira, surtout, mon cher ami, combien vous m'êtes présent, et combien votre souvenir m'est doux dans la solitude où je suis confiné et d'où je voudrais ne jamais sortir, car le repos que j'y goûte est mille fois au-dessus de tout ce que la plupart des hommes recherchent dans le monde si ardemment. Tout à vous, de cœur.
Le 8 s^tembre 1833.
Mes forces s'en vont tout à fait. Cet état de faiblesse qui me rend le travail impossible, cet affaissement moral et physique, lequel ressemble à une demi-mort, est extrêmement pénible : il y a là quelque chose de l'agonie. Que faire? Il faut se rappeler le Fils de l'Homme au jardin des Ohviers, et sa tristesse, et ses défaillances, et dire comme lui : Non ce que je veux y mais ce que vous voulez. Malheureusement, cette résignation, qui devrait s'étendre à tout, est quelquefois bien difficile. Tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend, indigne et afflige. Vous ne sauriez vous représenter à quel degré d'aberration les esprits sont arrivés dans une certaine classe d'hommes : c'est un délire qui n a point de nom, comme il n'avait jamais eu d'exemple. Savez-vous à quoi s'occupe, en ce moment, la sollicitude de l'évêque de Rennes et d'une partie de son clergé? A faucher tout ce qui existe d'écoles chrétiennes et d'étabUssements chrétiens dans le diocèse : le tout, « pour les intérêts d'Henri V, » à ce qu'ils s'imaginent.. Cette folie a vraiment quelque chose d'infernal : j'aurais mille choses à vous dire làdessus ; mais on ne peut pas causer dans une lettre. Bien souvent je lève les yeux, et je regarde s'il n'y aurait point quelque part, dans le fond de l'Orient, un coin de terre où je pusse aller finir mes jours en paix. Une nouvelle société, une nouvelle nature, des mœurs et des langues nouvelles, tout cela me plairait ; mais je suis vieux, usé et pauvre comme le bonhomme Job, d'où je conclus qu'il faut que je souffre et meure, comme lui, sur mon fumier. Si jamais vous allez vous établir à Bénarès, avertissez-moi : je solliciterai d'y être votre aumônier.
Les affaires de Portugal me semblent désormais décidées ; viendront ensuite celles d'Espagne, car le roi se meurt : à sa mort commencera la guerre civile ^ Le parti de don Carlos
* On avait pu juger de l'avenir réservé à l'Espagne après la mort de Ferdi-
est, je crois, le plus fort dans la nation; il ne laissera pas de succomber après une lutte plus ou moins longue, non-seulement parce qu'il est de l'intérêt de l'Angleterre et de la France qu'il succombe, mais parce que le système auquel il se rattache, ébranlé partout, devient chaque jour relativement plus faible : il suffit de jeter les yeux sur l'Europe pour s'en convaincre. On annonce une brochure de Chateaubriand pour l'époque de la majorité d'Henri V : ces nouvelles phrases ne produiront rien; elles retentiront quelques instants dans les châteaux et dans certains salons, et puis voilà tout : cela ne va pas jusqu'au peuple. Si le juste-milieu n'avait pas d'ennemis plus redoutables, il pourrait dormir en repos : ce qui le tuera, ce sont ses propres violences, son insolent mépris de toutes les promesses faites, son brutal et ignoble despotisme. Peu d'années feront justice de cette tyrannie bourgeoise, qui cherche à pousser ses racines dans les fabriques de calicot et dans les boutiques du coin ; mais ce n'est assurément pas la vieille royauté qui lui succédera : l'immense majorilé de la nation veut autre chose, sans bien savoir ce qu'elle veut. Voilà l'exacte vérité, quoi qu'en disent la Gazette et la Quotidienne; leur parti ne représente plus que des intérêts particuliers. Or, les intérêts particuHers, pris pour base de la politique, provoquent les révolutions, les déterminent, et ne les arrêtent pas.
Permettez que je vous prie de faire remettre le billet inclus au P. Bandini, du couvent de Saint-Marc.
J'espère qu'après les grandes chaleurs vous aurez été moins souffrante, et que votre première lettre me l'apprendra.
nand VII, par ce qui s'était passé les 46 et 17 septembre 1832, quand ce prince, après un accès du mal qui le dévorait, parut avoir rendu le dernier soupir. On vit alors son frère don Carlos, au mépris des lois récemment promulguées, se déclarer souverain, en face de Marie-Christine qui se proclamait régente. Or le ministre Calomarde, abusant de la confiance de son maître, avait tout préparé pour le triomphe de don Carlos. Sorti de sa léthargie, le royal malade chassa ce valet infidèle, et M, Zéa Bermudez, nommé premier ministre, prépara, dans un tout autre sens, les conséquences que devait avoir la mort prochaine du roi d'Espagne.