‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 140 sur 388 · DUNKEIIQUE, -J (J AVRIL 17'j · texte numérisé non relu

DUNKEIIQUE, -J (J AVRIL 17'j

CAUNOT ET DUQL'ESNOY Al COMITÉ UE SALUT PtliLIC.

LUS UliPIthuXTAXTS DE LA NATIOX , VÉpVràs UE LA €0y VEXTIOS MATWyALE AV.Ï AR3IÉES DU iVO/iB ET DES AIIDESyES.

Citoyens nos collègues,

On travaille, en ce moment, à la revue extraordinaire décrétée le 2 9 de ce mois : dans un mouvement aussi rapide que celui qui est occasionné par les incorporations journalières, il est difficile d'obtenir quelque chose de bien fixe, et puis l'esprit de brigandage est toi qu'il est moralement impossible de débrouiller le chaos général des affaires. Les quartiers-maîtres font tous des fortunes brillantes en un clin d'œil, les commissaires des guerres sont ignorantissimes, et nous craignons que leur nouvelle composition ne vaille guère mieux que l'ancienne. Les volonlaires ne veulent s'assujettir à aucune discipline; ils sont le fléau de leurs hôtes et désolent nos campagnes. Dispersés dans des cantonnements où ils ne font que boire et courir, ils s'exposent. h être dispersés et taillés en pièces, pour peu que l'ennemi fût entreprenant.

Heureusement, il n'est pas informé de ce qui se passe; heureusement que nous sommes sévères sur l'interdiction des communications, car l'ennemi aurait déjà pu surprendre nos postes avancés et nos places elles-mêmes. 11 nous est impossible de concevoir qu'on veuille rétablir ces communications; c'est vouloir livrer le pays. Nous ne prendrons jamais sur nous de rompre une mesure qui, nous en sommes persuadés, a sauvé la République.

Personne ne doute que la balance du commerce entre la France et l'Angleterre ne fût à l'avantage de celle-ci et au détriment de la pre-

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mièro. Donc, linlerruption des relations commerciales est nuisible à l'Angleterre et avantageuse h la France. Nous savons que quelijues intérêts particuliers en souffrent, mais le bien général s'ensuit, et les efforts incroyables (|ue font les Anglais pour rétablir ces relations, leurs intrigues pour nous leurrer, le prouvent assez. La communication par Ostende est aussi bien interrompue tpie par Calais. S'il s'échappe quelques lettres, c'est par l'infidélité des directeurs des Postes.

Nous ne savons ce que fait le bureau de la guerre : nos volontaires sont toujours nus, et il faut convenir que c'est un gouffre. A peine un soldat a-t-il des souliers qu'il va les vendre; il en est qui vendent jusqu'à leurs habits, leurs fusils, brûlent leur poudre et insultent leurs concitoyens''*. Les nouvelles recrues sont pourtant beaucoup plus sages, plus belles et mieux tenues que les anciennes.

Pour parer à tant de maux, le seul remède serait de se mettre sous sa toile , mais nous n'avons pas une tente ; nous avons beau demander, on ne nous écoute pas.

Les entrepreneurs des fortifications ne peuvent obtenir leur payement; ii y en a qui sont en avance de plus de Go,ooo livres, et cependant il y a 90 millions de décrétés pour cet objet. On ne veut plus tra\ ailler nulle part sans être payé d'avance; les fournisseurs de toute espèce font les plaintes les plus amères de ce qu'on manque envers eux aux engagements les plus sacrés.

Un autre malheur nous menace. La monnaie ayant disparu et les moindres assignats étant de lo sols, il n'y a plus moyen de faire le commerce de détail. Un soldat va boire pour a sols de bière, il présente un assignat de i o sols et demande son reste. L'hôte n'a pas de monnaie. Le soldat tire son sabre, casse verres et bouteilles, frappe et s'en va sans payer. On ne peut plus faire d'aumônes, parce qu'on n'a pas de sols et qu'on ne veut pas donner un billet. Les pauvres crient, parce qu'ils meurent de faim. Le remède est bien simple; il a été pro-

'" Le Cuinilé de salut pul)lir se préoc- à la Convention nationale de dcci-ctcr que

cupa, dans sa séance du a. 3 mai 1798, do tous les elTcts d'Iiabillemcnt à l'usage des

celle grave (|ucstion du gaspillage des cqui- troupes seront marques et estampillés et

pemonts. On lit dans le procès-verbal (< f. qu'il n'en sera délivre aux soldats en re-

Aular.J,lV, ayâ) : rliange des efTds usés qu'en représentant

ïfLe Coniilc a arrête, pour prévenir le lesdits efl'ets usés rovélu'i des marques dont

gas[)illiige et la dissipation des elTets d'iia- i!s auront été empreints ou frappés lors de

liillciiienl destinés au\ liY)ui>es, de proposor la délivr;ui,'e qui leur en a!ira été faito.j)

17/1 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [29 avril 1798.]

posé mille fois cl toujours repoussé par ceux qui croient en sfivoir plus lon{j que les autres. Le remède est de faire valoir deux sols aux sols ordinaires ci quatre sols aux sols doubles; c'est-à-dire que le sol actuel sera reçu et donné en paiement par les caisses publiques pour deux sols : alors, vous verrez la monnaie de cloches sortir des coffres et cir^ culer, et quand les étrangers en introduiraient une certaine quantité dans la République, le mal serait fort petit et le bien incnlculaljle. Si l'on ne prend pas cette mesure, il faut au moins lai'ser circuler les billets de confiance; autrement, il faut s'attendre à de? -ecousses nouvelles, car les murmures sont déjà très violents.

Au nom du bien public, défaites-nous des corps belges, qui ne sont qu'un tas d'espions vendus à Dumouriez. Les départements du Nord et du Pas-de-(ialais ont déjà sévi contre eux; il faut les dissoudre, ou tout au moins les envoyer bien vite sur les frontières d'Espagne.

Nous sommes bien contents de l'esprit public. Vos décrets de force et votre sévérité inllexible rallient singulièrement au système républicain, qui n'était rien moins que dominant il y a un mois. Mais la multitude des abus nous effraye. A peine avons-nous puni un coupable que nous en découvrons dix autres. Toutes les prisons de la République ne suffiraient pas pour contenir les voleurs et les traîtres. Nous sommes environnés de pièges; on nous circonvient de toutes les manières. On cherche à nous entraîner à de fausses démarches, à nous faire faire des fautes, et il faut vous attendre à ce que nous en commettions quelques-unes; mais, du moins, elles ne seront pas volontaires, nous espérons même cpi'elles ne seront jamais capitales, car nous fixons toujours le même but, et nous y tiendrons sans cesse, sans ménagements et sans considérations particulières "'.

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