‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 2 sur 388 · DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD ET DU PAS-DE-CALAIS · texte numérisé non relu

DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD ET DU PAS-DE-CALAIS

12 MARS AU 6 AOIT 1793.

[Tandis que la Convention, sur les rapports de Garnol, annexait les villes de la Belgique à la France, notre armée conim(jnçait à évacuer les Pays-Bas. La première nouvelle de cette retraite avait été apportée à la Convention par deux lettres des commissaires Delacroix''', Gossuin <'' et Merlin de Douai''', écrites de Liège le 3 mars 1798 *', et dont l'une, adressée au Comité de défense générale, fut lue dans la séance du 6 '*'. Deux jours plus tard, le 8 mai-s, Delacroix, revenu précipitamment avec Danton à Paris'"', fit un rapport alarmant sur la situation de nos troupes et conclut on ces termes : rt II faut donc prendre les mesiires les plus

'') Jean-François Delacroix, né à Ponl- Audemer(Eure) Ip 3 avril 1753, avocat, procureur général syndic d'Eure-et-Loir en 1 790, député de ce département à la Législative et à ta Convention, adjoint au Comité de salut public le !i juillet 1798, décapité à Paris avec Danton le 5 airil

'" Constanl-Josepb-César-Eugène Gossuin,né à Avesnos(.\ord)le n mars 1708, administrateur des domaines et forêts du duc d'Orléans, maire d'Avesnes en 1781, député du Nord à fAssemWée législative, à la (Convention et au Conseil des Cinq- Cents, administrateur des forêts nationales sous l'Kmpire, mort à Paris le 9 avril I 827. (Cf Diclioimnire ilei Pnrlementaires.)

'> Philippe-Antoine Merlin, né à Arleux

(Nord) le .'io octobre 1704, avocat, député du Nord à l'Assemblée Constituante et à la Convention, ministre de la justice en 1795, membre de la a* classe de l'Institut le 10 décembre I79.'5, membre du Directoire en remplacement do Bartbélemy le 5 septembre 1797, démissionnaire le 18 juin I 799, procureur général à la Cour de cassation en 1801, comte de l'Empire le 1 '1 avril 1810, minisire d'Étal pendant les Cent-Jours, député du Nord le 10 mai 1 8 1 5, proscrit le 3 4 juillet 1 8 1 5, réfugié à Amsterdam jusqu'en i83o, mort à Paris le ai décembre i838.

'*' Cf. Aulard, II, a5o et aSi.

W Cf Moniteur, XV, 632.

'•' Ils étaient partis pour Paris le 6 mars. (Cf Aulard, II, 279.)

promptes et les plus efficaces pour faire lever la nation , pour la faire niarcber contre l'armée des despotes '''.« Robespierre demanda que le Comité de défense g-énérale fil son rapport sur les propositions de Delacroix dès le lendemain, el Danton, après un discours éloquent, obtint le décret suivant:

(tLji Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses commissaires envoyés dans la Relg-ique, décrète que des commissaires pris dans son sein se rendront ce jour dans les quarante-huit sections de Paris pour les instruire de l'état actuel de cette armée, pour rappeler à tous les citoyens en état de porter les armes le serment qu'ils ont prêté de maintenir jusqu'à la mort la liljerté, l'égalité, et, pour les requérir, au nom de la patrie, de voler au secours de leurs frères dans la Relgfique.

rrDes commissaires c]iar{[és de la même mission seront envoyés dans tous les dépai'lements de la Répuljlique. n

L'annonce de la visite des commissaires dans les sections de Paris produisit un effet extraordinaire. Le maire Pache fit fermei' les spectacles et battre le rappel, el adressa aux Parisiens une proclamation qui se Icrminait par celte phrase : irQue dès demain des milliers d'honmies sortent de Paris; c'est aujourd'hui le combat à mort entre les hoiiunes et les rois, entre l'esclavage et la liberté. ^ En même temps il faisait adopter par le conseil général de la conmume les mesures suivantes : exposer au haut de la maison comnume le drapeau qui annonce que la patrie est en danger; placer le drapeau noir au haut de l'église inéiropolitaine'*'.

l^e 9 mars, sur le rapport de Carnot, la Convention décréta l'envoi de 89 conv missaires dans les départements '''. Elle décréta également l'c'tablissement d'un tribunal criminel extraordinaire, rsans appel et sans j-ecoui-s au tribunal de cassation, pour le jugement de tous les traîtres, conspirateurs et contre-révolutionnaires «. Danton réclama la mise en hberté de tous les citoyens français emprisonnés pour dettes, et Jeanbon Saint- André l'abolition de la contrainte par corps pour dettes. irVos commissaii-es , s'écriait Danton , en se disséminant sur toutes les ])arlies de la République, vont répéter aux Français que la grande querelle qui s'est élevée entre le despotisme et la liberté va enfin être terminée. "

Dans la séance du soir du 9 mars le bureau de la Convention dressa la liste'des commissaires. Collot d'Herbois demanda (juc ces commissaires ne pussent pas être |)ris parmi ceux qui ont voté l'appel au peuple. Cette motion souleva les plus vives protestations dans la droite de l'assemblée. Le calme rétabli , un secrétaire donna lecliu-e de la liste des 89 commissaires , laquelle fut adoptée après quelques modifications. Carnot figurait parmi ces connnissaires '*'.

Le 1 o mars Daiilon réclama le départ immédiat des commissaires P> et Di'lmas fit observer que les retards apportés dans la discussion des moyens d'organisation du tribunal criminel extraordinaire retenaient ceux-ci à la Convention '*'. Danton intervint de nouveau et, grâce h ses efforts, le décret d'organisation fut rendu le soir même.

<" Cf. Moniteur, XV, 0/17 et 6'i8. l») Cf. Moiiileur, XV, 066, cl Aulard,

(« Cf. Momfeur, XV, 65 1. Il, 3oo.

(■■" Cf. le loxio (liins lo loine I", p. Hi.)'j W Cf. Moniteur, \\, 680.

et suiv. M Uiid., 683.

Le 1 1 mars les commissaires n'avaient pas encore quitté Paris. Le représentant Lehardi s'en plaignit on ces lornios :

T Je demande la parole pour le rapport d'un décret qui intéresse le salut de l'Etat. Vous avez envoyé des commissaires dans les sections pour bâter le recrutement , et Paris entier s'est levé. Vous avez nommé des commissaires pom- aller dans les départements y électriser les tètes; pourquoi ne partent-ils pas? Sur leur demande, vous avez décrété que leur départ serait relardé jus(pi' après l'organisalion du ministère; mais est-ce «pi'un décret ne saurait être bon s'ils n'y concouraient? Est-ce que 8o membres feront la loi à l'assemblée? Je demande que les commissaires partent h l'instant ou que la commission leur .soit c^tée '''."

La Convention passa à l'ordre du jour sur celte pro|K)sition, mais les commissaires se préparèrent h partir. La France avait été partagée par le décret du g mars en 49 sections, qui chacune devait recevoir la visite de deux commissaires. Carnot eut pour sa part les départements du Nord et tlu Pas-de-Calais, plus particulièrement menacés par les succès de l'ennemi , et son conqiagnon de mission l'ut un député du Nord . Lesage-Senault ^^'. Tous deux se mirent en route le i a mars '■** pour se rendre à Arras ^*', oii ils arrivèrent le i5, après s'être arrêtés à Bapaume'^'. Ils étaient donc sur la lin de leur voyage quand la Convention décréta , le i 4 mars , sur la proposition de Canibon, que Danton et Delacroix partiraient le lendemain jwur la Belgique et que les 8q commissaires seraient tenus de quitter Paris h la même date '"'.]

(■) Cf. Moniteur, XV, 68K.

'> Gaspard-Jeau-Josepli Lesage-Senault, lié à Lille le as novembre 1780, négociant, marguiUier de la paroisse de la Ma<leleine (cf. Uùloire du décatiat de la Madeleine de Lille, par l'abbé H. Desmarcbolier; l>ille, i8g!!,in-8°, p. 1 1 1), haut juré du Noid (3 septembre 1791), administrateur du directoire de Lille (cf. aux Archives nationales, C i5g, n" 3^10, sa prestation de serment, faite à IJlle le ig août 179a), député du Nord à la Convention ( 5 septembre 1 79a ), vola la mort de Louis XVI, mcudire du Comité de sûreté générale ( 1 "■ septembre 1794), député du .\ord au Conseil des (^inq-Cents le a a vendémiaire an I» (lA octobre 1795), réélu le a.3 germinal an ïi (12 avril 1798), exclu le 19 brumaire an vin (10 novembre I7gg) et déporté par Bonaparte dans la Charente- Inférieure, proscrit en 1816 et réfugié en Belgique, mort à Tournai (Belgique) le

3o avril i8a3. Le musée de Lille possède le portrait de Lesage-Senault peint par Wicar. L'artiste a représenté notre conventionnel dans le costume de commissaire aux armées , ceint de l'écbarpe tricolore et l'épée au coté, léte nue, la main gauche tenant le chapeau à plumes.

''' Carnot emportait trois mille livres, dont six cents en or, qu'il avait touchées la veille à la trésorerie nationale. (Cf. le (jomple rendu, en exécution du décret du ai nivrUe an m, pur Carnot, repréienlant du peuple , de se» dépentet dam let diverses missions qu'il a remplies.)

'*' La route de Paris à Arras passait pai' la Villette.le Bourget, Louvres, la Chapelleen -Serval, Sentis, Pont Sainte- Maxence, Roye, Péronne, Mont -Saint -Quentin et Bapaume. La distance était de 45 lieues.

''' (;f. lettre de Carnot et de Lesage- .Senault du a 4 mars I7g3.

(" Cf. Moniteur, XV, 71/1.

h CORRESPOÎVDANŒ GKNÉRALE T)E CARNOT. [l'i jiars 1798.]

BAPAUME, l/j MARS ijf)^- CARNOT ET LESAOE-SENAULT

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