LE GÉNÉRAL LAMABCHE AU MINISTRE DE LA GLERRE
Au quartier général de Bouchain, le ai mai 1798. l'an II de la République française.
LE GÉNÉRAL EU CHEF LilUABCIIE AV CITOrEfI mXlSTBE DE LA GVBBnE.
Les représentants du peuple m'ayant assuré qu'ils allaient rendre compte au Comité de salut public du triste résultat de la journée d'hier 23, pendant [que] je m'occupais h en prévenir les suites fâcheuses et h rallier des troupes effrayées, je
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cras pouvoir me dispenser de vous en ëcrire , me reposant sur les motifs impérieux qui nécessitaient ma présence au dehors.
L'ennemi a fait hier 93, dès 3 heures du matin, une attaque générale sur tous les points de notre frontière , depuis Orchies jusqu'à Bavai. Celle qui a été plus funeste pour nous et à laquelle il avait employé la majeure partie de ses forces fut dirigée vers notre camp de Fainars, qu'il cherchait à tourner par notre droite pendant qu'un corps de troupes faisait l'attaque de nos redoutes avancées sur le front du camp en avant la rivière de Rhoneile. Les forces qu'il déploya vers notre droite, surtout en cavalerie, me fit craindre de voir notre communication sur les derrières coupée, et dès lors notre armée bloquée et réduite à vivre sur les magasins de la ville, qui eût été bientôt réduite à la famine. Celle considération me décida à assembler au camp de Famars , où toute l'armée s'était réunie , un conseil de guerre, dont je joins ici la décision. Le résultat en fut exécuté dès la nuit. L'armée se porta proche Bouchain , là où elle prit une position momentanée sur la gauche de l'Escaul.
J'ai fait reconnaître aujourd'hui une position plus avantageuse, relative aux besoins do l'armée, et dès demain je la prendi-ai. C'est la position appelée le awip de César, entre les deux rivières d'Escaut et de la Sensée. Cette position , entourée de rivières el de marais, me devient absolunienl nécessaire pour ne pas donner prise h la cavalerie ennemie, infiniment supérieure en nombre à celle que j'ai.
J'ai des éloges à donner aux troupes de l'avant-garde , commandées par le général La Roque, el parliculièrement au général de brigade Colaud ''', qui a résisté avec une opiniAtrelé étonnante dans le posle d'IIasnon, où il a été attaqué par des forces si supérieures qu'il a enfin été obligé d'évacuer ce posle. Ce brave ollicier a par trois fois repoussé avec dédain les sommations qui lui ont élé faites de se rendre par le général prussien.
Autant il m'est doux de donner des louanges aux braves gens, autant il m'est pénible d'avoir à vous rendre des comptes défavorables. Mais je ne dois pas vous taire que le général Rnnsonnet '*', qui commandait à Orchies et Marchiennes , a
''' Claude-Silvestre Colaud, né à Briançon (Haulcs-Alpes) le 19 dércmbre 175/1, enrôle au réjjiment du Roi (dragons) le 16 mars 1777, brigadier le 10 juin 1779. fourrier le » 3 juin 1780, marérlial des logis chef le l'i juillet 1781, adjudant le /i septembre 178a, sous-lieulenant au régiment de cbasscurs d'Alsace le ao mai 1788, lieutenant le a5 janvier 1793, capitaine le 3-j juin 179a, lieutenant-colonel el aide de camp du général Valence le 1 8 novembre 1793, colonel de la légion du cenlrc le 96 janvier 1798, général de brigade provisoire le /i mai 1 79.3 , confirmé le .3o juillet '79'^' B^"^'""' de division le 90 septembre 1793, sénateur le 1 3 février 1801, membre
de la légion d'honneur le 9 octobre i8o3, grand-olficier le i4 juin iHolt, comte de l'Empire le 96 avril 1808, pair de France le '1 jiun 1 8 1 4 , mort à Paris le 4 décembre
'•' Jean-Pierre Ransonnet, né à Liège (Belgique) en 1744, servit en Belgique jusqu'en 1799, chef de bngade dos tirailleurs de la Meuse en 1793, commandant de l'arrondissement de Marchiennes et d'Orchies le 10 avril 1798 (cf. La Défente nationale dans le Nord, I, 4j7), général de brigade provisoire le i.'j avril 1798, confirmé le t8 pluviôse an n (6 février 1 794), suspendu le 97 thermidor an n (i4 août 171)4), réintégré le 3 3 pluviôse an m (1 1 fé-
266 CORRESPONDANCE GENERALE DE GARNOT. [2/1 mai 1798.]
abandonné ces postes sans avoir fait la résistance qu'ils comportaient. Aussi lui ai-je ordonné les arrêts jusqu'à ce que vous eussiez vous-raéine prononcé sur sa punition.
Je vous ai mandé par ma lettre du 1 5 avril , lorsque j'ai été nommé provisoirement au commandement de l'armée du Nord, que je ne me flattais pas d'avoir les talents et les connaissances militaires nécessaires pour diriger une armée aussi nombreuse et dont l'arrondissement est aussi étendu. Je vous ai ajouté que ma santé était même un motif impérieux qui nje forçait aux représentations que je vous soumettais. Je vous disais que je travaillerais de cœur et d'âme avec le général Dampierre, vu que les armées étant réunies se trouvaient sous ses ordres*''. A la mort de ce brave général , les représentants du peuple m'ont nommé provisoirement commandant en chef de ci'tle armée. Le cas étant si urgent , je ne i'ai accepté que pour trois ou quatre jours. Je n'ai cessé de le répéter et de les prier d'écrire au Comité de salut public pour qu'on nomme un général en chef'*'. Je
vrior 1795), remis eu activité te 7 tliermidor an ni (a5 juillet lygS), mort à Moutiers ■ en-Tarentaise le 1 3 ventôse an iv (3 mars 1796). — I^ veuve de Ransonnet alla trouver avec ses enfants le directeur Carnol et sollicita une pension; celui-ci, ne pouvant la lui accorder parce que le (jénéral n'avait pas le temps de services exige par la loi, lui fit donner un secours important et plaça les iils dans dos écoles militaires. (Cf. Mémoirei sur Carnol, par son fils, nouvelle édition, II, 98.)
''' Le général Lamarclie avait, en elTet, écrit de Valenciennes , le 1 5 avril 1 798 , au ministre de la guerre (Orig. , Arcli. de la guerre, armée du Nord et des Ardennes) : !t Je vous prie d'être assuré et d'assurer le Conseil exécutif de mon dévouement et attachement à la cause sacrée de la République française Si mes talents et ma santé répondaient à mon zèle et à la bomie volonlé que j'ai d'être utile à ma patrie, je serais heureux; mais ma sanlé n'est pas bien bonne et je ne me flatte pas d'être un général qui ait les connaissances pour conduire une grande année, mais je travallloral de cœur et d'àme , de concert avec le général Dampierre.))
'^' En annonçant la blessure de Dampierre et le remplacement provisoire de ce général par Laraarche, les représentants du peuple demandaient au Comité de salut public que le Conseil exécutif se bàlàt de
désigner le successeur de Dampierre (lettre du 8 mal 1798 dans Aulard, IV, 60). Le 9 mal le Conseil exécutif nomma le général Kllmalne, mais le Comité de salut public déclara cette nomination provisoire en attendant les observations des commissaires de la Convention. Le 1 1 mai les représentants du Bois du Bais et Brlcz écrivaient de Valenciennes au Comité de salut public (Cf. Aulard, IV, 110) :
bTous les généraux et les chefs de l'armée sont à la fols ineptes et dans une inertie vraiment accablante. Aucune mesure vigoureuse n'est pi-oposée. On remarque surtout que c'est avec impatience qu'ils entendent paHer de délivrer Condé ou de le ravitailler. Il n'y a qu'un général habile, un homme de génie et de conception , capable de diriger un grand ensemble, qui puisse entreprendre et exécuter les moyens de sauver cette frontière. Et cet homme, il faut le chercher ailleurs que dans l'armée qui est ici. 11 faut enfin un homme qui, aux connaissances locales et aux talents militaires d'un Dlllon, réunisse tout le patriotisme et l'amour de la patrie d'un vrai républicain. ))
Le t3 mai le Conseil exécutif, s'en référant à la demande faite par les commissaires, nomma Cusline général en chef de l'armée du Nord (Cf. Aulard, IV, i4o) et le jour même, sur un rapport de][Barère, la Convention ratifia ce choix. Le i5 mai
vous reilère celte prière, citoyen ministre, en vous exposant les mêmes raisons que je vous ai soumises dans le temps.
Lamarche.
(Orif;., Arch. de la guerre, armée du Nord et des Ardennes.)