‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 343 sur 388 · CARNOT ASSISTE À LA SÉANCE DU DIRECTOIRE DU DISTRICT · texte numérisé non relu

CARNOT ASSISTE À LA SÉANCE DU DIRECTOIRE DU DISTRICT

Quelques citoyens de Quaëdypre donnent une pétition par laquelle ils exposent tpio contre les dispositions de l'arrêté de l'administration du 1 7 de ce mois , la numicipahté dudit lieu les met en état d'arrestation. Ils réclament contre cet acte

(" Jacques Melleur, capitaine, aide do camp du jjéncral O'Moran.

[a3jtiL. 1793] MISSION DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD. il 3

vexatoire. Le procureur de la coniniune iludit lieu se présente h la tôle d'une troupe arnii'e chargée de mettre ces particuliers en prison ; il remet sur le bureau un certificat de la municipalité qui le charge de leur arrestation. Le citoyen Garnot, commissaire de la Convention, présent à cette séance, observe au procureur de la commune que cette arrestation sans motif est une vexation très préjudiciable à ces citoyens, qui doivent leurs travaux à l'agriculture, et que si la loi s'est reposée sur le patriotisme des numicipalités contre les gens suspects , ce n'est pas pour eu faire usage sur des ressentiments particuliers , mais pour écarter des ii\alveillants des maux qu'ils pourront causer à la R('publique (sic). Ce commissaire a (juestionné le pi-ocureur de la conunune sur quelques motifs qui seraient puissants. Ce dernier a dit que la commune ne devait pas les détailler. Une discussion s'est soutenue en présence dudit commissaire Carnot, dont le résultat est que la municipalité ne pourrait se soustraire à l'autorité naturelle du district et ce dernier à celle du département , qu'autrement ce serait entrer dans l'anarchie.

(ircli. dôp. (lu Nord, L, reg. du district de Bprgues, fol. too.)

GIIYVELDE, aS JUILLET ly^S.

LE GÉNÉRAL RICIIARDOT AU GKNÉnAL O'MORAN.

Gbyvclde, le a3 juillet 1793, l'an 11 de la République française. Mon général,

J'ai reçu hier au soir la lettre qui' vous m'avez fait l'honneur de m' écrire, ainsi (pie l'ordre pour le 5* régiment et pour le cantonnement d'IIondsclioote. Je me suis empressé de le leur faire passer, en y joignant une noie instructive. J'attends avec empressement votre décision h l'égard des grenadiers. Je vous dirai même (ju'elle presse , car tous faisant le même service , tous prétendent au même payement.

Le citoyen Melleur a sans doute oublié de vous parler du 1" bataillon du Pasde-Calais'"', qui est à 1,01 a hommes, et (pii par conséquent excède de 300 et quelques hommes le complet. Je vous ai demandé, à la soHicitalion du lieutenantcolonel Ribotty '^', dont le bataillon n'est composé que de .3oo hommes, que l'excédent du premier fut incorporé dans le second , afin de le renforcer. Répondez : non, ou faites expédier l'ordre, c'est ce que vous demande Ribolty.

Les gendarmes font toujours des leurs; ils insultent maintenant les femmes au

'' Le premier balailion des volontaires du Pas-de-Calais avait été forme le 9 5 septembre 1791. (Cf. Camille Roussel, Le»

volonlairei , p. 3 3 a.)

''' Joseph-Louis Ribolty, né à Pugel- Tliéiiiers (Alpes-Maritimes), chef du 3" bataillon de la garde nationale de -Marseille, fomniandanl du 1" bataillon des Boucliesdu-Rlione le 37 octobre 1791, chef de bri-

gade au camp de (jhyvelde le 1 5 juin 1 798 , commandant de Bergucs le i3 août 1793, suspendu le 6 germinal an u (aO mars i79'i), chef de brigade le 10 du mt^me moi.s (3o mars), commandant de l'arrondissement de Demont el d'isola en 1799, réformé le 11 germinal an i« (1" avril 1801 ). Il vivait encore en 181 S. (Cf. .Arch. adm. de la guerre.)

M fi

fl3 iiii.. 1793.]

bras (Ips oilicicrs. J'en ai fail arrêter hier six on sept qui vont <Hre poursuivis. 11 est bien ninllu'ureiix qu'un si beau coqis se laisse entacher par quelques mauvais sujets qu'il a Jaus son sein '"'.

IjO colonel La Roche nie demande sans cesse les mémoires que je vous ai adressés pour faire passer au général Custine les olliciers de son bataillon, ils en sollicitent la décision. Je vous prie de la faii-e venir et de me répondre à cet article.

Je vous dirai , mon général , que je souffre plus que jamais , et que sous peu je me verrai forcé de vous prier de charger un autre de toute espèce de commandement. Pénétré de mes devoirs, quoi(pie malade, je cherche à les remplir le mieux ([u'il m'est possible; mais je sens qu'il m'est impossible de renqilir toute la tâche que vous m'avez donnée. La v ie des hommes et les intérêts de la Répubhque me sont trop chers pour négliger de vous faire cette observation. Je serais criminel si je ne vous représentais pas qu'il m'est impossilde de surveiller à tout ce que vous m'avez confié. Dans un temps où la frontière était moins menacée, où il v avait moins de troupes, il y avait pour cet arrondissement deux généraux, le citoyen Pascal et moi. Jugez aujourd'hui, où les choses ont changé, si moi qui suis seul, "entièrement seul, car je n'ai personne avec moi, de plus, malade, si je puis y suffire. Je n'ai pas cette présomption , et je serais criminel d'oser même le penser. Je ne crains pas la responsabilité, mais je suis jaloux de bien remplir mes devoirs, ce qui m'est impossible par leur multiphcité , encore plus par le plan que vous avez arrêté avec le général Barthel. Vous me dites rfqu'il convient, ou qu'il n'est pas éloigné de convenir de la nécessité que tous les cantonnements soient sous ma dépendance, puisqu'ils tiennent presque tous au camp de (ihyveldc, qu'il ne peut pas s'éloigner delà ville de Bergues, dont il était spécialement chargé, (pi'à la première occasion que j'aurais de le voir à Bergues tout s'arrangera à l'amiable , que je conviendrai avec lui de tout, et que je verrai qu'il n'y a que du malentendu dans cette discussion, enfin que cela ne lui convient pas.»!

Un républicain ne consulte jamais ses convenances, il ne connaît jamais que le bien de la République. Je me fais un devoir de rivaliser pour le bien , mais je n'ai jamais eu cet avantage avec le général Barthel; ainsi il ne saurait y avoir du malentendu, ou il est tout de sa part, car je l'ignore, et je n'ai rien à arranger avec Im , encore moins à convenir. Un soldat ne fait qu'obéir ou commander, voila ce qu'il a à faire. S'il faut qu'il s'accorde, cela amène des discussions, des lenteurs, et le service en souffre.

<■' Le 9 juillet 1 793 , le général Richardot avait déjà écrit, de Ghyvclde, on ces termes au général O'Moran ( Arcli. nat. , AFii55, n° 85) : cDeux gendarmes ont fait hier un trait abominable à Rosendael. Je n'ai pas encore pu trouver les coupal)les; j'espère pourtant y parvenir. Ces deux scélérats, après avoir crié : Vive la République, ont été forcer une maison, voler et violer. Le représentant du peuple Carnol vous a dit que le général CaHe les

aimait beaucoup et sérail chaniié de réunir à Calais la l)rigade commandée par le lieutenant-colonel Halais. Je vous en prie, mon général, écrivez au général Carie, donnezlui ce bataillon et, quoi qu'il vous donne en écliange , vous y gagnerez , et si on a à se plaindre des gendarmes, on saura que c'est de la brigade Laiocbe, au lieu qu'à présent ils se renvoient toujours la l)aHe, ce qui fait que les coupables nous échappent ton-

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Le commaïKlcnicnt de Rorgues n'est rien par lui-même; il ne l'est que par les canlonnemeutsqui l'avoisinent et le couvrent. Ces deux commandements sont inse'parables. Si quelqu'un est chai'gé spécialement de Bergiies, c'est vous, et non pas un commandant temporaire. Les cantonnements ne tiennent nullement au camp , il n'y a que celui d'Hondschoote. Ils tiennent au contraire à Bergues et Gassel, qu'ils couvrent et défendent.

J'ai cherché, mon général, à répondre aux objections que vous a faites le général Rarthel, et h l'arrêté que vous avez pris ensemble. Mais je n'ai qu'nnc réponse à vous faire; il m'est im])ossii)le de conserver l'étendue do ce commandement, et vous prie do me le faire partager avec qui vous voudrez. Autant que ma santé me le permettra, j'emploierai tout mon zèle à garantir, à défendre, h surveiller, instruire de mon mieux Dunkerque, le camp et Hondschoote '''. Quant au reste, depuis quatre jours, je m'en regarde cnlièrcment déchargé. Cet aveu, cet abandon, vous prouve que je n'aime pas à rivaliser. Dans le besoin, j'irai au secours du général Barlhel ou d'un autre, quand je le connaîtrai; mais je ne corresponds que poui- la siu-veillancc et ma responsabilité; je ne reçois d'ordres que de vous. Je vous l'ai prouvé. J'en ai reçu du général en chef, je vous les ai soumis, et n'ai voulu être mis en possession que par vous, ce qui était mon devoir.

Mon général, tout soldat subordonné ne doit connaître tfue l'obéissance à son supérieur, avoir un dévouement entier à ses ordres et aux intérêts de la République. Mais s'il sui'vcille ses camarades, pour chercher les occasions les plus légères poui' les dénoncer; s'il cherche ses convenances et ses goiils, il sert mal la patrie, il fait plus; il la trahit. Il est plus criminel que s'il entreprenait au delà de ses forces, ce que je ne veux pas faire.

Pardon, mon général, mais permettez-moi de vous dire qu'un chef ne doit pas écouter ses inférieurs , pour favoriser leurs goûts et leurs convenances ; il doit les juger, les classer suivant leiu-s forces, et eux doivent obéir. 11 me paraît que Guitton est la victime innocente des recherches qu'on prétend avoir faites. Vous êtes juste, vous êtes humain, je vous prédis que si vous le laissez à Rexpoède, il

"' Camol-Feulinl s'occupait alors de forlificr la ville d'Hondschoolo. 11 avait cliargô spécialement de la surveillance des travaux en cours d'exécution un ex-conslituani, Pierre-Antoine Hcrwj-n, né à Hondschoote le i8 septembre 1733, député du tiers étal du bailliage de Bailleul aux États généraux, et qui était alors commandant du 5' bataillon de la 5* légion du district de Bergues. Cet Ilerwwi, qui devint plus lard commissaire des guerres, sénateur et pair de France, publia à Douai un Comjitejidèlc de ta conduite de Pierre-. itiloine llertriju /leudaiil la Réeoliition (inqir. de ay pages, \rrli. nat., AF 11 3^17, dossier Henvyn). Il

y rappela qu'il avait été chargé par Gamot le jeune de la direction et de l'exécution des ouvrages autour de Bergues et ajouta : irQuand il s'est agi de présenter au mois de juillet au représentant du peuple Gamot l'aîné, alors à Bergues, de concert avec les mêmes olbcicrs du génie, le plan des fortifications qu'on se proposait d'établir autour d'Houdfchoole, c'est encore moi qui en fus cliarg(? par le Conseil général, el je n'ai rien nc^gligé dans cette occasion, non plus (|u<? dans toutes autres, pour répondre à la confiance (|ue les différentes autoritf's ronsliluf'cs n'ont cessé de in'acrorder."

àU CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT. [a/um. 1793.J

est perdu sous peu. Je suis bien empressé de savoir si le général en chef me laissera sous vos ordres, comme je le désire. Je suis avec respect, mon général.

RiCHARDOT.

(Oiig., Arch. nat., AFii55, i85, n° 4o.)

BERGUES, uA JUILLET lygS.

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