‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 123 sur 191 · ARRÊTÉ DE CARNOT ET DE DDQUESNOY · texte numérisé non relu

ARRÊTÉ DE CARNOT ET DE DDQUESNOY

Nous, représentants du peuple près l'armée du Nord et des Ardennes, considérant que le citoyen Gratien'^', général de brigade, a refusé d'exécuter les ordres du général de division Duquesnoy en ordonnant la retraite aux troupes confiées à son commandement lorsque le général Duquesnoy lui avait ordonné de chasser l'ennemi '-' ; arrêtons que le citoyen Gratien est destitué de ses fonctions et qu'il sera mis

C Pierre-Guillaume Gratien , né à Paris le 1" janvier 176/i, fils d'un marchand, cavalier au régiment de Uragons-Daupliin le ai janvier 1787, congédié le t" octobre 178g, capitaine dans la garde nationale parisienne le a juillet 1790, capitaine au a* bataillon de Paris le ao juillet 1791, élu capitaine de la 1 " compagnie le a 6 septembre suivant, lieutenant-colonel en second le 8 janvier 1793, général de brigade à l'armée du Nord le 3 septembre 1798, arrêté par ordre des représentants Carnot et Duquesnoy le 16 octobre 1798, absous par jugement du tribunal du Pasde-Calais le 10 germinal an 11 (80 mars 179^), réintégré le a 5 prairial an m (i3 juin 1795) et envoyé à l'armée de l'Ouest, suspendu le 7 brumaire an iv (39 octobre 1796), rappelé à l'activité le 11 nivôse an iv (1" janvier 1796), réformé le 1" vendémiaire an v (aa septembre 1796), passé à l'armée de Sambrcet-Meuse le 7 germinal an v (37 mars 1797), suspeudu le i5 tbermidor an vu (a août 1799) pour avoir désobéi aux ordres de son cbef, employé à l'armée de l'Ouest le 9 frimaire anviii(8o novembre 1799), envoyé à l'armée de Batavia le 10 fructidor an X (a8 août i8oa), membre de la Légion d'honneur le 19 frimaire an xii (n décembre i8o3), mis en disponibilité le 1 1 ventôse an xii (a mars 180A), maintenu en activité le 1" germinal (aa mars i8o4), commandant de la Lé-

gion d'honneur le a 5 prairial an xii (i4 juin i8o4), attaché à l'armée du Nord le 36 novembre i8o5, passé au service du roi de Hollande le i5 novembre i8o6, lieutenant général le i5 février 1807, rentré au service comme général de brigade à l'armée d'Espagne le 3i octobre 1809, appelé à l'armée d'Allemagne le i3 juillet 1811, baron de l'Empire le 6 septembre 1811, général de divison le 33 septembre 1813, commandant delà 3* division de l'armée de réserve d'Italie le 1" janvier i8i4, mort à Plaisance (Italie) le a4 avril i8i4.

'-' Le 28 octobre 1798 le général Jourdan écrivit d'Avesnes au ministre de la guerre pour lui fournir son témoignage personnel sur la conduite du général Gratien, qui attendait dans la prison d'Arras sa mise en jugement : s Lorsque le 16 j'arrivai à la division du général Duquesnoy, je lui témoignai ma surprise de voir son aile gauche aussi en arrière. Le général Duquesnoy me répondit, en présence des représentants du peuple Carnot et Duquesnov, qu'il avait donné l'ordre au général Gratien de se porter eu avant et que, bien loin d'exécuter son ordre, il s'était retiré dans la position où je le voyais. Les représentants du peuple se présentèrent de suite à la brigade du général Gratien, destituèrent et firent arrêter ce général, qui est dans ce moment à Arras.n (Orig. ,Arch.

de la guerre , armée du Nord. )

[i6ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 309

sur-le-champ en état d'arrestation pour être jugé par une commission militaire, conformément à ia loi '".

C Le 18 octobre 179.3 le représentant Duqupsiioy envoya le général Gratien aux représentanls du peuple à Arras (cf. Legros, II, 333). La nouvelle de la destitution de cet officier parvint à la Convention dans la séance du 1 8 octobre par la lecture de la lettre de Jourdan à Bouchotle (cf. p. 3.3 1). Les représentants Duhem et Gossuin réclamèrent aussitôt que le général Gralien fût jiii'jé militairement et exécuté à la tête de l'armée. Albitte prolesta contre cette mesure, qui prêtait à l'arbitraire et à rin]u<tice, et pro{)osa de livrer les généraux coupables aux tribunaux révolutionnaires à la suite des armées. Alors Reubell déclara que, dans ces conditions, un général en clief pourrait faire fusiller tous les généraux subalternes qui lui déplairaient et il fit renvoyer la pro|)osition au Comité de salut public (cf Monitettr, XVIII, iSg). Gratien, d'ailleurs, trouva d'ardents défenseurs dans la capitale, oii il était né et où il avait commandé le 3' bataillon de Paris. Le 3 1 octobre 1793 Bouchotle écrivit à ce sujet la lettre suivante à Jourdan (copie, Arch. nal., AF 11 a34) :

RParn. le 3o du i" mois de l'an 11 de ta nrpabtiijue une et iiidivUiljIe.

irJe vous préviens, général, que la nouvelle du délit imputé à Gratien, général de brigade, a fort excité l'attention de ceux qui le connaissent. Des présomptions en faveur de sa moralité et de son courage existent dans sa section et parmi beaucoup de sans-rulottes éclain'S. 11 inqrarte donc, en cbercbant à procurer à la République la satisfaction qu'elle a droit d'attendre, lorsque ses intérêts ont été lésés, de porter cependant dans l'examen de celte affaire une attention telle qu'il ne puisse rester aucun doute que le jugement aura été |>orté dans l'examen le plus scrupuleux et le plus approfondi.

e BoiCIIOTTE.»

Le a 5 octobre Duquesnoy crut devoir

justifier rarrestation de Gratien auprès du Comité de salut public (orig. aul., Arch. de la guerre , armée du Nord ) : b Citoyens collègues, je viens d'apprendre que l'arrestation du ci-devant général Gratien faisait beaucoup de bruit dans Paris. Si ceux qui prennent sa défense étaient instruits des motifs qui nous l'ont fait arrêter, loin de blâmer notre conduite ils y applaudiraient. Notre collègue Carnot peut vous donner à cet égard tous les renseignements nécessaires, et moi j'offre de prouver quand on voudra que Gratien est ou un lâche ou un traître ou un homme inepte; mais, dans l'un comme dans les autres cas, je crois qu'il méritait d'être destitué et arrêté; aussi l'avons nous fait, Carnot cl moi.B

Le 1 1 bnimaire an 11 (1" novembre 1798), Bouchotle donna à Duquesnoy les explications suivantes (minute aut., Arch. de la guerre, armée du Nord) : ff Ma lettre au général Jourdan n'avait pas pour but, ni de demander la cause de la destitution de Gratien, ni aucune inquiétude sur l'impartialité avec laquelle on devra prononcer sur son sort. Mais plusieurs bons citoyens et vieux sans-culottes, qui avaient connu antérieurement Gratien, avaient craint que celle affaire ne fi'it pas soumise à l'instruction ordinaire d'usage dans les armées, et c'est pour soulager leurs inquiétudes que j'ai écrit au général Jourdan. Ma lettre portait que s'il était juste de procurer à la Bi'publique la satisfaction à laquelle elle a droit quand son intérêt a été lésé, il était aussi essentiel de porter dans cette affaire un examen suffisant, qui put oter tout motif de plainte à ceux qui avaient connu Gratien. En deux mots, voilà ma lettre, et j'imagine que vous n'avez pas vu autre chose. 1

Néanmoins le général Gralien, grâce à ses prolecteurs, ne fut pas traduit devant le tribunal révolutionnaire, mais renvoyé devant le tribunal du Pas-de-Calais, qui

310 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 oct. 1798.]

Le général Gratien sera remplacé provisoirement par le citoyen Sorlus'i', chef du 2° bataillon de la Gironde'^'.

l'acquilta le 10 germinal an ii (3o mars 179/1). ^"^ fructidor an ii la commission de l'organisation des armées de terre fit un rapport au Comité de salut public pour exposer que le général Gralicn, rentré au quartier générai de Lille, après son acquittement , avait obtenu un congé de deux mois pour rétablir sa santé altérée par sa détention, et, à l'expiration de ce congé, demandait s'il devait retourner à l'armée du Nord ou rejoindre son ancienne brigade à l'armée de l'Ouest. La commission ajoutait qu'elle n'avait pas cru devoir prendre une décision avant de s'assurer du civisme du général, qu'elle avait consulté Duquesnoy, lequel l'avait renvoyée à Carnot. ( Arch. nat. , AF 11 807). Sur le rapport Carnot écrivit cette note le a6 fructidor an ii (la septembre 1796): «Il est impossible de réintégrer Gratien d'après la conduite qu'il a tenue à la bataille de Waltignies. Carnot. B En effet Gratien ne fut réintégré que l'année suivante, le a 5 prairial an ni (i3 juin 1795). Il fut suspendu encore plusieurs fois , notamment pour insubordination, mais il se réhabilita par son courage et mourut général de division et baron de l'Empire.

(') Nicolas de Sorlus, né à Bordeaux le i5 février 1743, fils d'un avocat, lieutenant au bataillon de garnison de Libourne le 17 février 1756, capitaine garde-cotes de la compagnie détacbée de Saint-Gervais le 3o avril 1769, fieutenant au régiment des recrues de Bordeaux le 1"' octobre 1763, réformé avec ce corps le 3i décembre 1766, capitaine de la compagnie des canonniers d'Audemos le 1" mars 1779, commandant de la compagnie des canonniers de Saint-André-de- Cubzac le a a novembre 178a, lieutenantcolonel en second du a" bataillon des volontaires de la Gironde le 37 septembre 1791 et en premier le ao juillet 1793, général de brigade provisoire sur le champ de bataille de Wattignies le 16 octobre

1793, suspendu le 3 thermidor an m (ai juillet 179A), autorisé à prendre sa retraite le 25 brumaire an m (i5 novembre 179/1), retraité le ao pluviôse an iv (9 février 1796), mort à Cezac (Gironde) le 4 janvier 181 3. Il signait pendant la Révolution Thomas Sorlu».

'') Le 18 vendémaire an vi (9 octobre 1797) le général Sorlus sollicita sa mise en activité de service et rappela son rôle à la bataille de Wattignies. «Dans l'affaire du 1 5 le bataillon du général Sorlus fut de la réserve et \ ers les quatre heures du soir il eut l'ordre de traverser le champ de bataille pour soutenir les tirailleurs et ensuite les renforcer, ce qu'il fit avec succès. Le lendemain la colonne dont son bataillon faisait partie fut renforcer celle qui attaquait Wattignies. Ce fut en arrivant et au commencement de l'attaque que le 2* bataillon de la Gironde fut placé entre les villages de Dimechaux et de Waltignies.

A peine le bataillon fut-il posté qu'il eut ordre de tourner les hauteurs par ime gorge , ce qu'il exécuta au pas de charge. L'ennemi évacua aussitôt le terrain qu'il occupait. Ce fut dans ce moment de gloire pour les troupes républicaines que le représentant Duquesnoy et le général de ce nom firent appeler le citoyen Sorlus et, après avoir demandé à son bataillon si cet officier s'était bien conduit, sur la réponse affirmative, ils le proclamèrent général do brigade en remplacement de celui qu'on venait de destituer, n (Orig. aut., Arch. adm. de la guerre, dossier Sorlus.) — Le générai Jourdan apostiUa cette pétition en ces termes : <tJe certifie que le citoyen Thomas Sorlus a été nommé général de brigade sur le champ de bataille de Waltignies et qu'il a rempli les fonctions de son grade avec zèle, exactitude et intelligence, pendant tout le temps qu'il a servi sous mes ordres. Paris, le 6 brumaire an vi de la République. Le représentant du peuple, JouHDAK (de la Haute-Vienne). »

[16 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 3H

Le générai Ernouf, chef de l'état-major, est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Fait à Avesnes le 1 6 octobre 1798, l'an 11 de la République.

Carnot, Duquesînoy.

(Copie, Arch. nat., AF II a33.)

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