RÉCIT DE LA BATAILLE DE WATTIGNIES , RIÎDIGÉ PAR LE «ENKRAL JOURDAN
Le prince de Cobourg , informé de la marche de Jom-dan , laissa un corps d'ob- MM-vation autour de Maubeuge et posta son armée de manière à couvrir tous les débouchés par où les républicains pouvaient s'approcher de la place. L'aile droite , aux ordres du comte de Bellegarde , s'appuyait h la Sambre près Berlaimont ; la plus grande partie de la cavalerie était réunie sur ce point. Les avant-postes tenaient Levai sous Berlaimont, Saint- Waast, Moncheaux et Saint-Réiny ; le centre, sous le général Clerfayt , adossé au bois en arrière de Dourlers et couvert de quelques retrancliements , défendait ce village et ceux de Saint-Aubin et Floursies;la gauche, aux ordres du général Terzy, à Watlignies, dans une position qui paraissait inexpugnable , occupait Diinont et Dimechaux ; un corps d'environ quatre mille hommes , détaché sous Beaumont , sous le commandement du général Benjowsky, observait
[i6ocT. 1793.J CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. :H3
les l)alailloiis de nouvelle levée rassemblés à Pliilippeville; enfin, les réserves, campées à Daniousies, Beaufort et Fontaine, étaient à portée fie soutenir les points les plus faibles.
Le 1 5 octobre , l'armée fi-ancaise se mit en mouvement sur quatre rolonnes. I^e général Fi'omentin, avec sa division et celle de Cnrdellier"', avait l'onb-e de se dirig-er sur Moncbeaux et Saint-Rémy, de cliasser l'ennemi de Levai et Saint- \\ aast , d'y laisser une partie de ses troupes pour couvrir sa gauclie , de pénétrer ensuite dans les bois par Sainl-Réuiy et de tâcher de s'avancer jusqu'à Eclaibes, ayant soin de ne point s'aventurer dans la plaine. Le général Balland, avant à sa suite une forte batterie de pièces de la et de 16, suivit la grande roule de Maubeuge, déploya sa division eu avant du bois et engagea une vive canonnade. Le général Duquesnoy marcha surBeugnies, ayant pour instruction de s'emparer de DimonI et Dimechaux et de chercher à déposler la gauche des ennemis de Wallignies. Le général Beauregard déboucha par Soh-e-le-Châleau sur Eccles et passa sous les ordres de Duquesnoy, qui pouvait, suivant les circonstances, rap|)eler à lui ou l'opposer au général Benjowsky, à portée de le déborder sur sa droite. Comme il était ti'ès important d'emptVher le général ennemi de faire celle manœuvre, il fut prescrit au général Elie île s'avancer de Pliilippeville sui- Silenrieux, ayant soin de marcher avec la plus grande circonspection , de n'engager que des affaires d'avantpcsles et de ne chercher à entrer .'1 Beanmont (pie dans le cas où l'ennemi l'évacuerail. L'intention du général en chef était d'attaquer le cenire des alliés avec la division Balland , lorscpi'il apprendrait les succès des colonnes de la droite et de la gauche, et do réunir ensuite sim armée à la tête des.bois, la droite à Wattignies et la gauclie à Eclaibes.
L'action commença à neuf iieures du matin. Le général Fromentin chassa l'ennemi sans beaucoup de peine île Moncbeaux et de Saint-Rémy, et après un
"1 Etienne-Jeaa-François Cordcilier, no à Faremouliers(Seine-ol-Manie)lc 99 avril i7C7,fils d'un notaire, enga/jé au régimcnl (le Boulonnais ( infanlorie) le 5 février 1785, congédié par grâce le 19 novembre 1788, capilaino dans la garde nationale de Faremoutiers le li juillet 1789 et au 9' bataillon des volontaires de Seine-et-Marne le 11 soplembre 1791, lieutenant-colonel en a' le .'io avril 1799 et en 1" le i5 mai 1793, gênerai de brigade à l'armée des Ardciines le 3 septembre 1 79.3 et de division le 1" octobre suivant, employé à l'armée de l'Ouest le 38 novembre 1798, suspendu le i3 mai 179^, relevé de sa suspension le 19 juillet 179."), autorisé à prendre sa rc- Iraile le i5 iioveinlire 1797, cliargé, avec le litre de chef de bataillon, le 7 juin 1799, de conduire à l'armée du Rliin le 1 <>' délarliemenl des conscril' Je Seine-el- Marne,
employé dans le grade de général de division à l'armée d'Italie le 1 1 juillet 1 799 , réformé le 99 mai 1 800 , admis à une solde de retraite de 3, 000 francs le .5 oclobw 1819, rliargc d'organiser la levée en inns e dans l'arrondissement d'Epernay à la fin de 181 3 et de commander le dépol d'odiciers espagnols asserineulés à Sézanne du 9 janvier au â février i8i'i, mort à Parii le 10 juillet i8'i.'). — Le général fiordellier avait écrit d'Avesnes au minisire de la guerre le i3 octobre 1798 pour lui accuser réception de sa nomination au gi'ade de général de divi^io:l. tr Celle nouvelle marque de coiiliancc de la nation apporte sur ma léte une responsabilité plus étendue, mais, fort de mon patriotisme, je vais redoubler de zèle pour prouver à mes concitoyens que je suis digne de leur confiance. n (Orig., Arcb.adm. de laguerre, dossier (Cordcilier.)
MU CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [16 oct. 1798.]
combat plus opiniâtre enleva les postes de Levai et de Saint- Waast. Ces premiers avantages lui ayant inspiré trop de confiance , au lieu de se conformer à ses instructions , il déboucha par Saint-Waast dans ia plaine , en présence de toute la cavalerie autrichienne , qui manœuvra pour l'envelopper. Ses troupes connaissant mieux que lui le danger qu'elles couraient, se mirent en reti'aite d'elles-mêmes et revinrent en désordre dans le ravin qu'elles venaient de franchir, arrêtèrent la cavalerie et se soulinrent à Saint-Rémy et à Monceaux. Fromentin, citoyen dévoué à sa patrie et plein de courage, ignorait les premiers éléments de l'art de la guerre et croyait fermement ce cpi'on répétait sans cesse à la tribune de la Convention et à celle des Jacobins, que tout le talent d'un général consistait à charger à la tête de ses troupes l'ennemi pai-tout où il le renconti'ait. 11 n'est donc pas surprenant qu'il n'ait pas su conduire une opération qui demandât des combinaisons et de ia prudence.
Le général Duquesnoy, à la suite d'un combat très vif, s'empara de Dimont et de Dimechaux, mais ne se crut pas assez en force pour attaquer le camp de Wattignies et négligea néanmoins d'appeler à lui le général Beauregai'd , resté mal à propos à Ecdes , où il n'aperçut que des éelah'eurs.
Lorsque Cai-not apprit que Fromentin avait forcé Saint-Waast et Duquesnoy Dimechaux , il crut la bataille gagnée et proposa de marcher sm- Douriers. Ce fut en vain que Jom'dan lui représenta qu'avant d'engager le centre U était prudent d'attendi'e que la gauche eût gagné j)lus de terrain ; Carnot persista dans son opinion, pai'la d'énergie et J'audacc et donna à entendre que cette prudence laissait échapper la victoire. Jourdan , cédant à un sentiment de fierté et à la vivacité de son âge , se mit à la tète de la division Balland rangée sur deux lignes et se porta en avant. Arrivé sous un feu roulant d'artillerie au ravin qui est eu avant de Douriers , il fit inutUement les plus gi-ands efforts pour le franchir. Les premiers bataillons qui débouchèrent furent culbutés par la mitraille et la mousqueterie , et une compagnie d'artillerie légère eut ses pièces démontées, ses chevaux et une grande partie des canonniers tués avant d'avoir mis en batterie. Désespéré de voir périr inutilement tant de braves et cherchant une mort glorieuse , le général eu chef sortit du ravin pour encourager les troupes par son exemple et s'exposa au danger le plus imminent. De cette position il aperçut une colonne qui commençait à com-onner les hauteurs à gauche de Saint-Aubin et se disposait à attaquer en flanc ; alors les commissaires de la Convention consentirent à la retraite et la division revint à sa première position , après avoir perdu par trop de précipitation douze à quinze cents hommes. La nuit mit fin au combat '"'.
On a lieu d'être surpris que le prince de Cobourg n'ait pas profité d'une faute si grossière. S'il se fût précipité avec son centre sur la division Balland agglomérée dans le ravin , il l'eût facilement détruite. Marchant ensuite sur la droite de celle de Fromentin , il l'eût vraisemblablement dispersée et remporté une victoire complète. Heureusement il ne fit aucun mouvement offensif.
C Si la vérité nous a obligé de rappeler son frère donnèrent au général en chef des ce fait, elle nous fait aussi un devoir de dire conseils utiles. (Celle note émane de Jonrque dans d'autres circonstances Carnot et dan et prouve son désir d'impartialité. )
[i6ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 315
Le général en chef, reconnaissant qu'il avait eu tort de multiplier ses attaques , prit la (léterniiuation de porter ses forces principales siu" Wattignies. Pendant la nuit, neuf bataillons et huit escadrons des divisions de gauche et du centre se réunirent à Beugnies et passèrent sous le commandement du général Duquesnoy. Le général Fromentin reçut Tordre de reprendre Levai et Saint-Waast et de s'y maintenir; il lui fut expressément recommandé de ne se porter plus avant que dans le cas où l'ennemi se dégarnirait devant lui ; il fut prescrit au général Balland de canonner vivement le centre des Autrichiens , de pousser de l'infanterie aussi en avant qu'il le pourrait dans les bois à droite de la route de Maubeuge et de se tenir prêt à marcher sur Dourlers , aussitôt qu'il en recevrait l'ordi'e. Le général en chef, accompagné des commissaires de la Convention , se rendit le 1 6 au malin à son aile droite qui , au moyen des renforts qu'elle avait reçus , comptait •i4,ooo combattants.
Wattignies , village assez considérable , situé sur une hauteur, entouré de haies et de jardins, couvert de ravins profonds oii coulent des ruisseaux, et défendu par une nombreuse infanterie soutenue d'une réserve, paraissait inabordable. Néanmoins , ce poste étant la clef de la position des alliés , Jourdan se détermina h faire les plus grands efforts pour s'en emparer. Le général Beaui-egard marcha d'Eccles sm- Obrechies pour couvrir la droite de l'attaque, menacer la gauche des réserves de l'ennemi et tâcher de se mettre en comnmnication avec le camp de Maubeuge. Duquesnoy divisa ses troupes en trois colonnes ; celle de droite se porta sur Choisies pour y traverser le ruisseau sur un point reconnu , celle de gauche le passa à Dimont et rencontra le ravin qui se prolonge en avant de Wattignies jusqu'à sa naissance; celle du centre, destinée à attaquer de fix)nt, attendait à Dimechaux que les deux premières eussent achevé leur mouvement. Cependant ses tii-aiileurs s'étant trop pressés de franchir le ravin furent culbutés. Duquesnoy les ayant fait soutenir, un nouveau combat s'engagea et les Français furent repoussés une seconde fois avec une perte assez considérable.
Enfm la droite et la gauche ayant atteint les points indiqués, le signal de l'attaque générale fut donné et les trois colonnes se précipitèrent en même temps sur Wattignies.
Le général Terzy, attaqué avec la plus grande impétuosité sur ses deux flancs et siu' son front, résista longtemps avec beaucoup de valeui' et ne céda la position (|ue quand les régiments de Klebeck , Hohenlohe et Stein eurent été détruits en grande partie. Les escadrons ennemis s'étant présentés pour charger l'infanterie , au moment où elle débouchait du village , furent mis en désordre par des batteries judicieusement placées et [)otirsuivis par la cavalerie républicaine. Alors les colonnes se déployèrent en avant de Wattignies et découvrirent Maubeuge , dont la nomlircuse garnison restait tranquille spectatrice des prodiges de valeur qu'on faisait pour la délivrer.
Pendant que ces événements se passaient à Wattignies, le général Balland se |)orta sm- Dourlers , défendu par les grenadiers bohémiens , et l'emporta à la suite d'un combat sanglant. Le général Fromentin de son côté se rendit maître de Levai et Saint-Waast et des bois entre Saint-Rémy et Saint-Aubin. I^a nuit ipii survint ne permit |)as aux Français de pousser plus loin leurs avantages , et le prince de
316 GORRESPONDANCIÎ GÉNÉRALE DE GARNOT. [16 oct. 1793.]
Gobourg en profita pour faire sa retraite. Sa perle fut évakiëe à six mille hommes et celle des F'rancais à la moitié.
Gependant les républicains ne furent pas également heureux sur tous les points. Le mouvement du général Beauregard sur Olirechies avant fait craindre au général ennemi qu'il ne se tint par derrière avec le camp de Maubeuge, il détacha sur lui un coi'ps de cavalerie. Soit que le général Beauregard n'eut pas les talents de son grade , soit que sa cavalerie ne fit pas sou devoir, ainsi qu'il l'en accusa , il est certain qu'il se retira précipitamment et en désordre dans les bois, en avant de Solre-le-Ghàleau , et (juo , pour ai'réter les escadrons ennemis , le général en chef fut obligé de faire rétrograder plusieurs des siens sui- Dimecliaux '''. En même temps le général Èlie, qui d'api'èsses instructions devait se borner à des démonstrations, connnit la faute de s'avancer sur Beaumont avec ses bataillons de réquisition et douze pièces d'artillerie. Le général Benjowsky se porta à sa rencontre et le seul aspect de sa cavalerie mit en fuite cette masse de recrues privée d'officiers. Onze pièces de canons furent abandonnées et les fuyards, ayant gagné les bois avant d'avoir été atteints, rentrèrent dans Pliilipj)eville sans autre perte '*'.
Le déblocus de Manliouge louina en faveur de la Fi'ancc les chances de la guerre. Les alliés, maîlres de cette place, seraient sans doute sortis du système de circonspection qui les avait retenus sur les frontières, et lorsqu'on réfléchit sur la situation des armées et qu'on se rappelle qu'à celte épnque le-; Vendéens étaient aux portes de Poitiers, Lyon en insurrection et Toulon au pouvoir de l'ennemi,
''' Le général Paillol de Beauregard fut susi)e;Hlu de ses fonctions le 17 ocloljre 179.S, et mis en arrestation et conduit à Arras le 90. Il écrivit aussitôt aux représenlnnls du peuple (orig. , Arch. nat.
AA ;>\ , dossier i/i'iy) : «J'arrive à la citadelle d'Arras par vos ordres; je vous ])rie de uie perinelire de me disrul|)er devant vous des torts que l'inlrifrue a fait mettre sur mon compte et qui regardent un autre général. J'ai oui dire que le général Duqufisnoy s'était plaint de moi. Je ne blâme point sa démarche, parce qu'il n'a pu dire que ce qu'on lui a fait dire, attendu qu'il n'a pas |)u voir manœuvrer les troupes de la di- ision (pie je commandais. La circonstance m'oblige à l'rancliir les jiornes de la modestie; j'ai le droit d'avancer que ma conduite militaire, pendant les deux jours que l'on s'est battu, est digne d'éloges. Je les attends de votre justice, citoyens représentants, loi-sque vous saurez ia vérité. ..s — Le {) |irairial an u (a5 mai 179'!), il rédigea un mémoire jusiilicalif où on trouve celle phrase sur la bataille de Wallignies :
trll est bien vrai que le général Beauregard s'est échappé de l'ennemi qui l'avait enveloppé , qu'ensuite il a animé les troupes au combat et a fait jouer de suite l'artillerie légère, ce qui a précipité la reiraite de l'ennemi el l'a empêché de faire des prisonniers.» (Orig. , Arch. adm. de la guerre, dossier Beauregard.) Le général l'aillol de Beauregard ne fut mis en liberté que le la fructidor an 11 (39 août 179'!). '*' Le 16 octobre, le général Berlaux écrivit de Philipjjeville au maire de Givet pour lui mander ia déroule des troujies du général Klie. ttElle a entraîné la perte de toute son artillerie, excepté une soûle pièce de canon de 8. Il y a eu beaucoup de tués, de blessés el de prisonniers. >ious avons ici 97 blessés à notre hôpital. . . Je vous prie, citoyen maire, au nom de la patrie, de faire partir de Givet * s'il est possible, quelques élèves en chirurgie pour aider ceux qui sont ici, car nous n'avons que deux élèves pour soigner les blesses cl malades, r (Copie, Arch. de la guerre, armée du Nord.)
[.6ccT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 317
on est fondé à penser qu'ils seraient arrivés à Paris sans rencontrer de grands obstacles. Battus devant Maubeuge, ils crurent devoir prendre des quartiers dliiver en attendant de nouveaux renforts , et dans cet intervalle les années françaises se recrutèrent et s'organisèrent , et la campagne suivante elles allèrent planter leui's drapeaux sur les bords du Rliin.
Jourdan dut en partie la victoire aux dispositions de son adversaire. Le prince de Cobourg tint son armée d'obsei-vation tro]) près de Maubeuge; en l'établissant sur la lisière du bois des baies d'Avesnes, en arrière de la grande Helpe, la droite à Noyelles-sur-Sambre et la gaucbe sur les bauteurs en arrière de Semeries, et fortifiant cette position de quelques ouvrages de campagne , il l'eût rendue inallaquable de front et aurait même pu s'enqiai'er d'Avesnes , mauvaise place Iiors d'état de défense, avant l'arrivée de l'armée du Nord. Jourdan, obligé de se jeter sur sa droite dans un pays coupé de bois et de ravins et dépourvu de tout, livrant par conséquent aux partis ennemis ses communications avec Guise , oii se trouvaient ses magasins, eût été exposé à la plus affreuse disette. Supposons qu'après avoir surmonté cette difficulté, il eût déboucbé sur Cbimay pour ])rendi'e la direction de Beauinnnt, le prince de Cobourg, par un simple cbangenient de front, se serait posté, la droite à SoIre-le-Cbâteau et la gaucbe à SoIre-sur-Sambre , dans une position également forte, couverte de bois et de ravins faciles à défendre. L'armée française, barassée par les marcbes pénibles, mani[uant de subsistances et ne se faisant suivre qu'avec les plus grandes difficultés par son artillerie, eut été peu en état de l'attaquer, et pendant ce tem|)s la garnison de Maubeuge , qui ne montra que de la faiblesse , aurait capitulé. On peut également reprocber au prince de ne pas avoir fait soutenir le général Terzy. Dès le 16 au matin il put s'apercevoir que son adversaire portait ses principales forces sur \V attignies ; il était donc convenable de faire marcher les réserves sur ce point. La présence du général Benjowsky à Beanmont pour observer des corps de nouvelle levée y était fort inutile; posté à Obrecbies , il eût tombé sur la droite des Français et fait échouer leur attaque sur Wattignies ''>.
''' La victoire de Wattignies provoqua i'ctoiinemenl de l'Europe et on en rcciicrdia les causes. Colwurg fut accusa d'incapacité, comme le prouve une correspondance (le Londres insérée dans le Moniteur du 90 l)rumaircan m (10 novembre 1798) cl dont voici le texte : ^Lundreu, le a3 octobre. La levée du si(>gc de Maui>eufie et la retraite très liâtée du prince de Colniurg, quoique présentées par les gazettes allemandes comme une mesure de sûreté et une ruse militaire, fait partout la plus grande sensation. On n'imagine pas comment une armée, regardée comme l'clile des troupes de l'Europe, connuandée par les plus haLiies généraux du siècle, a clé
forcée de fuir devant des sans-culottes et un général Jourdan , dont le nom n'avait pas clé prononcé avant sa v ictoire. Cet événement forcé, l'examen des jirélcndus talents de Cobourg et toutes ses dispositions depuis la prise de Valcnciennes prouvent son incapacité. On sait d'une manière assurée qu'd ne doit la ré|iutalion (pi'il a usurpée qu'aux conseUs d'un ollicier général qui le dirigeait et que ses blessures ont forcé de se retirer. Le grand général, réduit à présent à lui-même, n'inspire plus que la méfiance à ses troupes et à ses alliés. La rivalité produit l'esprit de division, et cette grande ligue, si imposante, à laquelle rien ne devait résister, s'évanouira
318 CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT. [i6 oct. 1798.]
Jourdan , de son côte , eut tort de ne pas porter j)liis de troupes sur sa di-oite. Dix mille hommes disperses le long du bois des haies d'Avesnes auraient tenu en échec la g-auche et le cenlie des Autrichiens et, en marchant sur Waltignies avec le reste de son armée , il aurait remporté une victoire plus complète '''.
Le 1 7 au matin , le général en chef, accompagné des commissaires de la Convention , entra dans Maubeuge et témoigna son mécontentement au général Ferrand sur ce qu'il n'avait rien entrepris pour seconder l'armée , lui faisant ohsener que s'il eût porté brusquement dix mille hommes sur Perrière au moment où l'aile gauche de l'ennemi était culbutée , il aurait complété la victoire. Ce général donna pour excuse qu'ayant assemblé un conseil de guerre , le général Chancel avait représenté que , ne croyant pas l'ai-mée du Nord en état de livrer bataille au prince de Cobourg , il présumait que l'ennemi seul tirait le canon qu'on entendait , dans l'espérance de persuader à la garnison qu'on marchait à son secours et l'attirer par cette ruse dans une embuscade. Il ajouta que cette opinion ayant paru vraisemblable aux membres du Conseil , il avait cru devoir s'interdire une entreprise qui aurait pu compromettre la place qui lui était confiée. On eût été fondé de lui répondre qu'en sa qualité de commandant en chef il était libre de rejeter l'avis de Chancel; néanmoins, les commissaires rendirent ce dernier responsable de cette faute et le traduisirent au tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort.
(Arch. de la guerre, mémoires autographes et inédits de Jourdan.)