‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 140 sur 191 · III. a · texte numérisé non relu

III. a

354 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ly ocr. 1793.]

village d'Assevent , on a coiiimandé 5o cavaliers et i5o hommes d'infanterie. L'expédition s'est faite avec succès.

Dans la nuit du 1 a au 1 3 , on a battu de la redoute du Loup les retranciiements que l'ennemi a formés en avant du bois de Beanfort , sur le côté gauche de la redoute de Maubeuge à Avesnes.

Le 1 3 au matin , on a continué l'évacuation des fourrages d'Assevent. Le soir, la décision a été prise dans le comité pom' débusquer, à la pointe du jour, l'ennemi du bois du Tilleul, et détruire los différents travaux qu'il a pu effectuer dans ce bois. Cinq bataillons dinfanterie légère, divisés on colonne de droite et de gauche, six compagnies de grenadiers et quatre bataillons qui devaient servir de réserve, 5o cavaliers et 5o dragons, deux pièces de 8 et un obusier de l'artillerie légère, ont été commandés à cet effet , le tout sous les ordres du général de brigade Vezu.

Le 1^1 au matin, l'ennemi a été attaqué par nos tirailleurs, dont partie ont pénétré dans les retranchements ennemis. La colonne de droite ayant entré dans le bois ainsi ipie celle de gauche , l'effet des feux croisés a été funeste à nos tii'ailleurs et les a contraints à se retirer. On a eidevé à l'ennemi une pièce de canon. I^s forces, que les camps voisins permettaient à l'ennemi de porter dans ce bois, ont contraint à la retraite. On a fait douze |)risonniers.

Le soii', la générale a été battue en ville et au camp; l'exécution d'un jugement du tribunal militaire s'est effectuée à trois heures après midi : le coupable a été fusillé.

Le 1 5 au matin , le bruit du canon s'est fait entendre dans le lointain ; on a cru même entendi-e le feu de la mousqueterie. Sur les onze heures , on a entendu et aperçu distinctement l'attaque faite à l'ennemi. On l'a jugée établie entre Damousies et Obrecbies; on a cru aussi l'ennemi attaqué dans le ])oinl de Bâchant. On n'a pas eu assez de données pour l'affuMiier.

Dès que les secours ont paru certains, on a l'ait battre la générale; deux colonnes ont été sui'-le-chanqî fornu-es pour inquiéter l'ennemi. L'attaque, commencée du côté de Dantousies, s'est soutenue; elle s'est prolongée ou plutôt a paru commencer dans la paiiie d(; Sars-Poteiies. Le feu a cessé par intervalles; les mouvements des armées étaient trop lointains pour jugei- du ten-ain qu'occu])aient ces deux ai'niées. A la chute du jour, lo feu s'est fait entendre dans la partie gauche du bois de Beanfort; toute la lisière du bois était hérissée du feu de l'tirtillerie et de l'infanterie, la l'edoute du Lou[> a riposté. Le peu de jour qui i-estait après la formation des colonnes n'a pas pei'mis d'effectuer aucun iiiomement; les troupes du canq) sont rentrées , et de nouvelles dispositions ont été prises pour le lendemain.

Le 1 6 au matin , le brouillard était si épais qu'il n'a pas peraiis de suivre les démarches de l'ennemi. Sur les onze heures, il s'est dissipé. L'attatpie de l'armée de secours a reconuncncé dans les mêmes points. L'incendie n'a ]ias tardé à se déclarer au village d'Obrecbies et s'y est maintenu une partie de la journée. L'ac-

[kjoct. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 355

(ion a paru établie sur le couronnement du camp. Vers les une heure, on a vu l'effet de l'artillerie sui- les points d'Hautmont, Edaibes, Sars-Poteries , Damousies cl Ferrière-Ia-Pelite. Pendant quelque temps le feu a paru s'éloigner; beaucoup de signaux se sont fait apercevoir des bois de Ferrière-la-Petite.

La contenance des ennemis dans leur camp, où ils ont toujours maintenu des forces majeures, n'a pu j)ermetti'e aucun mouvement offensif. Leui' front hérissé de redoutes et d'une nombreuse artillerie, plus de i5,ooo hommes de cavalerie , tout aurait rendu une attaque téméraire et réprébensible , malgré l'attaque (|u'éprouvait leur armée d'observation, et n'aurait pu que compromettre les intérêts de la République. Le général, à l'avis du conseil de tous les généraux, n'a pas cru devoir hasai-der aucune action et s'est déterminé à tenir l'armée en observation.

Sur lo soir, l'attaque a reparu du côté de Sars-Poteries. A cinq heures trois quarts, un feu vif de mousqueterie s'est fait entendre sur la gauche du bois de Beaufort. Sur les onze heures, le général du camp a prévenu (ju'on entendait le bruit du passage de i"ai1illerie ennemie; l'airivée de (juelques déserteurs a confirmé celte annonce, ainsi (pie celle de la retraite de l'ciniemi. L'armée est sortie sur diffé-rents points pour harceler l'ennemi; il a totalement repassé la Sambre; les anciens postes ont été repris par nos troupes , et on ne cesse de s'occuper de détruire les lra\aHX immenses déjà faits par l'ennemi. La précipitation de leur retraite, due à l'armée victorieuse de Jourdan, leur a fait laisser beaucoup de blessés dans le bois de Beaufort, qui ont été recueillis dans nos hôpitaux; on leur a fait cent prisonniers (ju'on fait refluer à Arras.

Ils ont abandoimé une grande ipiantité d'ustensiles de toute espèce, ainsi que fascines, gabions, madriers prépan-s pour le bondjardement du camp. L'arrivée des représentants du peuple et du général Jourdan à Maubeuge nous a fait oublier les désagréments de notre captivité. Nous avons embrassé, en vrais sans-culottes, nos libérateurs, et l'allégresse qu'a témoignée notre année captive a dû dédommager nos frères d'armes de toutes les fatigues (pi'ils ont éprouvées pour nous.

Au (piarlier général de .Maubeuge, le 8' jour de la 3' décade du i" mois l'an ii de 1» Bépubli({ue, une et indivisible.

Le (fénéral de division,

Eerra.nd.

(Orig., Arch. nal., DXI, ii, 0. i

(;iVKT, 1(J ODTOlillK 17<J'>.

l.K IIK>FR*L KMK AU COMITÉ DE SALLT PUBLIC.

Aimli/xe. — Envoi du rapport sur l'expétlilion (pie le général Jourdan lui avait ordonné de faire sur Beaumonl. Il ne peut attribuersou échec qu'à la ti-op gi-ande

356 CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT. [iç, oct. 1793.]

quantilé de recrues dont se composait son corps d'armée. «Je u"a\ais plus ([uc de braves soldats à la vérité , mais trop neufs dans l'art de la gueri-e. n D'ailleurs cette malheureuse déroute a été plus funeste à nos ennemis qu'à la Républiipie, car ou assure que ceux-ci ont perdu 1,100 hommes , qu'ils étaient plus de aS.ooo hommes , commandés par Beaidieu et le plus jeune des frères de Capet (le comte d'Artois). Il se plaint du maire de Civet, qui veut se mêler de toutes les opérations militaires et qui est accusé d'avoir inteirepté une lettre où on prévenait le général des démarches de Reaulieu. Il prévient le Comité que sa garnison est travaillée, que l'argent de Pitt et Cobourg y circule, que des malveillants font paraître souvent des soldats ivres dans le sein de la société populaire pour semer enti-e tous une jalousie funeste et donner des soupçons injurieux sur sa conduite et son républicanisme, afin do lui enlever la confiance des troupes.

(Oi'ig. , Arch. de la guerre, armée du Nord.)

GIVET, 1() OCTOBRK 179^.

I,K GÉNEIUL ÉLIK Ai; MIN[STnK UK LA GUEIIRK BOUOHOTTE.

Givet, lo Qo'jour du 1" mois dei'aii 11 de la liépaliiique française.

LE CITOïBH eue , GiJVt«ii DE DIVISION , COMMANDAM À GIVET ET ABROXDISSEMEXT, AU CITOYEN BOVCHOTTE, MINISTRE DE LA GVEBRE.

Citoyen ministre.

D'après les ordres qui m'avaient été donnés par le général Jourdan de me jiorter sur Beaumont avec tout ce que je pourrais tirer des troupes que je commande , afin de seconder l'opération que s'était proposée ce général sur Maubeuge, je parlis de Philippeville avec trois mille cinq cents hommes , dont les deux tiers étaient des hommes inexpérimentés fournis par des nouveaux bataillons de la masse et les recrues des anciens corps. Les seules bonnes troupes ([ue j'avais étaient cent hommes de cavalerie et cpielques conqjagnies de grenadiers , chasseui's et canonniers. Quelcpie peu nombreux que fussent les hommes expérimentés qui se trouvaient dans ma petite armée, j'ai marché, persuadé de la victoire, espérant que l'amour de la patrie, le caractère de soldat r('publicain et le désir de vaincre les tyrans équivaudraient au moins à l'expérience et seraient funestes à nos ennemis. Après avoir harangué ma troupe, j'ai entendu dans tous les rangs des cris redoublés de : Vive la République! Vive la MonUijrne! Ça ira! Ces voix patriotiques et républicaines m'ont présagé le succès de mon expédition; le cœur rempli de confiance, orgueilleux et lier de conduire les soldats de la liberté contre ceu\ des despotes, j'ordonne la marche.

|i()ocT. 1793.] CORRESPONDANCF-: MILITAIRR DU COMITÉ. ;î57

Parvenu à la hauteur de Daussois, l'ennemi me menace de m'attaquer en li^le ol en flanc; je mé|irise ses menaces, persuadé qu'il ne veut que ni'amuser pour l'aire manquer mon expédition : je ne lui oppose, pour l'amuser à mon tour, (pie quelques tirailleurs. L'affaire se passa sans aucune perte de ma part. Gomme le terrain , les hauteurs et les bois ne me permettaient que de marcher sur une colonne, je m'étais fait flanquer et éclairer jiar quelques compagnies de chasseurs. Nous entrâmes |>endant la nuit au village de Silencieux, placé dans une gorge; j'avais envoyé du monde pour prendre des positions et fouiller le village. La marche détom-née de ces éclaii'eurs épouvanta quelfjues compagnies des bataillons de la niasse; ces hommes, à ([ui la guerre est inconnue, furent tellement persuadés de voir l'ennemi qu'ils tirèrent sur nos tirailleurs et en blessèrent quelques-uns. Je me hâte de passer le délilé et arrive sur les neuf heures du soir au village de Boussu-lez-Walcou i1 .

Je |)lace les grand' gardes et fais toutes les dispositions nécessjiires pour bivoua- (pier et me garantir des surjirises de l'ennemi, et je fais reposer les corjis ù leur ordre de bataille. Vers une heure et demie du matin , une gai-de avancée se laissa sui'prendre et fut vivement attaquée par un corps considérable en cavalerie et infanterie, (jette garde, ne pouvant résister à une force supérieure, se replia en se défendant et ne put sauver deux pièces de canon et un caisson. Comme les feux de l'ennemi étaient vifs et que les nouveaux bataillons de la masse n'avaient jamais entendu siffler les balles à leurs oreilles , la crainte la plus lâche s'empara de leur cœur, et, au lieu de rester en bataille, comme ijlnsieui-s bi-aves corps, la confusion se mêle parmi eux; ils crient : irNous sommes perdus!" Ils sont même épouvantés du feu bien suivi que font nos braves canonniers et ils fuient en renversant ceux qui attendaient l'ennemi de pied ferme. Secondé [lar tout l'élal-major et par plusieurs bi-aves oflîciers, je cherche a les rallier; les cris de la lâcheté et les IniHemeiils étoulTent les voix vraiment républicaines, et ne pouvant nous faire entendre, je fis battre la chai'ge; ce moyen «'jwuvanta l'ennemi qui cessti son feu et fui poursuivi parles braves soldats qui lui tuèrent environ soivanle hommes.

Cependant, à force de peine, d'encouragement et de menaces, je parviens h rallier les fuyards, j'ordonne aux officiers de faire leur devoir et je fais mettre en bataille sur deux lignes, la |)renuèrc dans la plaine en avant de Bossu et la seconde appuyée à ce village. Le peu de cavalerie et la réserve étaient dans la meilleure dis|)osition el l'arlilleiie, placée avantageusement en divers points, menaçait d'un feu rasant el croisé tout ce ([ui oserait se présenter. C'est dans ces dispositions que je me proposais d'attaquer l'ennemi au point du jour, quand celui-ci, profilant d'un brouillard 1res épais, s'est doucement avancé avec deux mille chevaux, trois mille hommes d'infanlerie et de l'artillerie volante; il nous attaqua sur trois points; nos braves canonniers et notre première ligne font un feu qui porte la mort dans les i-angs ennemis. IjCs obus et les boulets , qui tombaient près de la seconde ligne composée de la masse , jetèrent de nouveau la confusion et le désordre dans ces bataillons; ils fout feu sur la jireniière ligne , qui se trouvail ainsi attaquée en front par l'ennemi et en queue par les n(itres : non contents d'avoir détruit plusieiu's de nos braves en les atta(|uant par derrière , ils crient sauce qui peut et ils fuient en jetant leurs fusils, leurs sacs el leurs cartouches sur leur passage; les

conducteurs des pièces de canon partent avec leiu-s chevaux, coupent ies traits ^t laissent là i'artilierie; ies braves canonniers, au désespoir, font feu et meurent plutôt que d'abandonner leurs postes; la rései-ve, la cavalerie et les chasseurs versent des larmes précieuses en voyant tant de lâcheté ; ils se rallient , veulent combattre , et ils ne le peuvent parce cpi'ils sont renversés par les fuyards.

Je me porte partout avec les officiers de l'état-major, je m'expose au feu le plus vif de l'ennemi pour rallier mes troupes ; des larmes de rage s'échappent de mes yeux en voyant l'inutihté de mes efforts; jiion cheval est blessé d'une balle, mon ordonnance, cavalier au i5' réjfiment, a l'épaule cassée auprès de moi. Le général de brigade Pierqiiin''' a son cheval tué entre ses jambes, l'adjudant général Loison '^' a aussi le sien blessé; c'est par ses actions courageuses , c'est par sa valeujéclatante à la tête de la cavalerie , qu'il empêche toute mon armée d'être entièrement massacrée : c'est ainsi qu'il répond aux imputations qui pleuvent de toutes parts contre lui. Le chef de batailloii l'hihppot ''*, qui commandait jadis à Givet , s'est fait tuer plutôt que de lâcher le pied, l^es chefs de bataillons Faiily '*', commandant la réserve , Guyard '*', du 1 6' bataillon de chasseiu-s , Moniaco . du 1 6' ba-

'•' Nicolas Pierquin , né à Aviller ( Meuse ) le 7 novembre 1741, milicien le aôoctobra 1758, soldat au régiment de Barrois le 3 janvier 1769, sergent le 31 février 176a , porte-drapeau le 11 septembre 1 768, souslieutenant de grenadiers le 28 janvier 1772, lieutenant en s' le 8 avril 1785 et en 1" le a 9 juin 1786, chevalier de Saint-Louis le 37 juillet 1786, capitaine le 1" avril 1791, 3° lieutenant-colonel d'un, bataillon de grenadiers le 21 octobre 1791, général de brigade le 1 3 septembre 1 798 , suspendu le 10 novembre 1798, réintégré et employé à l'armée du Nord, blessé à la bataille de Tourcoing le 39 floréal an 11 (i8mai 1796), mort à Lille le 20 prairial an n ( 8 juin 1794). Il s'intitulait le général sans-culotte Pierquin. ( Cf. Jacques Charavay , Le» générattx morts pour la patrie, p. 19.)

('' Louis-Henri Loison, né à Damvillers (Meuse) le 16 mai 1771, entré dans le bataillon auxiliaire des troupes des colonies le 29 juin 1787, congédié le 35 janvier 1788, sous-lieutenant au aS' régiment le i5 septembre 1791, lieutenant le a 5 mars 1793, capitaine de hussards dans la légion du Nord, adjudant général chef de brigade provisoire en mai 1798, général de brigade le g fructidor an in ( aC août 1795), réformé le 7 nivôse an vi (37 décembre 1798), remis en activité A l'armée d'Ilel-

vétie le 37 nivôse an vu (6 janvier 1799), général de division le 3 vendémiaire an vin (aS septembre 1799), confirmé dans ce grade le 27 (19 octobre 1799), grandofficier de la Légion d'honneur le 1 li juin 180/1, comte de l'Empire le i4 avril 1810, gouverneur du palais de Compiègne le 20 février 18 13, chevalier de Saint-Louis le 27 juin 181 4, retraité le i5 novembre 181 5, mort dans sa terre de Chikel, près de Liège (Belgique), le 80 décembre 1816.

<^' Pierre-Barthélémy Philippot , dragon en 1774, relire en 1790, enrôlé dans le 4' bataillon de l'Orne, capitaine et chef de bataillon , commandant temporaire de Givet le a juillet 1798, tué le 1 1 octobre 1798 en marchant sur Philippeville.

('' Jacques-Louis Faiily, né à Dormans (Marne) le 26 mars 176/1, 2' lieutenanlcolonel du 4' balaillon des volontaires de la Marne, commandant de place à Givet.

'-'''' Jean-Rémy Guyard, né à Paris le 8 mai 1749, engagé au régiment d'Auvergne le 12 novembre 1765, garde-française le 80 octobre 1 769 , congédié le 1 8 juin 1777, chef de bataillon des volontaires de Sedan le 8 octobre 1793, passé au 16' balaillon d'infanlerie légère le si mai 1798, réformé le a messidor an v ( 30 juin 1797), clief de brigade des hussards à pied le 11 germinal an viii {". avril 1800). ré-

[igocT. J793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 359

taillon d'infanterie légère, ci-devant légion du Centre, Simien''', chef du a' bataillon du Ifj' régiment, et Walter, du a" bataillon de Sézanne, ont mis en usage toute leur ardeur et tout leur zèle pour contenir les corps qu'ils commandaient; mais je ne dois point vous laisser ignorer l'action généreuse de Duval , chirurgienmajor du 4' bataillon de la Marne. (]e valeureux citoyen , après avoir donné aux blessés tous les soins que mérite l'humanité souffrante , voyant qu'il ne pouvait plus les continuer, par la précipitation de la retraite , s'est mis à la tête d'un petit peloton de soldats qu'il était parvenu à rallier; il leur a fait soutenir le feu de l'ennemi , et je l'ai \ii les conduire au coMd)af. De vingt-cinq à trente hommes qui le suivaient, plus de vingt furent enlevés par un coup de canon à mitraille, et le brave Duval tentait de rallier de nouveau les soldats qui avaient encore de l'honneur.

Je vous ferai part de toutes les belles actions (|ui se sont passées dans une lettre particulière. Tous les ofliciei-s de mon état-major, le patriote Estienne '*', adjudant général des Relges, et mes aides de camp Gougeon et Piroie m'ont secondé de toute leur activité, de leur bravoure et de leur intelligence, en bravant les balles, les boulets et les obus de l'ennemi pour donner l'exemple du courage et rallier les lâches. Mais que peuvent faire contre la peur les encouragements, les menaces elles exemples? Pour moi, citoyen, je n'ai rien à me reprocher dans cette affaire ; je n'ai rien négligé pour inspirer du courage et de la confiance à ma troupe; la position était aussi belle (pi'il était possible de désirer;si j'eusse eu des soldats, j'entends des soldats vaillants, je n'eusse pas eu le désespoir de voir prendre mon artillerie, à l'exception d'une pièce de huit, et de voir de braves

formé le 37 venlosp an u (18 mars i8oij. commandant temporaire dans le Ti-enlin et le canton de Benio le ta (jcnninal an u ( 5 avril 1801), rlief dt; liriji^adi- <'(>iiiiii<indant le lialailion des jùomilcrs noirs le a8 octolirc 180.'). passi' ,iK'c son lialaillon au service de Naplos on 1806, rentré en France et retraité le 1 1 mai 181 '1.

(" Jean -Louis Simien, né à Roylton (Isère) le to décembre 1736, fils d'un drapier, soldat au réjjimenl de Lorraine le 3 5 décembre 1755, scrjjenl le i"juin 1763, fourrier le 10 juin «77'!, serjjeulmajor le lo août 177C, adjudant le ai mai 1 780 , porte-drapeau le a6 uial 1781), souslieutenant le 8 mars 1788, a obtenu la décoration militaire le i3 février 1791, adjudant -major au 67' d'infanterie le i5 seplemlm» 1791, capitaine le lajanvier 179a, chef de bataillon le .30 juillet 1793, Ifénéral de brifjade le 7 octobre 1793. réformé le aH ventôse au v (18 mars 1797), retraité le 9 llorcal an ix (39 avril j8oi).

mort il Bar-sur-Ornain (Meuse) le 33 pluviôse an XI (la février i8o3). Le général Simien avait fait les campafjncs d'Allema,f ne de J7Ô7 à 176a et avait été blessé à Marbourg le lïi seplemlire 1763. Son nom ne ligure pas dans la Biographie du Dauphiné d'Adolphe Rochas.

'•' Antoine Kstienne,né à Milhau (.\veyron ) en 1761, ingénieur, im des vainqueurs de la Bastille , chasseur dans la garde nationale soldée le 90 juin 1790, sous-lieutenant au 1/1' d'infanterie iégt're le 39 sepleudire 1 793 , adjudant général des corps belges le 7 janvier 1793, arrêté par ordre de Dumouriez en fi'vrier et détenu à Maestriclit, rentré en France le 4 octobre 1798 , commandant de la place de Givet le 30 du même mois, employé à l'armée des Ardennes le 39 lloréal an n ( 18 mai 1 79'r ), destitué le 10 Iheinildor an H (a8 juillet 1794), relevé de sa suspension le )6 fructidor an II (a septembre 1794). (tif. Arch. adm. de la guerre.)

360 ■ CORRRSPONDANGE Gh:NÉRALK [)K GARNOT. [19 oct. 1793.]

gens sacrifier leui' vie pour soutenir' celle des lâches fuyards. Une forteresse, quelque forlc qu'elle soit , n'est rien s'il n'y a j)as de braves gens pour la Afifendre. Je n'ai cejjendanl pas dû ni'attendre à grand'chose de la part des soldats sans expérience , qui n'avaient jamais vu le feu et que le souvenir de ce qui les attache à la vie animait peut-être plus que le sentiment de vivre libres ou de mourir. Si ces malheureux eussent eu la pru<lence de ne se donner pour chefs que des hommes instruits dans l'art de la guerre, ils eussent eu des olliciers qui auraient soutenu leur courage chancelant et (pii leur eussent ins])iré quelque confiance; mais les ofliciers qui les commandaient, qui avaient eux-mêmes besoin d'encouragement, pouvaient-ils faire concevoir d'eux quelque bonne opinion et faire partager à leuis soldats une bravoure et une fermeté qu'ils étaient loin d'avoir, puisque plusieurs d'entre eux mirent leurs épaulettes dans leurs poches pour ne pas être reconnus comme officiers dans leur fuite?

Lorsque je vis que tout était désespéré, j'envoyai une ordonnance à Philippeville pour en faire sortir les trois compagnies de gi'enadiers qui y étaient et deux pièces de quatre pour protéger ma retraite et empêcher l'ennemi de me poursuivre plus loin , ce cpii fut exécuté. Je fis ensuite assendjler les généraux et chefs de corps dans Philippeville, pour délibérer sur ce qui restait à faire dans des circonstances aussi accablantes, et c'est d'après les observations qui s'y firent, que ma mission était remplie , que mes troupes étaient inutiles et ne feraient qu'affamer la place si elles y restaient plus longtemps , que je me suis déterminé à retourner à Givet avec mon amiée.

Nous avons perdu à peu près deux cents honunes tués ou pris et une centaine de blessés; l'ennemi a dû y perdre plus de monde que nous, car à l'attaque de deux heures , où je ne perdis que deux ou trois honunes , on en compta plus d'une soixantaine des Iciu's sur le carreau, et le feu de la mitraille de nos pièces a dû éclaircir beaucoup se? rangs <''.

Mon intention a toujours été de faire protéger mon opération jiar une partie de la garnison de Rocroi, qui devait, jtar une diversion sur Chimay, venir se réunira moi à une lieue et demie de Reaumont. Cette colonne, forte de mille hommes et de deux pièces de quatre longues , a obtempéré à mes ordres , s'est rendue au lieu que j'avais prescrit , mais , comme la défaite de mon armée se fil avant que j'aie pu la rejoindre, elle fut attaquée après nous. L'intelligence et la bravoure de Boisragon '*', chef de cette colonne, lui fit faire une belle retraite presque sans perte sur Philippeville, d'oîi je la fis partir sur-le-champ pour Rocroi.

Peut-être aurais-je à me féliciter d'un tout autre succès, si par deux diverses fois l'on n'eût extrait de ma garnison ce qu'il y avait de plus brave et de plus

'" En elTel les premiers rapports exa- '" Louis de Boisragon, né en 1768.

gôrèrenl beaucoup les pertes faites par lioutenaiit-rolonel du /i 4' d'infanterie, co-

le général Elle dans l'expédilion coniri' Idiiel du /19' le 19 septembre 179a et

Beaumonl. C'est ce que constata d'ailliMirs du 69* à l'armée «le la Moselle en avril

(larnol dans une lellre à Jourdan piiiiliéi' i7().'5.(Cf. Archives admimulratiret du Ml-

à la page 383. nisière de In iriierre.)

[i9ncT. 179.3.] CORRESPONDANCE MILITAIRE nii COMITÉ. 361

instruit pour en envoyer une grande partie se faire égorjjer entre Cambrai et Boudiuin. et l'autre fois pour renforcer le camp fl'Hirson.

Le gènérnl de division , commandant à Givet et arrondiss(ment

Eue.

P. S. Une fennne du 16' bataillon de chasseurs, qui avait été faite prisonnière et qui vient de rentrer, m'a assuré que , malgré notre déroute , l'ennemi évaluait sa perte à 1,100 hommes; elle m'a aussi assuré que la colonne était conmiandée par Reauiieu, général autrichien, et par le ci-devant comte d'Artois'"'.

(Orig. , Arch. de la (;iicrrp, ariiK'C du Nord.)

SCHILTIGHKIM , 1 () OCTOBRK 179^.

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