‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 158 sur 191 · LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE AU GENERAL HOCHE · texte numérisé non relu

LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE AU GENERAL HOCHE

AV CITOYEN IIOaHE, GESKRAl UE DIVISION, COUMAflDAUT L'ARMEE DE LA MOSELLE.

Je VOUS préviens, {fénéral, que le Conseil exécutif provisoire, comptant sur votre courage , votre expérience et votre dévouement à la cause du peuple , vous a nommé général de division '''. Vous recevrez les brevets et lettres de service à

'') Le 2 2 octobre, le Comité de salut public avait pris l'arrêté suivant , écrit de la main même de Carnot : «Sur ia proposition du ministre de ia guerre, le Comité de salut public arpHe que le (jénéral Hoche, chef de rétat-major de l'armée des Ardennes, prendra, en qualité de général de division, le commandement de l'armée de la Moselle.» (Cf Aulard, VII, 564 et 565.) Hoche, chef de l'état-major de l'armée des Ardennes depuis le a 3 septembre, se trouvait alors devant Nicuport sous les ordres des généraux D'Avaine et Vandamme. Dès le i II oclol)re , le général Souham, qui était au camp de la Madeleine, sous Lille , avait demandé à Jourdan de lui envoyer Hoche, dont il avait apprécié les talents pendant ia défense de Dunkerquc, et il avait renouvelé sa requête le i8. Jourdan acquiesça et , le ai octobre , signa l'ordre suivant (Arch. de la guerre, armée du Nord, reg. Wbis, n" i5) :

(lAu nom de la République.

(fil est ordonné au général de brigade Hoche de partir, au reçu du présent ordre, pour se rendre au camp de la Madeleine , sous Lille, et pour y être employé sous les ordres du général de division Souliam.

«Au quartier général d'Avesnes, le 2 1 octobre 1798, l'an n de la République une et indivisible.

ff Le général en chef,

ttJoUBDAN.I)

Le même jour, Jourdan écrivit au général D'Avaine : «Le général Souham m'a écrit qu'il avait absolument besoin du gé-

néral de brigade Hoche. Je vous envoie cijoint un ordre pour ce général. Vous voudrez bien le lui faire parvenir. » Le général D'Avaine ne fut pas satisfait de cette nouvelle destination donnée à un de ses lieutenants et il accompagna ia transcription de l'ordre de Jourdan de ce commentaire : «Nota. Le général en clief a été trompé dans ia demande du général Hoche , parce qu'il ne savait pas que ce général fût devant jVieuport; mais celui qui l'a demandé le savait et devait sentir que c'était, pour le momcnl, contre le bien de la chose à laquelle il devait s'attacher, et non pas aux personnes.» Sur ces entrefaites, arriva le changement de destination de Hoche, qui voulut obéir sur-le-champ aux ordres ministériels. Vandamme lit tous ses efforts pour retenir son subordonné et écrivit , le a 5 octobre , au général D'Avaine (Arch. de la guerre, reg. XI 61», n° 58) : «Le ministre de la guerre vient d'envoyer au général Hoclie le brevet de général de division et l'ordre de se rendre sur-ie-cliamp à l'armée de la Moselle pour y être employé en celte qualité. Cette nouvelle m'a fait la plus grande ])oine, puisqu'elle m'ote un général aussi courageux qu'instruit et qui me servait beaucoup dans les attaques dont j'étais chargé. Je ne peux, général, le laisser partir sans qu'auparavant vous ne m'eussiez envoyé lui autre général de brigade pour le remplacer. Je l'ai prié , pour le salut de la RépubUque, de rester à son poste jusqu'à l'arrivée du général que vous m'enverrez.» Le même jour, de son côté. Hoche écrivait au général D'Avaine (reg. XI bis, n° 09) :

[33 ocT. 1793.] CORRESPOiXDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 389

l'armée de la Moselle où vous allez vous rendre avec toute la dilijjence qu'on est en droit d'attendre de votre patriotisme. Je donne ordre de vous faire passer le supplément de gratification de campagne, et une autre somme de 6,000 livres sur les fonds h ma disposition , afin que rien n'arrête votre marche et que vous puissiez vous procurer, à votre arrivée à l'armée de la Moselle, ce qui est nécessaire pour vous mettre à nii^me de renpiir vos fonctions. J'ai pensé qu'un général san&-culotte do-ait être aidé ; d'ailleurs la cherté des chevaux est un autre motif. Ne tardez pas un moment de vous mettre en route à la réception de ma lettre et de vous rendre à Sarrehrûck , quaiiier général de cette armée.

Le Comité de salut public, rempli, comme le Comité exécutif, de confiance dans vos sentiments républicains, vos moyens et votre énergie, a pris un arrêté que je vous envoie pour vous investir du commandement de l'armée delà Moselle; il espère que le général sans-culotte justifiera, par sa conduite, le choix des représentants sans-culottes <|ui l'ont nommé.

Vous aurez , général , à vous concerter avec les représentants à l'armée de la Moselle, ceux de l'armée du Rhin et le général de cette armée, car, pour bien faire les opérations, elles doivent être simultanées. Empêcher de pénétrer dans le département de la Meurthe et délivrer Landau, voilà la grande affaire do l'armée du Rhin; délivrer Bitche, reprendre la position d'Hornbarh, venir aider l'armée du Rhin à délivrer Landau, voilà la grande affiiire de l'année de la Moselle. Ces opérations veulent être concertées. Veiller à l'exécution du décret qui jirescrit de retirer les deux tiers des garnisons des places et de les remplacer par Jes réquisitions, c'est un moven de renforcer l'armée.

«Au quarti«*r générât it'Oost-Dunkerke,

devant ^ifrupo^t, le /i du s* mois de l'an ii de la Kéjmbliqar française. •• Le géiiéi'al Hoche au général D'Avaine.

«Je reçois, citoyen général, l'ordre du Comité de salut public et du ministre de la jfuerre d'aller prendre le commandement de l'armée de la Moselle. Je crois cette partie intéressante pour quitter le général Vandauune, (|ui me dit de rester ici. Je vous connais assez, général, pour croire que je n'éprouverai aucmic opposition do votre part.

irHoCBE.B

Hoche quitta l'armée le jour uiéme pour rejoindre son nouveau poste et, le a6, Vandamme écrivait au général D'Avaine (Arch. de la guerre, reg. XI4i«, n" 6'i) : (T Depuis hier Hoche est parti.**

Cet épisode de la vie de Hoche n'a pas été connu de ses biographes; liousselin de Saint-Albin et après lui M. (jméo d'Oriiano ont inséré dans la correspondance du

général une lettre adressée à Xavier Audouin, relative à un projet d'attaque de Fumes, et dont la date, 9 brumaire an m (3o octobre 1798), est cerlainement erronée, puisqu'à celte époque Hoclie avait quitté depuis cinq jour» l'armée des Ardennes. D'ailleurs liousselin , en citant cette lettre dans sa Vie de Lazare Hoche (I. I, p. 89), y ajoute ces mots, (jui ne figurent pas dans le texte de la correspondance (t. Il, p. i3) : ffPuissé-je être aussi heureux que Jourdan? Pourquoi ne réussiraispas? Je sers la patrie. 1 Rousselln est coutuniier du fait et il arrange souvent les phrases de Hoche à sa façon. Il cite, dans son tome I", une lettre du général au Comité de salut public, dont il ne donne pas la date , mais que .M. Cuuéo d'Urnano a reproduite sous celle du i" octobre «793. Je n'ai pas retrouvé l'original de ce document et, devant l'incertitude du texte et de la date, je me suis abstenu de faire figurer cette lettre dans le présent recueil.

390 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aSoci. 1798.]

Faites- vous rendre poinpte, à votre arrivée, de la force de l'armée, de ses positions, de Tarlillerie, des approvisionnements en subsistances, munitions et autres objets ; prenez aussi connaissance des correspondances qui peuvent exister dans les archives de Tétal-major. Jetez un coup d'œil sur la partie des espions, faites en sorte d'en avoir de bons et de sûrs. Nous manquons , en général , par là ; il est intéressant de ne confier cette partie ([u'à un républicain intelligent et éprouvé. Enfin , général ,'^j)renez confiance dans la volonté de la nation d'être libre et le courage de nos soldats.

Salut et fraternité.

( Arcli. de la guerre , armée du Rhin , reg. US, p. 1 4. )

Page 1