LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE AU REPRESENTANT SAINT-JUST
9 du a' mois an n.
BBPRÉSENTAfIT SAIXT-JVST À L'ABMBB DU RBIN ''*.
Citoyen ,
Je vous envoie un arrêté du Comité du salut public , qui prescrit de mettre le général Carlenc en arrestation et de l'amener à Paris '''. J'ai pensé que je devais vous l'adresser pour éviter tout quiproquo. Si Carlenc était encore à la tête de l'armée, veuillez le foire remettre au général Pichegru, s'il est près de vous, comme je l'espère''*, d'après son patriotisme qui m'est connu, et l'inviter k le faire mettre sur-le-chanip à exécution.
Le Comité vient de nommer Hoche pour commander l'armée de la MoseHe '*'. 11 est probable que le Comité fera un plan d'opérations qui vous parviendra très incessamment. Je ne pense pas que cela doive vous empêcher de proflter des
Cl Saint-Just était alors à Saveme avec son collègue Le Bas. (Cf. dans Aulard, VU, Sgi, une lettre de ces représentants au Comité, en date du aS octobre 1793.)
'*' En effol , le aa octobre, le Comilé de salut public avait mis Carlenc en arrestation (arrêté de la main de Robespierre, dans Aulard, Vil, i65). Le 8 frimaire an II (38 novembre 1798), les officiers, sous -officiers et cavaliers du 1 1' dragons écrivirent au Comilé de salut public pour témoigner en faveur du général Carlenc , né sans-culotle et dont les talents ont fait
tout l'avancement. (Orig. Areh. adm. de la guerre, dossier Carlenc). En conséquence, Bouchotte approuva, le 6 nivôse (36 décembre 1793), la promotion de Carlenc au grade de général de division, el donna l'ordre de lui en expédier le brevet, à la date de sa nomination provisoire. (Cf.
Etienne Charavay, Le général Carlenc.)
''' Le a 6 octobre, Saint-Just et Le Bas annoncèrent de Strasbourg au Comité l'arrivée dePicbegru. (Cf. Aulard, VIU, 3i.)
(»> Cf., à la page 388, la lettre de Bouchotte à Hoche.
[93 ocT. 179.3.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 391
bonnes occasions qui pourraient se présenter. Je regarde comme bien essentiel de garder les passages de Phaisbourg et la Petite-Pierre, qui donneraient aux ennemis la facilité d'entrer dans le département de la Meurthe et la possibilité de venir prendre à revers les postes de l'armée de la Moselle. Dans le cas de jonclion de l'armée de la Moselle à celle du Rhin, le commandement resterait au général en chef de celle-ci. C'est pour ce cas-là que Hoche n'est pas dénommé général en chef, mais général de division commandant l'armée de la Moselle '''. Une lettre de Carlenc, du ao, annonce que l'armée est repliée sous Strasbourg '*'. Tout cela est bien extraordinaire , avec les aveux qu'on fait du courage
(') Bouchotte, on le voit, réservait à Pichegru le commandement dos deuï armées réunies du Rhin et de la Moselle, que les reprcscntaiits Lacoste et Baudot remirent plus tard à Hoche, inaljjré Saint-Jusl et Le Bas, qui voulaient le donner à Pichegru, selon les instructions ministérielles.
'•' Voici le texte de cette lettre du général Carlenc (Orig. , Arch. de la guerre, armée du Rliin ) :
ffAu qmrtier génënl à Scbiltigheim ,
le io octobre 1793,
PaD u de la R<ipubli<]ue française,
DDe et indivisible.
<! Le général m chefprovitoire de l'armée du Rhin au citoyen tninitlre de la guerre.
(T Depuis ma dernière lettre, citoyen ministre, l'année du Rhin a changé trois fois de position; d'abord à Haguenau, où l'ennemi nous a laissés tranquilles, mais, cette position n'étant pas si'iro, je suis venu m'cta- Wir en arrière de la Zom. L'ennemi m'a attaqué, le 18 au matin, sur tous les points. L'avant -garde, la gauche et le centre de noire armée ont fait des prodiges; mais, tandis qu'ils faisaient pordre à l'ennemi un terrain considérahli', l'aile droite s'esl repliée jusipi'à Hoenlioim, prés Strasbourg, co qui m'a forcé d'aller, dans la nuit du 1 8 au 1 9 , occuper la position en arrière de la Soulfel, où je me maintiendrai, j'espère, en attendant que l'année soit en mesure pour pousser en avant.
L'avant-garde a repris ce matin le poste de Wantzenau et a chass<> l'eniienii d(^ Kilslaet. Dans toutes les affaires qui ont i»u lieu le l'.i l'I les jours suivants, nous avons perdu peu di' monde, ce qui se rnnfinne
par le retour d'une infinité de soldats qid avaient fui ou s'étaient égarés. La perte est au plus de six cents hommes, de seize pièces d'artillerie et de beaucoup d'effets de campement , perdus la plupart par la lâcheté des voituriers qui , au commencement de l'alfaire, ont fui, emmenant Icuis chevaux et leurs fourgons vides.
ffDans l'afTaire du 18, où l'avant-garde s'est parfaitemont conduite, le citoyen Donadieu, capitaine au 1 1' régiment de dragons, a pris un guidon, après avoir tué celui qui le portait. Le citoyen Labarbée , chef d'escadron du même régiment, a fait mordre la poussière à quatre hussards autrichiens. Neuilly, chef de brigade du même régiment, en a tué deux et a eu son cheval tué sous lui. Je pourrais citer hoaucoup d'autres traits de bravouve. Je cite ceux dont j'ai été témoin.
«L'armée, citoyen ministre, manque de canonniors et il serait nécessaire que j'en fasse passer dans la place de Strasbourg. Je vous prie, en conséquence, d'en envoyer le plus tôt possible. Les représentants du poiiple près celle armée m'ont promis de lui procurer tous les autres moyens de renfort pour réparer cet échec et aller dégager Landau. Le moindre succès rendra à nos républicains ce courage et cette énergie qui les caractérisaient et dont quelques lâches désorganisateurs ont ralenti les effets par les cris de trahison et de sauve qui peul. Quant à moi, citoyen ministre, je jure de faire mon devoir et de me conduire, dans toutes les occasions, en véritable ami de la liberté et de l'égalité. Mais je vous réitère que, n'ayant ni les talenls ni l'expérience qu'exige le commandement en
392 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aS oct. 1798.]
de nos soldats. Dans cette situation, je crains qu'on nous ait enlevé les passages de Phalsbourg et de la Petite-Pierre , et que l'armée du Rhin ne soit plus liée avec la San-e. Cependant il est arrivé des forces de la Moselle h Phalsbourg.
Bitche donne aussi de justes inquiétudes. Dans la dernière dépêche de l'année de la Moselle , sa droite était à Bouquenom , ce qui annoncerait que Bitche n'est plus compris dans la ligne de défense et (pi'il peut éti-e entouré. Votre énergie , votre dévouement connu à la cause du peuple sont des garants que vous changerez en mieux, celte position. Vous savez ce que nous avons dit là-dessus : rallier, réorganiser, augmenter la force , en tirant des places du cantonnement du Haut-Rhin et du déparlement du Doubs , et remplacer par la réquisition ; lier la gauche de l'armée du Rhin a la droite de celle de la Moselle , si celte eonmninication était interrompue, faire un plan d'opération pour les armées de la Moselle et du Rhin , qui ait pour but l'expulsion des ennemis du territoire et la délivrance de J>andau et Bitche. 11 me semble que l'armée du Rhin doit avoir un objet principal, c'est d'enq)écher l'ennemi de passer dans le département de la Meurthe. Nancy a toujours seule de mauvaises dispositions. Ce premier point obtenu , elle s'occuperait continuellement de resserrer rennemi et le ramener à la frontière. L'armée de la Moselle s'occuperait de la délivrance de Bitche , de reprendre la position d'Hornbach, de se diriger sur Annweiler et Landau, où celle du Rhin (endi'ait en mémo lenq)s. Alors par un effort simultané , elles pourraient opérer la délivrance de Landau et faire telle autre opération qui serait jugée convenable.
Je vous envoie des idées parce que je sais que vous les accueillez. Faites conférer devant vous les généraux sur ces bases ou sur toute autre meilleure. Il v a toujours une grande différence de voir le teirain et les hommes , ou des états et des cartes.
Salut et fraternité.
(Minute aut., Arcb. de la guerre, avinée du Rhin.)
PAniS. 9 3 OCTOBRK 1793.