‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 163 sur 191 · PERPIGNAN, 2 4 OCTOBRE · texte numérisé non relu

PERPIGNAN, 2 4 OCTOBRE

LE GÉNÉRAL EN CHEF TURREAU AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Perpignan , ie 3' jour de ia i" décade du second mois de l'an ii de la République française une et indivisible.

rVnnVAV , OÉhÉBAK K\ chef de L'ARmÉe des PïrÉiiiÉES OmE^TALES , AVX ClTOySXS REPBÉSEflTAMS DV PEUPLE COMPOSAIT LE COMITÉ DE SALUT PVBLIC.

Citoyens représentants ,

Je dois à la place que j'occupe, je dois à la confiance dont vous m'honorez, de vous rendre un compte exact de ce qui se passe à l'armée des Pyrénées orientales. Je savais, avant que d'y ai'rivcr, qu'il régnait de la mésintelligence entre les officiers généraux de cette armée. Je me suis appliqué à en connaître la cause; j'ai cru l'avoir trouvée dans les prétentions de quelques individus à la place de général en chef ; j'ai jugé que, mon arrivée devant les faire cesser, il me serait

[aiocT. 1793.] CORKESPONDANGE MILITAIRE DU COMITÉ. 399

facile de rétablir l'harmonie entre des hommes qui ne doivent être animés que du bien public.

Avant que de commencer aucune opération militaire, il était indispensable d'acquérir des connaissances locales , d'étudier le caractère des principaux agents miblaires , de m'instruire de tout ce qui s'était passé avant mon arrivée , des causes de nos succès et de nos revers; j'ai voulu connaître quels étaient l'esprit, la force, la discipline de notre armée; j'ai particulièrement porté mes regards sur toutes les parties de l'administration. En consécjuence, jusqu'à ce que j'eusse acquis toutes les connaissances, j'ai cru devoir laisser le commandement provisoire de la principale armée au général d'Aoust , en me faisant rendre compte de son plan et de ses projets. J'ai fait part de cette disposition au citoyen Gaston '*', l'un des représentants du peuple près de celte armée, qui l'a approuvée, et j'en ai rendu compte au ministre. Pour connaître tout le théâtre de la guerre dans cette partie de la République , je me suis transporté à Villefranche et au Mont-Libre; j'y ai trouvé le général Dagobert, dont la division avait été séparée de la grande armée et qui avec peu de moyens avait eu de grands succès et coiwjuis la Cerdagne espagnole. Cette conquête inijMirtante garantissant le district de Prades de l'invasion de l'ennemi, j'ai cru devoir rappeler près de moi le général Dagobert, dont les stalents militaires, la ])arfaite connaissance du pays et la confiance qu'il a su inpirer aux troupes, rendaient la présence nécessaire à la grande armée, où d'ailleurs il y a peu d'officiers généraux instruits. Revenu au quartier général à Banyuls , je me suis fait rendre compte par le général d'Aoust, devant les représentants du peuple, de ses projets et de ses moyens pour opérer une entreprise dont la réussite pût hâter la retraite des Espagnols , campés au Roulou , deux lieues en deçà de Bellegarde. J'ai annoncé que cette opération , concertée entre les représentants du peuple et le général d'Aoust, et que j'ai approuvée, étant finie, je me mettrais à la tête de la grande armée et que j'agirais entièrement par moi-même. Je ne puis vous cacher, citoyens représentants, (jue l'indiscipline et le désordre régnent dans celte armée, que plusieurs parties de l'administration en sont viciées, que les moyens de subsistance ne sont pas assurés , et que , faute de fourrages , je serai peut-être obligé de reporter sur mes derrières le peu de cavalerie qui me reste. D'apr-ès cette incertitude sur les subsistances , celle que l'on doit avoir sur les dispositions de nos troupes , les difficultés que jirésente la localité , la position de l'ennemi, encore sur le territoire de la République, je n'ai pas été peu surpris d'entendre le citoyen Fabre , représentant du peuple , proposer pour cet hiver des conquêtes en Espagne. En vain j'ai voulu combattre ce i)rojet , dont l'exécution , du moins cet hiver, me paraît impossible, et dont l'entreprise pourrait compromettre le sort de nos armes et nous faire perdre tout le fruit des succès que nous avons obtenus jusqu'à ce jour. Le citoyen Fabre, aidé de ses collègues, paraît tenir à son plan, et je vous avouerai, citoyens représentants, que je m'opposerai de toutes mes forces à cette entre])rise dangereuse sous tous les rapports. Je rends justice au civisme , au zèle et à l'activité des représentants près de cette armée ,

''' Raymond Gaston, né à Foi» le i3 février 1757, juge de paix, député de l'Ariège à l'Assemblée législative et i la Convention.

400 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CAHNOT. [a/ioci. 1793.]

mais je crois qu'ils se laissent circonvenir par des hommes adroits et ambitieux et (jui ne chei'chenl qu'à surprendre leur bonne foi; je crois encore qu'ils ne doivent pas se mêler des opérations militaires et chercher à substituer leurs idëes et leurs plans à ceux des généraux; autrement ceux-ci sont inutiles à l'armée'''. Après avoir recueilli tous les renseignements possibles sur le compte du générai Dagobert, je crois pouvoir assurer qu'il mérite l'estime générale dont il jouit; il réunit les suffrages des citoyens et de l'armée.

Depuis l'affaire du a a du mois dernier, il ne s'est rien passé d'intéressant à cette armée (jue l'attaque d'une redoute ennemie , qui n'a pas réussi ; le général d'Aoust''' m'en avait communiqué le projet et je l'avais approuvé; peut-être je m'y serais opposé, si j'avais mieux connu le terrain, que je n'avais pas encore eu le temps d'examiner. Au surplus la position des Espagnols , les mouvements de leur troupe , tout paraît indiquer le projet qu'ils ont de se retirer, et peut-être ils l'auraient déjà fait, s'ils ne voulaient pas se conserver les honneurs d'une retraite volontaire. Du moment qu'ils auront quitté le district de Céret, le seul point qu'ils occupent sur le territoire de la République , mon projet , citoyens représentants , est de fermer la campagne, sans même entreprendre le siège de Bellegarde, à moins que des circonstances favorables et imprévues ne jirésentent des facilités pour s'en emparer. En laissant reposer nos troupes pendant trois mois , et jn-olitant de ce moment de repos pour les instruLi-e , les discipliner, former les officiers , établir des magasins, porter la réforme dans toutes les parties de l'administration, je crois qu'on pourra se promettre de grands succès pour la campagne prochaine. J'aurai l'honneur, citoyens re|)résentants , de vous faire passser mon plan et un aperçu de mes moyens d'exécution ; mais si les représentants près de cette armée s'obstinent à me faire exécuter leurs projets , si , quoicpie nonmié général en chef de cette armée, je n'y suis qu'un être absolument passif, et si je n'y puis agir que

'" Le a 3 octobre, en effet, il y avait eu à Banyuls un conseil de guerre auquel assistaient ïurreau, les autres généraux et les représentants du peuple à l'année des Pyrénées orientales Fabre, Bonnet, Gaston et Cassanyès. Turreau proposa de prendre des cantonnements d'hiver, mais les représentants lui firent .i ce sujet les plus vives représentations. Le général et les représentants écrivirent, le a à, au Comité, l'un pour justifier ses propositions, les autres |)our les combattre; FaLre et ses collègues donnaient en ces termes leur opinion sur ïurreau : ttNous le croyons franc républicain, nous pensons qu'à la Rochelle il eût rendu de grands services à la République, mais nous croyons aussi que le défaut des connaissances locales, d'idées politiques, d'habitude de commander, font que le fardeau dont l'a chargé le Conseil exécutif

est au-dessus de ses forces.!! (Cf. Aulard, VU, 618.)

(*' Dans leur lettre du a 4 octobre au Comité de salut public, les représentants Fabre, Gaston et Cassanyès jugent ainsi le général d'Aoust : aPour ce qui est de d'Aoust, il s'est conduit jusqu'ici en républicain zélé et courageux. Les peines et les fatigues ne lui coulent rien. Il a étudié parfaitement les localités, il connaît l'armée et il en est connu, mais, nous ne devons pas vous le dissimuler et il ne se dissimule pas lui-même , il est né de celte caste dont tant de trahisons nous ont appris à nous méfier. C'est ce qui nous a empêchés de lui déférer le commandement en chef, c'est ce qui nous a engagés à le surveiller avec exactitude ; ses triomphes mêmes n'ont pas endormi notre surveillance.» (Cf. Aulard, VII, GiSetôig.)

[•j5 oct. 1798.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. AOl

d';i|)rès Ips idées dos autres, je vous prie en grâce, citoyeus représentants, de disposer de moi j)our une autre place. Étranger à l'intrigue , n'ayant d'autre ambition (jue celle de coopérer de tous mes moyens au succès de nos armes , je serai toujours satisfont du grade que j'occuperai et du poste qui me sera confié, pourvu que je puisse être utile.

Le ministre de la guerre peut vous dire que je ne lui ai jamais rien demandé, que je n'ai jamais sollicité d'autres places que celle d'adjudant général , dans la seide vue d"aj)i)rendre mon métier; j'étais alors chef de bataillon.

J'ai cru celte lettre assez importante pour vous l'adresser par un courrier extraordinaire; en attendant vos ordres, je m'opposerai de toutes mes forces à l'exécution de tous projets qui (lourraient compromettre le salut de l'armée.

Le général eu chef de T armée des Pyrénées orientales, Terreau.

(Copie certifiée conforme par Turreaii. Arcli. île lu (;uerre. armée des Pyrénées orientales. )

.*VES.»iES, '1 BHUMAIBK AN II'" ( 'J 5 OCTOBRE l'JtjS)'^^ LE GÉNÉBAI. JOLKhAN AL' COMITÉ DE SALUT PUBLIC.

Analyse. — Envoi de la copie d'une lettre du général D'Avaine donnant le détail des succès des troupes de la Réj)ul)li(]ue''''. Il a écrit à celui-ci d'envoyer du renfort au général Ransonuel, <[ui occupe Orchies et Marchiennes '*' et qui sera sûrement le premier attacpié , si l'ennemi se décide à diviser ses forces '*'.

(Orig., .\rch. de la gaerrc, armée du Nord.)

"> C'est à partir de ce jour que la Couventiun nallnnale adopta la dénomination des nouveaux mois républicains. L'ancienne formule (|ue nous lisons en tèle de la leltre suivante de Duquesnoy d ura encore ([uelque temps, mais fui iiieulot abandonnée.

''• Carnot est |>r<'sent au (^ouiité. ((il. .\ulard, VllI, 1.) Il écrit un arrêté mettant 10,000 livres à la disposition du ministre de la guerre pour la prompte fabrication de guêtres et sarraus destinés à l'usage du soldat et confectionnés avec des clolTes imperméables à l'eau.

!^' Cf. cette lettre du général D'Avaine à la page 633, note 3.

'" Le gi'-néral Kansonnet avait , le a 1 octobre, fait un rapport au général D'Avaine sur le meurtrier combat de Jlarchiennes. (Arch. de la guerre, reg. XI6is. )

■') Le morne jour, a5 octobre, le général Jounlan prévenait le ministre de la guerre Bouchot le en ces termes: trLes troupes de la Républi(|ue sont victorieuses de|iuis Dunkerqne jusqu'à Maubeuge. Le général Vandanmie s'est emparé de Fumes; il doit être maintenant à Nieuport et de là se porter sur Ostende. Les troupes du général D'Avaine se sont saisies de Poperinghe, Vlamertingho ; elles doivent attaquer Ypres. Le général Souliam , après avoir emporté

NfHlKeRIK KATIORILC.

hOi

GORHliSPONDANGE GÉNÉRALE DE GAKNOT. [aSocT. 1798.]

MAUBEUGE, 4 IJIlUMAIIiK AN II (tî5 OCTOBRE 1793).

LE repre'sentant duquesnov au comité de salot public.

Maubeuge , le k' jour du a' mois de l'an ii de la République. LE REPRBSSKTAyT DU PEVPLK DVQVESNOÏ, EflVOïÉ PBÈS L'ABMBE DV fiORU ,

À SES collègves composant le comité de salvt public.

Citoyens mes collègues, je viens d'apprendre que l'arrestation du ci-devant générai Gratien faisait beaucoup de bruit dans Paris ^''. Si ceux qui prennent sa défense étaient instruits des Tuotifs qui nous l'ont fait arrêter, loin de blâmer notre conduite, ils y applaudiraient.

Notre collègue Garnot peut vous donner u cet égard tous les renseignements nécessaires , et moi j'offre de prouver, quand on voudra , cpie Gratien est un lâche, ou un traître, ou un homme inepte, mais dans l'un comme dans l'autre cas, je crois qu'il méritait d'être destitué et arrêté; aussi l'avons-nous fait, Garnot et moi.

U pleut ici à continuer depuis le matin; les chemins sont déjà très mauvais et, pour peu que la pluie continue, cela déiangera grandement nos opérations.

Une chose bien nécessaire dans les circonstances présentes c'est de nous envoyer cinquante mille paires de souliers, et plus s'il est possible, car, si les mauvais temps continuent, il faudra à chaque soldat au moins une paire de souliers par mois , et nous en manquons absolument.

Salut et fraternité.

DuQDESNOy.

P.-S. Envoyez-moi un collègue pour travailler révolutionnairement, car. ce pays-ci est rempli d'aristocrates. Je ne puis y teilir seul. Notre collègue Bar y est, mais il est malade, et il faut ici des personnes bien vigoureuses.

(Orig. aut. , Arch. de ia guerre , armée du Nord. )

tous tes postes te long de la Lys , est entré dans Menin. Le général Kansonnel s'est saisi des postes iiuporlantsde Marrliieiines et d'Orcliies. Suivant les rapports que je reçois, l'ennemi est 1res inquiet de tous ces avantages. Cependant, il garde toujours sa position et se retranche foricnient. H a seulement levé son camp de Solesmes et fait fder sur Valenciennes. J'en instruis les généraux l\ansonnetet Souliam, afin que ie premier se forlifie dans ses posles et que le second ne s'avance i)as trop dans le ter-

ritoire ennemi, qu'il tourne au contraire toutes ses forces sur le camp de Cvsoing et qu'il prenne Ions les moyens possibles pour y attaquer l'ennemi avec avantage et le forcer à l'évacuer, ji Si cette opération peut réussir, on sera sous peu maître du camp de Maulde. ( Orig. , Arch. de la guerre , armée du Nord.)

''' Cf. sur l'arrestation du général Gratien et l'éniolion qu'elle causa à Paris les lettres du ministre de la guerre Boucholte, p. 309, note 1 , el p. Sig, note 2.

[aôocT. 179.3.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.

PABIS. -'l BRUMAIRE AN II ( !} 5 OCTOBRE 1798). LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE AU REPRESENTANT SAINT-JUST.

4 du :

aroTEX SAINT-JVST, «BPHESBNTÀIfT DU PBVPLB A L'ÀHMeE DU RHIN

Je vous envoie la copie d'un arrêta du Comité de salut public sur un rassenihieinent à faii-e à Bouquenoin et Saarwerden pour des opérations ullérieui'es (jui seront prescrites par le Comité , et copie de l'arrêté que le Conseil exécutif provisoire a pris d'après celui du Comité de salut public <*'. J'ai pensé que pour le bien de la chose il était essentiel de vous tenir au courant des résolutions prises ici.

'> Sainl-Just et Le Bas étaient arrivés à Straslwiirg ie a3 octobre.

î'' Le 93 octobre, le Comité de salut publir avait pris l'arrêté suivant ; irLe Comité de salut public arrête que le Conseil exécutif provisoire prendra les mesures les plus promptes pour qu'il soit formé près de Bouquenoin et Saarwerden un rassemblement de toutes les forces disponibles des armées du Rhin et de la Moselle, avec les approvisionnements nécessaires de vivres et de munitions, à l'effet de se porter sans délai sur Bitcbe et de là sur les places du Bas-Rhin qui se trouveront menacée» , conformément aux mesures ultérieures qui senml prises par le Comité. s (Cf. Aulard, VII, 584.) Le 3/1 octobre, le Conseil exécutif prit en conséquence les dispositions suivantes (H., ()o3) :

»Les généraux des armées du Rhin et de la Moselle, après avoir rempli aussi promptemenl qu'il sera possible les intcnlions du décret, qui prescrit de retirer les trois cjuarls des garnisons des places fortes pour les remplacer par les citoyens de réipiisition, conformément aux instructions qui ont été précédemment envoyées par le ministre de la guerre, el retiré partie des troupes des différents cantonnements sans dégarnir néanmoins entièrement la frontière dont la garde leur est confiée, sans compromettre le salut de l'importante place de Strasbourg, rassembleront le plus qu'il sera possible de troupes disponibles, avec

la ([uantité nécessaire d'artillerie, munilions, subsistances el effets de campempnl il Bouquenom ot Saarwerden.

(r Le général de l'armée du Rhin prendra les précautions nécessaires pour conserver les passages de Saverne et Phalsbourg, qui sont si essentiels à la communication des deux armées; il aura également atlenlion à celui de la Petite-Pierre. Il veillera à ce que les troupes, dans les mouvements ((u'elles seront dans le cas de faire pour arriver au rendez-vous, ne soient pas compromises et qu'aucune surprise de la part de l'ennemi ne puisse avoir lieu.

«Le général de l'armée de la Moselle prendra les précautions les plus exactes pour que rien ne puisse troubler la formation du rassemblement qui doit avoir lieu à Bouquenoin et donnera l'activité nécessaire à la partie secrète pour être au courant des mouvements des ennemis.

irLc général de l'année de la Moselle aura le commandement du rassemblement ()ui sera formé à Bouquenom et Saarwerden, subordonnément uugénéraldel'armée (lu Rhin, avec lequel il concertera ses opérations cl entretiendra une correspondance active.

([Les généraux des armées du Rhin et de la Moselle rendront compte au Conseil exécutif provisoire de l'exécution du présent arrêté et de la quantité de troupes qui seront réunies à Bouquenom et Saarwerden. n

MU

•j5 oct. 1793.]

J'ai reni voti'e iiole; j'ai (lonnd ordre d'envoyer des ingénieurs à l'armée du lihin, ainsi que vous ie demandez. Le Comité esl disposé à accorder de nouveaux fonds à Bourdon pour i'achat des chevaux '*' : ainsi rien ne l'empêchera d'être utile à la République. Il est très vrai que le principal avantage de l'ennemi consiste dans la cavalerie. Les soins que le gouxernement a j>ris pour se procurer des chevaux, des selles, des armes, n'ont pas été secondés par l'impulsion patriotique de ses agents'". Il fallait avoir de la cavalerie en trois mois, mais ils ont tous gardé leur allure monotone de gens d'affaires, et cela emporte une année.

Vous ne dites pas si vous avez Pichegru près de vous. Je serais bien rassuré de le savoir. Je n'ai pas encore vu votre lettre au Comité'", de sorte que je ne suis pas très avancé sur la connaissance de la situation où vous avez trouvé les choses. Hoiiel''', adjudant général et dont je vous ai parlé, est en chemin pour aller joindre l'armée du Rhin. L'arrêté du Comité n'est pas la même chose que le raisonnement cpip je vous avais fait , qui n'était qu'un raisonnement. Quelquefois l'on juge encore mieux sur les lieux de l'effet que doit produire une mesure adoptée. Si vous aviez cpielques réflexions h faii-e , envoyez-les bien vite pour (jue les mouvements ne soient pas retardés.

11 parait que le rassemblement doit se faire dans l'intention de se porter sans délai sur Rilche , et de là sur les places du Bas-Rhin qui se trouveront menacées. Landau esl bien du nombre, mais, comme l'arrêté dit qu'on marchera conformément aiLX mesures ultérieures prises par le Comité, je ne peux dire encore quelle sera la marche qui sera adoptée en partant du point de rassemblement.

Hier, nous avons reçu de bonnes nouvelles de Lille et Cassel. I^es ennemis ont

''' Le 3 août 1708, le Comité de salut ])iii)lic avait mis à la disposition du ministre de la (fuerre 800,000 livres en luiinéraire pour acheter des chevaux chez l'étranger. ( (if. A ulard , V , 4 61.) Le 98 octobre, il alloua au ininistre une somme de 4oo,ooo livres pour le uiome objet et l'autorisa à continuer à traiter avec le citoyen Bourdon jusqu'à concurrence de 30,000 chevaux. (Cf. Aulard, VII, 583.)

'^) Le 8 octobre 179B, la Convention avait ordomié une levée extraordinaire de chevaux, pour le service de la cavalerie, dans tous les canlons et arrondissements de la République ayant une juridiclion de jujje de paix particulière. A cet ell'et, le territoire de la République fut partagé en vingt divisions, ayant chacune un chef-lieu pour le rassemblement des chevaux , et un représentanl du peuple fut all'erté à chacpie division pour veiller à la prompte exécution de celle levée. (Cf. Aulard, VII, 29H.)

Le 6 brumaire (37 octobre), la Convention mit les chevaux de nouvelle levée à la disposition du ministre de la guerre.

") Saint-Just et Le Bas avaient écrit qu Comité les a 3 et a 4 octobre. (Cf. Aulard. VII, 094 et 6i5.)

f' -Nicolas Hoûel, né à Saint-L6 (Manche) le 27 septembre 1773, volontaire dans la marine du commerce el siu- les vaisseaux de l'Etat en 1787, sous-lieutenant le i5 septembre 1791, lieutenant le 90 octobre 1793, capitaine au 8' hussards le 1 1 mai 1798 et au 1 3' chasseurs à cheval le 30 juillet suivant, adjudant général chef de bataillon le 7 octobre 1793, adjudant général chef de brigade le 16 germinal an n (5 avril 1796), blessé et noyé au passage du Lerh le 7 fructidor an i? (ai août 1794). — Lnc lettre adressée par lui de Lille, le i3 octobre 1798, à Xavier Audouin, est signée Iloûel, adjudant gétéral sant-culolte.

[aôocT. i79"3] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. /i05

perdu beaucoup de postes qu'ils occupaient. Une nouvelle victoire h la Vendée , depuis la prise de Choiet et Morlajjne , avance beaucoup les af!;ures de ce côte'. Beaupréau et Saint-Florent ont été pris, les rebelles sont en pleine fuite; ils ont passé la Loire après avoir perdu beaucoup des leurs et deux chefs, d'Elbée et Bonchamp"'. Maintenant c'est Toulon, le Rbin et la Moselle (pii sont les points les plus inquiétants. La volonté du peuple d'être libre et le courage de nos soldats sont des choses certaines; il ne s'agit que de donner une bonne direction et de bien employer ces précieuses qualités. Le Conseil ayant prescrit au général de la Mosplle, (pli conuuaiidera le rassemblement de Bouquenom et Saarwerden, d'agir sous les ordres du général du Rhin, cette circonstance vous donne non pas des uiovens plus prompts, mais plus de moyens pour la délivrance du Bas-Rhin et de Landau.

Salut et fraternité.

( MiniiU" ant.. Arrh. de la ijuerre. armée «lu Rliin.)

PARIS, h BRUMAtnE AN II (qB OCTOBRE 1793). LE MINISTRE DE LA fiCERBE BOUCHOTTE AU fiÉNERAL PICIIEGBU.

Je vous envoie, général, copie de l'arrêté du Comité de salut public et de celui du Conseil exécutif provisoire sur iin rassemblement à opérer de Iroupes disponibles du Rhin et de la Moselle à Bouquenom et Saarvverden. J'envoie les mêmes pièces au général Hoche, commandant l'année de la Moselle '■*', pour ipi'il agisse dans le même sens pour l'exécution des arrêtés. Le Conseil exécutif, jugeant nécessaire d'augmenter les moyens qui doivent concourir à la délivrance du Bas- Rhin et de Landau après, a nus sous vos ordres le rassend)lement de Bouquenom et Saarwerden , qui sera commandé par le général de la Moselle. Vous trouverez dans ces deiLX arrêtés les intentions du Comité et du Conseil. Vous voudrez bien conférer avec les représentants sur ces objets; vous ne pouvez prendre trop de confiance dans le citoyen Saint-Just, qui est véritablement attaché au système populaire.

Donne'z de l'activité a votre partie secrète, pour être au courant des mouvements des ennemis et de leur nombre ('', et n'épargnez pas les courriers [)our l'exécution des arrêtés que je vous envoie.

( Arch. dn la (j^erre, armée du Rliin, reg. .'17, p. a3.)

'■ Les cliefs vendéens Bonchainp et ''' En effet, Boiicliotte écrivit à Hoclic

il'Elbée avai<-nt été tous deux Messes lors dans des termes ideiili(|ues. (Cf. Arch. de

(le la di'faiti' de Choie! , le 1 7 ocliiliie, mais la fjuerre, armée du liliin, re;;. 4H,

lioiicliamp avait sucrombi; le lendemain, fol. i4v°. )

tandis que (l'Ellw-e avait survécu à ses (jua- ''' La question de l'espionnage, on le

torzc blessures. voit, préorcupail ronstammenl Bouoholte.

QUARTIER GÉNÉRAL B'OLLIOULES , k BRUMAIRE AN II ( 2 5 OCTOBRE 1793).

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