‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 36 sur 191 · LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC AU GÉNÉRAL HOUCHARD · texte numérisé non relu

LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC AU GÉNÉRAL HOUCHARD

Paris, le 5 septembre 1793. l'an i de la République une cl indivisible.

AU GKNÉSAL nOVCIIARD, COMMAaDA^IT E\ CHEF DE L'ARMÉE DV AORO ET DES .«iîDBiVVES, AU QUARTIER GÉxÉBAI, DE GAVRELLB , PAR ARRAS.

Citoyen général,

Le ministre de la guerre nous a communiqué la lettre que vous lui avez adressée sur votre situation militaire''^'. Nous ne voyons pas sans peine que vous ayez abandonné le projet d'envelopper les ennemis qui sont devant Bergues et Dunkerque. En frappant ce grand coup, la

C Carnot est présent à la séance du Comité. (Cf. Aulard, VI, 382.)

(•> Cf., p. 82, la lettre de Bouchard du 3 septembre ) 79.3. — Le même jour, Bouchotlc écrivait à Houcliard : «J'ai communiqué, jjénéral, voire dépêche du 3 au Comité de salut public aussitôt qu'elle m'est parvenue. Elle a fait l'objet de ses réflexions, que vous trouverez dans une de ses lettres que mon courrier est chargé de vous remettre. Il m'a semblé que le Comité pensait avec raison qu'il ne pouvait pas vous prescrire telle ou telle opération, ni telle ou telle manière de l'exécuter. Il faudrait avoir des données sur la force, la position et les ressources de l'ennemi , qu'il n'a jjas et qui ne peuvent lui parvenir que de l'armée. Ainsi il a arrêté qu'il ne vous serait envoyé que des réflexions , vous laissant du reste toute la latitude possible dans vos opérations. Le (Comité s'est donc borné à examiner les objets principaux <pii méritaient le plus prompt secours, et il a reconnu que Dunkeniue et le Quesnoy avaient

besoin plus particulièrement d'un effort de votre part. Il a pense que le point de Maubeuge, très renforcé aujourd'hui, pouvait faire une diversion utile non seulement au Quesnoy, mais encore à l'expédition que vous projetez sur liergues et Dunkerque. Ne pourriez-vous y envoyer Jourdan , ou tel autre qui le vaudrait, car Gudin parle beaucoup de ses infirmités et de l'impossibilité où il est de remplir ses fonctions? Le Comité avait paru fort content de votre projet de vous porter sur Menin et de couper la ligne des ennemis et d'empêcher les secours de venir trouiiler vos entreprises du côté de Dunkerque, lorsqu'ils auraient été pris à revers. La défaite des Anglais lui paraissait probable. Si vous prenez un autre chemin, c'est qu'il est nécessaire, et il le pense ainsi. Vous pouvez vous assurer que vous avez la confiance du Comité de salut public et du Conseil exécutif, et que les j)alrinles comptent beaucoup sur vous.»

(Minute nul., Arch. de la guerre, armée du Nord.)

guerre eût peut-être été terminée ; mais si vous avez pensé que le succès fût douteux , nous ne pouvons qu'approuver la résolution que vous avez prise. S'il était vrai néanmoins, comme on nous l'assure, que les ennemis eussent d'eux-mêmes abandonné leur entreprise et levé le siège, nous pensons qu'après vous être emparé du cours de la Lys, au lieu de tourner à gauche pour vous porter sur la Flandre maritime, comme les ennemis s'y attendent, vous pourriez au contraire, après avoir attiré leurs forces de ce côté, tourner brusquement sur votre gauche'" pour attaquer Tournai et dégager le Quesnoy, duquel il est temps que vous vous occupiez très sérieusement. Au reste, citoyen général, c'est à vous à juger. Pleins de confiance dans vos talents militaires, votre civisme et votre expérience, nous ne voulons gêner aucun de vos mouvements et nous vous laissons la libre et entière disposition de vos troupes. Evitez leur morcellement qui vous paralyse et tâchez de porter à l'ennemi un coup terrible, sans cependant risquer aucune action décisive, pour peu qu'elle soit douteuse.

Nous usons de toutes nos ressources pour subvenir à vos besoins. C'est à vous de faire punir les traîtres et les lâches; vous en avez le moyen, puisque vous voilà autorisé à les faire juger par une commission mditaire, comme les émigrés (jui les soudoient''^'.

(Minutn auU de Cariiot, ArcL. de la ^erre, armée du Nord. — Beg. de Carnol, Arcli. de la famille Carnot. )

(') Il y a là un lap$u$ calami; I fallait écrire droite. (Note communiquée par M. A. Cliuquel.)

'*' Le 6 sepleiiiliro. Boucliolte érrivait .i Houchard (Minute, Arcli. de la ([iierrc, armée du Nord ) :

«Paris, 6 ifpteinbrc 1793, an i*'.

«/lu général llimchard.

»Je V0U9 prie de m'envoyer, général , par le retour de uion courrier, des nouvelles prélises de la situation de l'année du NonI et de celle des Ardennes. On déiiile ici que les Anglais devant Dunker(|ue sont environnés de l'inondation, et qu'il est dilllcile qu'ils se tirent aisément de la position qu'ils ont prise inipnidenunent.

t D'un autre côlé , la trouée par Solesmes ,

entre Cambrai et Landrecies, se trouve al>solunienl libre, et l'ennemi pousse de gros corps de cavalerie qui, sans nul obstacle, vont ravager tout le plat pays jnsqu'.î Saint- Quentin. Le général Heaurgard, qui commande dans le département de l'Aisne, a cbassé les ennemis de la Tiiicrachc, et il parait certain ([ue la colonne de Bcaulieu n'a pas pu se l'aire jour par la trouée de la (i'apelle. C'est la cavalerie qui cerne les environs de Landrecies qui a l'ait des pointes et connnis des dégâts dans liuit le jilat pays. \a', 3 s«>pteinbre, les ennemis ont ravagé le Iteau pays en avant de Saint-Quentin. Ils ont ennnené les licsliaux, emporté les blés, avoines, fourrages, depuis Villers-Oulréau jus(|u'à liellicourl , et depuis l'rémonl jusqu'à Fonsomme et Kontaine-Ulertre. Il faut

COllRESPONDAINGE GÉINÉRALE DE GARNOT. [5 sept. 1793.]

3t. PARIS, 5 SEPTEMBRE 1793.

LK COMITÉ DE SALUT PUBLIC, AU GÉNÉRAL EN CHKF DE L'ARMKE DES ARDENNES '".

Paris, ic 5 soplcmbre 1793.

t.ES RBPnhsyTAMS DV PF.VPI.E COMPOSAIT LE COMITE DE SAIVT PVSI.W

AU génébal ek chef de i'ahmée des ardeiiii<ies.

Citoyen général,

Une expédition importante vous a été proposée; le succès en paraît certain , si elle est conduite avec vigueur et sagesse. Il s'agit d'enlever une quantité immense de fer forgé ou. coulé qu'on assure se trouver dans les mines de l'abbaye d'Orval''^'. Vous savez quels sont nos be-

prendre des mesures pour couvrir ccUc frontière, de manière qu'aucun corps ennemi ne puisse impunément franchir les lignes de notre défense et que la retraite lui soit invinciblement coupée.

«Vous voyez, [jénéral, que la division de Beaulieu, que je supposais, d'après vos avis, s'être portée du coté de Vervins, ne s'y est pas présentée, et que ce sont les troupes cantonnées au Gâteau et dans les environs qui ont commis tant de pillages dont on s'est plainl. Il vous serait possible de combiner un mouvement des garnisons de Ganibrai, Landrecies, Avesnes et Maubcuge, qui couperait la retraite à tous ces corps avancés et qui les détruirait entièrement.

«Mais il vous reste toujours à combiner le mouvement de la colonne ennemie. Avec l'immensité de forces qui se dirigent sur les frontières, il faut reprendre l'offensive d'une manière très ])rononcée sur Ions les points et, en établissant un camp de réserve sur nos derrières , entre l'Oise et la Somme , nous nous mettrons à couvert de toute espèce d'inconvénients.

«J'ai envoyé le général Belair reconnaître toutes les posilionsde la ligne de réserve; je lui maripie de vous rendre compte du résultat de ses travaux, afin de couvrir

d'une manière invincible la deuxième ligne de défense delà République. Eludiez toutes ces positions en arrière , afin que , par des précautions sages, nous nous trouvions par cette campagne à l'abri de toute espèce d'accident. »

"' Houcbard commandait alors les armées du Nord et des Ardennes. (^etle dernière avait eu pour général en chef Lamarche, qui venait d'être destitué et qui fut remplacé, le 11 septembre 1798, par Jourdan.

('-' Abbaye de Cisterciens, fondée en 1 1 a 4 dans le duché de Luxembourg. Elle avait été récemment détruite, si on en croit la correspondance suivante, envoyée d'Aixla-Chapelle , le 3 2 juillet 1 793 , au Moniteur et insérée dans le n° du 5 août (XVll, 390) : trLes invasions des Français dans le Luxembourg ne sont pas interrompues : il V a quelque temps qu'un parti de troupes irrégulières est tombé sur un poste avancé d'Autrichiens et en a enlevé la plus grande partie. Plusieurs villages ont été pris, et la belle abbaye d'Orval, si souvent dévastée par l'ennemi , a été enfin détruite de fond en comble; l'église a été abattue par le canon, après que les Français en ont eu emporté l'orgue , l'autel et les colonnes de marbre.-

soins et notre pénurie à cet égard; il n'y a donc pas à hésiter, si la chose n'est pas absolument impossible, et il paraît que loin de là elle est très praticable.

Quant au mode d'exécution, nous l'abandonnons à votre prudence et nous vous recommandons de vous concerter à cet égard avec le citoyen Viger'^', porteur de cette lettre, qui a des connaissances locales infiniment précieuses et qui s'est chargé de vous donner beaucoup de renseignements essentiels.

(Rc^sli'p de Carnot, Arrli. de la fainllle Carnot.)

IK COMITÉ UE SALIT PIBLK; AU MIMSTRE l)K I.A GUERRE BOUCMOTTE.

Analyxe. — Envoi d'un mémoire de Girardot'^', second lieutenant-

ci Philippe Viger avait été iionimé rommissairn du pouvoir exérulif près l'armée du Nord le 98 mai 1793. (Cf. Aulard, IV, 35.5.)

'' Michel Girardol, né à Aul)opicrre (Haute-Marne) le a3 mars I7i>9> soldat au régiment du roi le aS mars 1779, congédié le 18 juillet 1789, sous-lioulonant au 1 9* bataillon de Paris le 1 1 neptomhre 179a, second lieutenant-colonel le a3 du même mois, avait été suspendu de ses (onctions à l'alTain- d'Arloii le 9 juin 1793 par le général Beaurjjard. Il vint alors  Paris et expliqua son affaire au ministre de la guerre par une lettre du a 4 août 1793, en marge de laquelle BouclioKe mil celle annotation : ^Kcrivez-lui que la Convention peut seule lever la suspension de» représeiilanls. Qu'il s'adresse au Comité militaire, au citoyen Guillemardel ou à tel autre lion patriote. Il pourra s'employer pour faire Hnir son affaire.» Girardot envoya alors, le .3o août 1793, un mémoire justificatif au Comité de salut puhlic, qui transmit le document au ministre de la guerre et insista, le 10 septembre, sur la

solution il donner à cette affaire. (Cf. à la page lai.) Girardot récidiva le aS nivôse an II (19 janvier 1794) et, le 1" pluviôse (20 janvier), le Comité de salut public le déclara l«jn patriote et arrêta que le ministre de la guerre le rétablirait dans son grade. (Cf. Arch. nat., AF 11 3o4, dossier de pluviàsc an 11.) En conséquence il ol)tint enfin, le 8 messidor an 11 (96 juin 1794), la place de centurion instructeur d'infanterie à l'école de Mars. Il fut rappelé à l'activité, le 17 germinal an m (0 avril 179a), connue capitaine au 7" bataillon du Bas-Rhin. Il fut blessé au siège de Kehl le a' jour cuniplémenlaire an iv (18 septembre 1796). Passé à la 68' demi-brigade, il tomba, le 17 lloréal an »iii (7 avril i8on). au pouvoir des Autrichiens et ne rentra en France que le 3* jour romplénienlaire an viii (90 septembre 1800).

Admis à l'hôpilal militaire de Nice, Girardot succomba, le lo brumaire an u (1" novembre 1800), aux suites des mauvais traitements subis pendant sa captivité. (Renseignements fournis par M. Léon Hennel.)

90 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [5 sept. 179.-5.]

colonel du 19" bataillon de Paris, dit du Pont-Neuf, relatif à sa suspension par le g<^néral Beaurgard '•>.

(Minute, Arch. iiat., AF ii 30, dossier agS.)

Page 1