RAPPORT DU GENERAL RONSIN AU CONSEIL EXECUTIF
HAPPOBT DV CITOÏB\ ROftSlX ', EXVOÎS PAR LE CONSEIL EXECVTIF A L'ARMEE DO NORD, LE l3 Àoh, ET REfBffV LE tj, SUR LA SIIUATIOS DE CETTE ARMEE ET DE LA FRON TIÈRE '^'.
On peut consulter Biliaud-Varenne et Niou ''' sur le choix de ceux qu'il serait avantageux d'attacher à cotte année. Chasles '*' nous a paru propre à animer le courage des soldats , à surveiller les officiers suspects et à imprimer un grand mouvement à cette armée qu'on a laissée trop longtemps dans l'inertie. Niou serait d'une grande utilité dans la Flandre maritime, où l'ennemi semble j)rojeter une incui-sion.
Le général eu chef Houchard passe pour un excellent militaire, mais il nous a paru facile et un peu leul: il im])oi-le de mettre à côté de lui des houunes aussi actifs que révolutionnaires.
Le général, autant qu'on peut le croire, est incapable de félonie; mais profi-
'■> Cliartes-Philippo Roiisiii, né à .Soissons (.^isne) ic i" décoiiibri' 1731, fils d'un iiiailre lonnciior, soldai au réjpuienl d'Auiiis le 7 octobre 17G8, surnouuiic Dariiit, acheta son rongé le 16 mai 1773 cl viul à Paris, où il s'adonna à la poésie drainalique ol 6l repri'seiUer plusieurs pièces, (iapilaiiiu-cominandaut dans la f^nlc nationale parisienne en Juillet 178g, il devint commissaire du pouvoir exécutif le 3g août t7gn et commissaire des guerres le 1.1 novembre suivant. Le a a du même mois il alla en celle dernière (pialilé à l'armée de Belgique, fui adjoint au iniiiislre de la guerre Bourliolle le i (1 atril i7gli et envoyé comme connnissaire du (Conseil exécutif à l'armée des Cotes de la Itochelle le g mai. Il enira dans l'armée le i" juillet 1793 comme capitaine au i3' chass<-urs à clieval el fut promu chef d'escadron le a , adjudant général chef de brigade le 3 el général de brigade le 4 juillet, (jénéral d" division le a oclobre 1793 el commandant de l'armée révolutionnaire en Vendée, il fut décrété d'arrestalion le 37 frimaire an n( 17 décembre 1798) el remis en liberté le i4 pluviôse (a février 1794). Arrêté de nouveau le a4 ventôse (ili mars 1794), il fui con-
damné à mort le 4 germinal (a4 mars 1794) avec Hébert, Momoro, Vincent, Anacharsis Cloots, etc., et exécuté. (Cf. Arch. nat., W 33g, n" 617.)
>-' Je publie ce document parce (|u'il a été le |>oint de départ des changements opérés dans lo personnel de l'étal-major de l'armée du Nord, cbaugemenis que nous trouverons successivement signalés dans la corres|iondanc« militaire du Comité de salut public. En elfet , presque tous les oflîciers, dont Ronsin dénonce l'incivisme ou l'incapacité, furent destitués, même Houchard , qui , malgré le jugement plutôt favorable du commissaire du Conseil exéculif, dut céder son connnandement à Jourdan et périt sur l'écbafaud.
'■') Billaud-Varennc cl Niou avaient clé envoyés par le (Jonseil exéculif dans le dé- |>arlemcnl du Nord le ag juillet 1793.
{Cf. Aulard, V, 4i3.)
i») Pierre-Jacques- Michel (Chasles, né à Chartres (Eure-el-Lolr) le g juin 1753, chanoine, député d'Eure-et-Loir à la C'onvcnlion, commissaire à l'armée du Nord le 1" août 1 7g3 , blessé à Wervicq le 1 3 septembre 1 798 , admis à l'hôtel des Invalides en l'an iv, mort à Paris le 91 juin 1 826. Il signait Châle».
10 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE^ CARNOT. [17 aoi't tygS.j
tera-l-il de tous les moyens de succès que les cii-constances lui présentent? N'emploiera-t-il pas à délibérer et à tracer ses plans d'attaque ou de défense un temps précieux? C'est ce qu'on craint.
Klat-major. — Il est h peine formé: deux hommes paraissent jouir, quant à présent, de la confiance du général en chef: Vernon''* et Berthelmy '*'.
Vernon n'a aucune des qualités qui cai'actérisent le républicain; Û est dissimulé et astucieux : il était fort avant dans la confiance de Gustine: tous les patriotes le craignent.
Berthelmy aime à dominer; il a delà suffisance et , sous certains rapports , a l)eaucoup de ressemblance avec Vernon. Tous deux se sont emparés du général Houchai'd; aussi cxcitenl-ils l'envie de deux auti'es officiers de l'état-major, Thiiring et Chéuier'''. Ceux-ci ont de l'esprit et tous les moyens qui en dérivent; mais sontils bien sûrs? J'en doute, surtout de Chénier. Un tiers parti rompt encore davantage l'unité qui devrait exister autour du général. I^e général de brigade d'Avaine'*',
'') L'adjudant général Gay de Vcruoii.
(Cf. t. II, p. 453.)
'*) Elienne-Ainbroise Berllielniy, né à Vauvillers (Haute-Saône) ie a 4 septembre 1764, ingénieur des ponts et chaussées dans le département de la Corrèze, élu capitaine do grenadiers au i" bataillon de la Corrèze le lo octobre 1791, adjudant général chef de bataillon le 39 avril 1798 et chef de brigade le ao juillet suivant, générai de brigade le 3o juillet 1798, chef d'état-niajor de l'armée du Nord , suspendu parle Conseil exécutif le 99 septembre 1798 et emprisonné, mis en liberté le 18 thermidor an n (5 août 1794), employé à l'armée des Pyrénées occidentales le 10 brumaire an iï(i" novembre 1795), député de ta Corrèze au Conseil des Cinq -Cents le a a germinal an vi (11 avril 1798), mendire du Tribunal le 4 nivôse an vui (a5 décembre 1799), chevalier de Sainl- Louis le 19 juillet i8i4, admis au traitement de reforme le 90 août suivant, mort à Paris le 9 4 juin i84i.
'•■'' Louis-Sauveur de (chénier, né à Galata , faubourg de (^oustantinople , le a 7 novembre 1761 , frère d'André et de Marie- Joseph , cadet au régiment de Bassigny le >6 novembre 1780, a quitté le 1" août 1 784 , lieutenant de gendarmerie le 1 9 juin 1791 , licencié le i3 août 179a, capitaine adjoint aux adjudants généraux le 6 sep-
tendtre 1799, adjudant général chef de bataillon en décembre 179a et chef de brigade en septembre 1798, sous-inspecteur aux revues le aa décembre i8o3, quitte ses fondions le 1" septembre i8i5. mort à Paris le i4 décembre 1893.
'*' Jean-Raptisie d'Avaine, né à Roulairs (Belgique) le i5juin 1783, de parents français, entra au régiment d'Egmonldragons, assista au siège de MaestrichI (1748), devint brigadier en 1749, mart^ cbal des logis en 1759, et quitta le service. Inspecteur en chef des haras de Flandre (cf. aux Arch. adm. de la guerre lettre de lui au ministre de la guerre, du 7 août 1793), il se mit à la léle des patriotes flamands en 1789, s'empara de Gand , devint major-commandant le 1 9 octobre 1789, lieutenant-colonel du i" dragons en décembre suivant et colonel le a mars 1790. Il quitta la Belgique en novembre 1790 et s'installa à Melun avec sa femme et ses deux fils. Après le 1 0 août 179a on lui donna les fonctions d'inspecteur général des chevaux de la nation.
Maréchal de camp provisoire le 1 9 février 1798, confirmé le 7 mars, général de division le 3o juillet, il fut mis en arrestation par un arrêté du représentant l)uquesnoy le 7 brumaire an n (28 octobre 1798), pour n'avoir pas exécuté les ordres du général en chef lors de l'eipédilion
ftyAoùi 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 11
le colonel Lamy''' (lous deux Belges) el le général Landrin ''', arlillour, sont exlrèmenient liés entre eux et censurent déjà le nouvel élat-niajor. Ils n'aiment ni Vemon , ni Berthelmy, ni Coquebert ''', chef de lartillerie , ni Thiiring, ni Chénier. En sorte ((ue si le bon esprit du général ne le préserve pas des suites i'unestes que doit produire la rivalité, je puis dire l'antipathie de ces hommes, obligés de communiquer journellement avec lui, il ne sera occupé que de leurs petites querelles personnelles , et la chose publique en sou/Trira. Quel remède apporter à cet état de choses '/
dans la Flandre maritime, et fut traduit devant le tribunal révolutionnaire et condamné à mort le 1 5 ventôse an ii ( 5 mars 179a). (Cf. Arcli. nat., W 335, n" 585.) '" Charles-François-Joseph de Lamy, né à Charleroi (Belgique) le 9 janvier 1786, fils d'un ollicier supérieur du génie, volontaire de celle arme en 1700, enseigne le fi mai 1760, sous-lieiilenant le 30 avril 17G1, lieutenant-ingénieur le t6 mai 176^1, capitaine -lieutenant le -ilt mars 1773, capitaine en pied le la fé>Tier 177K, major le 10 décembre 1789, il fut nommé le a juillet 1790, par le Congrès belgique , colonel et directeur du corps du génie et, en iiovcint)re 1790, maréchal de camp du génie. Il entra au senice de France comme chef de bataillon de cette annc par un arrêté des représentants à l'armée du Nord le II octobre 1792, fut promu chef de brigade par Dumouricz le 3o du méuie mois, mais n'obtint sa confirmation cpie le a'i mai 1798. Les représentants Trullard el Borlier l'élevèn-nt , le 3 septembre 1793, an grade de général de brigade, qui lui fut confirmé le 33 du même mois. Il counnanda le génie à l'armée d'Italie et fut reforme le aô prairial an m (i3 juin 179Ô). .\dinis au traitement de réforme le uô vendémiaire an ru (iG octobre 1798). il se relira à Charleroi, où il vivait encore en 181 A.
"' Jean-.Nocl Landrin, né .i Paris le sa mai 175a, fils d'un architecte, canonnier à Saint-Domingue en 1767, sergent en 1768, licencie en 1774 avec son corps , sous- lieutenant dans la milice bourgeoise de Saint-Dotiiingue la même aimée, rentré eu France en 1779. capitaine de canonniers de la section des Eufauts-Rouges à
Paris le 1" avril 179a, passé au 1" bataillon de Saint-Denis le ao septembre suivant, chef de ce bataillon le i5 avril 1798, général de division le 3o juillet 1793, suspendu de ses fonctions par les représentants prés l'armée du Nord le 1 3 septembre , arrêté le 1 8 frimaire an n (8 décembre 1793). mis en liberté le a 8 thermidor (i5 août 1794), réintégré le ai germinal an m (10 avril 1796) pour être employé dans le grade de capitaine d'infanterie, attache comme capitaine à la 54* demi-brigade le 7 fructidor (a4 août 1795), sus|)endu par l'eflet de la loi du 3 brumaire an iv (a5 octobre 1796), réintégré le 19 ventôse ( 9 mars 1796), autorisé à se retirer dans le déparlement de l'Oise le 4 prairial an 11 (a4 mai 1801). '') Antoine-Romain Coquebert de Montbrel, né à Saint-Germain-en-Laye (Seineet-Oise) le 6 avril 1 767, fils d'un conseiller du roi, correcteur en la Chambre des comptes; sous-lieutenant à l'Kcole de Mézières le t" janvier 1784, lieutenant en second le 1", janvier 1786 el en premier le 1" avril 1791, capitaine le i5 juillet 1791, aide de camp du général (Justine Je 9 mai 179a, heutenant-colonel. Après uw allerralion avec 'son général, qu'il accusait de trahison, et une lenlalivo de suicide au commencement d'avril 1793, il fut envoyé à Paris, traduit le 13 de ce mois devant le comité de la guerre el acquitte le 7 mai. Fait prisonnier dans la nuit du 6 au 7 septembre 1798 (cf. lettre de Mouchard, du 1 3 septembre, Arch. de la guerre, armée du .Nord, et Foucart el Finot, 11, 97 ), il devint fou pendant sa longue captivité. (Cf. A. Chuquet, L'expédition de Cutline, a6o et aGi.)
C'est aux repr(!scnlants du peuple qui se trouveront auprès de l'élat-major à prendre un grand ascendant sur tous ceux qui le composeront et à s'emparer d'autorité de la confiance du général, sinon en matière militaire, du moins pour contrebalancer chacun de ces trois partis. Un homme habile peut tirer avantage de cette rivalité et la diriger vers la prospérité des armes de la République.