‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 55 sur 191 · RÉCIT DE LA BATAILLE DE HONDSGHOOTE PAR LE GENERAL BOUCHARD · texte numérisé non relu

RÉCIT DE LA BATAILLE DE HONDSGHOOTE PAR LE GENERAL BOUCHARD

Au quartier général de Hondschoote, le il septembre 1793, l'an i" de la République une et indivisible.

EXPÉDITION DU GÉNÉRAL HOCCUARD CONTRE LES TROUPES DES ARMEES ENNEMIES COMBINEES DEVANT BERGIJES ET DUNKERQUE, AU NOMBRE DE 5o,000 HOMMES AU MOINS.

L'armée française se trouva rassemblée au camp de Cassel le 5 au malin : dès ce jour même les dispositions furent faites poui- attaquer les ennemis. 1^ général divisa son armée en trois coi-j)S principaux : celui de la droite, commandé par le général Dumesny '"' et fort d'environ 9,000 hommes, destiné à se porter devant

("> Picrrc-Micliel-Joseph Salomon, dit Dumesny, né à Anjjouli^mo ((Charente) le 17 janvier 1739, lieutenant dans le régiment de Mailly le 10 octobre f]iâ, capitaine le 5 avril 176:1, reformé en 1763, capitaine rommandanl la compagnie du liculenanl-rolonel du régiment de (iuyenne le 4 août 1770, capitaine titulaire le 16 octobre 1771, capitaine en second de la compagnie lieutenant-colonel le 8 juin 1776, capilaine-commaiulaiit le 3o janvier 177H, chevalier de Saint Louis le 27 septembre 178», lieutenant-colonel du

90' régiment le 6 novembre 1791, lioulciiant-colonel du 54' le a3 mars 1799, colonel le 97 mai 179a, général de brigade provisoire le 7 avril 1793, confirmé le i3 mai suivant, .suspendu le 27 septembre 1793, réintégré et employé comme général de division du a 5 prairial an ni au 5 frimaire an vi (i3 juin 1796 au ao novembre 1797), retraité en février 1801.

Le général Uumesny avait fait les campagnes de 175G à 1769. (Cf. Etienne Cbaravay, Le i;énéral Dumony , dana Im Révolution françaùe , t. .\X1V, p. ^07.)

[il SEPT. 1793.] CORRESPOiNDAiNCE MILITAIRE DU COMITE. 129

YiM-es, |>oiir couvrir le flanc droit des autres colonnes qui devaient agir sur l'ennemi et cnipéchei- le camp de Menin de |)orter du secoin-s.

L'avant-garde, forte de 1 9,000 hommes environ, était commandée par le général d'Hédouville '"'. Le corps d'armée était commandé par le général Houchard; les flanqueui-s de gauche d'environ 5, 000 hommes étaient commandés par le général Luidrin.

Le 6 , dès les trois heures du matin , toutes les colonnes se mirent en mouvement : le général d'Hédouville avec son avant-garde se porta sur Poperinghe, qu'il enleva : il fil heaucoup de prisonniers et prit beaucoup d'équipages à l'ennemi. Pendant le mt^me temps, un détachement de l'avant-garde commantlé par Vandamme att»iquait le château de Reninghelst , où l'ennemi fut écrasé et obligé de l'évacuer. De là l'avant-garde se porta sur Rousbrugge , qu'elle prit. Là elle passa le pont d'Yser et, à neuf heures du soir, se trouva à Oost-Cappel; jamais Miai-che de colonne n'a été plus rapide et plus triomphante.

Le corps d'armée du général en chef, dès les sept heures du matin, se trouva en j>résence des ennemis à Houtkerque. l^e général Colaud, avec un petit corps détaché, y attaqua si vigoui-eusemcnt les ennemis qu'il les força de faire leur retraite dans les Ijois de Sainl-Six, d'où ils se sont sauvés. Le général Colaud, avec son corps, se |)oria alors jusqu'à Proven,où il fit sa réunion avec le général d'Hédouville.

1>; corps d'armée, maître d'Houtkerque avec environ 7,000 hommes, se porta sur Herzeele, ((ue l'ennemi occupait en force et où il s'était retranché.

Le général Jourdan enleva les premiei-s retranchemeuts l'épée à la main cl chassa les ennemis du village après un coinhat de feux assez vifs; néanmoins les ennemis revinrent à la charge et repoussèrent les troupes de la Répuhliipie hors du village.

I/C général Houchaixl ordonna dans ce moment (pi'une charge à la baïonnette fût faite sur toute» les rues du village, et cette charge s'exécuta avec la plus grande impétuosité et en criant ^Vive la Républi([ue ! » I^ général en chef, profilant de la belle dis|>osition où se trouvaient les troupes, se porta sur le village de Rambec([ueo{i l'ennemi s'était retii-é et avait jiris un(; excellente position derrière l'Yser. L'attaque commença par du canon , et pendant une heure elle fut excessivement chaude. Une pluie abondante vint à tond)er dans ce moment, qui nuisait infiniment aux progrès de l'attaque; le général Rerihelmy |)roposa alors au général en chef de mai-cher aux ennemis la haïonnetle en avant; les colonnes se formèreul et on marcha : les troupes |)a.ssèrent l'Yser, |>artie sui- le pont , jwrtie par des gués , et forcèrent l'ennemi étonné à se retirer.

liPs chemins étjiient devenus alTi-eux, les troupes étaient excessivement fatiguées et le général en chef aurait désiré borner les succès de cette journée à la jtossession du village de Bambecque; mais il se laissa aller à l'ardeur que montraient les trou|)es, ainsi que les ofliriers de son état-major, et au désir des représeiilants du |»euple liCvasseur et DelbrcI, (pii a\aii'nl vaillamment combattu [>endant toute la joimiée au milieu des lr(in|M's de l;i Républi([ue.

" Josc|)li d'Il.'douvillu. (,l. 1. 11. |i. 110.

'"- Il

mrrtllLIIIIf KATIOXALC.

130 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [n sept. 1798.]

Les troupes se mirent donc en marche et la colonne fut dirigée sur Rexpoëde; ce village est au milieu des bois et les enueinis n'y firent aucune i-ésistance. La nuit étant survenue et le temps affreux, il fallut rester dans le village, dont la défense était facile; toutes les dispositions furent faites pour espéi-er d'y passer la nuit avec tranquillité; il n'en fut pas cependant ainsi. Dès les dix heui'ps, l'ennemi, venant jiiu- la gauche et sur le devant du village du côté de Killem, il attaqua brusquement tous les postes; une batterie d'artillerie légère eut deux pièces de démontées, beaucoup de canonniers et beaucoup de chevaux tués; la terrem- s'empara de beaucoup de troupes; malgré cela, il fut remédié à tout ce premier désordre ; mais , vers les trois heures du matin , l'ennemi attaqua avec plus de vivacité; ils percèrent dans le village et mirent les tronjtes en déroute; elles furent ralliées derrière le village et en disj)osilion de retraite. Quelques instants avant que d'être chassés du village, j'envoyai deux compagnies de grenadiers pour essayer de relever et d'emporter les deux pièces d'artillerie légère de 8 qui allaient tond)er au pouvoir de l'ennemi; ces braves grenadiers remplirent leur mission avec le plus grand courage et me ramenèrent les deux pièces malgré le feu de l'ennemi.

La retraite se fit siu" le village de Bambecque, oii l'ennemi ne nous poursuivit point, à mon grand étonnement. J'attendis le jour et j'examinai s'il était possible de faire remai'cher les troupes au combat. Jamais chose n'a été plus impossible ; le soldat était sans pain , sans eau-de-vie , par la négligence et des commissaires des guerres et des conunandants particuliers qui n'avaient pas exécuté les ordres. Une multitude de soldats était débandée et portée vers Cassel, et les chemins étaient si affreux qu'on pouvait à peine s'y tenir : dans cet état de choses , j'ordonnai la retraite sui' Herzeele , et je fis an-êter et bivouaquer les troupes en attendant qu'on leur fit conduire des subsistances; ce fut alors que j'entendis un combat très vif du côté de Rexpoëde et les força h la retraite après un vif combat (sic). Dès le soir, il me donna avis de ses succès et il envoya le brave Vandamme affronter l'ennemi jusque sous Hondschoote, qui était le lieu dans lequel l'ennemi devait se retirer. Je me décidai moi-même à marcher sur Hondschoote le 8 au matin , pour atta(|uer l'ennemi dans le point le jdus intéressant pour lui ; nous nous y présentâmes siu' plusieurs colonnes : le général Colaud tenait la di-oite , le général Jourdan le centre, le conunandant Vandamme avec les flanqueurs de gauche attaquait la droite. Dès les premici's coups de canon, le général Leclaire sortit de Bei-gues et se dirigea sur Hondschoote le long du canal avec la plus gi-ande intelligence. Jamais combat ne fut plus vif et plus chaud. Les ennemis étaient environ 18,000 hommes, et nous, nous allions environ à 16,000. Aj)rès quati-e heuies d'un l'eu terrible de mousqueterie et d'ai'tiUerie, je (is charger les troupes à la baïoimette; et le village fut emporté, c'est-à-dire la bataille gagnée. Il n'y eut j)as moyen de poursuivre les ennemis dans un pays coupé et où on ne voit pas à deiLx pas de soi; d'ailleui-s ils avaient eu le soin de couper le pont du canal à Houlbeni.

Il s'est passé pendant cette action de grands traits de valeur; un soldat du bataillon ci-devant d'Anjou, ayant perdu un bras, cria qu'il lui en restait un autre pour sa patrie; la division de gendarmerie aux ordres du général Leclaii-e, mai-

[m sept. 1793.] CORRESPOINDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 131

gré le feu à milraiHe de l'ennemi, monta dans un retranchement et lui enleva un drapeau; un soldat de la Corrèze, nouvellement arrivé, prit aussi un drapeau sur l'ennemi; mais, au milieu de ces actes héroïques de valeiu-, il est une chose qui fait ombre au tableau : une quantité assez considérable de mauvais soldats quittent le combat, se cachent dans les fossés et s'en vont au travers les haies; on est oblijjé de mettre sur tous les chemins de la cavalei-ie pour les arrêter, qui même ne peut les ramener au combat. Ce désordre épouvantable a lieu dans toutes les actions. Le représentant du peuple Levasseur a eu un cheval de tué sous lui pendant l'action, d'un boulet. I^e général Jourdan a été blessé à la poitrine d'un coup de biscaïcn, au moment où il allait monter dans un retranchement : sa blessure n'est |)as dangereuse, l^e général Colaud a eu un biscaïen à travers la cuisse au moment où il forçait les [volontaires] du Doubs à charger à la baïonnette; sa blessure est dangereuse et il ne sera ]>as en état de sei"vir de longtemjjs. I^e citoyen Mengaud ''\ commandant la 36' brigade, a été bless»! aussi '*'. Le nombre de nos blessés ne peut être que considérable; il va peut-être h 700; je n'ai pas encore l'état des morts. Quant à l'ennemi, sa perte est énorme; presque tous ses généraux ont été tués ou blessés; jKu-mi les blessés sont le prince Adoljihe''', fds du roi d'Angleterre, et le feld-maréchal Fi-eytag '''. Ce dernier l'est mortellement. Un général anglais a été tué; un général-major hessois, fait prisonnier'''.

'" Antoine-Xavior Mcii(;aud, né à Belfort (Haut-Rhin) le 9 avril 1759. fils d'un avocat au conseil d'Alsaco , garde du corps du comte d'Artois, compagnie d',\lsace, le i5 janvier 177^1, relire le 1" octobre 1781, commandant une compagnie de volontaires à cheval à Belfort en juillet 1789, commandant de la garde nationale de Belfort en janvier 1790, procureur syndic en octobre 1790, juge au tribunal du district en janvier 1791, élu capitaine de gregadiers au 3' bataillon des volontaires du Haut-Rhin le .3o août 1791 et lieulenantcolonel en premier le ?» septembre suivant, général de brifjade le 3o juillet 1 793 , nommé provisoirement par les représentants chef de la 36* demi -brigade le i"s«'ptenibre 1793. général de division le 30 septembre 1793, employé à l'armée de Rhin-el-Moselie le 1 3 juin 1795, réformé le i3 février 1797, remis en activité et nommé commandant de la 6' division militaire (Besançon) le 27 juillet 1799, employé à l'armée d'Italie le 8 décembre 1 799, commandant à Tortone le U juillet 1800, réfonné le a a août suivant, sous-préfet de Belfort le aô janvier i8o5 , baron de l'Empire le la mars 1811, remplacé le 33 août

181 4, retraité le a 6 janvier i8ao, mort à Belfort le 3o décembre i83o.

''' Il avait reçu le 7 septembre un coup de feu à la cuisse gauche.

W Adolphe -Frederick, duc de Cambridge, né le 9 4 février 1774, septième fils du roi d'Angleterre George III, était tombé le 6 septembre, à huit heures du soir, en compagnie du feld-maréchal Freytag, au milieu d'un piquet de cavalerie française, et tous deux avaient été blessés et faits prisonniers; mais le colonel Mylius était parvenu presque aussitôt à les délivrer. Ce prince mourut le 8 juillet i85o.

"' Le feld-maréclial autrichien Henri- (îuillaume de Freytag commandait l'armée d'observation. Le (J s<'pteinbre, il fut attaqué par Houchard et Jourdan et dut repasser l'Yser et se retirer sur Hondsclioole. ("est en se portant le soir sur Rexpoêdc pour rétablir ses communications avec l'armée anglaise qu'il fut blessé en même temps que le duc de (Cambridge, fait prisonnier, puis délivré. Il céda alors le commandement au général de Wallnioden.

''' Le général - major Cochenhausen , blessé mortellement et fait prisonnier ie 8 septembre devant Hondschoote.

Vi-2 COURESPONDANCE GENERALE DE GARNOT. [ii sept, i;;):].]

J'oubliais de dire ({u'à raffaire de la nuil de Re.xpoëde j'ai eu le mallieur (jiie radjiidanl général Coquebert ait tombe entre les mains des ennemis, en voulant allei', |)ar un excès de zèle, rejoindre la colonne du général Hédouville; l'adjoint

aux adjudants généraux a été tué à côté du généi'al d'Hédouville , en

disi\nt : "Je suis heureux de rnourir poui' la République!

La perte des ennemis pendant les trois jours de coiidial doit avoir été énorme; on assure qu'elle va à 6,000 hommes tant tués (jue blessés : les gens du pays disent qu'ils en ont enqiorté i5o chariots.

Le combat d'Hondscboole, qui l'ut terminé à deux heures après-midi, décida i'enncmi à lever le siège de Dtinkerque dès les cinq hciu-es du soir. Ils firent filer pendant la nuit tous leiu's bagages , de sorte qu'à la pointe du jour le généi'al Landrin , à la tête de sa division , réunie à la garnison , voulant faire une sortie pom- livrer combat à l'ennemi, n'en trouva plus. Ils ont abandonné dans la levée du siège, qui s'est faite avec une précipitation inconcevable, cinquante-deux bouches à feu en 1er coulé, trois cents milliers de poudre et beaucou]) d'autres objets.

J'ai beaucoup examiné leurs différents camps. 11 paraît qu'ils étaient devant Dunkenpie |)rès de io,ooo honnnes; ils se sont retirés derrière f\ii-nes.

L'artillerie j)en(laul toutes les alfaii'es a donné des preuves de la pins grande intrépidité, et, toutes les fois que l'infanterie a chargé à la baïonnette, elle a remporté la victoire. Les troupes ont été cette fois-ci assez bien disciplinées; la cavalerie surtout se distingue pour son amour pour le lion ordre. Je mettrai au jour les faits remarquables ])articuliers , h mesure qu'ils ine seront connus. Je ne saurais Iroj) exjirimer combien la ])résence des représentants du peuple influe sur le bon ordre el la décision des combats.

Les carmagnoles ont bien mérité de la patrie, el il n'y a rien de tel que les vrais ans-culottes.

HOUCUARD.

( Orij;. , Ai'cli. de la guerre, armée du Nord.)

GIVKT, 11 SEPTKMBRE 179<).

LE GÉNÉRAL ÉME AU COMITE DE SALIT PUBLIC

Givct, le 1 1 septembre, 1" de la République une et iiidivisibic.

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