‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 71 sur 191 · PRÈS LES ARMÉES DES ALPES ET D'ITALIE · texte numérisé non relu

PRÈS LES ARMÉES DES ALPES ET D'ITALIE

a vendémiaire an 11 de la République une et indivisible.

LE VOMITK DE SAIVT PUBLIC AVX niCPHÉSKXTAMS DU PEUPLE PRÈS LES ÀIIUÉES DES ALPES ET D'ITALIE '^>.

Nous avions cru, chers coilègues, nous être suffisamment expii{|ués sur la conduite à tenir envers ia République de Gênes, pour cju'il ne pût vous rester aucun doute à cet égard. Nous sentons, comme vous, combien ics conjectures oii nous nous trouvons sur ia frontière d'Italie sont délicates. Quelque parti que l'on prenne, il présente des inconvénients majeurs, et cependant il faut bien adopter un plan quelconque de conduite. Celui que nous avons adopté , et que nous avons constamment manifesté dans toutes nos instructions, a été de respecter le territoire génois, de ne point y entrer les premiers, à moins que ce ne soit du consentement du gouvernement de Gênes, mais de nous tenir sur les confins et toujours prêts à nous y porter en force, dès le moment où ce territoire aurait été violé par les ennemis. Nos motifs sont que, si nous pénétrons de force les premiers dans ce pays neutre, déjà si vivement pressé par les coalisés, d'après ce que vous nous dites, de se déclarer, nous le forçons à remplir en effet le vœu des ennemis et à se décider contre nous qui aurions commencé les hostilités, surtout si, comme vous paraissez le croire, le gouvernement génois est mal disposé à notre égard; car alors nous sommes fondés à croire qu'il n'attend qu'un prétexte pour se ranger du côté de nos ennemis, et nous le lui fournissons; nous fournissons au Sénat une réponse pour fermer la bouche au peuple, en supposant que celui-ci penchât pour nous; et enfin nous accréditons les reproches que nos ennemis affectent de disséminer, que nous foulons aux pieds le droit des gens et qu'il n'est rien de sacré pour les Français.

Si, au contraire, nous respectons le territoire génois, alors ou les

niée du Rhin la destitution de Landremont, arrêté ordonnant la levée des scellés ap-

«que plusieurs motifs de suspicion atta- posés sur la caisse du collège anglais à

quaient à la l'ois.» (Cf. Aulard, Vil, 56.) Sainl-Omer.

"' Carnol est présent à ia séance du <-) l$icord et Robespierre jeune , par ar-

Coinité (cf. Aulard, Vil, i3). H écrit un rêtés des ly et ai juillet 1798.

ennemis le violeront eux-mêmes, ou ils le respecteront comme nous. Dans ce dernier cas, vos craintes à l'égard de la prise de Savon s'évanouissent; dans le premier, nous marchons contre eux, non seulement pour notre propre sûreté, évidemment compromise, mais comme amis et auxiliaires du peuple génois, qui alors, s'il penche en notre faveur, devra se déterminer sur-le-champ, autant indigné, sans doute, de la perfidie des ennemis que sensible à la loyauté française. Et que pourrait répondre à cela le Sénat de Gênes, sans s'avilir aux yeux du peuple et de toutes les nations du monde?

Nous devons ajouter que Savone étant une place forte, il n'est point certain qu'en vous présentant devant elle elle vous ouvrît à l'instant ses portes. Si le Sénat est contre vous, il n'aura pas manqué de confier le commandement de la place à quel([u'un (jui ne vous la livrera pas. Il faudra enfin l'attaquer en règle, et alors l'ennemi vient au secours; s'il est le plus fort , il la délivre et nous sommes obligés de nous retirer avec la honte d'avoir gratuitement violé un territoire neutre; et si nous sommes les plus forts , eh bien ! laissons les ennemis se présenter euxmêmes devant Savone, et à l'instant marchons comme auxiliaires poui* la délivrer; et en attendant, saisissons-nous, autant que possible, de tous les défilés et de toutes les avenues qui sont sur le territoire des Piémontais; et même engageons le gouvernement génois à nous confier, dans les conjonctures, et autant pour sa sûreté que pour la nôtre, la garde de cette place importante , attendu que ses forces ne suffisent pas pour y faire assez de résistance.

Il en serait de même, si vous aviez la certitude que Savone vous ouvrirait ses portes en vous présentant devant elle, car alors il ne faudrait pas hésiter à vous en emparer comme poste de sûreté, en faisant de suite , à l'égard du gouvernement génois , toutes les démarchés nécessaires pour le convaincre que cette expédition ne doit point être considérée comme une violation de territoire, mais comme un moyen nécessaire à opposer aux entreprises hostiles des ennemis. Mais le succès de cette opération paraît peu vraisemblable, et, s'il n'avait pas lieu, il n'en pourrait résulter que les plus fâcheux effets.

Remarquez enfin, chers collègues, que si nous violons le territoire génois, les ennemis en obtiennent à l'instant ce qu'ils veulent, comme nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire la déclaration de guerre contre nous ; car, pour les forcer à se déclarer, ils bloqueraient de suite

192 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aS sept. lyijS.j

la ville même de Gènes, par terre et par mer, de manière ((u'il ne pourrait plus ni entrer de subsistances dans cette ville, ni sortir aucune Narcpio de son port, que nous n'en pourrions rien tirer du tout; au lieu qu'au moins, dans le système de neutralité, les vivres arrivent à Gênes sans difficulté, et qu'il ne reste plus que celle de la mer ((ui, dans tous les cas , existe.

Nous avons déjà dit, chers collègues, que nous sentions très bien les inconvénients de ce système; mais, comme le système contraire nous paraît en présenter encore davantage, nous croyons devoir nous arrêter à celui que nous indiquent la loyauté et l'intérêt même des Génois, qui ne peut être que celui de la neutralité, puisque c'est le seul qui leur conserve les avantages de leur commerce avec nous et qui les mette à l'abri de la vengeance que tôt ou tard nous pourrions tirer d'eux, s'ils adoptaient le système honteux de la perfidie.

Ges instructions, chers collègues, sont dans le sens de celles que nous avons déjà données soit par nos lettres, soit par les représentants du peuple dernièrement envoyés près l'armée d'Italie, soit enfin par l'envoyé qui doit relever Tilly à Gênes, et avec lequel il est essentiel que vous ayez la correspondance la plus suivie qu'il vous sera possible *'*.

Nous vous invitons, chers collègues, à vous défier d'un système semblable à celui qui déjà a été employé et cent fois reproduit avec astuce, pour nous entraîner dans une guerre avec les Suisses. Les ennemis ont constamment cherché à jeter des alarmes sur la frontière

<■> Titly avait été envoyé à Gênes comme charge d'affaires de In République française en mars 1798 et était arrivé le 9 0 avril dans cette ville. Il faut rapprocher de la lettre du Comité le passage suivant des instructions données à Tilly, le 8 mars 1798, par le ministre des affaires étrangères Le Brun (Arch. des affaires étrangères. Gènes, t. 167, p. g'i) : itll est vraisemblable que nous serons forcés d'emprunter le territoire de Gènes pour envoyer des troupes en Piémont. La république de (jéncs, dont les frontières sont rouvertes de troupes sardes et autres à la solde du roi de Sardaigne, serait sans doute fondée à re(|uérir notre assistance pour opposer à

ces troupes des forces suffisantes pour se garantir d'une invasion présumée. 11 serait à propos d'insinuer au gouvernement la nécessité de recourir à nous dans cette conjoncture; mais, si l'effet de cette insinuation n'était pas à peu près certain, il faudrait s'abstenir d'en faire la proposition pour éviter, dans le cas où elle ne serait pas acceptée, que les Génois n'en tirassent la conséquence qu'ils doivent eux-mêmes pourvoir à la défense de leurs places avec (les moyens suffisants pour nous résister à nous-mêmes ai er avantage , lorsque le moment serait venu de franchir de force les passa|;es par lesquels nos lrou|)es devraient entrer en Piémont, n — La République de

[•j3 sr.PT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 193

du Rhin, par leurs rassemblements vrais ou prétendus, qu'ils ont maintes fois formés aux portes de Bâle, en publiant qu'ils allaient forcer les cantons à se déclarer ou violer leur territoire. Or, quel était leur but? Uniquement de nous engager à le violer nous-mêmes les premiers. Combien de fois cette tentative n'a-t-elle pas été faite? Combien peu s'en est-il fallu qu'elle ne réussît, et combien n'avons-nous pas à nous louer d'avoir perpétuellement lutté contre ces perfides insinuations de nos ennemis?

Nous ne voulons établir en aucun sens de parité entre les Suisses et les Génois, mais au moins l'analogie des circonstances doit-elle nous autoriser à une juste défiance.

Vous ne nous dites pas si vous avez fait raser les forts de Saorgio. C'est une chose très instante.

Nous venons d'apprendre la victoire remportée par l'armée des Alpes, près le fort Mirabouck. Il en sera fait demain lecture à la Convention!". Il est essentiel que vous envoyiez des forces à Marseille, conformément à notre arrêté du 4.

Salut et fraternité.

Page 1