‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 84 sur 191 · LE GÉNÉRAL JOURDAN AU MLMSTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL JOURDAN AU MLMSTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE

Au quartier générai à Gavrelle, le -iS septembre 1793, 11' de la République.

LE GÉxéniL JOVRDAfI AV UIMSTnE DE LA GEEflllE.

Je VOUS préviens, ciloycn niinistro, f[ii"il est entré dans Bouchain un trésor et un convoi <le fourrajjes; j'y ai parcillenienl jeté des Iroiipes. I/enneini, (juoicjne très près de celte place, ne ])aralt pas vouloir l'attaquer; tous les rapports s'acconlcnt à dire qu'il se porte sur Maubeujje.

Il existe dans cette place et son camp retranché plus de dix-sept mille hoinnics , mais il y mjuujuc un {jénéral de division; j'y en ai cepciidant trouvé trois dans mon dernier voyage, Gudin, Chancel et Fcrrand '''. Le premier est hors d'état de servir à raison de ses infirmités , le second vient d'^^trc destitue et le troisième est malade; j'y envoie un courrier pour avoir une connaissance plus exacte de leur position.

Bergues et Dunkcrcjue témoignent des craintes. Je doute cependant que l'ennemi rcconmience une attaque sur ces deux places.

L'ennemi a beaiicou[) de cavalerie sur tous les points de notre frontière et nolaiiiinnnt àSolcsmes. Nous, au contraire, en avons peu, et le défaut de foun'ages et surtout d'avoine finit d'exténuer les chevaux. Je demanderais donc, et il est de la dernière ini|)ortance, que vous fassiez un eiïort pour m'en procurer et jeter

'" Le Comité écrivit en effet, le a8, à '•'' Boucliotle a écrit cri marge: itOutre

ïrullard et à Berlier, qui répondirent le Fcrrand, il y a Meyer. Vous pouvez encore

3n Kopleiiiliri'. (Cf. Aulard, VII, i3C.) en envoyer un autre, si cela est néces-

'•' Ces mots sont de la main de Cariiol. saire.»

216 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [28 sept. 1793.J

(l;ins cette armdc toute celle qui est dans l'intérieur. Je manque aussi ({"un général (le cavalerie ; il liuuirail m'en donner un , et un lion ; je uVn connais pas dans celle

armée

Je vous préviens aussi que plusieurs places me demandent des mineurs ; je ne sais là où il y en a de disponibles.

Je travaille i» un plan d'opération pour m'opposcr aux jirogrès des tyrans sur la terre de la liberté. Je vous le soumettrai lorsqu'il sera achevé.

Pour me faciliter dans mon projet , il serait à propos que je pusse mettre dans les places des citoyens de la nouvelle levée en y laissant cependant un peu d'anciennes troupes , mais il faudrait que ces citoyens fussent armés.

JoORDAN.

(Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord.)

LES GÉNÉRAnX BEAURGARD , BEYSSER , EUE ET SERVIEZ

AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Analyse. — i° Le général Beaurgard écrit de Réunion-sur-Oise (Guise) pour se plaindre du général Belaii-, qui le laisse dans un complet abandon. On lui enlève ses forces et ses ressources, de sorte qu'il sera hors d'état de résister à l'ennemi. Il demande que des commissaires de la Convention viennent juger des opérations qu'il a faites. (Orig. , Arch. de la guerre , ai-mée du Nord. ) — a° Le général Beysser écrit de Pai'is pom' demander à être entendu par le Comité sur les causes de son arrestation'*'. (Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.) — 3° Le général

W Boucholle a écrit en marge : (tColaud, Despinoy, Boniiaire, Duquesnoy sortent de la cavalerie. Les carabiniers ont ordre de se rendre au Nord. J'envoie ordre à Bagel , général de cavalerie , de se rendre au Nord.r)

'*' Le même jour le Comité de salut public arrêta que le général Beysser serait tiadull sur-le-cliamp à la prison de l'Abbaye. (Cf. Aulard, VII, loi.) — Le a octobre Beysser écrivit de la prison au représentant Merlin de Douai la lettre suivante, dont l'original autographe a passé par mes mains :

«A l'Abbaye , le a octobre 1 798 , Tan 11 (le la République une et indivisible.

«Oui, je serai toujours votre ami, car je n'ai pas trahi les intérêts de la Répu-

blicjue et je ne les trahirai jamais, même alors que je cesserais de combattre pour elle. L'injustice du traitement que j'éprouve n'est pas capable d'influer sur mes opinions politiques. Ce n'est ni l'ambition, ni la soif de la fortune qui m'ont porté vers le parti que j'ai embrassé, mais l'amour de la liberté et de l'égaUté. Je ne suis pas dans cette caste qui se consume encore en vains elTorts pour reconquérir ses droits et ses privilèges; la Révolution m'a élevé à un poste auquel j'aurais été bien éloigné de prétendre sous l'ancien régime; je n'ai rien à espérer de son retour, j'aurais tout à en craindre, s'il était possible. 11 faut donc être bien aveugle pour croire que j'aie pu lâchement abandonner la cause que j'ai jusqu'ici défendue

[•28 SEPT. 1793.] CORRESPOiNDANGE MILITAIRE DU COMITE. 217

Élie écrit de Givel pour rendre compte du zèle et de l'activitd des représentants du peuple près l'armée des Ardennes. (Analyse, Arch. de la guen-e, corr. gén.)

avec tant d'énergie. Que les hommes aussi sages que vous comparent ma conduite passée, qu'ils se rappellent mes combats mullipliés, j'oserai même dire mes succès, et qu'ils apprécient les imputations qui me sont faites. Il y a longtemps qu'il ne serait plus question de la Vendée, si l'on avait voulu suivre mes idées à ce sujet. Elle serait même encore bientôt soumise , si l'on consentait à l'exécution d'un plan qui se trouve dans mon portefeuille déposé en ce moment au Comité de salut public. Ce plan n'est pas d'un traître à coup sûr. Eh ! comment depuis que je suis ici n'at-on pas encore examiné mes papiers , parmi lesquels j'ai déjà écrit deux fois aux membres du Comité que ce plan se trouverait. Il serait bien étrange qu'on eût levé les scellés hors ma présence.

ttku surplus un général ne peut être garant que de la bonne foi de ses dispositions, de son obéissance aux décrets, de sa Cdélilé dans l'exécution des ordres de ses chefs et non pas de l'inertie ou de la lâcheté de ses subordonnés. J'ai vaincu tant que j'ai été obéi , je l'ai été aussitdl que les soldats ont méconnu ma voix et négligé l'exemple que je leur ai donné du courage et de l'inlrépidité. Je désire que ceux qui m'ont succédé soient plus heureux, ils ne seront pas plus fidèles. Le rapport que Barêre a fait hier à la tribune sur la situation de ta Vendée , indique faiblement à la vérité, mais indique suflisament pour les hommes de bonne foi la cause de l'échec que nous avons épromé. Les faits commencent donc à s'éclaircir; n'aurait-il pas été plus juste d'attendre qu'ils fussent tout à fait connus pour frapper les vrais coupables et ne pas s'exposer à punir aussi rigoureusement un général innocent et qui a peut-être bien mérité de la patrie. Je représente en ce moment un contraste bien étonnant : je suis emprisonné comme un traître ou un lâche, et dans ce moment même on me traite ici de la fracture d'une côte brisée

d'un ricochet de biscajen, circonstance qui me donnerait droit à des récompenses, si j'en ambitionnais d'autres que la gloire d'avoir servi mon pays. Si j'avais succombé sous le coup, ma mémoire eût été chère à mes concitoyens, j'aurais obtenu peut-être, ainsi que le général Dampierre, les honneurs de l'apothéose. Quelle différence de mon sort actuel à celui que la mort m'eût procuré. Au surplus, quelque soit celui qui m'est réservé, je serai toujours le digne ami de Merlin (de Douai), et si l'erreur de mes juges était telle que je fusse condannié à perdre la tête, je la [)orlerai sur l'échafaud avec le courage d'un soldat français et, sous la hache fatale, je crierai encore Vive la Ifépubliqne !

<tje suis bien touche de la sensibilité de votre fils. Il n'est pas surprenant qu'il m'accorde quehjues regrets, car, quoique jeune encore, il est en état d'apprécier ma conduite; il a toujours combattu à mes côtés. Chérissez-le bien , car il est bon républicain et brave soldat.

irToutà vous, mon ami.

irJ.-M. Betsser.

«J'oubliais de vous dire que j'avais tout mis en œuvre pour remplir la mission particulière dont m'avait chargé le Comité de salut pulilic, mais il aurait fallu de la discrétion, et on en a manqué. Tout était connu quand je suis arrivé à Nantes , et le bruit public avait averti de fuir ceux que j'étais chargé d'arrêter. J'ai déjà rendu au ministre de la justice le compte des fonds que j'ai reçus pour l'exécution de mes ordres secrets. Je suis en état de justifier de la dépense de ce qui a été employé , et je suis prêt à rendre le surplus. Ainsi je n'ai pas abusé ni dissipé les deniers de la République. Couujmniquei cette lettre à Perard, rnppelez-moi à son souvenir. Répondez-moi, demandez-moi toutes les explications que vous croirez nécessaires. Je suis jaloux de vous satisfaire sur tous les points. 1

^18 CORRESPONDANCR GÉNÉRALE DE CARNOT. [agsEPx. 1798.]

— à" Le gëndral Serviez ''' écrit de Landau que , promu généi'al de brigade ])ar un arrêté du représentant Dentzel , il vient d'être suspendu par le général Laubadère'"', sans motif, sans justice, ou, pour mieux <lii-e, pour avoir soutenu la représentation nationale outragée dans la personne du citoyen Uentzel. Il réclame justice'''. (Oiig. , Arcli. de la guerre, armée du Rhin.)

LE GOMITli DE SALUT PUBLIC À LEGENDRE DE LA NIEVRE.

Paris, le 39 septembre 179.3, l'an n de la République une et indivisible.

LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC DE LA CONVENTION NATIONALE AU CITOYEN LEGENDHE.

Le Comité a reçu, citoyen, les observations qui lui ont été adressées par le citoyen BouHyer, maître du fourneau de Druy, district de

'■) Emmanuel - Gervais de Roergaz de Serviez, né à Sainl-Gervais (Tarn) le 37 février 1755, lieutenant au régiment provincial de Montpellier eu mai 1773, souslieutouaut au régiment de Rousslllon lo

27 août 1774, lieutenant le ai novembre 1781, capitaine le 6 mars 1788, commandant la place de Sarrelouis le a septembre 1792, lieutenant-colonel du Ui' régiment le i4 janvier 1798, chef de brigade du 55° le 8 mars 1798, général de brigade provisoire à l'armée du Rhin lo 99 août 1798, .suspendu le 28 septembre 1798, réintégré le 28 nivôse an ni (17 janvier 1795), commandant temporaire de Belle- Isle-cn-Mer le 10 floréal an m (29 avril 1 795), employé à l'armée d'Italie le a5 prairial an m (i3 juin 1790), réformé le

28 ventôse an v (18 mars J797), préfet dos Basses-Pyrénées le i3 ventôse an ix {h mars 1801), député de ce département le 6 germinal aux (27 mars 1802), membre de la Légion d'honneur le k frimaire an xn (26 novembre 1808) et commandant le 2 5 prairial an xn (li juin i8o4), mort à Paris le 19 octobre i8o.'i.

'^' Joseph-Marie de Tenet, chevalier de Laubadère, né à liassoues(Gers) le 37 avril 17/13, lieutenant à l'école de Mézières le 1" janvier 1760, ingénieur ordinaire et lieutenant en premier le i"' janvier 1767,

capitaine le 1" janvier 1777, adjudant général lieutenant-colonel le ik mars 1792, adjudant général colonel le 3 septembre 1792, général de brigade le 8 mars 1798 et de division le 1 5 mai suivant , commandant de Landau le 28 juillet 1798, arrêté le 20 prairial an n (8 juillet 179^) et conduit à Paris, mis en liberté le 10 thermidor an u (28 juillet 179/1), envoyé à l'armée d'Italie le l\ fructidor an n ( 2 1 août 179/1), non compris dans l'organisation du 25 prairial an ni (i3 juin 1790), retraité en l'an iv, mort à Pouylebon (Gers) le 8 avril 1809. — Cf. Mémoire de la vie politique et militaire du généi'al Laubadère, défenseur de Landau, pièce de 8 pages infol. , et J.-M. Laubadère , général de division , commandant à Landau, à G.-F. Dentzel, représentant du peuple, mémoire signé de 80 pages in-fol. (Arch. adm. de la guerre, dojsier Laubadère.)

''' Le général Serviez publia, le 6 ventôse <in II (ai février 179/1), une brochure de 87 pages intitulée : Exposé de la conduite d'Emmanuel Serviez, soldat de ta liberté, depuis la Révolution et notamment pendant le blocus de Landau, où il était employé en qualité de général de brigade, (Cf. Arch. nal. , AFii 807).

'*' Curnot est présent à la séance du Comité. (Cf. Aulard, Vil, 109.)

Decize, sur l'arrestation des fers pour le service de la Rt^pubiiquc, et il va vous faire part des décisions auxquelles elles ont donné lieu, en vous invitant de concourir de tous vos moyens à leur exécution.

L"' eitoven Boullver observe ([uc son fourneau est sans forge et que les fontes qui en proviennent sont vendues à des maîtres de forge qui doivent les afliner, que même il a des marchés pour en livrer encore par la suite. Tout cela doit avoir son exécution; mais, conformément à l'arrêt du Comité, les fontes doivent être saisies dans les forges qui les affinent, et là elles doivent être traitées pour le service de la République et converties partie en fers d'échantillon et partie en lames à canons, pour être ensuite expédiées pour "Paris et payées par le département de la guerre.

Le fourneau est mis hors, faute d'eau et d'approvisionnement, et ne devait être mis à feu qu'au 1 5 décembre. Le citoyen Boullver est vivement engagé à presser les approvisionnements et à hâter le plus qu'il pourra la remise à feu.

Il se plaint de la dilliculté d'avoir des grains pour la nourriture de ses ouvriers. Du moment que les produits d'une usine sont évidemment destinés à la défense de la République, il faut autoriser les maîtres de ces usines à garder le grain (ju'ils ont récolté et qui est nécessaire à la nourriture de leurs ouvriers, et même à en acheter, s'ils en ont besoin.

Leurs ouvriers et leurs employés ordinaires et nécessaires à l'administration de b'urs établissements sont requis pour le service de la République et employés dans les forges et fourneaux auxquels ils sont attachés, le service qu'ils rendent en contribuant à la fabrication des armes étant plus utile que celui qu'ils rendraient avec leurs bras mal armés.

Beaucoup de particuliers achètent des bois pour les convertir en marchandises et diminuer la confection du charbon. 11 faut surveiller ces abus et faire en sorte que les forges et fourneaux travaillant pour la nation aii'nt leurs approvisionnements suffisants, et ne favoriser la conversion en marchandises que di's bois nécessaires" au service des armées de terre et de mer.

Quant aux billets que des maîtres d'usines recevaient des débiteurs et qui leur procuraient des fonds d'avance, ils pouvaient être suppléés par des facihlés que pourra procurer le ministre d(! la guerre,'

220 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [sg sept. 179.3.]

ou l'administration centrale quai Voltaire, n° h, lorsqu'on traitera avec eux, en leur donnant si\ret(5 suffisante.

Le Comité vous recommande avec la plus vive sollicitude de tenir la main à l'exécution des mesures salutaires qu'il prend et dont nos ennemis sentent l'importance puisqu'ils emploient tous les moyens de les entraver.

Les memhreH du Comité de salut public,

Carnot, Hérault, Robespierre.

(Oiiff. , coll. de M. Etienne Cliaravay.)

PARIS, 9Ç) SEPTEMBRE 1798. BEFFROv'" À CARNOT.

Paris, le afl septembre 1793, l'an II de la République française, une et indivisible.

L.-E. BEFFnOy, DÉPUTÉ DE L'AISNE, À son C01.LÈGVE CARNOT, UEIUBRB DU COMITÉ DE SiLVT PUBLIC.

Vous savez , mon cher Carnot , que l'intérêt général se forme de la niasse des intérêts particuliers. Sous ce rapport , une justice demandée par un seul individu doit lui être accordée le plus promptement possible ; mais c'est surtout lorsqu'une demande intéresse cent familles , dont le plus grand nombre sont de vrais sansculoltcs, dans le même pays et dans un département voisin de l'ennemi, que la politique augmente la force des raisons qui militent en faveur de cette demande et que la justice doit être prompte. Évitons de faire crier à l'injustice avec quelque fondement, évitons de donner aux aristocrates un motif de disei-édiler la Convention, la solvabilité et la bonne foi de la République et les assignats.

Les citoyens que je vous adresse sont ruinés et vexés de toute part; cent familles sont intéressées à leur sort : il lient à la solution d'une question simple et qui n'exige pas deux minutes d'examen. Le Comité de salut public est le seul compétent pour la décider. Le rapporteur est prêt. Il sera à midi et demi au Comité , ainsi que plusieurs membres. Notre députalion doit s'y rendre ; je vous prie en grâce, brave ami de la justice et de l'humanité, de vous y trouver aussi. Lisez le piécis que je joins à ma lettre: vous verrez que le fond de l'affaire est jugé, que deux ministres , tout en convenant qu'il faut payer et qu'il faut que l'un dos deux paye , rejettent chacun le payement à la charge de l'autre. Il n'y a que celte ques-

C Louis-Etienne BcITroy de Beauvoir, lion, membre du Conseil des Cinq-Cents, né à Laon (Aisne) le a avril 1765, ancien proscrit en 1816, mort à làège (Belcapitaine, député de l'Aisne à la Conven- gitiue) le 6 janvier i8a5.

tion de haute administration à résoudre : (f Qui payera , du ministre de la guerre ou de celui des contributions?» Le ministre de la guerre a demandé la solution et l'attend. 11 y a vingt-deux jours qu'il l'a sollicitée du Comité.

Salut et fraternité. Comptez sur l'attachement et la reconnaissance de voli-e fidèle collègue.

Page 1