‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 85 sur 191 · L.-E. Beffroy · texte numérisé non relu

L.-E. Beffroy

(Orig. aut. , Arch. nat. , AF ii lAg.)

GAVRELLE, 99 SEPTEMBRE lygS.

LE GÉNÉRAL JOIUDAN AU COMITE DE SALUT PUBLIC

Gavrelle, li' aij septembre I7y3, an 11 de la République française.

Je vous adresse ci-joint, citoyens représentants, une co|)ie du plan de mes opérations pour lâcher d'expulser l'ennemi de notre territoire. J'en ai pareillement fait passeï- un au ministre de la guerre. Je le prie de -se concerter avec vous sur la proposition que je vous fais de mes idées. La défiance de mes seules lumières et l'intérêt que je mots à sauver la Ré])ub!ique m'ont engagé et me détermineront toujours à soumettre k votre dérision les opérations d'un genre aussi conséquent que celles qu'il nous faut concerter dans ce moment.

JODRDAN.

'Arch. de la guerre, reg. de corr. de Jourdan, — , p. 7.)

GAVRELLE, 'i 9 SEPTEMBRE lygS.

LE GE'nÉRAL jourdan AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE.

Au quartier général i Gavrelle, le 19 septembre 1798, an 11 de la République.

LE GÈsénAL SU CHEF DE V ARMES DV XORD ÀV MINISTRE DE LÀ BVERRE.

Je vous ai prévenu , citoyen ministre , (jue je vous ferais passer le plan de mes o|iéralion$, lorsqu'il serait à sa confection. Ce moment étant arrivé, je vais vous faire le détail le plus juste de notre position et de celle de l'ennemi , vous comniuni(juer mes idées sur les moyens h prendre pour s'opposer à ses projets.

Ia-s troupes de la République pincées depuis le camp de Mons-cu-Pevèle jusqu'à Dunkcrque inclusivement , y conijn'is les garnisons des villes situées sur cette ligue, font un total d'environ cinquante mille hommes; celles placées depuis Douai.jus(prà Maubeiige aussi inclusivement donnent à peu près le même nombre.

±2-2 GORRESPOMDAINGE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ag sept. 179.3.]

Vous n'ignorez ])as quo notre cavalerie n'est guère propoilionnée à celle de l'ennemi ; il nous manque huit cents chevaux d'artillerie , de l'avoine , des magasins de souliers et de chemises; le soldat en a cependant grand besoin, de même que d'babits, vestes et culottes. L'armée manque aussi d'officiers généraux et surtout de généraux de division.

Les Anglais et les Hollandais , soutenus d'un corps assez considérable d'Autrichiens, occupent depuis Fui'ues jusqu'au camp de Cysoing inclusivement et sont partout assez en force pour ne pas nous permettre de dégarnir aucun point sans craindre d'y être attaqué. Une force coiisidéiable de troupes autrichiennes se porte sur Maubeuge : il paraît qu'elles veulent attaquer cette place ou celle de Landrecies et peut-être les deux à la fois; il ne faut cependant pas souffrir que l'ennemi s'avance davantage: il faut, au contraire, le chasser, s'il est possible. Voilà mes idées.

11 faudrait réunir deux armées de soixante mille hommes chaque, dont l'une attaquerait le camp de Cysoing, Orchies, Marchienues , Hasnon, Saint- Amand, et suivrait l'ennemi de manière à s'emparer du camp de Maulde, qu'elle occuperait , ainsi que les autres postes dont elle aurait chassé l'ennemi : l'autre marcherait sur Maubeuge et, dans le cas oîi celte place serait cernée, elle attaquerai! l'ennemi , profiterait de son succès et des cireonstances pour le prendi-e en flanc en passant la Sanibi-e et tâcherait de s'emparer de Bavai. Dans le cas où Maubeuge ne serait pas cernée , elle irait encore passeï' la Sambre au-dessus de Jeumont et attaquer par son flanc le camp de Bettignies , viendrait aussi s'emparer de Bavai. Je pense que, si ces deux opérations réussissaient, l'ennemi serait forcé de quitter' son camp de Solesmes et la forêt de Mormal; peut-être même, profitant des circonstances, pourrait-on le cerner daiis Valcnciennes et le Quesnoy.

Pom- exécuter ce plan, il fiuidrait que vous fissiez passer à l'ai'mée du Nord douze ou quinze mille hommes de plus et siu-tout de la cavalerie ; que les places de la frontière fussent gardées seulement par les citoyens de nouvelle levée , qu'il faudrait armer et me désigner les lieux de leur rassendjlement, afin que je pusse en disposer ; il faudi-ait aussi pourvoir l'armée de tout ce qui y manque , dont je vous ai parlé ci-dessus.

Si ce projet vous paraît trop audacieiLX et si vous ne croyez pas devoir courir les risques des suites fâcheuses qui jiourraient résulter de l'opération , dans le cas où elle ne réussirait pas , il finit alors se tenii' sui- la défensive. Pour cet effet il faut retirer quinze mille hommes depuis Mons-en-Pevèle jusqu'à Dunkerque , que nous remplacerons par vingt ou vingt-cinq mille do la nouvelle levée en les faisant armer. Je réunirai ces quinze mille hommes à trente mille que j'en ai ici campés; j'y joindrai tout ce que je pourrai tirer des autres places de la frontière, ([ue nous remplacerons par la nouvelle levée , et avec cette armée je m'opposerai à toutes les tentatives de l'ennemi ou je le chasserai de devant Maubeuge, s'il a cerné cette place.

\oilà, citoyen ministre, mes réflexions et mes projets; je n"ai pas .issez de confiance à mes connaissances et j'aime trop ma patrie pour entreprendre des opérations de cette importance sans vous les soumettre. Je fais aussi passer au Gomité de salut public tme copie de la présente ; je vous prie de vous concerter

[•i9 SEPT. 171)3.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 223

avec lui afin de me guider; cela m'est absolument nécessaire et le salut de la République y est intéressé.

Je vous observerai que le général de division Chancel, qui était à Maubcuge, est destitué. Le général de division Ferrand , étant nommé général en chef de l'armée des Ardennes, il ne reste dans cette place que le général Gudin. Il m'est cependant impossible d'y en faii'e passer un , attendu que le général Snidiam que j'y deslinais est retenu à Dunkerque par les représentants du peuple et qu'il ne me reste ici que les généraux Duquesnoy et BaUand '', qui me sont absolument uécessaires. Je vous prie d'y envoyer de suite quelqu'un d'intelligent et de courageux. Celte division ne manque pas de généraux de brigade.

(Orig. , Arcb. de la guerre, armée du Nord.)

JoDRDiN.

MAUBEDGE, QQ SEPTEMBRE lygS.

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