‹ Correspondance généraleChapitre 100 sur 122 · CB · texte numérisé non relu

CB

[12 octobre 1859.]

Qu'entends-tu par : nos lettres se sont croisées ? Quel jour m'aurais-tu donc écrit?

Il me semblait que nous ne nous étions pas écrit depuis très longtemps.

f'^ Les Payens innocents, nouvelles, par Hippolyte Babou ; La défection de Marmont, par Rapetti ; Essai sur l'épo'jue actuelle, par Montégut; ces trois livres, comme le Bjlzac de Gautier, avaient paru cnez Malassis. — Quant à l'épreuve, sans cloute éiait-ce celle du Théophile Gautier.

Faut-il que je réclame à la poste'^^? As-tu reçu le r"" du mois la Revue contcmporaine^^^? Je t'embrasse de tout mon cœur.

Charles.

[Environ 13-20 octobre 1839.]

Lettre retrouvée. Elle était allée à la Revue française.

Cette lettre est fort dure. Comment peux-tu supposer que j'abandonne des projets raisonnables, — que je ne veux pas retourner près de toi, et autres folies^^)? — En efTet, je dépense beaucoup, et tout ce tripotage de banque, d'escompte, me fatigue beaucoup. C'est une véritable rente pour l'usure. Mais tout cela peut avoir une fin, et une fin éclatante. — Je crois bien qu'à la fin de ce mois, j'aurai une bonne (ou une mauvaise) nouvelle définitive. Si elle est bonne, l'ouvrage serait joué au printemps.

Tu supposes toujours que je suis ingrat, — absurde! — et puis tu oublies qu'après avoir été longtemps un fainéant et un libertin , je suis obligé de jouer maintenant (ce qui est fort douloureusement comique) le rôle de papa et de tuteur'^'. II ne

<*"2) Voyez la lettre précédente et la suivante.

(') Baudelaire était pcut-ttre sincère dans ses protestations ; mais il faut constater qu'avec les années les « folies» de M"" Aupick allaient faire tigure de pressentiments.

'*' Auprès de Jeanne.

s'agit pas seulement de dépenses, il s'agit de penser pour un esprit affaibli.

Je voulais t'envojer un ['^'] (au moins un livre) dont on m'a parlé comme merveilleux, ce sera pour une autre fois.

Je rentrerai à la Revue contemporaine le 30 oct. ou le 15 novembre ^2)^

Je fais un 4* volume supplémentaire de Poe (^Eureba, livre philosophique).

La petite brochure Gautier va paraître avec la lettre d'Hugo, le tout fort gentiment imprimé, je crois.

J'ai mis au dos de la couverture une annonce de plusieurs ouvrages de moi, tous très avancés, presque finis. Il j en a même qui sont totalement finis'^'.

Dans les différents vol. que j'ai au contraire choisis comme devant te plaire, tu trouveras une pâture. Je suis bien étonné de ce que tu me dis de la Légende des Siècles. II est possible que ce vers souvent haché, brisé, aussi souvent épique que lyrique, te fatigue. Mais jamais Hugo n'a été si pittoresque ni étonnant que dans le commencement de Ratbert (Le concile d'Ancône), Zim- Zizimi, le Mariage de Roland, la Rose de l'Infante; il y a là des facultés éblouissantes que lui seul possède.

Je tâcherai de t'avoir un exemplaire de la brochure sur bon papier; mais je crois que tu te moques de ces choses-là.

Malgré tout mon désordre habituel, je suis par-

(^' Ici un rectangle a été découpé dans le billet autographe. ("^) Voyez page 34.8, note 2.

(3) Voir la note i, page 365.

venu à payer assez régulièrement mes dépenses d'hôtel, pour éviter une anicroche soudaine au moment de partir. C'est extraordinaire, n'est-ce pas ? Je t'embrasse tendrement.

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