A VICTOR HUGO
Vendredi, 27 septembre 1859 [?](''.
Monsieur,
J'ai le plus grand besoin de Vous, et j'invoque votre bonté. II y a quelques mois, j'ai fait sur mon ami Théophile Gautier un assez long article qui a
('' Voir les lettres n"' 449 et 4.69.
'^' Nous comprenons : «la culbute de la Revue française vous a-t-elle coûté quelque chose?»
t*' Pour la nn du Salon de 18^^, voir la note 2, p. 334, et, pour le manuscrit, p. 3^3.
(*) Date erronée : en septembre 18^9, les vendredis tombaient les 2, 9, 16, 23 et 30.
soulevé un tel éclat de rire parmi les imbéciles, que j'ai jugé bon d'en faire une petite brochure , ne fût-ce que pour prouver que je ne me repens jamais'^'. J'avais prié les gens du journal de vous expédier un numéro. J'ignore si vous l'avez reçu; mais j'ai appris par notre ami commun, M. Paul Meurice, que vous aviez eu la bonté de m'écrire une lettre ^2', laquelle n'a pas encore pu être retrouvée, L'Artiste ayant jugé à propos de la renvoyer à un domicile que je n'habite plus depuis longtemps, au heu de la renvoyer à Honfleur, mon vrai domicile, où rien ne se perd. II m'est impossible de deviner si votre lettre avait directement trait à l'article en question et, quoi qu'il en soit, j'ai éprouvé un amer regret. Une lettre de vous, monsieur, qu'aucun de nous n'a vu depuis si longtemps, de vous, que je n'ai vu que deux fois, et il y a de cela presque vingt ans'^^, — est une chose si agréable et si précieuse! II faut cependant
'1' Assertion qui a de la saveur sous la plume de celui que d'aucuns ont appelé, non sans raison, «le poëte du remords». Mais Baudelaire se complaisait en ces formules absolues ; nous le verrons aussi s'affirmer infaillible. — En réalité son projet de faire une brochure avec le Théophile Gautier avait précédé même la publication de cet essai dans l'Artiste, puisqu'il se trouve exprimé dans sa lettre à Poulet-Malassis en date du 16 février. Les rires des imbéciles n'y avaient donc eu aucune part.
t-) On lit dans la Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meuric:, sous la date du 15 avril 1859 " «Est-ce que vous voudriez bien remettre cette lettre à M. Charles Baudelaire?» 11 est par conséquent certain que Victor Hugo, sans doute pressenti par Meurice, avait exaucé le désir de Baudelaire aussitôt qu'il en avait été informé. D'ailleurs nous avons eu en mains les deux réponses successives d'Hugo.
(^) Selon Prarond, «Hugo [le Hugo de la Place Royale], très habile d'ordinaire à renvoyer tous ses visiteurs contents, n'avait pas compris le caractère concentré et tout parisien de Baudelaire».
que je vous explique pourquoi j'ai commis cette prodigieuse inconvenance de vous envoyer un papier imprimé sans y joindre une lettre, un hommage quelconque, un témoignage de respect et de fidélité. Un des imbéciles dont je parlais (celui-là plein de trop d'esprit, je veux dire d'esprit pointu '^^) me dit : «Comment! vous aurez l'efFronterie d'envoyer cet article à M. Hugo! Vous ne sentez donc pas que c'est fait pour lui déplaire!» Voilà sans doute une énorme sottise. Eh bien ! monsieur, quoique je sache que le génie contient naturellement tout l'esprit critique et toute l'indulgence nécessaire, je me suis senti intimidé, et je n'ai pas osé vous écrire.
J'ai donc maintenant quelques explications à vous donner. Je sais vos ouvrages par cœur, et vos préfaces me montrent que j'ai dépassé la théorie généralement exposée par vous sur l'alliance de la morale avec la poésie '-'. Mais en un temps oii le monde s'éloigne de l'art avec une telle horreur, où les hommes se laissent abrutir par l'idée exclusive d'utilité, je crois qu'il n'y a pas grand mal à exagérer un peu dans le sens contraire. J'ai peutêtre réclamé trop. C'était pour obtenir assez. Enfin, quand même un peu de fatalisme asiatique se serait mêlé à mes réflexions, je me considère comme pardonnable. L'épouvantable monde oii nous vivons donne le goût de l'isolement et de la fatalité.
(') On trouvera dans CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES (voir V Index) quelques exemples d'artistes affligés de «l'esprit pointu»; Baudelaire, à l'instar de Saint-Simon, semble avoir goûté particulièrement cette locution-là.
''^' Voir notamment la préface de Lucrèce Borgia,
J'ai voulu surtout ramener la pensée du lecteur vers cette merveilleuse époque littéraire dont vous fûtes le véritable roi et qui vit dans mon esprit comme un délicieux souvenir d'enfance.
Relativement à l'écrivain qui fait le sujet de cet article et dont le nom a servi de prétexte à mes considérations critiques, je puis avouer confidentiellement que je connais les lacunes de son étonnant esprit. Bien des fois, pensant à lui, j'ai été affligé de voir que Dieu ne voulait pas être absolument généreux. Je n'ai pas menti, j'ai esquivé, j'ai dissimulé. Si j'étais appelé à témoigner en justice, et si mon témoignage, absolument véridique, pouvait nuire à un être favorisé par la nature et aimé par mon cœur, je vous jure que je mentirais avec fierté! parce que les lois sont au-dessous du sentiment, parce que l'amitié est, de sa nature, infaillible et ingouvernable. Mais, vis-à-vis de vous, il me semble absolument inutile de mentir (^^.
J'ai besoin de vous. J'ai besoin d'une voix plus haute que la mienne et que celle de Tfiéopiiile Gautier, de votre voix dictatoriale. Je veux être protégé! J'imprimerai humblement ce que vous daignerez m'écrire. Ne vous gênez pas, je vous en supplie. Si vous trouvez, dans ces épreuves, quelque chose à blâmer, sachez que je montrerai
<'' Ce paragraphe a été retenu par certains critiques comme apportant la preuve que Baudelaire n'avait pas de réelles affinités avec Gautier. Pour nous il ne compte guère si l'on met sur l'autre plateau de la balance la dédicace des Fleurs du Mal, — d'autant que c'est l'intérêt et la politique qui l'avaient dicté.
votre blâme docilement, mais sans trop de honte. Une critique de vous, n'est-ce pas encore une caresse, puisque c'est un honneur?
Les vers que Je joins à cette lettre se jouaient depuis longtemps dans mon cerveau. Le second morceau a été fait en vue de vous imiter (riez de ma fatuité, j'en ris moi-même), après avoir relu quelques pièces de vos recueils, où une charité si magnifique se mêle à une familiarité si touchante. J'ai vu quelquefois dans les galeries de peinture de misérables rapins qui copiaient les ouvrages des maîtres. Bien ou mal faites, ils mettaient quelquefois dans ces imitations , à leur insu , quelque chose de leur propre nature, grande ou triviale. Ce sera là peut-être (peut-être!) l'excuse de mon audace. Quand les Fleurs du Mal reparaîtront, gonflées de trois fois plus de matière que n'en a supprimé la justice, j'aurai le plaisir d'inscrire en tête de ces morceaux ^^) le nom du poëte dont les œuvres m'ont tant appris et ont donné tant de jouissances à ma jeunesse.
Je me rappelle que vous m'envoyâtes, lors de cette publication, un singulier compliment sur ma flétrissure que vous définissiez une décoration ^'^K Je ne compris pas très bien, parce que j'étais encore en proie à la colère causée par la perte de
(') II s'agit des FANTOMES PARISIENS (I. Les Sept Vieillards. — II. Les Petites Vieilles) qui avaient paru à la Revue contemporaine le 15 septembre, et qui, ainsi que Le Cygne, seront dédiés à Hugo dans la seconde édition des Fleurs. — Voir d'ailleurs le début de la lettre à Poulet-Malassis, i" octobre suivant.
(-) Victor Hugo lui avait écrit le 30 août 1857 : «Une des rares décorations que le régime actuel peut accorder, vous venez de la recevoir. Ce qu il appelle sa justice vous a condamné au nom de ce qu'il appelle sa morale ; c'est là une couronne de plus».
temps et d'argent. Mais aujourd'hui, monsieur, je comprends très bien. Je me trouve fort à l'aise sous ma. Jlétrissure , et je sais que désormais, dans quelque genre de littérature que je me répande, je resterai un monstre et un loup-garou.
II y a quelque temps, l'amnistie mit votre nom sur toutes les lèvres. Me pardonnerez-vous d'avoir été inquiet pendant un quart de seconde? J'entendais dire autour de moi : «Enfin, Victor Hugo va revenir!» Je trouvais que ces paroles faisaient honneur au cœur de ces braves gens, mais non pas à leur jugement. Votre note est venue qui nous a soulagés'^'. Je savais bien que les poètes valaient les Napoléons, et que Victor Hugo ne pouvait pas être moins grand que Chateaubriand ^^l^
On me dit que vous habitez une demeure haute, poétique, et qui ressemble à votre esprit, et que vous vous sentez heureux dans le fracas du vent et de l'eau '^l Vous ne serez jamais aussi heureux que vous êtes grand. On me dit aussi que vous avez des regrets et des nostalgies. C'est peut-être faux. Mais si c'est vrai, il vous suffirait d'une journée dans notre tristC, dans notre ennuyeux Paris, dans notre Pans -New -York ^^^, pour vous guérir radicalement. Si je n'avais pas ici des devoirs à accomplir, je m'en irais au bout du monde.
^') Baudelaire devait être sincère dans ces lignes-là, car on connaît, de sa main, une copie de la déclaration de Victor Hugo refusant l'amnistie du 15 août 18^9.
<"' Allusion à l'inflexible fermeté légitimiste de Chateaubriand, mise en parallèle avec la constance républicaine par laquelle s'honora le proscrit de Hauteville-House.
'*) Cî.NouvELLES Histoires extraordinaires, p. xiv.
Adieu, monsieur, si quelquefois mon nom était prononcé d'une manière bienveillante dans votre heureuse famille, j'en ressentirais un grand bonheur.
Ch. Baudelaire.
Je n'ai aucun besoin des épreuves. Je suis encore pour quelque temps à Paris, hôtel de Dieppe, rue d'Amsterdam '^l
[Fin septembre 1859.]
Ouf! voilà vos vers recopiés '2),
Renvojez-moi ou plutôt rapportez-moi Eurêka.
Il n'est pas urgent d'escompter ce billet; Je ne l'ai fait faire que pur précaution , pour parer à l'imprévu qui se met en toutes choses.
Le copiste est en train de recopier un grand morceau de 4 feuilles pour Calonne. Demain, je le lui Hvrerai; j'en ai déjà une partie.
J'ai la parole formelle de Calonne.
(■) On sait que la réponse de Victor Hugo (en date du 6 octobre et qui apportait la louange restée célèbre : «Vous avez créé un frisson nouveau») prit place en tête du Théophile Gautier. Nous l'avons reproduite dans L'Art R0MANTIQ UE, p. 488-4.89.
(-) Et non : terminés, comme il avait été imprimé antérieurement. — Sans doute étaient-ce là quelques-unes des pièces dont se grossira la troisième édition des FLEURS , peut-être Sonnet d'automne, Chant d'automne et Le Masque, que publiera la Revue contemporaine le 30 novembre.
Mais, puisque vous devez rester à Paris du 3 au 10, venez me voir le 5 ou le 6 ; je serai content d'être appuyé par votre présence pour nous faire donner le plus possible. Vous pourrez toujours escompter du 10 au 15.
S'il y a lieu d'escompter le Duranty'^^\ que ce soit seulement pour nos affaires communes.
Le 8 (il sera temps), j'écrirai à De Rode (qui m'a offert 200 fr. dont je n'ai pas voulu) que je demande tout le salaire d' Eurêka; qu'il m'envoie en argent tout ce qu'il pourra, avec une lettre qui autorise M. Malassis à tirer sur lui à Genève pour le reste.
Je viens d'écrire à Delacroix pour savoir si votre tableau était prêt. Pas de réponse f^'. II est toujours par monts et par vaux.
Gautier et du Camp réclament toujours leur exemplaire de la brochure '^l
Rien de neuf pour Galonné relativement à la subvention à reconquérir. II paraît qu'il fait des abonnés. La Revue européenne passe chez Dentu* avec l'approbation du Ministre, qui ne donne plus que 60.000 fr. au lieu de 120.000 fr.
Quant au moral , triste , triste , je m'ennuie , et je me dégoûte de tout et de tout le monde avec une rapidité étonnante.
Je pensais dernièrement que je n'ai plus d'amis que ma mère et vous. A propos du mot pontife, vous me ferez penser à vous raconter une histoire
(') C'est-à-dire un billet de complaisance souscrit par Duranty.
'^' Voir la note 6, page 332. — Nous n'avons pas cette lettre de Baudelaire à Delacroix.
W Du Théophile Gautier.
qui a failli me brouiller avec Calonne et conséquemment anéantir votre nantissement'^^ Tout à vous,
i" octobre 1859.
Voilà tout ce que je puis vous dire : Victor Hugo, je le sais, fait sa correspondance le dimanche. Ce
C' «A propos du mot pontife» etc. Cette phrase semble, au premier abord, très obscure, — aussi mystérieuse que cette autre, qu'on lit dans la lettre au même du 2:^ avril 1860 : «Souvenez-vous du Sultan, servant à exprimer l'admiration pour une femme adorahlement mince et d'un genre de beauté florentine». Mais si on les rapproche l'une de l'autre en s'avisant de remarquer que le pontife de la première et la beauté florentine, adorahlement mince de la seconde se retrouvent pareillement au début du Masque dont le manuscrit accompagnait sans doute la lettre qui nous occupe :
Contemplons ce trésor de grâces florentines :
Cette femme, morceau vraiment miraculeux Divinement robuste, adorahlement mince, Est faite pour trôner sur des lits somptueux, Et charmer les loisirs d'un pontife ou d'un prince. — et si d'autre part on tient compte que c'est à propos d'une étourderie de Calonne que le 23 avril 1860 Baudelaire évoquait le souvenir du Sultan, alors le tout s'éclaire, et une hypotnèse très plausible s'impose à l'esprit : toujours appliqué à ménager sa clientèle bien-pensante, le directeur de la Revue contemporaine n'aurait-il pas demandé à Baudelaire de remplacer pontife par sultan au vers y du Masque? Sur quoi Baudelaire aurait ri un peu fort, demandant par exemple si c'est l'habitude des Turcs de rechercher les Sylphides, et puis raillant Calonne sur son appétit de respectabilité, et aussi sur sa regrettable tendance à faire passer les intérêts commerciaux avant les soucis de logique et de beauté.
que je lui ai demandé est un vrai travail. — II ne peut pas, je crois, me le refuser. Je lui dédie les deux fantômes parisiens, et la vérité est que, dans le 2" morceau, j'ai essayé d imiter sa manière ^^l
De plus, je lui ai écrit une longue lettre minutieusement explicative, • — en lui avouant que sa première lettre était perdue. — ■ Or, j'ignore comment et quels jours se fait le service de la voie par Londres pour Guemesey; mais en mettant les choses au pire, et en supposant qu'il n'ait eu mon paquet que lundi, il va me répondre demain. — Vous comprenez que cette lettre, si elle est importante, peut faciliter la vente de la brochure. — Maintenant pensez à ces deux choses : interlignez d'un point — et préparez le portrait. — Je crois me rappeler que vous avez laissé la phrase qui avait trait au portrait de Bracquemont [sic] et qui désormais doit s'appliquer à un autre portrait^^l
— Je ne connais pas ces messieurs, excepté Ph. deChennevières, et, très vaguement, M. Lacombe. Je ne croîs pas que Chennevières puisse remplacer dans toute sa grâce romanesque et conjugale Madame d'Holbach, non plus que M. Lacombe puisse représenter l'étonnant père Hoop. Comme je sais que vous aspirez à être Galiani, je suis inquiet de savoir qui a pu jouer le rôle de Diderot ^^l
(') Voir page 346, note 1.
(*) Cette phrase-là étant conçue dans les termes les plus banaux (voir L'Art ROAIANTIQUE , p. 494), se trouva s'appliquer aussi bien au portrait de Thérond qu'à celui de Bracquemond, et par suite ne fut pas modifiée.
'^' Baudelaire répond ici à un billet de Poulet-Malassis, en date du 30 septembre donné in extenso dans le E.-J. CrÉPET, p. 420-421 et où on lit notamment :
«Nous avons fait hier un dîner du baron d'Holbach avec Saint-Albin, Lacombe, Chennevières, Dussieux, Hamel, où il
— Je crois avoir vu encore quelques fautes dans l'épreuve Gautier que vous m'avez transmise, et qui est maintenant à Guernesej. Puisque nous avons quelques moments de calme, j'en profite pour vous faire remarquer que votre système de fautes d'impressions [sicj continue d'une manière déplorable. Le Balzac de Gautier '^^ en est criblé, et je regardais hier une affiche imprimée chez vous où j'ai trouvé, en belles capitales , Je mot : acctuelles.
Morel vient d'ébranler singuHèrement la confiance qu'avaient en moi MM. Didot et Géfis'^l II m'écrit de loin en loin que sa revue est vendue, qu'elle n'est pas encore vendue, qu'un orage l'a empêché de venir, mais à moitié chemin seulement, qu'il me prie de lui conserver mon estime, qu'il ne peut pas me donner son adresse, etc. De pareilles niaiseries m'ont fait comprendre tout ce que j'ai dû faire quelquefois souf-
n'a été question que de Dieu, du Pape, de Mirabeau et de vous, homme glorieux.
«Malgré la cocasserie que vous apportez dans ma chétive existence , je vous serre la main parce que :
«L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux.»
Philippe de Chennevières, le futur directeur des Beaux-Arts, grand ami de Le Vavasseur, de Prarond , de Buisson. Baudelaire l'avait connu à la Pension Bailly et avait consacré un article à ses Contes normands en 184,5. — Francis Lacombe, journaliste et économiste, auteur de La France et l'Allemagne , ouvrage paru chez Poulet-Malassis en 18^9 et mis au pilon à cause de passages défavorables à Napoléon I". — Le père Hoop, chirurgien écossais q;ui s'était mêlé de beaucoup de choses, voyages, commerce, économie politique, etc., et dont les hôtes du Grandval goûtaient fort les connaissances variées et l'irréductible pessimisme.
(') Théophile Gautier, Honore' de Balzac, édition revue et augmentée.
(^' On verra plus loin (page 375) et les raisons de cet ébranlement et pourquoi Baudelaire n'entrait pas, auprès de Poulet- Malassis, dans plus de détails à ce sujet.
frir à mes amis moi-même par mon indécision, et combien j'ai dû me nuire à moi-même. Enfin je viens de lui arracher VAnge du Bizarre'^^^ que j'ai immédiatement transmis à Hervé, M. de Calonne étant toujours absent.
Pour Delacroix, nous irons ensemble chez lui, un dimanche, à 2 h.; nous tâcherons de lui faire dire quand l'inspiration lui viendra pour votre tableau et de le faire causer littérature 2).
Je suis encore penché sur Eureba, Michel ne veut pas traiter avant que l'ouvrage soit fini et que la Revue internationale lui ait adressé le i^ n". Je n'ai pas pu arracher d'épreuves à celle-ci. Voilà que la métaphysique la plus subtile du monde va devenir ténébreuse par les fautes d'impression.
— Q.uand je vous aurai fait votre lettre pour M. de Rode, vous conviendrez avec lui de l'époque du paiement, et il faut qu'il soit exact.
La Lésende des Siedes^^^ a décidément un meilleur air de livre que Les Contemplations, sauf encore quelques petites folies modernes.
Asselineau est allé fiire un peu de villégiature à l'hôpital Saint-Louis. Etonnante élégance^^l
Je vous fais cadeau de cet autographe.
J'ignore si ce monsieur'^) espérait se battre avec moi. M. du Camp, ayant reçu une fois, de je ne sais qui, une lettre du même goût, a envoyé des
o Voir Histoires grotesques et sérieuses. C'est la Presse finalement qui devait accueillir ce conte-là.
'^' Voir page 339, note i.
(') La première série venait d'en paraître. Baudelaire la vantera à sa mère le 10 octobre.
('') Fils de médecin, Charles Asselineau avait des facilités d'admission et de traitement dans cet liôpital-là.
'*' Un sieur Boutaillier. Nous en parlerons dans l'Appendice.
témoins à son inconnu. — Remarquable différence de caractère, je suis resté muet.
Tout à vous.
Ch. Baudelaire.
Vous devriez imprimer les 2 vol. de Montégut^^'. — Peut-être que cette occupation le distrairait de ses étonnantes visions. Vous savez combien j'étais inquiet, ne pouvant remettre la main sur Morel, de la fin de mon Salon. Enfin Simon-Raçon'^] j^g promet une double épreuve.
[Environ lo octobre 1859.]
J'ai imité la ponctuation de l'autographe '3^; fautil la rectifier? ne négligez pas de me renvoyer la copie avec l'épreuve.
C' Poulet-Malassis ne suivit pas cet avis. II se défiait du cours que pourrait prendre la maladie de Montégut dont il venait de recevoir «des lettres insensées, d'une folie à lier». (^Correspondance inédite avec Asselineau.)
(*) L'imprimeur de la Revue française. — Baudelaire répète ici ce qu'on a déjà lu dans sa lettre du 27 septembre.
(') Le texte ci-dessus suivait une copie autographe de la lettre de Victor Hugo, si impatiemment attendue, que nous avons reproduite in extenso dans L'Art ROMANTIQUE, p. 488. Et dans cette lettre Hugo avait écrit : «Vous ne vous trompez pas en prévoyant quelque dissidence entre vous et moi. Je comprends toute votre philosophie (car, comme tout poëte, vous contenez un philosophe); je fais plus que la comprendre, je l'admets ; mais je garde la mienne. Je n'ai jamais dit : l'Art pour l'Art ; j'ai toujours dit : l'Art pour le Progrès.
«Au fond, c'est la même chose, et votre esprit est trop pénétrant pour ne pas le sentir. En avant ! c'est le mot du
Ne négligez pas non plus de donner un violent coup de poing dans le plexus solaire de De Broise'^'. Cela est nécessaire pour la correction des épreuves et le Progrès de la Typographie. C'est là le Verbe et le cri de l'Art. Ite!
(N'imprimez pas ces dernières lignes.) Tout à vous.
4^5. A MADAME AUPICK
10 octobre 18^9.
Ceci peut t'intéresser^^)^
Conserve-le, comme tout ce que je t'envoie.
La fin du Salon que tu as reçue n'est qu'une épreuve, et n'a pas paru '^l La petite revue est morte.
J'ai roulé dans d'immenses embarras.
Actuellement je suis en bon train, malgré de grandes tristesses.
Le théâtre est un métier tout nouveau pour moi. Les deux premiers actes vont bien; mais je n'ai jamais pu aller plus loin'^l
Crois, si tu le peux, que si je ne t'écris pas, c'est seulement quand je ne suis pas content de moi.
Tu aurais bien pu m'adresser un petit merci
Progrès ; c'est aussi le cri de l'Art. Tout le verbe de la Poésie est là. Ite. »
On voit que Baudelaire, dans son billet, s'était amusé à parodier Hugo.
''' Voir la note 2, page 268.
'^' Nous Ignorons ce qu'était ceci.
(') Baudelaire se trompait, voyez page 334, note 2.
(*) Il s'agit du Marquis du 1" Houzards.
pour les pauvres preuves que Je t'ai envoyées de ma sollicitude pour diminuer ton ennui.
Tu as voulu la Revue contemporaine. L'as-tu reçue? Elle paraît le f et le 15. Si par hasard, il y avait un oubli, écris-moi pour te plaindre (si elle est adressée à mon nom au lieu de l'être au tien, c'est que, par ce procédé, je ne paie comme auteur que la moitié du prix). As-tu reçu la Légende des Siècles, un beau livre qui vient de paraître? Ce Victor Hugo est infatigable.
Les Païens innocents ?
Le Balzac de Théophile Gautier?
Le Marmont!
Un livre critique de Montégut?
Et mon épreuve'^'?
Je t'embrasse de tout mon cœur.
Ton idée de prier Dieu pour mes affaires de théâtre est très comique; mais tout ce qui vient de toi est toujours bien.