A ALPHONSE DE GALONNE
[14 décemBre 18^9 ? W.]
Mon cher de Calonne, pour la première fois, je vais vous résister, parce que je suis convaincu que, littérairement, j'ai raison. L'embarras que vous me causez est encore moins grand que mon étonnement.
Les citations en question sont d'une beauté immortelle et unique. D'ailleurs, ces citations (souffrances)'^^ sont un pendant indispensable aux citations (jouissances) qui précèdent '^\ La seule manière, je crois, de nous accorder, est l'engagement que je prends de nous rattraper par la brièveté sur les Suspiria^^l
Bien à vous. ^ n
(^' Cette date semble pouvoir se déduire de la lettre suivante au même.
(-•') Il s'agit des Confessions du mangeur d'Opium (Paradis artificiels) dont le chapitre III a pour titre : Voluptés de l'Opium, le chapitre IV : Tortures de l'Opium, et dont les Suspiria de profundis font la suite.
[57, ruePigalIe.] . ^, ^ ^ ^
[15 décembre 1059.J Cachet postal.
Mon cher ami,
Nos lettres se sont croisées. Je viens de recevoir celle qui m'annonce un grand remue-ménage ; j'irai vous voir ce soir, mais la tête bien lourde de travail.
Je devine ce que vous désirez. La seule chose que je vous supplie de faire, c'est que si vous avez des coupures à opérer, elles soient indiquées de manière à ce que je retrouve (pour moi) mon manuscrit intéorraî ■^\
Deux mots encore : il y a dans votre lettre une erreur; jamais vous n'avez pu voir autre chose que deux ou trois fragments.
Ensuite je vous ai dit qu'après les visions morbides, et la méthode paradoxale de guérison, il y avait une 2^ partie très ombreuse , très mystérieuse, où les souvenirs, non pas de jeunesse mais d'enfance, se trouvaient naturellement opiacés par l'imagination d'un homme de soixante ans soumis à cette étrange hygiène '-1
Cette partie-là n'a jamais été, même fragmentairement, traduite, pour cette raison bien simple qu'elle est intraduisible'^'. Moi seul, je puis me jouer dans de pareilles difficultés.
('"*) Pour les coupures opérées dans le texte préoriginal, voir Les Paradis artificiels , p. 346-34.7, et, pour les «souvenirs opiacés», ihid., p. 162-163.
'') Il est vrai que, dans l'adaptation du Mangeur d'Opium de Thomas de Quinccy donnée en 1828 par A. D. M. (c'est-à-dire Alfred de Musset), \cs Suspiria n'avaient pas même été mentionnés. Mais ils ne furent écrits qu'en 184.5, ^^ 4^' suffit à l'expliquer.
II j a entre les 2 parties la différence proportionnelle qui existe entre les deux Faust. Bien à vous.
Ch. Baudelaire.