‹ Correspondance généraleChapitre 40 sur 122 · À MADAME AUPICK · texte numérisé non relu

À MADAME AUPICK

Vendredi 26 février 1858.

Ma chère mère, cette lettre que je n'attendais qu'en tremblant et qui m'a comblé d'une joie si brusque a eu le même résultat que l'annonce d'un malheur. Tu peux juger de mon agitation ; je suis resté deux jours presque sans dormir.

Hier et avant-hier j'ai été si dérangé que je n'ai pas pu te répondre.

Je doutais tellement de mon succès que j'avais monté une tentative d'emprunt usuraire. On me demandait 800 fr. d'intérêts pour un an, et encore à la condition de rembourser par mois ou par trimestre. Je ne te raconte cela que pour te donner l'idée du désir que j'ai de m'en aller. Je viens d'éciire à ce gredin que je n'avais plus besoin de ses services.

Je viens d'écrire aux différentes personnes que je veux payer avant mon départ que je les paierai la semaine prochame.

Enfin, enfin, j'ai donc été compris! Si pour le coup je ne sais pas utiliser ce suprême service, c'est que ma volonté et mon esprit sont perdus, et que je ne suis plus bon à rien.

Ah! il était grandement temps! j'espère tout de cette nouvelle installation : le repos, le travail et la santé. Car je me crois malade, et un malade, même imaginaire, est un malade. Qu'est-ce que c'est que ces peurs perpétuelles, ces essoufflements et ces palpitations, surtout pendant le sommeil?

Dix jours après la remise de l'argent entre mes

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mains, je serai à Honfîeur. Tu ne recevras, je présume, que trois caisses; la première qui arrivera sera les livres. — Deux choses m'embarrassent parce qu'elles sont peu commodes à emballer, c'est ma table et ma lampe. Cependant il me répugne de les vendre.

Comment as-tu pu croire que je me bazarderais à aller voir Ancelle avant qu'il fût instruit par toi de mon projet, de ta volonté, et du but que je poursuis? Je parierais que même après ta lettre il fera tout, non pas pour ne pas s'exécuter, mais pour s'exécuter le plus lentement possible. Cette visite me fait peur. Je suis persuadé qu'il faudra que j'aille le voir plusieurs fois, ce qui me fera perdre beaucoup de temps; et j'en ai si peu à moi! Tu ne peux pas t'imaginer combien de fois, quand jadis tu me rendais des services d'argent, il en diminuait les résultats, en me payant goutte à goutte. À chaque fois je perdais du temps, et il y avait aussi une forte déperdition d'argent.

Tu ne sais pas ce que c'est pour moi qu'une visite à Neuillj. C'est une inquiétude pénible, une incertitude fatigante; et puis il faut causer quelquefois plusieurs heures politique et littérature, avant d'en venir au fait, et quand ma pensée est ailleurs. Ce brave Ancelle ne se doute pas combien de fois je l'ai maudit.

II péchera l'argent où i7 voudra, et le reçu que

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