A MADAME AUPICK
27 février 1858.
J'ai eu trois jours d'une belle joie ; c'est toujours cela de gagné, la joie est si rare. Après tout, je t'en remercie sincèrement. Mais ça n'a été qu'un joli rêve. — Je ne renonce pas à aller à Honfleur. Mon envie augmentera de jour en jour. Mais j'irai avec mon argent, et quand j'aurai pu me tirer d'affaire moi-même.
Je te supplie, ma chère mère, de ne pas te fâcher. J'irai certainement là-bas, mais quand? Je l'ignore. Je ferai tout ce qu'il faudra pour cela. — J'ai reçu ce matin ta funeste lettre; ainsi la lettre que je t'ai envoyée hier, avec ses minutieuses explications, est nulle.
Je suis obligé de pourvoir rapidement aux embarras dans lesquels je vais être plongé. Ils
sont plus grands qu'auparavant. Car j'ai, comme je te l'ai dit, donné rendez-vous à plusieurs individus pour la semaine qui va s'ouvrir, et j'ai refusé l'argent qui m'était offert d'autre part. C'est à perdre la tête.
Mais quelque effrayant que ce soit, ce n'est pas encore le pire. Ancelle, à qui tu as déjà sans doute écrit, va venir m'assassiner de ses services, et quand il verra que je refuse son argent, il voudra me rendre service malgré moi. II va me fatiguer de ses odieuses conversations. J'ai tant besoin de repos. II va s'introduire chez moi de force, vouloir pénétrer mes affaires de force, m'arracher de force le récit de mes embarras. Rien qu'en pensant à sa visite, ma souffrance devient de la colère. Voyant mon obstination à tout refuser, il cherchera à me faire le plus de mal possible, toujours sous le prétexte de m'ètre utile. Je ne puis pas me sauver de Paris pour l'éviter, le remède serait pire que le mal. II va s'introduire de force dans mes affaires, comme il faisait à l'audience lors de mon procès. Il entrait de force en conversation avec mes amis qu'il ne connaissait pas du tout, tant il a la rage de faire des connaissances et de se mêler de tout; et ceux-ci me demandaient quel était ce grand monsieur qui avait l'air de si bien me connaître. J'avais toujours sur lui un œil inquiet, craignant qu'il ne me compromît ou ne me ridiculisât. — Voilà, j'espère, un bon détail de mœurs.
Ainsi, je t'en supplie en grâce, si tu ne lui as pas encore écrit, ne lui écris rien du tout, si tu lui as écrit, écris-lui de nouveau pour l'instruire que ta résolution et nos conventions doivent être
comme non avenues. Je veux vivre, et je ne veux pas que ce fléau d'Ancelle me vole mon temps et ma tranquillité! — ma tranquillité!
Je vais tâcher de m'étourdir par le travail. Arrive que pourra! Je t'instruirai au fur et à mesure de l'avancement progressif de mon projet, si toutefois cela avance.
Je t'en supplie, ma chère mère, ne m'en veuille pas de préférer mon enfer à une intervention qui a toujours été ruineuse pour moi. L'usurier valait mieux ; mais il est trop tard.
J'espère que je peux compter sur toi pour qu'Ancelle ne se mêle de rien. En repoussant son argent, j'ai le droit de repousser ses offices.
Je n'ai jamais eu avec lui de querelles très graves, et je ne fai jamais insulté. Cela pourrait arriver; j'en serais honteux et désolé; mais le mal serait fait.
Songe donc qu'une de mes grandes jouissances, en allant à Honfleur, était de le fuir.
Je t'embrasse bien tendrement.
Charles.
Tu n'avais pas réfléchi non plus qu'en supposant que j'acceptasse son intervention , il allait me faire perdre un temps effroyable, et que m'entendre avec lui nécessiterait une cinquantaine de voyages.
Vois quelle cataracte d'ennuis tu as jetés sur moi en voulant m'étre agréable. Je viens de relire ta lettre, et j'ai compris que le mal était fait, qu'Ancelle avait dû recevoir ce matin une lettre de toi à la même heure que moi. Pour parer le
coup, je vais lui écrire que je reste à Paris, et que je n'ai aucun besoin d'argent. De cette façon, il me laissera peut-être tranquille.
Maintenant, je te renouvelle la promesse que je ferai tout mon possible pour aller te rejoindre le plus tôt possible.
Je rouvre une troisième fois ma lettre pour deux raisons. Je sais que tu vas être affligée en lisant ceci : je te conjure de ne pas m'en vouloir. Je sais ce que je fais, je sais que je raisonne juste. Je sais que j'ai raison en préférant les plus graves tourments à la fatigue de voir Ancelle.
Je te jure que je ferai tous mes efforts pour aller à Honfîeur et pour me passer de lui. — La lettre que je t'écris est très sincère et très nette. Toutes ces péripéties me font mal. Restons-en là de cette affaire, et crois que la douleur et la secousse n'altèrent en rien toutes mes bonnes résolutions^^l
Samedi 27 février 18^8.
J'écris sous la dictée de M. Denneval, maître de la maison oij je demeure ^^'.
f'î Dans les recueils antérieurs, à la suite du présent texte dont les séparait une ligne de points faisant présumer une lacune, figuraient encore plusieurs alinéas; le lecteur les retrouvera à la fin de la lettre du 31 mai 1862 , à laquelle M. Feuiilerat a établi qu'ils appartiennent.
<-) L'hôtel Voltaire, 19, quai Voltaire.
M. Ancelle est venu me faire une visite secrète, il y a deux jours et m'a dit que vous ne me paieriez pas, que si vous me disiez que vous me paieriez, vous mentiez, comme vous lui mentez à luimême sans cesse, qu'il vous avait donné à vous ^00 francs pour m' être remis comme à-compte (jamais depuis plus de i8 mois je n'ai reçu 500 fr. de M. Ancelle).
M. Baudelaire ne reçoit-il pas de femmes? — Et une foule de questions ignobles (rentre-t-il tard?... etc.).
Ainsi M. Ancelle est un lâche misérable, et pendant que je t'écrivais ce matin pour repousser toute intervention de lui en devinant le danger, il faisait déjà son commerce habituel.
II a de plus déclaré qu'il ne paierait rien et que je ne paierais rien, selon son habitude.
Ancelle est un misérable que je vais SOUFFLE- TER DEVANT SA FEMME et ses ENFANTS.
Je vais le souffleter à 4 heures (il est deux heures 1/2) et si je ne le trouve pas, je l'attendrai. Je jure que ceci aura une fin, et une fin
terrible.
Charles.
[Samedi, 27 février 1858.J j^ heures du soir.
Le maître de l'hôtel effrayé des conséquences de sa révélation vient de monter chez moi et de me supplier de ne commettre aucune violence (évidemment c'est dans la crainte de compro-
mettre sa créance. II ignore que je refuse l'argent qui m'était destmé).
Ancelle avait ajouté, à ce qu'il paraît, comme cet homme lui répondait : Mais M. Baudelaire m'a souvent payé de très fortes sommes. - — - Bab ! comment cela se fait-il, puisque M. Baudelaire ne paye jamais rien, et qu'il n'a rien ?
Cependant, je n'irai pas à Neuilly aujourd'hui , je consens à attendre avant de me venger.
Lui as-tu donné commission de diffammer [sic] et d'insulter ton fis — M. Cb. Baudelaire dont le nom, en somme, est pur et intact ?
Je veux des excuses.
Je veux des excuses profondes.
Je veux qu'il soit réprimandé sévèrement.
II a dit, de plus, une foule de mensonges (entre autres celui des 500 fr.).
À quel [sic'\ espèce de drole m'as-tu donc livré à mon insu, sans m'avertir?
Je suis navré du tourment que je te cause,
mais je veux me venger.
Charles.
Si je n'obtiens pas une réparation éclatante, je frapperai Ancelle, je frapperai son fils et on verra un conseil judiciaire attaquant devant les tribunaux M. Ch. Baudelaire pour coups et blessures.
Samedi 27 février 1858.
^ h. du soir.
Je vais te coûter demain matin bien des ports de lettres. Je n'ai pas d'argent aujourd'hui.
II faut, chère maman, que tu comprennes bien ma situation. Quand je pense que je dormais sur les deux oreilles !
Sincèrement , as-tu donné commission à cet imbécile pour venir faire le mouchard (^c'est avant-hier, et je l'ai appris tout à l'heure), pour s'informer de mes mœurs, si je découchais, pour venir s'installer parmi des domestiques , au risque de se rendre ridicule lui-même, pour me diffammer [51c] (moi qui ai 37 ans et qui ai un nom et qui serais heureux depuis longtemps si un malentendu ne s'était pas opposé à tous mes projets), pour venir déclarer (lui à qui tu as évidemment dit de payer) que je ne paierais pas et qu'il ne paierait pas... etc^^L.
Je suis positivement navré du chagrin que je te cause. J'ai à travailler, et maintenant il faut que je cherche des témoms pour le cas d'une querelle positive entre moi et Ancelle ou entre moi et son fils. Le petit bonhomme est assez grand pour
(•) Eh non! M°°° Aupick n'avait pas donné commission pour tout cela; mais, craignant que les 3.000 francs demandés par son fils ne vinssent à passer aux mams de Jeanne Duval, ou dans les toilettes de Marie Daubrun, elle avait instamment prié son fidèle Ancelle de s'informer du plus près et de la renseigner. . . Et elle avait cru bien faire, comme Ancelle lui-même. Car de toute évidence, ce n'est pas pour son plaisir ni par basse curiosité qu' Ancelle, toujours à court de temps, avait mené sa fastidieuse enquête. Aussi bien, avec ce qu'on lui voit écrire ici même, et plus loin (lettre 347), quand il mentionne que de gros vomissements l'ont enfin soulagé, Baudelaire ne nous a-t-il
f)as livré la cause la plus certaine de l'ampleur que prit cette amentable querelle ou la pathologie aurait à regarder? Nous n'insisterons pas, d'autant que nous avons déjà dit notre sentiment à ce sujet, jad^s, dans notre plaquette : Une colère de Baudelaire (Les Amis d'Edouard, 1926). Voyez aussi, d'Albert Feuillerat, Baudelaire et sa mère, ch. Vil, et Jean-Paul Sartre dans son Introduction au Charles Baudelaire, ECRITS INTIMES (Les éditions du point du jour, 1946).
cela. — Je veux des excuses positives, un témoignage de regret bien marqué; je veux que cela ait lieu devant deux ou trois personnes choisies par moi. — Si cela n'a pas lieu, je marcherai brutalement. — Et quels témoins me faut-il ! discrets et dévoués! il faut que ce soient des gens à qui je puisse avouer que j'ai moi, été à l'instigation involontaire de ma mère, insulté par mon conseil judiciaire qui est venu faire dans une antichambre un métier ignoble. Et quand je pense que la plupart de mes meilleurs amis sont mariés, ont femme et enfants, et peuvent me refuser une mission aussi pénible ! Je suis cependant décidé à pousser les choses à outrance, comme dans ces colères funestes qui ne poussent en moi qu'une fois tous les dix ans. II faut que cela ait une fin. Est-ce une chose intelligible, que je demande un service, que ce service me soit accordé, que ce service ne me soit pas rendu, et que je sois littéralement assommé, et qu'au lieu de ce service on me fasse du mal, et le plus de mal possible?
Non seulement son langage a été ignoble, vulgaire, mais il s'y est mêlé des mensonges. Depuis longtemps (tu le sais, toi) je paye mes dépenses par mon travail; qu'est-ce que c'est que cette vanterie de m'avoir remis 500 francs (^)? Est-ce que j'ai jamais tiré ^00 francs d'Ancelle sous un prétexte quelconque? Est-ce que c'est possible d'ailleurs ? J'ai touché l'année dernière onze mille francs dont 3.000 seulement par Ancelle, le reste par mon travail, ou des emprunts faits à des amis.
Tout cela est ignoble. Je veux des excuses. Je me
(15 Voir page 185.
moque des ^.000 fr. qui devaient enfin assurer mon repos. Je veux des excuses. J'ai des larmes de rage dans les yeux et je sens la bile qui monte jusqu'au vomissement. II faut que cela ait une fin. Est-ce que tu ne te sens pas insultée toi-même? Enfin, as-tu donné ordre à ce polisson de se conduire ainsi? Où est-il né, comment est-il né? Suis-je donc destiné à être insulté toute ma vie? Je veux me venger. Si tu n'obtiens pas de lui une réparation sujfisante faite à moi personnellement devant trois personnes, dont sera M. Jaquotot, puisqu'il a été mêlé à tout ceci. Avec ses avis évaporés et son amour du plaisir, il m'apparaît comme un homme sage. Au moins a-t-il le sens des convenances, et il l'a bien prouvé dans cet interrogatoire multiplié, mais amical, qu'il m'a fait subir.
Pauvre chère maman, je connais tes nerfs, tu vas souffrir. Mais vraiment, et franchement est-ce ma faute? Je n'ai rien pris, je ne veux rien; que me veut-on ? Moi, je veux des excuses et je les arracherai.
Charles.
[Honfleur.]
Samedi 27 février 1858.
Je veux absolument que tu saches à quel homme tu m'as livré; avec l'affaire de ce matin qui est grave, en voici une autre :
II y a quelques mois, je lui demandai une lettre de recommandation pour quelqu'un de qui j'avais
quelque chose à obtenir. Il m'envoya une lettre cachetée. Comme je connais son indélicatesse, je mouillai le cachet avec de l'eau chaude, et je lus la lettre où je vis (avec quel dégoût!) qu'il recommandait bien à la personne en question de ne rien faire de ce que je lui demanderais. — Je recachetai habilement la lettre, et je la lui renvoyai, en lui disant que quand je donnais à mes amis des lettres de recommandation, j'avais l'habitude de les donner non cachetées, que c'était un usage général, — que d'ailleurs je lui demandais pardon de lui donner cette leçon. — Cette vilaine histoire m'est revenue tout à l'heure à la mémoire.
Il me faut absolument une satisfaction; ma colère ne me laissera un peu de répit que quand je l'aurai eue.
Je t'embrasse. Charles.
Je vais raconter toute cette dégoûtante aventure à M. Jaquotot, puisqu'il a été mêlé à cette affaire. Je veux déshonorer cet imbécile et faire connaître à tout le monde de qui je suis depuis si longtemps victime.
[Honfleur.]
Samedi 27 février 18^8.
Encore une lettre; mais je ne plaide plus que pour mon honneur depuis ce matin.
Je crains que tu ne comprennes pas bien l'im-
portance qu'il faut attacher à l'ordre de succession de mes lettres.
Celle que j'ai écrite hier soir et que tu as reçue ce soir samedi était une réponse à la lettre que j'ai reçue mardi soir. Dans cette lettre (la mienne) je repoussais l'intervention de ce malheureux, comme si j'avais le pressentiment involontaire du mal qu'il pouvait faire.
Dans ma première lettre de ce matin, celle que tu recevras demain matin dimanche (réponse à ta lettre que j'ai reçue ce matin) je refusais décidément tout, en prévision du désordre que pouvait amener cet imbécile.
Deux heures après, j'apprenais que le désordre était fait, allait jusqu'à l'outrage et dépassait toute prévision.
Mes lettres postérieures n'ont pas d'autre but que de te faire comprendre cette ignominie.
J'ai déjà consulté deux personnes sur ce que je devais faire. Frapper un vieillard '^^, dans sa famille, c'est bien vilain; il me faut cependant une réparation; — que ferai-je, si cette réparation n'a pas lieu; — il faudra — au moins, — que j'aille lui dire devant sa femme et sa famille ce que je pense de sa conduite.
Et si à mon tour je suis insulté de nouveau, que ferai-je?
Dans quel embarras m'as-tu plongé, mon Dieu ! // me faut absolument un peu de repos, je ne demande plus que cela. Qu'ai-je fait pour être ainsi privé de ce que le premier venu a le droit d'exiger?
f>) Narcisse-Désiré Ancelle avait alors cinquante-sept ans.
Je te répète que je suis désolé du tourment que je vais évidemment te causer avec toutes ces lettres; mais vraiment, qu'ai-jc fait à ce misérable, et que t'ai-je fait pour le lancer ainsi sur moi?
Voilà un homme sans loyauté, sans délicatesse, sans honneur, qui a mangé ma vie, et c'est lui que tu choisis pour confident des craintes maternelles et pour m'aider dans une affaire qui demande de la discrétion, dans une affaire où je me suis absolument fié à toi.
Je t'embrasse. Charles.
II a, pour comble de bêtise, prié cet homme de ne rien me raconter de cette conversation. Faut-il être bête, mon Dieu!
Dimanche 28 février 1858.
Chère maman, voici la dernière lettre que je t'écrirai à propos de cette lamentable histoire. Car je dois te fatiguer de ma colère.
Avant tout, tu es évidemment innocente de tout cela ''^. Comment pourrais-je supposer que tu
^') Innocente? pas tout à fait, nous l'avons dit (voyez p. 15^, note i). Mais, ayant eu connaissance des lettres qu'elle écrivit à Ancelle au cours de toute cette déplorable affaire, nous pouvons ajouter que M°" Aupick expia cruellement la part qu'elle y avait eue. Divisée entre sa tendresse pour son fiis et sa gratitude envers l'ami de vingt ans qui avait toute sa confiance; n'osant donner tort à l'un dans la crainte de le pous-
as désiré de pareilles monstruosités? Tu t'es trompée; — tu as été trompée. — Puisque tu étais si heureuse de ma résolution, évidemment tu n'as pas voulu me nuire. Seulement, tout reste pour moi inexplicable. Après ma première lettre écrite, hier matin, ma lettre de refus, j'étais tout à fait résigné, décidé au courage et à la patience, malgré l'horrible semaine qui va commencer demain, quand tout d'un coup J'ai appris que le gredin était resté fidèle à ses ignobles habitudes.
Si encore il était venu me voir me disant : J'ai de l'argent pour vous, mais sauf les dettes qui, inévitablement doivent être payées par vous, je désire payer le reste moi-même; nous allons nous entendre à ce sujet; — c'eût été désagréable, mais loyal. Au lieu de cela — que fait-il! Mais non, je ne peux continuer sans que le dégoût et la colère s'emparent de moi.
Et aller se commettre et me compromettre visà-vis de gens inférieurs à lui par le rang et la position. Et ce dialogue dégoûtant! Et cette menace de ne rien payer! Et cette prière de ne m'instruire de rien !
Voilà ce qu'il faut faire : tu l'as même déjà fait sans doute à l'heure où je t'écris. — Il faut ne plus rien lui écrire du tout, excepté un mot pour lui dire qu'on n'a plus besoin de son argent. Son argent ! Et moi qui avais négligé dans mes lettres
ser à bout, et trop scrupuleuse pour désavouer l'autre qui, en somme, n'avait fait que se conformer sinon à ses instructions, du moins à ses désirs; pleine de remords et horrifiée à l'idée d'un scandale dont sa vie retirée lui faisait exagérer le retentissement possible , la pauvre vieille dame connut alors un véritable martyre qui, bientôt, n'allait lui laisser que la force d'implorer qu'il prît fin à n'importe quel prix.
de traiter avec toi la question des intérêts, m'imaginant que c'était une chose naturellement stipulée ! L'erreur a été de compter sur un mercenaire comme sur un ami, — la même histoire que Valère(i'.
Maintenant je vais rentrer avec résignation dans un nouveau martyre, singulièrement aggravé par tout cela, et par l'espérance perdue. Qui sait si je réussirai à me procurer l'argent nécessaire, - — et quand?
Aussitôt que j'aurai un peu de repos (comparativement) je penserai à vider avec lui ma querelle personnelle, et ce sera sérieux, je te le jure.
Mon Dieu ! il aura été s'installer de même chez M. Chaix d'Est-Ange, pour faire tous ses hideux commérages, — et surtout pour faire connaissance ; — - bassesse de domestique.
Ma pauvre journée d'hier, que je rêvais pleine de travail et de corrections d'épreuves ! Car je voulais me délivrer avant mon départ de mon inquiétude relativement au 3^ vol. de M. Lévy. Elle a été jolie, ma journée! Comme mon voyage imaginaire à Honfleur qui m'a coûté bien cher. - — ■ Et la fin de tout cela?
Ah! ce n'est pas un reproche, ma chère mère; malgré toutes les notes que je t'ai livrées depuis plusieurs années, tu t'es obstinée à avoir confiance dans cet homme et jamais confiance en moi. Comprends-tu maintenant le danger que nous font courir les esprits maladroits et les âmes mal faites ?
Et ces accusations grossières contre moi ! Est-ce
t') Voir page 52, note 3.