‹ Correspondance généraleChapitre 44 sur 122 · II. II · texte numérisé non relu

II. II

que j'ai jamais menti? Est-ce que je me donne la peine de mentir, moi qui suis plutôt un cynique ? Et qui choisit-il pour confident de ses accusations'^)?

Hier soir, la journée a fini par une fièvre et une névralgie qui ont duré toute la nuit. Enfin ce matin de gros vomissements m'ont soulagé. Comme il faisait un peu moins froid aujourd'hui, je suis sorti pour prendre l'air.

Que les gens qui peuvent travailler sont donc heureux ! Avec quelle envie je les regarde.

Adieu. Ecris-moi.

Charles.

3 mars 1858.

Je viens de rehre tes deux dernières lettres (celle du 28, et celle du f") et malgré tout ce qui a été arrangé et résolu hier, je suis persuadé, tant je me suis accoutumé aux catastrophes, que quelque nouvel obstacle va naître encore. En relisant ces deux lettres, j'ai compris que tu comptais encore sur Ancelle et que tu lui avais encore écrit, d'où il suit qu'il va m'ennujer de ses lettres, sinon de sa présence. Sa présence, c'est difficile, car je l'ai si bien fait consigner que M. Jaquotot étant venu pour me voir a été pris pour lui et n'a pu monter. — Quand je suis allé chez M. Jaquotot, j'ai com-

'') Et non de ses occupations, comme il avait été imprimé antérieurement.

mencé par ni'assurer, en envoyant un commissionnaire, que M. Ancelle n'était pas chez lui. Je craignais que cette conférence ne fût un piégé pour amener une réconciliation forcée. Je suis devenu très calme, mais très défiant, et je veux qu'il n'y ait plus entre lui et moi que des rapports froids. Avant de partir, je lui ferai savoir qu'il ait à t'envoyer notre compte, c'est-à-dire l'état actuel de ma situation vis-à-vis de lui. Dans l'une de tes lettres, tu me dis qu'il est débordé; je dis que je le sais; mais en somme il ne l'est pas beaucoup. Je croîs qu'au mois de mai, il pourra commencer à t'envoyer 200 francs par mois ou 600 francs par trimestre pour m'acquitter vis-à-vis de toi.

M. Jaquotot a commencé par me reprocher très vivement ma violence, et m'a demandé ensuite quels étaient mes griefs. J'ai d'abord parlé de l'éloignement de ce maudit Neuilly, des occupations multipliées d'Ancelle qui ne lui permettaient jamais de faire juste et à temps ce qu'il fallait faire, de ses habitudes déplorables d'esprit, de sa légèreté, de son étourderie, et enfin de toutes ses petites déloyautés qui avaient pour résultat, non seulement de me nuire, mais aussi de m'exaspérer. J'ai d'ailleurs été très calme, et je n'ai pas dépassé la mesure permise. J'ai ajouté que sa maudite habitude de m'exclure de toute délibération était encore un obstacle, qu'il fallait au moins que je vérifiasse mes notes, que d'ailleurs rien ne m'était plus facile, puisque depuis 14 mois, j'avais tenu un compte exact de toutes mes dépenses jour par jour, en même temps que je tenais le compte de tout ce que je recevais.

M. Jaquotot m'a demandé si je me soumettrais

à une espèce de surveillance de sa part, au cas [où] il se substituerait à Ancelle. Je lui ai dit que j'acceptais bien volontiers, que rien n'était plus naturel que de te donner cette garantie, et que d'ailleurs je me serais soumis à la même chose de la part d'Ancelle, si malheureusement je n'étais pas convaincu qu'il lui était impossible de faire cette besogne d'une manière fructueuse et honnête.

Après cette conversation, ont eu heu les conventions dont je t'ai parlé hier^'l

Les créanciers alléchés par mon air de certitude et par les lettres que je leur avais écrites, me contraignent maintenant à mille expédients pour les faire patienter quelques jours, quelques heures.

Comme je te l'ai écrit hier, j'apporterai quelque chose comme neuf cents francs pour mon compte.

Je tiens immensément au chiffre de 3.000 en plus. Ma liste de dettes, annotée, est préparée depuis très longtemps; je l'ai analysée hier de nouveau avec M. Jaquotot.

Ancelle n'a fait ici que des sottises. S'il avait offert 600 francs, ils auraient été acceptés tout de suite. Tout était convenu déjà à l'avance entre le maître d'hôtel et moi; il recevra 800 francs tout de suite , qui seront déposés chez M. Marin , avoué. Si je touche mes 900 fr. avant mon départ, il recevra encore un à-compte, et le reste sera réglé pour être payé le plus tard possible. Je n'avais pas besoin d'Ancelle pour toutes ces prudences vulgaires.

S'il n'y a pas de catastrophe nouvelle et si nous commençons à payer vendredi, je pourrai être à

''' «Hier», donc 2 mars. La lettre qui portait ce quantième ne nous est pas parvenue.

DE CHARLES BAUDELAIRE. l6y

Honfleur le 15. (Toutes les courses, vérifications des notes, emplettes, habits, tout sera fait en dix jours, ce qui ne m'empêchera pas de travailler un peu tous les jours, pourvu que j'aie un peu de repos d'esprit, car je ne pouvais pas me douter de toutes ces immenses difficultés et de tout ce désordre.)

Maintenant, question grave : Où est l'argent? S'il est chez Ancelle, il faut renoncer à tout, et je reste à Paris jusqu'à nouvel ordre, attendu qu'il ne lâchera pas un sol, et que tu ne consentiras jamais à lui redemander l'argent pour le faire porter chez M. Jaquotot (à moins que celui-ci ne consente à avancer les 3.000 francs, que tu lui ferais rendre une fois que je serais là-bas).

Tout cela est très délicat, c'est pour te complaire, et aussi à cause de l'envie que j'ai de m'en aller, que j'attends froidement, car une rancune qui n'est pas du tout calmée me poussait à brusquer les choses, au risque de tout sacrifier, considérant une rupture absolue comme la chose la plus heureuse qui puisse m'arriver.

Mais tu ne penses pas de même; j'ignore pourquoi et je me soumets, c'est-à-dire que je ne provoquerai pas cette rupture.

Tû m'accuses de t'accuser. C'est absurde. Comment puis-je t'accuser au moment oia tu me rends un immense service, au moment où je dois être plein de reconnaissance, au moment où tu m'offres un abri ?

Seulement je déplore une manière de voir qui m'a beaucoup nui; je déplore que tu m'aies caché certaines choses, que tu sois allée trop vite en besogne et sans m'avertir.

Je te répète que le compte des dettes est fait, qu'avec 3.000 francs je serai un peu plus que gêné, qu'avec mes 900 francs en plus je serai plus à l'aise, que rien ne sera payé sans l'assentiment de M. Jaquototet sans avoir conféré avec lui, que, dans la plupart des paiements, je n'interviens que pour donner mon avis, et que dans quelques cas, je ne paye moi-même qu'après avoir écouté le sien.

Voici ton reçu.

Maintenant, à la grâce de Dieu ! Que de fatigues pour des choses si simples! Je suis bien las et je voudrais bien travailler.

Je t'embrasse de tout cœur.

Charles '1',

f'' Ce même 3 mars, M. Jaquotot adressait à M°" Aupick la lettre suivante :

«Madame et amie,

«J'ai reçu vos 2 lettres, y compris le billet pour M. Ancelle et j'ai vu M. Charles.

«II est fort calmé et je lui ai fait sentir l'inconvenance de semblables procédés vis-à-vis d'un ami respecté et ami de sa mère; tout en convenant de ses torts, il a persisté à ne vouloir pas avoir de rapports avec lui, sous prétexte que par ses propos indiscrets auprès de son maître d'hôtel, il avait envenimé les choses qui devaient s'arranger facilement et qu'il n'avait rien offert.

«Charles m'a expliqué que sur 2.000 francs d'effets qu'il avait souscrits à cet homme pour loyers arriérés, il en avait 800 en souffrance pour lesquels il lui fallait payer pour pouvoir emporter les objets d'art qu'il a à lui dans l'hôtel et ses effets, qu'à l'égard des 200 francs restant dus il obtiendrait des délais suffisants.

«Il m'a montré un état sommaire de ses dettes qu'il propose de régler et payer, il y a des soldes à des relieurs, libraires, à des amis, etc.; il s'engage à rapporter de suite les preuves de payement jour par jour et à vous porter tout cela.

«Je crois à sa véracité, car il a tout intérêt à se bien conduire et à ne pas vous induire en erreur ni moi non plus.

«Charles a dû hier vous écrire, Madame, pour vous remer-

Jeudi ^ mars 1858.

Enfin je ne serai pas contraint de partir comme un voleur, abandonnant forcément le soin de mes affaires à ce fou qui une fois, pendant que j'étais à Dijon , s'est laissé ridiculement voler par quelqu'un que je l'avais chargé de payer ('). Si je voulais m'abandonner à ma mauvaise humeur, les anecdotes comiques pleuvraient.

J'irai chez M. Jaquotot à midi.

Je m'aperçois qu'il faut que je te rassure sur différentes choses.

Quant aux vieux créanciers d'abord. — Si la loi était telle que tu te la figures, personne ne voudrait donner l'hospitalité à un parent ou à un ami (2) Q,uand même j'aurais chez toi des richesses personnelles, en meubles ou en tableaux, elles seraient insaisissables. Le cas où un créancier serait admis à prouver la fiction ou le mensonge serait si j'avais un mobilier à Paris dans un logement loué sous

cier mille fois de vos bonnes intentions à son égard et pour vous expliquer ses projets si vous venez à son aide; mais il me prie d'être votre intermédiaire mais non M. Ancelle; c'est à vous, Madame et amie, à prendre un parti à cet égard; pour vous être agréable, je ferai ce qu'il sera possible pour vous contenter et profiter de ma faible influence sur son esprit pour arranger promptement les choses.

«J'attendrai votre réponse pour agir suivant les circonstances et je vous prie d'être assurée de mon entier dévouement.

«Jaquotot.

«Caroline vous embrasse et me charge de vous dire qu'elle partage bien tous vos tourments.»

'•' Voir la lettre à Ancelle, lo janvier 1850. f^) Voir la note i, page 146.

l68 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE

un autre nom que le mien. Comment n'as-tu pas deviné que, grâce à mon affreuse vie, je devais être au courant de tout cela?

M. Jaquotot m'a fait modifier mon plan; il m'a dit : ne comptez que sur trois mille, et basez-vous là-dessus, car si au moment de votre départ vos 900 francs personnels se faisaient trop attendre, ce serait un grand embarras. Nous allons donc procéder avec une prudence infinie.

Dans deux ou trois jours j'embarquerai ta lampe. Je laisserai à Paris, chez un rentoileur à qui je dois cinquante francs et à qui je vais reprendre le portrait de mon père'^', ce malheureux portrait, accoutumé comme moi aux déménagements, — les deux faux Greuze. L'une de ces têtes, celle que tu crois laide, est une excellente chose, et je ne comprends pas que M. Aupick consentît à avoir chez lui des choses en si mauvais état.

Je désencadrerai les gouaches, afin de rendre le transport plus facile et je vendrai tous ces méchants cadres.

Ensuite je m'occuperai des livres. J'en ai dans quatre endroits, chez moi, chez deux relieurs, et chez un libraire. Je ferai probablement de tout cela une caisse unique (des livres seulement).

Voilà ce malheureux M. Jaquotot victime de son dévouement. Il va être obligé de faire quelques courses, seul ou avec moi. Mais la grosse besogne,

'•' Par le chevalier Regnault. Baudelaire le traîna d'hôtel en hôtel jusqu'à son départ pour la Belgique, et sans doute, à la fin de la journée ou au cours de ses examens de minuit, eut-il parfois avec lui de muets entretiens, car, dans une liste de petits poëmes en prose retrouvée dans ses papiers, on lit : Les reproches du Portrait (Portrait de mon père).

c'est la vérification des notes, et cela tombe sur moi.

J'aurai une caisse dont l'emballage sera bien incommode, c'est une caisse remplie d'ob)ets variés.

Connais-tu un homme qui fasse soigneusement ces choses-là et les fasse vite ?

II faut que je fasse arranger ma montre. Elle ne marche plus du tout, car il faut que tu saches que je n'ai rien perdu de ce que tu m'as donné.

C'est singulier, malgré toutes tes lettres, je ne suis pas rassuré du tout, je croîs toujours à une catastrophe. Ancelle, étonné de ne pas me voir depuis si longtemps, m'a écrit une lettre pleine d'embarras et de réticences. J'ai dans l'idée que c'est sa Julie, qui, bien que bête comme une volaille, lui aura fait comprendre qu'il ne s'était pas conduit tout à fait lovalement. Je présume cela, parce que je sais qu'il raconte tout à sa femme. — Craignant tout conflit, je n'ai rien répondu.

Maintenant, je ne t'écrirai plus que pour te tenir, au fur et à mesure, au courant de ce que je fais. Les titres représentant les dettes pavées s'accumuleront chez M. Jaquotot.

Je t'embrasse fortement.

Charles.

J'ai encore quelque chose à ajouter, et puis je t'embrasse encore. Tout ce désordre qui a duré dix jours pendant lesquels je n'ai écrit que des lettres vient uniquement de ce faux raisonnement :

Mon jih ne considérera pas un engagement vis-à-vis de sa mère comme sérieuXj et il ne remboursera l'ien.

I JQ> CORRESPONDANCE GENERALE

Tandis qu'un arrangement avec Ancelle sera pris par lui au sérieux.

II fallait dire :

Mon jils a toujours joué Ancelle par-dessous la jambe, et il fera ce qu'il pourra pour ne rien rembourser, tandis qu'il respecterait un engagement vis-à-vis de sa mère devenue pauvre.

II me semble que je suis bien clair. Et puis les instances de ce fou d'Ancelle qui croit toujours que tout est perdu sans lui.

Je t'ai écrit une fois toute une lettre en grosse écriture ^^'. Mon écriture habituelle doit te fatiguer affreusement.

II faut toujours cacheter tes lettres avec de la cire, ou au moins marquer une empreinte pardessus le pain à cacheter, comme je le fais à celleci. Je t'ai expliqué comment avec de l'eau tout le monde pouvaitdécacheter une lettre sans empreinte et la recacheter adroitement.

J'ai reçu quelquefois, ici et ailleurs, des lettres ouvertes. Il faut toujours penser à tout.

\^ndredi ^ mars 1857 [1858].

Mais vraiment, ma chère mère, cela ne me regarde pas, moi. Que ces messieurs f'^ se soient vus, c'est possible, et même probable, mais moi,

(■' Celle du 19 février précédent.

'*) Evidemment Jaquotot et Ancelle.

cela ne me regarde pas, moi qui ai fait fermer ma porte à Ancelle, moi qui refuse d'aller chez lui, moi qui enfin l'évite pour ne pas être obligé de lui dire ce que je pense de sa conduite. Je verrai M. Jaquotot à midi, et comme il a été absent de chez lui hier toute la journée, je présume qu'il est allé chercher l'argent là-bas ^^'.

On a ménagé Ancelle autant que possible en évitant de lui envoyer la lettre que tu avais envoyée à Jaquotot pour Ancelle, et il est évident que M. Jaquotot se réservait de l'instruire du changement de dispositions; il ne voulait pas, comme tu as fait, parler de maîtres d'hôtel et autres bêtises; il voulait, justement, pour épargner son amour-propre, ne lui dire qu'une partie de la vérité, à savoir que son éloignement de Paris et la multiplicité de ses occupations rendraient pour lui cette besogne difficile et que cela me nuirait évidemment. En somme, cela suffisait.

Il m'est impossible de comprendre ce que tu veux me dire relativement au maître d'hôtel.

Je t'ai dit qu'avant la visite d'Ancelle toutes nos conventions étaient faites, et qu'elles ne différaient que très peu de celles offertes par Ancelle.

Je t'ai dit que la vérification des deux notes était faite, parce que depuis 14 mois j'écrivais tous les jours ma dépense de la journée.

Je t'ai dit que les deux mille francs qu'il avait reçus venaient de moi, de mon argent, de mon argent à moi, du Moniteur, de n'importe où, excepté d'Ancelle.

Il n'a jamais, jamais rien avancé. Tu sais bien

t'' Sans doute à Neuilly.

que je ne souffre jamais qu'il mette le nez dans mes affaires.

Cet homme, entre parenthèses, est bien étonné que nos conventions ne s'accomphssent pas, et qu'il ne reçoive pas le minimum promis.

II y en a bien d'autres qui s'étonnent. II faut tous les jours que je dise : Demain, Demain, Demain moi irai ou une autre personne ira vous voir et vous donner de l'argent.

Ce qu'il y a d'horrible dans ma situation, c'est que grâce aux onze jours écoulés depuis le jour où tu as mis cet argent à ma disposition, onze jours pendant lesquels je n'ai absolument rien fait, que m'appliquer à comprendre tout ce mystère, et écrire des lettres, grâce à tout cet embrouillamini, je suis arrivé à un point de gêne qui ne me permet plus de refuser ces 3.000 francs, comme je l'avais fait déjà.

Et ces malheureuses épreuves! Et cet imprimeur qui jette les hauts cris ! Et Michel Lévj qui m'écrit des lettres insolentes !

J'ai déjà employé M. Marin parce qu'il est homme loyal et poli, ce que n'est pas Àncelle. M. Marin connaît depuis longtemps mon opinion sur Ancelle.

Que dire de plus ! J'ai le cerveau brisé. Je continuerai à éviter Ancelle par générosité, et je ne le verrai même pas avant mon départ.

Je t'embrasse, et, si tu souffres de tout ceci,

pense à ce que j'endure.

Charles.

Comment pourrait-il se faire que depuis onze jours Ancelle n'ait pas su se procurer l'argent?

En effet, c'est possible, mais cela impliquerait ce que j'avais devmé, à savoir qu'il avait l'intention de ne rien payer.

Il est sous-entendu entre nous que tu mettras, à partir de l'époque où Ancelle commencera à nous envoyer de l'argent, 50 francs par mois à ma disposition, desquels très souvent je n'userai pas.

II est sous-entendu que s'il y a une question d'intérêts à régler (car j'ignore de quels moyens tu te sers pour avoir cet argent) elle sera réglée comme tu voudras.

P. S. — Je ne veux cependant pas passer pour un fou, ni un menteur.

Je suis resté dans cet hôtel 20 mois.

La dette était de 4.000 francs.

J'en ai payé 2.000, par grosses sommes de 500 , de 600 , etc . . . jamais avec l'argent d'Ancelle.

J'ai la note journalière de mes dépenses depuis 14 mois. Il me semble qu'Ancelle n'avait rien à faire dans tout cela; d'ailleurs toutes les conventions étaient déjà faites, bien avant sa visite.

Vendredi 5 mars 1858.

Ma chère mère, je te demande pardon de te parler brièvement et catégoriquement. Je sors de chez M. Jaquotot, et ma lettre actuelle peut être considérée comme l'abrégé de ma conversation avec lui.

Je résume rapidement toute cette affaire.

II j a onze jours, ma mère me prête une somme suffisante pour aller la rejoindre.

Ancelle sollicite pour que cette somme ne me soit pas remise (entre parenthèses , c'est déloyal).

Je refuse tout.

Dans l'intervalle, Ancelle se conduit de façon à rendre ma résolution encore plus définitive.

M. Jaquotot mtervient, et propose de remplir le rôle d'Ancelie.

Maintenant nous demandons : où est l'argent?

II existe sous la forme d'un titre qu'Ancelle est chargé de vendre.

Or, qu'a fait Ancelle depuis onze jours ?

II a fait une visite à l'hôtel. Quelle visite !

J'ai parié avec M. Jaquotot qu'Ancelle n'avait rien fait du tout, n'avait rien vendu, et n'était prêt à rien, ce qui d'ailleurs s'explique par la résolution oiî il est de ne rien payer, et de ne rien donner.

Autre question : Ancelle a-t-il une procuration , pour vendre ce titre?

S'il n'a pas cette procuration, il faut l'envoyer tout de suite à M. Jaquotot.

M. Jaquotot pense avec toi qu'il faut jeter dans le silence ma querelle personnelle avec Ancelle, que son éloignement de Paris, ses occupations multipliées à la mairie expliquent suffisamment qu'un ami de famille demeurant à deux pas de chez moi se charge de la besogne à sa place. Et pendant ce temps-là tu ressuscites le souvenir de la querelle! Moi, de mon côté, j'ai tenu ma promesse, j'ai évité tout rapport avec Ancelle, dans la crainte d'envenimer les choses et de me laisser aller à un acte de violence.

Je viens de perdre onze jours.

Ce n'est pas tout.

Les poursuites que j'avais fait interrompre par mes promesses, vont recommencer tout de suite, les frais vont naturellement augmenter, et l'argent consacré à établir notre paix à Honfleur, et à faire mes emplettes, en sera conséquemment diminué.

Je passe sous silence quelques considérations qui n'ont trait qu'à mes souffrances personnelles; je manque de tout, je ne fais rien, et j'attends.

J'ai tenu, en somme, ma promesse.

M. Jaquotot, qui aime passionnément sa liberté, a consenti à consacrer quelques jours à mes affaires, pour le plaisir de me voir auprès de toi.

Ancelle, d'après tes aveux, avait offert lui-même d'abandonner à un autre le soin de cette affaire.

Où donc est l'embarras maintenant?

Et pourquoi cet argent n'est-il pas chez M. Jaquotot ?

Ancelle devrait nous remercier tous de le débarrasser.

M. Jaquotot ne peut pas se charger de reconstituer cette rente. Il n'est pas conseil judiciaire. Pour le coup ce serait un empiétement de fonctions, comme il y aurait maintenant empiétement de fonctions de la part d' Ancelle à s'opposer à un don ou à un prêt qui m'est offert. Ce sera à Ancelle à reconstituer cette rente.

Le reste de ma lettre n'a pas trait à nos affaires présentes; je ne te livre donc ces lignes que comme matière à méditation future.

M. Jaquotot m'a fait plusieurs questions embarrassantes :

iy6 CORRESPONDANCE GENERALE

— Comment avez-vous vécu depuis 14 ans?

— J'ai vécu de l'argent que me devait Ancelle, et dans de grands embarras, des permissions que me donnait ma mère de dépasser le chiffre du revenu, générosité qui d'ailleurs ne servait à rien, vu [sic] la manière dont l'argent m'était donné; — - depuis quelques années seulement j'ai pu augmenter mon revenu par mon travail.

— Combien devez-vous?

— Au moins trente mille francs.

— Au moment de la. réunion de famille, combien deviez- vous?

— - Quinze ou vingt mille francs.

— ■ Puisque vos dettes sont de deux natures, pourquoi les dettes faites avant la réunion de famille n'ont-elles pas été payées, et pourquoi, pour compenser cette perte, Ancelle n'a-t-il pas fait fructifier le reliquat de votre fortune?

— Je n'en sais rien; j'ai trop accusé Ancelle; je ne veux plus l'accuser. D'ailleurs, je n'ai jamais accusé que son esprit.

— Avez-vous quelquefois pensé à la nécessité de convoquer un nouveau conseil de famille, et d'intercéder pour obtenir un autre conseil ?

— ■ Oui. J'en ai moi-même menacé quelquefois Ancelle; mais mon indolence et l'horreur des affaires ont pris le dessus. D'ailleurs, pour le moment présent, et c'est aussi l'avis de ma mère, comme le mien, je dois tout faire pour éviter ce conflit.

J'ai donc fini. Cette dernière page de ma lettre, ayant trait aux devoirs qui incombaient à Ancelle en 1844, doit rester secrète entre nous.

Rappelle-toi bien une chose; c'est que chaque

journée perdue augmente mes souffrances et mes embarras. Sans cette promesse que tu m'as faite, il y a onze jours, j'aurais pu au moins vivre et consacrer mon temps à payer quelques petites dettes. Mais tu vas encore dire que je t'accuse, tandis que je ne cherche qu'à appeler ton attention sur la nécessité des raisonnements justes.

Je t'embrasse de tout mon cœur. Déhvre-moi au plus vite.

Charles.

M. Jaquotot et moi, nous pensons tellement à tout que si, le principal et mes emplettes payées [sic], il reste encore quelque chose à payer, je serai obligé de laisser de fargent entre ses mains.

Samedi 6 mars 1858.

Enfin, ma pauvre mère, voilà donc le grand secret lâché. — Primitivement, c'était Ancelle qui me prêtait les 3.000 fr. — Ensuite, c'était toi. — Enfin, ce n'est ni toi, ni lui, c'est moi qui vend [sic] une rente avec fautorisation d' Ancelle, et c'est pourquoi il est si fort, et se moque de nous tous.

Tu m'as hvré à lui, et tu as hvré ta propre volonté.

Je ne lui écris rien. J'irai demain matin chez lui. Je saurai me contenir. Je maintiendrai la nécessité de déposer l'argent chez M. Jaquotot. — Quant à cela, j'y tiens absolument, et pour le coup j'espère que tu n'abandonneras pas la partie.

Je t'écris de chez M. Jaquotot.

II faut renoncer à l'idée d'obtenir de celui-ci de demander à Ancelle la permission d'intervenir. — Tu ne songes pas que le métier honteux que tu me fais faire, tu n'as pas le droit de l'exiger d'un autre homme. M. Jaquotot met son dévouement à notre service, mais n'a aucun pardon à demander à ce vieux fou.

Je maintiens absolument tout ce que j'ai dit, et tout ce que je réclame.

L'argent chez M. Jaquotot, à condition d'une visite de moi là-bas.

Maintenant pourquoi cette visite?

Quel sens cela a-t-il ?

Et pourvu qu'il n'en résulte aucun malheur !

Je t'embrasse.

Charles.

Dimanche 7 mars 1858.

Ma chère mère, je te préviens que je viens de faire une action singulière : je reçois ce matin 700 francs d'un de mes amis, imprimeur en provinces^', pour un emploi déterminé et convenu depuis longtemps entre lui et moi : retirer de chez un banquier un titre pour lequel lui et moi nous pouvons être poursuivis, et payer une queue de frais relatifs à notre procès du mois d'août dernier. Je suis devenu si malheureux, je suis si harassé de ces 14 jours de discussion et de ces demandes de tous ces gens que j'avais moi-même consolés par

f') Poulet-Malassis.

mes promesses, que je m'empare momentanément des 700 francs qui me sont confiés. L'action n'est pas bien grave en elle-même, mais elle deviendra très grave si le lo Ancelle n'a pas envoyé l'argent à M. Jaquotot. Alors je serai coupable d'un abus de confiance.

A l'instant même, presque à la même heure, je reçois ta lettre du 6 mars. En vérité, c'est navrant de ne pas pouvoir se comprendre ni se faire entendre.

D'abord :

Je n'ai jamais, jamai5 accusé la probité d' Ancelle. J'accuse son incapacité.

Les observations que je t'ai soumises''^, voulaient dire ceci : pourquoi en 1844 n'avoir pas nettoyé ma position, quitte à boucher cette brèche par des placements avantageux? Pourquoi me laisser pendant quatorze ans sous le coup de dettes dont l'inquiétude ruine mon esprit et dont quelques-unes porteront inévitablement intérêt?

Mais je t'en supplie, ne lève pas ce lièvre maintenant. Il faut absolument taire tout cela.

Autre chose inintelligible.

Qu'est-ce donc que ces éternels 500 francs que tout le monde connaît, excepté moi?

Je rapproche cette affirmation de celle qu'il a faite au maître d'hôtel, en lui disant qu'il m'avait remis 500 francs pour lui (ce qui a fait un bel effet) et en lui recommandant de ne jamais me croire, parce que je mentais toujours. Quelle ordure que cette conversation !

Je n'ai jamais reçu 500 francs d'Ancelle, jamais

W Dans la lettre 330.

l8o CORRESPONDANCE GÉNÉRALE

depuis deux ans, époque à laquelle il m'a donné i.^oo francs pour acheter un mobilier en commun avec M"^ Jeanne Lemer, quand je suis allé demeurer au boulevard du Temple.

Je n'ai pu m'expliquer cela que d'une façon : c'est que tu t'étais trompée sur la date, tu as voulu écrire 1857 ou 1856 au lieu de 1858. Et encore cela n'expliquerait rien, à moins que ce ne fût un reliquat à l'aide duquel tu as voulu, en 1857, combler totalement les avances dont tu avais consenti à être responsable.

Je répète : les 1.500 francs ou 2.000 francs que j'ai payés moi-même à l'hôtel me sont venus de mes deux libraires ou du Moniteur, jamais d'Ancelle.

Mais que penser d'un homme qui laisse ainsi peser sur moi une accusation de mensonge auprès de trois personnes?

En somme, c'est indéchiffrable.

Cependant je ne reçois jamais de personne de l'argent sans faire un reçu.

Tu auras ta vilaine petite tête proprement rentoilée ^^^ et je te ferai cadeau d'un beau cadre.

Si ton paroissien est abîmé, renvoie-le-moi; puisque je vais retirer tous mes hvres de chez mon relieur, je ferai réparer ce qu'il y a peut-être à réparer.

Je ne suis pas, encore ce matin, allé chez

Ancelle. En somme, j'ai bien fait, car il est bon

qu'il ait reçu ta lettre avant ma visite.

Je t'embrasse.

Charles.

Ce que tu me dis relativement au hnge m'obligera à en acheter. Je passe ma vie à faire et à

W Voir la lettre 34,8.

défaire des calculs. II faudra évidemment que M. Jaquotot et moi nous commencions par mettre de côté une bonne somme pour les emplettes. - — Je t'en supplie, ne te mêle pas de tous ces vulgaires détails.

Tu n'entends rien aux questions de timbre, deux timbres jaunes ou un timbre bleu suffisent pour une lettre envoyée en province, sauf le cas où le poids insolite exige un timbre supplémentaire, ce qui ne peut se calculer exactement que quand on a chez soi des balances. Mais, même dans le cas de timbre insuffisant, tu ne dois payer que la différence.

Décidément l'affaire des 700 francs me fait frémir. Je suppose (car avec Ancelle on doit toujours s'attendre à tout) que l'argent (le mien) vienne un peu trop tard, ce serait une position déplorable.

Je les garde précieusement jusqu'au moment désigné, sans en distraire 5 francs.

Dimanche, 7 mars 18^8.

Ah ! j'étais fort inquiet.

Mais, mon cher ami, vous avez une bien mauvaise mémoire.

A l'époque dont vous me parlez, je vous ai

l82 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE

envoyé coup sur coup, parce qu'ils n'étaient pas très correctement faits, trois billets de 350 fr. 2 seulement ont été employés ; donc c'est 700 fr. ^^'.

Vous avez raison, mais notre position est simple. 500 fr. pour deux ouvrages qui devaient être tirés à i.ooo et être vendus 2 fr. ^-K — Quoi qu'en dise le père de Broise, j'ai toujours déclaré que, vu [sic] les tribulations dont j'étais cause, je ne réclamerais pas plus de 2^0 fr. pour l'un de ces ouvrages ;

donc, restent 250 fr.

plus 350, dont vous avez le reçu'^^ Total, 600. — et j'ai différentes choses à vous livrer.

Je n'ai pas usé de votre large permission, et je n'ai rien fait quant à la Belgique; j'ai trouvé la matière trop grave pour agir tout seul , ou au moins sans vous en mstruire. Dans cette question, laissez de côté le petit Pincebourde. — Ne croyez qu'à moi. — Je sens qu'en somme je nuirais à la question française. — Donc , il faut opter, et je n'opterai qu'après vous avoir averti ^^l

Tout à vous. Q g

f'î II s'agit là évidemment des yoo francs mentionnés au début de la lettre précédente.

(*' Les deux ouvrages : Les Fleurs du Mal et Les Curiosités esthétiques (ce dernier ne paraîtra que posthume). Comme Les Fleurs avaient été mises en vente à 3 francs au lieu de 2 , Baudelaire aurait pu exiger un complément de droits.

(3-4) Voir la lettre 335.

3^4. À MADAME AUPICK

[8 mars 1858.]

Tout est fini , tout est payé.

Je partirai le 14, ou le 15 au plus tard.

— Je suis ivre de honte, de colère et d'avanies. Depuis vingt ans cependant je devrais être blasé. — Enfin je suis retourné ce matin à Neuillj. Mais hier soir en me couchant j'avais pris la résolution de faire expier à Ancelle mes 16 ans de torture.

De Neuilly Je suis allé chez un agent de change avec un titre. Je me souviendrai toute ma vie du ton horrible avec lequel l'employé m'a dit : C'est vous qui êtes M. Charles Baudelaire? (il y avait sur le titre, après mon nom : Ancelle, conseil judiciaire). On m'a fait remarquer que si je voulais l'argent demain soir (demain, le 9) il fallait les signatures de M. Ancelle aujourd'hui. Me voilà obhgé de retourner à Neuilly pour enlever Ancelle. Quelle fatigue ! Enfin nous arrivons à temps. L'agent de change a fait une avance , et tout a été payé aujourd'hui. Les deux reçus sont chez M. Ancelle.

En sortant, je l'ai accompagné au café de Foy. J'y ai rencontré Michel Lévy avec un ancien député de nos amis. J'avais à causer avec Michel d'une grosse affaire, une grande édition d'Edgar Poe. Ancelle très intrigué et ne pouvant pas supporter l'idée de ne pas faire la connaissance de ce Juif imbécile (mais très riche) s'est approché et l'a salué. Michel lui a dit qu'il ne le connaissait pas. Alors j'ai pris mon chapeau et je me suis sauvé. Il a

l84 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE

dû répondre à Lévy : C'est moi le maire de Neuilly et le conseil judiciaire de m. Baudelaire ! !

C'est ainsi qu'il va s'installer chez Gautier; c'est ainsi qu'il va s'installer chez Jeanne. Que diable va-t-il faire chez cette pauvre infirme? C'est ainsi que m'ajant vu une fois dans un concert avec une femme, il n'a été heureux qu'après avoir trouvé le moyen de s'asseoir à côté de nous. Pourquoi? Je deviens rouge quand on me demande : Qu'est-ce que c'est que ce monsieur?

Ah ! que je souffre ! Je voudrais me venger. Je lui ai déjà exprimé mon mépris sous mille formes, mais il ne le sent pas.

Je suis vraiment très malheureux. Ecris-moi.

Ch

ARLES

[Honfleur.]

Mardi 9 mars 18^8.

Chère mère, je crois, pour le coup, que ton esprit sera pacifié.

Ma lettre d'hier à Ancelle était convenable '^l La réconciliation a été convenable.

H était revenu chez moi pendant que j'allais chez lui. Je suis tellement las de tous ces cancans, que je n'ai pas voulu me donner la peine de vérifier si Ancelle n'était pas venu faire des reproches à ce Denneval'^^.

'■' Nous ne l'avons pas.

W Le patron de l'hotel Voltaire.

Ancelle m'a dit qu'il donnait un démenti formel à la plupart des propos en question.

Naturellement, je ne veux pas mettre en Balance sa parole avec celle d'un marchand. Somme toute, il lui reste le tort dont il ne se corrigera jamais, sa curiosité enfantine et provinciale, et cette facilité à jaser avec tout le monde.

Les 500 francs sont une erreur de toi. C'est i8^y et cet argent servait, à ce qu'il paraît, à combler une petite partie des anciennes avances. Pour mieux m'expliquer la chose, il m'a dit : raisonnez comme si votre mère avait répondu pour vous de 6500 [francs]. 11 n'y a pas lieu de s'occuper davantage de cela, parce qu'il est d'ailleurs convenu qu'avant mon départ j'analyserai nos comptes de ^7 et ^8.

Je porte tout à l'heure le titre chez un agent de change; après-demain Ancelle et moi irons signer la vente au bureau des transferts, et Ancelle remettra le bordereau à M. Jaquotot qui lui ira prendre l'argent.

J'ai oublié de te dire qu'il affirme n'avoir jamais dit à personne qu'il m'eût remis 500 francs dans un but déterminé.

Je crois de plus qu'il est probablement content d'être débarrassé de toute besogne. Le fait est que cette idée de me faire sans cesse trotter sur la route de Neuilly ou de m'emballer comme un paquet avant d'avoir arrangé mes affaires était bien bête. 11 m'a dit qu'elle venait de lui.

Maintenant, je vais être affreusement occupé; car, un peu plus tranquille, je veux travailler tout en arrangeant mes affaires. Tout cela durera quelques jours. Si, au dernier moment, le tailleur

l86 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE

allait trop lentement, je me ferais envoyer mes habits à Hontleur. Mais je crois que je mènerai tout à bonne fin et vite.

Je t'embrasse de tout mon cœur.

Charles.

II m'a recommandé d'être charmant et aimable pour toi; j'ai trouvé cela superflu.

[Honfleur.]

Vendredi 19 mars 18^8.

Je t'en supplie, ma chère maman, ne m'écris donc pas de lettres enfantines, et rappelle-toi que je suis partout et avec tout le monde, particulièrement avec les personnes qui me rendent service, ce que je dois être.

Mes affaires (d'argent) marchent très bien, sauf quelques chicanes.

Mes affaires (de travail) vont tout de travers. Je viens de perdre des épreuves. L'imprimeur attend depuis un mois. Mes dessins sont manques'^'. Je suis obhgé pour réparer tout cela d'aller prendre quelques sols à M. Jaquotot et de partir pour Corbeiloù je travaillerai deux jours à l'Imprimerie, jusqu'à ce que tout soit fini.

Je t'embrasse.

Ch

ARLES

W Pour les épreuves, il s'agit des Aventures d'Arthur Gordon Pvm; quant aux dessins, on peut croire que c'étaient les ébauches d'un portrait d'Edgar Poe (voir le billet n° 387).

A LA iMEME.

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