A MADAME SABATIER
Dimanche 2 Mai 1858.
Voilà, chère amie, le petit livre dont je vous avais parlé, et qui vous amusera, j'en suis sùr'^^.
Que vous avez été méchante de ne pas même me laisser le temps de vous remercier de toute la joie que j'ai trouvée dimanche et hier auprès de vous !
Votre extraordinaire Madame Nieri'^' a commis en me quittant un enfantillage digne d'une étrangère. Avant que j'eusse eu le temps de donner mon adresse au cocher, elle s'était avisée de le payer, et comme je me fâchais, elle a dit : il est trop tard, c'est fait ! — et puis, avec une vitesse aussi extraordinaire qu'elle, elle s'est élancée, elle et ses jupes, dans le grand escalier de l'hôtel.
Tout à vous; — je vous embrasse comme un très ancien camarade que j'aimerai toujours. (Le mot camarade est un mensonge, il est trop vulgaire et il n'est pas assez tendre.)
(') Billet au crayon. — «Le petit livre», probablement un exemplaire des Aventures d'Arthur Gordon Pvm.
'*' La Sisina des Fleurs du Mal, dont le nom semble avoir été Guierri et non Nieri. C'était certainement une personne de mœurs très libres et d'opinions hardies, élégante et menant grand train, connue pour son équipage. Mais on ne sait rien de plus sur son compte.
Ip2 CORRESPONDANCE GENERALE