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À CHARLES ASSELINEAU

Honfleur, le 20 février 1859.

Mon cher.

Je vous serais bien obhgé de me dire si ma Danse macabre a paru, avec la dédicace à Christophe ^^^? Cela aurait dû paraître dans le n° du 15. Je n'ai pas reçu un mot de Calonne à qui j'ai retourné les épreuves.

Pouvez-vous passer à l'imprimerie Ducessois, et dire qu'il ne faut pas trop tarder pour les épreuves du Gautier ? Comme cela a été écrit avec une rapidité de démon, il est bon que je les revoie à loisir : or, un petit retard de ma part dans le renvoi de l'épreuve, ajournerait encore l'apparition. Ils ont eu très largement le temps de compo-

(') Poulet-Malassis allait réaliser le désir de Baudelaire, mais non Turgan.

(^^ Le portrait de Gautier, gravé par Bracquemond d'après la photographie de Nadar, que l'Artiste allait donner dans son numéro du 3 mars. Mais on sait que finalement c'est celui qu'avait fait Thérond l'année précédente pour Emaux et Camées, qui prit place dans la plaquette de Baudelaire.

'') Elle paraîtra avec la dédicace le i^ mars.

ser; rappelez-leur qu'il faut m'envojer le tout (placards et manuscrit) sous bandes croisées avec la rubrique : Papiers d'affaires, à M. . . de la part de M. . . , et affranchir. Insinuez en même temps qu'il serait très important pour le lecteur, le journal et moi que tout parût d'un seul coup, quelle que soit la longueur'^). Cela est fait pour être lu en une seule séance. Bonjour à Gardet'-^, à Wallon, à Sasonoff'^', à Babou, à Boyer. Dites à La Madelène^'^ que je viens d'écrire quelques impiétés voltairiennes. J'en rougis peut-être; par bonheur, c'est en style lyrique. Si j'avais eu le Gautier complet hier soir, il est évident que j'aurais pu tout renvoyer après-demain, et cela aurait pu partir dimanche.

Autre histoire : tâchez donc de carotter pour moi à Edouard Houssaye toutes les images de Méryon (vues de Paris), bonnes épreuves sur chine, pour parer notre chambre, comme dit Donne '^'. II est évident qu'il ne faut pas les porter à mon compte, car je pourrais aussi bien les acheter. Maintenant qu'on m'a pardonné toutes mes lenteurs ^*'^, je présume que ce n'est pas une entreprise très difficile.

Dans les premiers jours de mars, je vais aller à

(^' Le Théophile Gautier «passera» dans l'Artiste le 13 mars, en entier.

(^) Voir la lettre n" 377.

('' Voir la lettre n" 26^, note 3.

(*' Probablement Jules de la Madelène, l'auteur du Marquis de Sauras, qui allait mourir cette même année et qui professait des idées catholiques ; peut-être son frère Henri , romancier, critique, etc., voyez page 197, note i.

(*) Baudelaire confond ici la Dorine de Tartuffe et la Toinette du Malade imaginaire.

<") Celles apportées à la livraison du Gautier.

Paris, avec un monstrueux paquet pour Morel^^' : le Corbeau, avec le fameux commentaire la Méthode de composition ^-', qui vous fait tant horreur; un article sur la peinture espagnole (les dernières emplettes; mais, quoiqu'il ait déjà imprimé quelque quelque chose là-dessus, c'est acceptable )'3' et quelques Poëmes nocturnes ^'^K Je vous demande mille pardons de tant vous parler de moi. H est naturel que j'aie besoin de bavarder. D'ailleurs, c'est rare, et ici je désapprends à parler. Je suis ici en forte correspondance avec Malassis qui, à son dire, a été reçu triomphalement à sa rentrée. C'est la famille romaine, me dit-il. Pour vous qui me l'avez peint rêvant de nouveaux scandales, pendant qu'on préparait les verges, vous m'avez fait bien rire'^'.

Et vous, que faites-vous? Comment vous portez-vous? Il fait bien froid, on me dit qu'il fait chaud. II fait positivement moins froid qu'à Paris, mais c'est un autre genre. Chaud ou froid, c'est humide, jamais sec, aussi cela me semble plus

Et ce monstre parfait, le vieux mauvais sujet, que devient-il? cet homme vicieux qui sait se faire aimer '•'' ?

(') Directeur de la Revue française.

(*) Voir La Genèse d'un poème (donnée dans cette collection à la suite A'EUREKA ).

(^) Ce projet sera abandonné. Quelques semaines auparavant, la Revue française (t. XV) avait déjà, par la plume de Clément de Ris, consacré un article aux «emplettes espagnoles» (voir la note I, page 245). , ■•

^'' 1 itre sous lequel avaient paru quelques poèmes en prose en 1857.

f^î Voir lettre n° 4,11, note i.

'*' Voir la note i, page 278.

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