À HENRI CANTEL^l
[Env. 25 février 1859.]
Cher Monsieur Cantel,
Je n'ai pas l'adresse de Babou. Dites-lui donc que Malassis n'en revient pas'^^^ est la traduction, faite par moi, de formes d'étonnement aussi peu déterminées que des points d'exclamation. Quelque
de L'Aimable Faubourien, avec le sous-titre : Journal de la Canaille. Il était semi-politique et semi-satirique. Mes collaborateurs principaux était Watripon (Antonio), mort en 1864. et Alfred Delvau (cinq numéros et un pamphlet intitulé : La République à Vincennes). Ce journal, qui n'existait plus en juin 1848, a été mis pourtant sur la liste de ceux que Cavaignac supprimait parce que son titre avait terrifié innocemment les bourgeois». Puis encore : «J'ai malheureusement perdu l'exemplaire [du placard] que Baudelaire m'envoyait avec ce billet...» Et enfin: «Babou, littérateur non suspect d'enthousiasme, m'a répété souvent : ((Le Voyage est une pièce dont aucun poëte, connaissant celle de Baudelaire , ne serait tenté de reprendre l'idée. C'est complet.»
(') Dans son numéro du i" février 1859, la Revue française avait publié deux pièces de vers d'Henri Cantel, dont l'une. Le Mal et le Beau, dédiée à Baudelaire. Mais ce n'est pas d'elles qu'il est question ici, c'est d'un poëme en prose d'nippolyte Babou, L'Arbre noir qui avait paru dans le numéro suivant (10 février) et où, symbolisé par un cyprès, le catholicisme immobile et glacé de l'Univers était opposé au Paradis aérien, lumineux et toujours changeant de la Vie.
(*) «Malassis n'en revient pas». C'est ce qu'au sujet de L'Arbre noir, Baudelaire avait écrit à Charles Asselineau dans sa lettre du 20 février (injine), et il y a lieu de croire que son propos avait été rapporté et discuté dans les bureaux de la Revue française. Quant au sentiment réel qu'avait éprouvé Malassis, une lettre de lui à un tiers , restée inédite jusqu'à ce jour, croyonsnous, le traduit sans ambages : «Babou est assotti depuis quelque temps. Je n'ai depuis longtemps rien vu de plus cocasse que cette genèse babouine qui finit par un coup de pied à Veuillot».
chose comme oh! ah!... Plaisir ou déplaisir? Je n'en sais rien.
Pour moi, j'ai trouvé la chose très belle (surtout, à cause de mon horreur d'un domicile quelconque), sauf le mot Veuillot, note criarde, espèce de soubresaut'^'.
Quand votre tirage sera fait '^', ne m'oubliez pas.
Tout à vous.
Ch. Baudelaire.
Honfleur est dans le Calvados, et non pas dans la Seine-Inférieure.