ESPRIT PUBUG DANS LES DEPARTEMENTS
1* Nord. — U est nul et même perverti dans les campagnes par le fanatisme, l'intérêt et la peur; il est, dans les villes, évidemment mauvais.
â* PoM-^Cakk. — Il est moins faible que dans celui du Nord.
Sociétés populaires. — Elles sont, à l'exception de celle d'Arras, sans la moindre influence.
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18 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [17 Aodr 1793.J
Mennts à preitdre pour eeUrer et réekmifer Vofimim. — Si Ton ne joint à la force militaire celle de Topinion , il est à craindre qae les rërallats de la campagne ne soient bibles et incertains. C'est aux représentants dn peuple à s'occuper de cet important objet. Qu'ils fréquentent les sociétés populaires, qu'ils répandent l'instruction dans les campagnes par la voie de bons journaux et des écrits patriotiques.
Il conviendrait d'établir un journal particulier pour les deux départements du Pas-de-Calais et du Nord , auquel on joindrait un bulletin de l'armée. Ce joomal serait rédigé sous les yeux des représentants du peuple et de l'état-mqor et s'afficherait dans toutes les campagnes.
^TAT DBS TILLB8 MBlf AciaS.
1* LUle. — L'approvisionnement est presque complet; on continue k s'en occuper et l'on espère être en état, avant quinze jours, de soutenir un siège aaaes long.
9* Douai. — Cette vUle est moins bien approvisionnée par la n^fUgence du directoire du département. Elle demande deux millions qu'on ne poorra lui refuser.
3* Cambrai. — Cette ville s'est bien conduite, malgré la tiédeur de ses habitants et les manoeuvres d'une foule d'aristocrates, royalistes et agents de Pitt, qui s'y trouvaient lors du dernier blocus. Elle a promis de se défendre encore mieux , si Fennemi reparaissait.
&* Amu. — - La société populaire et les administrateurs étant passables, il s'ensuit qu'en cas d'attaque les citoyens se joindront è la garnison ; mais la ville n'est pas assez fortifiée pour soutenir un siège; elle a besoin d'artillerie et de troupes; elle renferme des magasins considérables.
5* Mavbeuffê, Avetnes, Lanireeies, k Quesnog et Bmieham. — U parah que ces villes sont en état de faire quelque résistance, Maubeuge surtout
AimimstrateiÊn du Nord. — Ils ne paraissent |)as sàrs et ne doivent rester en place que sous la plus exacte surveillance.
AdminieinUeurs du PM-de-Calais. — Ils inspirent plus de confiance, et cependant doivent être suneillés.
Situation de Vennemi — Suivant plusieurs rapports, les armées combinées sont en mésintelligence et no s'accordent ni sur le plan ni sur le but de la guerre. L'Anglais voudrait la fairtî régulièrement et avec une apparence de modération; par une hypocrisie des plus raffinées, on a persuadé aux soldats anglais qu'ils se battaient pour opérer la réunion fraternelle des deux peuples et confondre sous
[i7 AoÔT 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 19
on r^ime commim tous les intëréls de commerce, de politique et autres; d'où il s'ensuit que dans Tarmëe anglaise on lit et on vante notre constitution. Le but et Tambition du duc dTorck serait de s em})arer de la Flandre maritime.
L'Autrichien est dans le plus grand dénuement, en désordre, vit mal avec T Anglais qu'il déteste et dont il se croit méprisé, pille, brûle, dévaste et laisse partout des traces de sa brutalité. Son état-major paraît plus occupé de vengeance que de conquêtes: il est devenu plus enragé, plus indiscipliné, plus cruel depuis la traduction d'Antoinette devant les tribunaux ^^K
Le Prussien a l'air de n'agir que faiblement et d'épier l'occasion d'une retraite absolue.
Ces conjectures sont fondées sur des relations naïves et vraies de quelques villageois conduits devant les différents chefs et interrogés par eux.
L'Autrichien leur demande : la Reine est~elle jugée? Il leur reproche la mort du Roi. L'Anglais leur fiait amitié , les traite avec douceui*, les appelle frères. Le PjTussien ne leur demande et ne leur dit rien.
La marche rétrograde de l'ennemi vient : 1" 3e cette mésintelligence; a** de la connaissance qu'il a de l'énergie française et des dispositions qu'on prend pour les chasser; 3* de l'épuisement et du dégoût du soldat, ou peut-être de la connaissance qu'il aiu*a eue du mouvement ordonné pour s'emparer de Fumes et brûler le port d'Ostende.
Anecdote in^ortante. — On présume que depuis près de deux ans il existe entre les traîtres de l'intérieur et les puissances coalisées un concordat, ou marché de vente, pour réunir les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais à la Bdgique. Une foule de circonstances appuycnt cette présomption, entre autres la iev^ du camp de César et l'espèce de déroute qui en a été la suite. Cette levée ressemblait à celle du camp de Famars et la déroute à la retraite de la Belgique.
Un des représentants du peuple s'enti*etenant avec Kilmaine , général pravisoire , et lui manifestant avec franchise son étonnement et ses soupçons , ce général répondit: frNous nous trouvions dans une alternative telle qu'il fallait opter entre la conservation de l'intérieur ou celle de deux départements. 9»
Cette réponse, faite en présence du commissaire Varin et de Des Bruslys, ne conûmie-t-elle pas le soupçon et la presque certitude d'une transaction perfide?
Je tiens pour démontré que la maison d'Autiiche espérait voir la Flandre et l'Artois agrandir ses possessions en Belgique, sauf les parties maritimes, dont l'Angleterre se serait accommodée.
Levée du camp de César. — Cette journée devait ou pouvait être la dernière de la Répubhque ; il serait difficile de peindre le désordre de l'armée , l'insouciance des chefs, les mouvements des malveillants; l'ai'tillerie , les charrois, tout en général se reportait sur Arras, comme pour y attij'or l'ennemi et faire brûler les magasins. Pendant deux ou trois jours les routes ont été couvertes de soldats er-
{'} Le 1*' août 1793 la Convention avait renvoyé Marie-Antoinette devant le tribunal eiitraordinaire.
30 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [17 jlùùi 1793.]
ranU, qui recherchaient leiin drq>eaiu et leura chefs. Si le génie tatâaire de la France n^avait rallié Tannée, non aeolementc*en était bit des deux départementa. maia le passage dans Tinténear était si iacile et si bien préparé qae, sans un prodige, Paris ne pouvait échapper k Tinvasion. L'année était sans générai, sans état-major, remplie de traîtres, de lâches et d*eq[>ion8. Malgré tant de causes de dissolution totale, elle eiisle encore aujourd'hui; elle est dans d*excdlentes dispositions, on peut garantir que sous le conunandement d'un chef actif et brave, qui entretiendrait en elle le feu sacré du patriotisme, cette armée peut repousser l'ennemi, reprendre Valenciennes, délivrer la frontière et pénétrer dans la Belgique, tout cela avant trois mois.
P.-S. Au moment de mon départ, le 16, les espions ont raf^rté que Oder vers le Quesnoy avait battu l'ennemi, que plus de deux mille Autridiiens Aaient restés sur le champ de bataille, et que sur la route de Hons on avait rencontré un grand nombre de voitures chargées de blessés.
Le général de brigade aijomt am mùùstre de la guerre,
Roxsof.
(Orig., Areb. de b guepv , armée da Nord.)
GAVRBLLB, fj AoAt I793.
LB GiniBkL BOUCHARD AU COMITE DE SALUT PUBLIC.
Analjise, — La masse de son armée est derrière la Lys; 3,ooo hommes k Monsen-Pevèle et 7,000 entre Douai et Lille. L'ennemi concentre ses forces vers Tournay, ce qui bit redouter que les Anglais combinent les attaques par mer et par terre et veuillent s'emparer de Dunkerque^'^
( ADtlyse, Areh. de la goerre, anii4e du Nord.)