PERPIGNAN, 9& OCTOBRE
LB ciNI^RAL EN CHEF TDRBBAU AU GOllITi DB SALUT PUBLIC.
Perpignan , le S* jour de la i" décade da second naois de Tan u de la Répabliqae françaiae une et indirisible.
TVKBBAU, GBNénAL EN CHEF DB LUBUiB DBS PrJufjVjflS ORIBNTÂLBS, AVI CITOTENS BBfBBSBNTAKTS DV PEUPLE COMPOSANT LB COMITÉ DB SâLVT POBUC.
Citoyens représentants.
Je dois k la place que j'occupe , je dois k la confiance dont vous m'honores, de vous rendre un compte exact de ce qui se passe à l'année des Pyrénées orientales. Je savais, avant que d'y arriver, qu'il régnait de la mésintelligence entre les officiers généraux de cette armée. Je me suis appliqué à en connattre la cause; j'ai cru l'avoir trouvée dans les prétentions de quelques individus à la place de général en chef; j'ai jugé que , mon arrivée devant les bire cesser, il me serait
[a&ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 399
facile de rétablir Thannonie entre des hommes qui ne doivent être animés que du bien public.
Avant que de conmiencer aucune opération militaire, il était indispensable d^acquérir des connaissances locales , d'étudier le caractère des principaux agents militaires, de m'instruire de tout ce qui s'était passé avant mon arrivée, des causes de nos succès et de nos revers; j'ai voulu connaître quels étaient Tesprit, la force, la discipline de notre armée; j'ai partictdièrement porté mes regards sur toutes les parties de l'administration. En conséquence , jusqu'à ce que j'eusse acquis toutes les connaissances, j'ai cru devoir laisser le commandement provisoire de la principale armée au générd d'Aoust, en me &isant rendre compte de son plan et de ses projets. J'ai &it part de cette disposition au citoyen Gaston ^^\ l'un des représentants du peuple près de cette armée , qui l'a approuvée , et j'en ai rendu compte au ministre. Pour connaître tout le théâtre de la guerre dans cette partie de la République, je me suis transporté à ViUefrancfae et au Mont-Libre; j'y ai trouvé le général Dagobert, dont la division avait été séparée de la grande armée et qui avec peu de moyens avait eu de grands succès et conquis la Cerdagne espagnole. Cette conquête importante garantissant le district de Prades de l'invasion de l'ennemi, j'ai cru devoir rappeler près de moi le général Dagobert, dont les staients militaires, la parfiiite connaissance du pays et la confiance qu'il a su inpirer aux troupes , rendaient la présence nécessaire à la grande armée , où d'ailleurs il y a peu d'officiers généraux instruits. Revenu au quartier général k Banyuls , je me suis fiut rendre compte par le général d'Aoust, devant les représentants du peuple, de ses projets et de ses moyens pour opérer une entreprise dont la réussite pût hAter la retraite des Espagnols, camp^ au Boulon, deux lieues en deçà de Bel{egarde. J'ai annoncé que cette opération , concertée entre les représentants du peuple et le général d'Aoust, et que j'ai approuvée, étant finie, je me mettrais à la tête de la grande armée et que j'agirais entièrement par moi-même. Je ne puis vous cacher, citoyens représentants , que l'indiscipline et le désordre régnent dans cette armée , que plusieurs parties de l'administration en sont viciées, que les moyens de subsistance ne sont pas assurés , et que , &ute de fourrages , je serai peut-être obligé de reporter sur mes derrières le peu de cavalerie qui me reste. D'après cette incertitude sur les subsistances , celle que Ton doit avoir sur les dispositions de nos troupes, les difficultés que présente la localité, la position de l'ennemi, encore sur le territoire de la République, je n'ai pas été peu surpris d'entendre le citoyen Fabre, représentant du peuple, proposer pour cet hiver des conquêtes en Espagne. En vain j'ai voulu combattre ce projet, dont l'exécution, du moins cet hiver, me parait impossible, et dont l'entreprise pourrait compromettre le sort de nos armes et nous faire perdre tout le firuit des succès que nous avons obtenus jusqu'à ce jour. Le citoyen Fabre, aidé de ses collègues, parait tenir à son plan , et je vous avouerai , citoyens représentants , que je m'opposerai de toutes mes forces à cette entreprise dangereuse sous tous les rapports. Je rends justice au civisme , au zèle et à l'activité des représentants près de cette armée ,
(*) Raymond Gaston, né à Foix le i3 février 1757, juge de paix, député de l'Ariège à rÀMemblée lëgialatife et i la Convention.
&00 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [s4oct. 1793.]
mais je crois qu'iis se laissent circonvenir par des hommes adroits et ambitieux et qui ne cherchent qu*à surprendre leur bonne foi; je crois encore qu*ils ne doivent pas se mêler des opérations militaires et chercher à substituer leurs idées et leurs plans à ceux des généraux; autrement ceux-ci sont inutiles k rarmée^^^ Ajnès avoir recueilli tous les renseignements possibles sur le compte du général Dagobert, je crois pouvoir assurer qu'il mérite Testime générale dont il jouit; il réunit les suffi^ages des citoyens et de Tannée.
Depuis Taffiiire du 99 du mois dernier, il ne s'est rien passé d'intéressant 'à cette armée que Tattaque d'une redoute ennemie, qui n'a- pas réussi; le général d'Aoust^') m'en avait communiqué le projet et je l'avais approuvé; peut-être je m'y serais opposé, si j avais mieux connu le terrain, que je n'avais pas encore eu le temps d'examiner. Au surplus la position des Espagnols , les mouvements de leur troupe, tout parait indiquer le projet qu'ils ont de se retirer, et peut-être ils l'auraient déjà fait, s'ils ne voulaient pas se conserver les honneurs d'une retraite volontaire. Du moment qu'ils auront quitté le district de Céret, le seul point qu'ils occupent sur le territoire de la République, mon projet, citoyens représentants, est de fermer la campagne, sans même entreprendre le siège de Bdl^[arde, k moins que des circonstances favorables et imprévues ne pr^ntoDit des facilités pour s'en emparer. En laissant reposer nos troupes pendant trois mois , et [urofitant de ce moment de repos pour les instruire , les discipliner, fermer les officiers, établir des magasins, porter la réforme dans toutes les parties de l'administration, je crois qu'on pourra se promettre de grands succès pour h campagne prochaine. J'aurai Thonneur, citoyens représentants, de vous fiïire passser mon plan et un aperçu de mes moyens d'exécution; mais si les repr^ntants près de cette armée s'obstinent à me fisiire exécuter leurs projets, si, quoique nommé génénl en chef de cette armée , je n'y suis qu'un être absolument passif, et si je n'y puis agir que
(') Le 93 octobre, en effet, il y avait eu k Banyids un consol de guerre «uqud amistaient Turreau, les autres généraux et les représentants du peuple i Tannée des Pyrénées orientales Fabre, Bonnet, Gaston et Cassanyès. Turreau proposa de prendre des cantonnements d^hiver, mais les représentants lui firent à ce sujet les plus vives représentations. Le général et les représentants écrivirent, le a4 , au Comité, Tun pour justifier ses propositions, les autres pour les combattre; Fabre et ses coliques donnaient en ces termes leur opinion sur Turreau : frNous le croyons franc républicain, nous pensons qu'à la Rochelle il eût rendu de grands services i la République , mais nous croyons aussi que le défaut des connaissances locales, d'idées politiques, d'habitude de commander, font que le fardeau dont Ta chai^ le Conseil exécutif
est au-dessus de ses forces.» (Cf. Aulard, VII, 618.)
^*^ Dans leur lettre du 9& octobre au Comité de salut public, les représentants Fabre, Gaston et Cassanyès jugent ainsi le génénd d*Aoust : trPour ce qui est de d'Aoust, il s*est conduit jusqu^d en républicain lélé et courageux. Les peines et les fatigues ne lui coûtent rien. Il a étudié parfaitement les localités , il connaît Tannée et il en est connu, mais, nous ne devons pas vous le dissimuler et il ne se dissimule pas lui-même , il est né de cette caste dont tant de trahisons nous ont appris à nous méfier. Cest ce qui nous a empêchés de lui déférer le commandement en chef, c'est ce qui nous a engagés i le surveiller avec exactitude ; ses triomphes mêmes n'ont pas endormi notre surveillance.» (Cf. Aulard, VII, 618 et 619.)
[a5 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 401
d'après les idëes des autres, je vons prie en grâce, citoyens reprësentjaints, de disposer de moi poor une autre place. Étranger à Tintrigue , n'ayant d'autre ambition que celle de coopérer de tous mes moyens au succès de nos armes , je serai toujours satis&it du grade que j'occuperai et du poste qui me sera confié, pourvu que je puisse être utile.
Le ministre de la guen*e peut vous dire que je ne lui ai jamais rien demande, que je n'ai jamais sollicité d'autres places que celle d'adjudant général, dans la seule vue d'apprendre mon ^nétier; j'étais alors chef de bataillon.
J'ai cm cette lettre assez importante pour vous l'adresser par un courrier extraordinaire; en attendant vos ordres, je m'opposerai de toutes mes forces à l'exécution de tous projets qui pourraient compromettre le salut de l'armée.
Le général en chef de T armée des Pyrénées orieèUales,
TuBMSAIJ.
(Copie certifiée conforme par Turreau, Arch. de la guerre, armée des Pyrénées orienkaieé. )
AVESNES, 4 ORCMAIRE AN 11^^^ (sB OCTOBRE lyjjS)^^^ LE GÉNÉRAL JOURDAN AU GOMITÉ DE SALUT PUBLIC.
Analyse. — Envoi de la copie d'une lettre du général D'Avaine donnant le détail des succès des troupes de la République ^'\ Il a écrit à celui-ci d'envoyer du renfort au général Ransonnet, qui occupe Orchies et Marchiennes ^^^ et qui sera sûrement le premier attaqué, si l'ennemi se décide h diviser ses forces ^*\
(Orig., Areh. de la gaerre, année daNord.)
^>) G*e8t à partir de ce jour que la (iOiiveatîon nationale adopta la dénomination des nouveaux mois républicains. L^ancienne formule que nous lisons en tête de la lettre suivante de Duquesnoy dura encore quelque temps, mais fut bientôt abandonnée.
(*) Carnot est présent au Comité. (Cf.
Aulard, VIII, i.) Il écrit un arrêté mettant 10,000 livres à la disposition du ministre de ia guerre pour la prompte fabrication de guêtres et sarraus destinés à Tusage du soldat et confectionnés avec des étoffes imperméables à Teau.
(») Cf. cette lettre du général D'Avaine à ia page Aas, note 3.
ni.
(^) Le général Ransonnet avait, le ai octobre , fait un rapport au général D'Avaine sur le meurtrier combat de Marchiennes.
(Arcb. de la guerre, reg. Xlàts.)
(') Le même jour, 95 octobre, le général Jourdan prévenait le ministre de la guerre Bouchotte en ces termes: «Les troupes de ia République sont victorieuses depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge. Le général Vandamme s'est emparé de Fumes; il doit être maintenant i Nieuport et de li se porter sur Ostende. Les troupes du générai D'Avaine se sont saisies de Poperinghe, Vlamertinghe ; elles doivent attaquer Ypres. Le général Souham , après avoir emporté
403 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [sSoct. 1793.]
MAUBBUGK, & BRUMAIRE AN II (:l5 OCTOBRE 1793). LE REPRESENTANT DUQDESNOY AU GOMItE DE SALUT PUBLIC.
Mtobeog», to h* jour da «' moii de Tan n delà Répablique.
LB BBPBhElfTAlIT DV P8VHK DVQVBSNOT, BfIfOTi nks L^ABuiB »0 «OBD, À8BS COUieVKS COMPOSANT LB COMiri DE SALVT POBUC.
Citoyens mes collègnes, je viens d^apprendre que Tarrestation dn ci-devant gënëral Gratien frisait beaucoup de bruit dans Paris ^'^ Si ceux qui prennent sa défense étaient instruits des motib qui nous Tout fait arrêter, loin de biâmer notre conduite , ils y applaudiraient.
Notre collègue Carnot peut vous donner h cet égard tous les renseignements nécessaires , et moi j'offre de prouver, quand on voudra , que Gratien est un Uche, ou un traître, ou un homme inepte, mais dans Tun comme dans 1 autre cas, je crois qu'il méritait d'être destitué et arrêté; aussi Tavons-nous fait, Camol et moi.
11 pleut ici à continuer depuis le matin; les chemins sont déjà très mauvais et, pour peu que la pluie continue, cela dérangera grandement nos opérations.
Une chose bien nécessaire dans les circonstances présentes c'est de nous envoyer cinquante mille paires de soidiers, et plus s'il est possible, car, si les mauvais temps continuent , il faudra à chaque soldat au moins une paire de souliers par mois , et nous en manquons absolument.
Salut et fraternité.
DoQDESNOr.
P.S. Envoyez-moi un collègue pour travailler révolutionnairement, car ce pays-ci est rempli d'aristocrates. Je ne puis y tenir seul. Notre collègue Bar y est, mais il est malade, et il faut ici des personnes bien vigoureuses.
( Orig. aat , Arch. de la guerre , armée da Nord. )
tous les postes le long de la Lys, est entré dans Menin. Le général Ransonnet s^est saisi des postes importants de Marchiennes et d^Orchies. Suivant les rapports que je reçois, Tennemi est très inquiet de tous ces avantages. Cependant, il garde toujours sa position et se retranche fortement. Il a seulement levé son camp de Soiesmes et fait filer sur Yalenciennes. J^en instruis les généraux Ransonnet et Souham , afin que le premier se fortifie dans ses postes et que Je second ne s^avauce pas trop dans le ter-
ritoire ennemi, quil tourne an contraire toutes ses forces sur le camp de Cysoing et qu'il prenne tous les moyens possibles pour y attaquer Fennemi avec avantage et le forcer a Tëvacuer.» Si cette opératioa peut réussir, on sera sous peu maître do camp de Maulde. ( Orig. , Arch. de la guerre , armée du Nord. )
('^ Cf. sur Tarrestation du général Gratien et Témotîon qu^elle causa à Paris les lettres du ministre de la guerre Bouchottc, p. 309, note 1, et p. 3^9, note 9.
[a5 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.
PABIS, U BBUMAIBE AN II (sS OGTOBBE 1798). LB MINISTBB DE LA 6UBBBB BOUGEOTTE AU BEPBiSENTANT SAINT-JUST.
h da a* mois.
CnOTBN SÀINT-JV8T, REPRESENTANT DD PEUPLE À L» ARMEE DU RBIN^^\
Je VOUS envoie la copie d*im arrête du Comité de salut public sur un rassemblement i fiire à Bouquenom et Saarwerden pour des opérations ultérieures qui seront prescrites par le Comité, et copie de rarrétë que le Conseil exécutif provisoire a pris diaprés celui du Comité de salut public ^*K J'ai pensé que pour le bien de la chose il était essentiel de vous tenir au courant des résolutions prises ici.
CO Saint-Just et Le Bas étaient arrivés à Strasbourg ie aS octobre.
<*) Le 98 octobre, le Comité de salut public avait pris Tarrété suivant : «Le Comité de salut public arrête que le Conseil exécutif provisoire prendra les mesures les plus promptes pour qu^ii soit formé près de Bouquenom et Saarwerden un rassemblement de toutes les forces disponibles des armées du Rhin et de la Moselle, avec les approvisionnements nécessaires de vivres et de munitions, à Tefiet de se porter sans délai sur Bitcbe et de là sur les places du Bas-Rhin qui se trouveront menacées , conformément aux mesures ultérieures qui seront prises par le Comité.» (Cf. Aulard, VII, 58 A.) Le 9& octobre, le Conseil exécutif prit en conséquence les dispositions suivantes (M., 60 3) :
(rLes généraux des armées du Rhin et de U Moselle, après avoir rempli aussi promptement qu*il sera possible les intentions du décret, qui prescrit de retirer les trois quarts des garnisons des places fortes poor les remplacer par les citoyens de réquisition, conformément aux instructions qui ont été précédemment envoyées par le ministre de la guerre, et retiré partie des troupes des différents cantonnements sans dégarnir néanmoins entièrement la frontière dont la garde leur est confiée, sans compromettre le salut de Timportante place de Strasbourg, rassembleront le plus quUl aéra possible de troupes disponibles, avec
la quantité nécessaire d*artilierie, munitions, subsistances et effets de campement à Bouquenom et Saarwerden.
(T Le général de Tannée du Rbin prendra les précautions nécessaires pour conserver les passages de Saveme et Phalsbourg, qui sont si essentiels à la communication des deux armées; il aura également attention i celui de la Petite-Pierre. 11 veillera à ce que les troupes, dans les mouvements qn*dles seront dans le cas de faire pour arriver au rendez-vous, ne soient pas compromises et qu*aucune surprise de la part de Tennemi ne puisse avoir lieu.
«Le général de Tarmée de la Moselle prendra les précautions les plus exactes pour que rien ne puisse troubler la formation du rassemblement qui doit avoir lieu à Bouquenom et donnera Tactivité nécessaire i la partie secrète pour être au courant des mouvements des ennemis.
«Le général de Tarmée de la Moselle aura le commandement du rassemblement qui sera formé à Bouquenom et Saarwerden, subordonnément au général de l'armée du Rhin, avec lequel il concertera ses opérations et entretiendra une correspondance active.
«Les généraux des années du Rbin et de la Moselle rendront compte au Conseil exécutif provisoire de l'exécution du présent arrêté et de la quantité de troupes qui seront réunies à Bouquenom et Saarwerden. »
404 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aS oct. 1798.]
J'ai reçu votre note; j'ai donne ordre d'envoyer des ingénieurs à Tannëe du Rhin , ainsi que vous le demandez. Le Coniitë est disposé à accorder de nouveaux fonds à Bourdon pour l'achat des chevaux ^'^ : ainsi rien ne l'empêchera d'être utile à la République. Il est très vrai que le principal avantage de Teanemi consiste dans la cavalerie. Les soins que le gouvernement a pris pour se procurer des chevaux, des selles, des armes, n'ont pas été secondes par l'impulsion patriotique de ses agents ^'^ Il fallait avoir de la cavalerie en trois mois, mais ils ont tous garde leur allure monotone de gens d'affaires, et cela emporte une année.
Vous ne dites pas si vous avez Pichegru près de vous. Je serais bien rassuré de le savoir. Je n'ai pas encore vu votre lettre au Comité ^^\ de sorte que je ne suis pas très avancé sur la connaissance de la situation où vous avez trouvé les choses. Hoûel^*\ adjudant général et dont je vous ai parié, est en chemin pour aller joindre l'armée du Rhin. L'arrêté du Comité n'est pas la même chose que le raisonnement que je vous avais &it, qui n'était qu'un raisonnement. Quelquefois l'on juge encore mieux sur les lieux de l'effet que doit produire une mesuit" adoptée. Si vous aviez quelques réflexions & &ii'e, envoyez-les bien vite pour que les mouvements ne soient pas retardés.
11 parait que le rassemblement doit se &ire dans l'intention de se porter sans délai sur Bitche , et de là sur les places du Bas-Rhin qui se trouveront menacées. Landau est bien du nombre , mais , comme l'arrêté dit qu'on marchera conformément aux mesures ultérieures prises par le Comité, je ne peux dire encore quelle sera la marche qui sera adoptée en partant du point de rassemblement
Hier, nous avons reçu de bonnes nouvelles de Lille et Cassel. Les ennemis oui
(*) Le 3 août 1793, le Comité de salut public avait mis à la disposition du ministre de ia guerre 800,000 livres en numéraire pour acheter des chevaux chez l'étranger. (Cf. Auiard, V, 661.) Le a 3 octobre, il alloua au ministre une somme de 4oo,ooo livres pour le même objet et Tautorisa à continuer à traiter avec le citoyen Bourdon jusqu^à concurrence de 90,000 chevaux. (Cf. Auiard, VU, 583.)
i*ï Le 8 octobre 1798, la Convention avait ordonné une levée extraordinaire de chevaux, pour le service de la cavalerie, dans tous les cantons et arrondisseuienti» de la République ayant une juridiction de juge de paix particulière. A cet effet, le territoire de la République fut partagé en vingt divisions, ayant chacune un chef-lieu pour le rassemblement des chevaux, et un représentant du peuple fut aflecté à chaque division pour veiller à la prompte exécution de celte levée. (Cf. Auiard, VU, 998.)
Le 6 brumaire (97 octobre), la Convention mit les chevaux de nouvelle levée à la disposition du ministre de la guerre.
(') SaintrJust et Le Bas avaient écrit au Comité les 93 et 9 & octobre. (Cf. Auiard. Vn, 59&et6i5.)
(^) Nicolas Hoûel, né à Saint-Ld (Manche) le 97 septembre 1779, volontaire dans la marine du commerce et sur ïf»
vaisseaux de TÉtat en 1787, souft-lieutenantie i5 septembre 1791 1 lieutenant le 90 octobre 1799 1 capitaine au 8' bussardâ le 1 1 mai 1793 et au i3* chasseurs k cheval le 90 juillet suivant, adjudant générai chef de bataillon le 7 octobre 1 798 , adjudant général chef de brigade le 16 germinal an II (5 avril i79à)« blessé et noyé au passage du Lech le 7 fructidor an iv (9a août 179a). — Une lettre adressée par lui de Lille, le i3 octobre 1793* à Xavier Audouin, est signée Hoûel, ndju^ dont général satu-ctUotte,
[a5ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 405
perda beaucoup de postes qu'ils occupaient. Une nouvelle victoire à la Vendée , depuis la prise de Cholet et Mortagne , avance beaucoup les affaires de ce cdtë. Beaupréau et Saint-Florent ont été pris, les rebelles sont en pleine fuite; ils ont passe la Loire après avoir perdu beaucoup des leurs et deux chefs , d*Elbëe et Bonchamp ^^\ Maintenant c'est Toulon , le Rhin et la Moselle qui sont les points les plus inquiétants. La volonté du peuple d'être libre et le courage de nos soldats sont des choses certaines; il ne s'agit que de donner une bonne direction et de bien employer ces précieuses qualités. Le Conseil ayant prescrit au général de la Moselle , qui commandera le rassemblement de Bouquenom et Saarwerden, d'agir sous les ordres du général du Rhin , cette circonstance vous donne non pas des moyens plus prompts, mais plus de moyens pour la délivrance du Bas-Rhin et de Landau.
Salut et fraternité.
( Minute ant., Areh. de la gnerre, armée dti Rhin.)
PARIfi, A BRUMAIRE AN II (â5 OCTOBRE 1793). LE UINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE AU GÉNlÊRAL PICHBGRU.
Je VOUS envoie, général, copie de l'arrêté du Comité de salut public et de celui du Conseil exécutif provisoire sur un rassemblement h opérer de troupes disponibles du Rhin et de la Moselle à Bouquenom et Saarweiden. J'envoie les mêmes pièces au général Hoche, commandant l'armée de la Moselle ('', pour qu'il agisse dans le même sens pour l'exécution des arrêtés. Le Conseil exécutif, jugeant nécessaire d'augmenter les moyens qui doivent concourir à la dâlvrance du Bas- Rhin et de Landau après , a mis sous vos ordres le rassemblement de Bouquenom et Saarwerden, qui sera commandé par le général de la Moselle. Vous trouverez dans ces deux arrêtés les intentions du Comité et du Conseil. Vous voudrez bien conférer avec les réprésentants sur ces objets ; vous ne pouvez prendre trop de confiance dans le citoyen Saint-Just, qui est véritablement attaché au système populaire.
Donnez de l'activité à votre partie secrète, pour être au courant des mouvements des ennemis et de leur nombre ^^\ et n'épargnez pas les courriers pour Texécntion des arrêtés que je vous envoie.
(Areh. de la ^erre, armée da Rhin, reg. &7, p. aS.)
^*) Les cheCs vendéens Bonchamp et ^*^ En eflet, Bouchotte écrivit à Hoche
crElbëe avaient été loiu deux blessés lors dans des termes identiques. (Cf. Areh. de
de la défaite de Cholet, le 17 octobre, mais la guerre, armée du Rhin, reg. ItH^
Bonchamp avait succombé le lendemain, fol. 16 v*.)
tandis que d'Elhëe avait survécu à sesqua- ^^) -La question de l'espionnage, on le
lone blessures. voit, préoccupait constamment Bouchotte.
&06 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [96 oct. 1793.]
QUARTIER G^N^RAL D»OLLIOULES, U BRUMAIRE AN II (a5 OCTOBRE IJ^S).
MiSmOIRS du commandant de L'ARTILLERIE BUONAPARTB
TRANSMIS AU COMITlf DE SALUT PUBLIC.
La seconde position est entre les Qnatre-Moulins et les Sablettes, à deux cents toises plus près du camp anglais, sur un mamdon, un peu plus bas que la redoute anglaise; Ton pourra y placer trois pièces de 16 qui nous restent.
Du moment que nous serons maîtres de TÉguillette et du cap Cepet, nous y établirons des batteries qui obligeront Tennemi à évacuer les deux rades, et nous dirigerons nos attaques sur la redoute et le firent de Toulon le plus près de TArsenai , qui est en même temps le plus &ible.
Mais, pour cela, il faut un équipage de siège considérable; c'est rartiUme qui prend les places, et rin£mterie ne < qu'aider; et c'est avec une extrême douleur que je vois le peu de sollicitude que Ton met à cet article essentiel : les trois quarts des hommes ne s'occupent des choses nécessaires que lorsqu'ils en sentent le besoin; mais justement alors il n'est plus temps.
H n'y a personne à la tête de l'arsenal de Marseille; il &ut de grandes connaissances pour occuper cette place. Il est de fait, dans l'artillerie, que l'opération la plus difficile est la formation d'un équipage de siège.
La partie de l'artillerie n'était point organisée quand je suis arrivé dans cette armée. Grftce aux arrêtés que vous avez pris dans plusieurs circonstances , die commence à marcher. J'ai du lutter contre l'ignorance et les basses passions qu'dle engendre. Vous devez achever de donner i l'artillerie, dans cette année, cette considération et cette indépendance que les lois militaires et l'usage de tous les temps iui ont accordées, et sans lesquelles elle ne peut servir utilement.
La première mesure que je vous proposerai sera de Caire venir à l'armée , pour commander l'artillerie, un général de l'artillerie qui puisse, même par son grade, contribuer ë la considération et en imposer à un tas d'ignorants de l'état-major, avec lesquels il faut toujours capituler et dogmatiser pour détruire leurs préjuge et mettre en exécution ce que la théorie , l'expérience ont démontré comme des axiomes à tout officier éclairé du corps ^^\
Le commandant de l'artillerie de Formée du Midi,
BOONAPARTE.
(Copie, Arch. de la gaerre, correspondance de Napoléon. — Publ. dans la Carrêêpimimkce de NapoUm l", 1. 1, p. i.)
^') Cette pièce parvint au Comité le saiat public, auqud les représentants Gas-
9 brumaire (3o octobre). Je la reproduis, parin et Saliceti avaient déjà, le aS octobre,
parce qu^elle est le point de départ des re- transmis une lettre de cet offider. (Cf. Au-
lations de Bonaparte avec le Comité de lard, YII, 596.)
[a5ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 407
OLLIOULBS, k BBUMArnE AN II (s5 OCTOBRE 1793). LE G^N^RAL CABTEAUX AU GOMITlî DE SALUT PUBLIC.
Analyse, — Le générai Carteaux demande une décision du Comité de salut public sur sa destination, vu qu'il a été obligé, par suite de l'absence du général Doppet, de rester k un poste où sa responsabilité n'est pas à couvert. Il adresse à ce sujet copie des lettres des représentants et du ministre de la guerre.
(Aulyse, Areh. de la gnerre, reg. D du Comité de salut publie, p. 655.)