LB COMITB DB SALUT PUBLIC À SAINT-JUST, À STRASBOURG
Nous voyons, cher collègue, avec une vive satisfaction les mesures de sagesse et de vigueur que vous prenez pour mettre l'armée du Rhin en état de repousser les ennemis. Il paraît que ce qu'il y a de plus urgent est de renouveler les états-majors. Garlenc nous a paru très mauvais; il est destitué. Frappez avec votre énergie ordinaire les aristocrates. L'arrêté que vous avez pris , pour l'incorporation des hommes de réquisition dans les vieux corps, nous parait très important, et nous désirons qu'il soit exécuté sans délai. Le ministre de la guerre est chargé de vous envoyer un renfort de douze bataillons tirés des départements du Doubs, des Vosges, de la Meuse et du Bas-Rhin. Il vous fera passer aussi tout ce qu'il pourra ramasser de cavalerie. Nous avons arrêté qu'il serait formé un corps de troupes de3oàào,ooo hommes, près de Saarwerden et Bouquenom , pour marcher par Bitche et de là sur Landau, ce qui délivrerait cette ville et bloquerait l'ennemi qui
^^) Camol est présent au Comité. (Cf. Aulard, VIII, 50.).
&1& CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [97 oct. 1793.]
vous presse vers Strasbourg. Nous comptons, chers collègues, sur votre énergie, et nous vous seconderons de toutes nos forces ^^^
Salut et fraternité.
(Minato aut de Carnot, knh. de la gMrra« améa du Rhin. — Rag. da la fnûtte CaraoL)
PARIS, 6 RIlDMilRB AN II (97 OCTOBRE 1793). LB mmSTBB RB LA 6UBRRB BOCCHOTTB AU G^^RAL PICHBGRU.
Voici quelques observatioiis que Ton a fidtes sur la composition des villes fron* lières du département du Rhin; vous examinerex, d*après la situation des esprits, jusqu'à quel point elles doivei^t influer sur remplacement des troupes.
On pense que les troupes,^ soit de ligne, soit de réquisition, qui doivent composer et composeront les garnisons de Strasbourg , ne doivent être prises et choisies que dans les troupes de volontaires nés ou levés dans d autres départements que ceux du Haut et Bas-Rhin; que cet avis doit être appliqué aux villes frontières de tous les départements; enfin qu'il but dire en sorte que ces garnisons se trouvent toujours, autant que possible, en nombre excédant cdui des citoyens résidant dans cette ville frontière.
J'avais écrit plusieurs fois à vos prédécesseurs à ce sujet, j'avais aussi reeonimandé la plus grande surveillance aux avant-postes. La surprise de la grande déroute ne peut, être attribuée qu'à la négligence. L'on m'assure que qudqu'un a passé et repassé aux avant-postes sans avoir été reconnu. Vous jugez quelle facilité [donne] une semblable urgence de la part des gardes et surtout de ceux qui les commandent; que tout le monde soit arrêté, que tout officier qui ne s'instruira'pas soit r^[ardé. comme non républicain. J'espère de votre côté que vous conununiquerez aux troupes l'ardeur républicaine qui vous anime et. que vous ne tarderex pas à repousser les ennemis de la frontière.
(Areb. de la guerre, année du Rhin, reg. ^7, p. %k.)
(^) Cf. la réponse de Saint-JuBt et Le Bas, datée du 3o octobre 1798, dans Aulard, VIII, tSa. Ib déclarent que Tannée du Rhin est très faible et qu^il faut douce bataillons pour renforcer les goi^. v Hâtesvous, ajoutent-ils, de renforcer celle armée et persuade!- vous qu'il faut être à Landau dans quinte jours.» — Le 97 octobre, les autorités constituées du département du
Haut-Rhin écrivirent de Strasbourg au Gomité de salut public pour Tavertir que les ennemis occupent les hauteurs de Saverne , sont campés près de Strasbourg et cernent Landau et le Fort Vauban, et qu*ii est absolument nécessaire de leur opposer un général entreprenant et des forces considérables. (Analyse, Arch. de la guerre, cor^ respondance générale.)
[a^ ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. A15
IIAUBEU6B, 6 BRUMAIftK AN II (îl6 OCTOBRE 1793). LE REPRESENTANT BAR AD COMITE DE SALUT PUBLIC.
Maiib«iige, 6* jour de la i** déeade da a* mois de Tan 11 de la RépaUiqiie nne et iadÎTiaible.
LE nEPRBSBNTÀNT DO PEUPLE ENVOrà PRÈS L'ÀBitiB DO NORD À SES COLLSGOES DO COMITÉ DE SALUT PUBLIC DE LA CONVENTION NATIONALE,
Citoyens collègues.
Je vous ai d^à rendu compte avec quelle imprévoyance les différents administrateurs, charges de pourvoir aux besoins de Tannée de la République, attendaient toujpurs le moment du besoin pour y satisfaire. La partie sur laquelle les plaintes doivent plus spécialement porter dans ce moment sont les effets d*habillement et les couvertures. La saison commence k devenir rigoureuse , les défenseurs de la patrie sont tous campés ou au bivouac; déjà les maladies et surtout la dysenterie commencent leur ravage; le froid en est une des principales causes. Dès notre arrivée près la division de Maubeuge , mes collègues et moi nous sommes occupés de ces différents objets. Nous avions autorisé le citoyen Ronyer, inspecteur de rhabiUement , à se rendre dans les différents lieux où il existe des magasins et mÀne près du ministre de la guerre, pour presser Tenvoi des parties d'habillement extrêmement nécessaires à la division ; on nous annonça , quelques jours avant le blocus, l'arrivée de 9,5oo habits complets. Cependant cette partie même n'est point encore entièrement arrivée. La Convention nationale a décréta la fabrication de 3oo,ooo capotes, dont 80,000 pour l'armée du Nord, et aucunes ne sont encore disponibles pour cette armée. Le commissaire ordonnateur en chef Pinthon, à qui j'ai demandé l'état de ce qui pouvait être à sa disposition en cette partie de rhi4>illement, de même que pour les couvertures, m'a répondu que rien encore ne lui avait été envoyé. Ce qui est encore plus indispensable, c'est la chaussure ; Tannée , toujours en mouvement , consomme beaucoup en ce genre ; un soldat use au moins une paire de souliers par mois : il en est arrivé ici une certaine quantité, mais pas encore suffisante pour les besoins. Une chose arrête, k cet ^rd ëi pour les autres parties de l'habillement, la promptitude du service : ce sont les bureaux de visite et expertise établis dans les villes de l'intérieur. Il semble qu'il serait plus convenable de fiiire arriver ces effets directement au lieu de leur destination. On pourrait y faire les mêmes établissements pour les vérifications et empêcher la fraude. On parerait même par là k un moyen de dilapidation ; les eflkts, pour être visités dans l'intérieur, doivent être déballés; faute d'ouvriers, on est quelquefois obligé de les faire parvenir après la visite sans être remballés. Cette mesure donne lieu k des soustractions. Je vous engage très instamment, mes collègues, à faire porter votre sollicitude sur cette partie des besoins de Tannée; nos frères qui la composent méritent d'autant mieux les plus grands soins à cet égard qu'ils se dévouent tout entiers et avec le plus grand zèle à la défense de
â16 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ù^ oct. 1798.]
ia République. U serait désormais impossible de leur &ire adopter d autre sentiment que celui de la liberté, de Tégalité, de Tunité et de Tindivisibilité de ia République; ils abhorrent les tyrans et la tyrannie et sont k ia rigueur de vrais républicains.
Je dois aussi Gxer votre attention sur les approvisionnements de guerre de la placé et du camp de Maubeuge. Vous jugerez , par les états que je me suis fait délivrer et que je vous transmets , quelles sont les personnes et quels sont les besoins à cet égard. J'ai pris, seul ou avec mes collègues, quelques arrêtés sévères contre des ofSciers dénoncés ou comme incapables ou comme suspects; ib sont joints à cette lettre, et la plupart des pièces et dénonciations y sont également attachées. Je joins aussi les pièces concernant le général Gudin et les autres arrêtés que le désir d'assurer le service m'a &it prendre.
Nous avons pris, de concert avec mon collègue Hentz, des mesures relatives à la propagation de l'esprit public, et nous nous proposons encore d'en prendre d'ultérieures dont nous vous rendrons compte incessamment ^*\
Salut et firatemité.
Bah.
(Orig., Arcb. de la guerre, année du Nord.)
OOST-DCIPilUSRKB, 6 BRUMAIRE AN II (37 OCTOBRE 1793). LE G^N^RAL VANDAMHB AU COMITE DR SALUT PURLIG.
Au quartier géaéral à Oosl-Duokerke, le 6* jour de la i** décade du 3* idois de Tan 11 de la République françaiae une et indivisible.
LB GENàRÀl YàNDàMMB àVX CITOTKNS RBPHisBNTANTS DV PEUPLE COMPOSANT LB COMITB DE sIlVT PVBLIC.
Citoyens représentants,
Je vous ai rendu compte, par ma dernière, que l'inondation m'avait obligé de me retirer de la route de Fumes à Nieuport, et de porter une attaque du côté de Oost-Dunkerke, seul point qui ne pouvait être inondé (en laissant seulement au pont rompu sur cette route une demi-brigade). Je m'y suis établi le à ; j'ai (ait aussitôt ouvrir la tranchée , sous le feu le plus >iolent des remparts de l'ennemi. La tranchée est à présent finie et les bombes, obus et boulets rouges pleuvent sur la ville ; elle ne doit pas tenir longtemps , ou sous peu elle sera entièrement biiUée.
L'ennemi est assez en force dans ia ville; il y a vingt bouches k feu; le feu des batteries est fort vif. Le & , mes braves soldats se sont emparés du petit fort de Viervoutre ; je voulais y établir des batteries et , comme je les fiiisab commencer,
(0 Cette lettre n*a été qu'analysée dans le recueil Aulard.
[97 0CT. 1793.] CORRESPONDANCE MILlTAfflE DU COMITÉ. M7
une escadre anglaise, composée de trente vaisseaux, prit mon armée en flanc et lança des bordées terribles. La garnison fit en même temps une sortie, mais die lut obligée de rentrer dans son repaire et Ait poursuivie jusque sous les remparts. Plus de cent esclaves ont mordu la poussière. Je ne saurais assez vous louer le courage de tous les braves soldats de Tarmée que je commande et l'adresse de mes braves canonniers. Ds supportent le mauvais temps et les bivouacs avec un courage'qui n'appartient qu'à des hommes qui se battent pour leur liberté. Le cidevant 99* régiment et le k* bataillon de Seine-et-Oise , et le bataillon des chasseurs du Mont-de-Gassel ont, dans cette sortie, combattu en héros; ils ont soutenu pendant deux heures le feu des remparts, de la mousqueterie et de Tescadre. Cette escadre nous envoyait des bordées de quarante pièces à la fob, de 97, 36, ko et 49; mais les boulets passaient trente pieds sur nos têtes, suivant leur louable habitude; les dunes en sont remplies.
J'ai été obligé d'évacuer le petit fort de Viervoutre. Je n'ai perdu que douze hommes. Ma position actudle est très belle; l'ennemi ne nous tue personne et nous lui envoyons de la marchandise qui lui écrase et brAle toutes ses maisons. Ça ira; il évacuera la ville d'ici k demain ou je la fais prendre d'assaut; je puis le &ire avec les vaillants républicains que je commande.
L'escadre a cessé son feu hier soir; elle l'a recommencé ce matin, mais dans la journée elle a fini , et la majeure partie a pris voile pour l'Angleterre. D est resté seulement sa bâtiments, qui sont en observation. J'étais inquiet hier, parce que j'ignorais ses desseins. Je suis à présent tranquille; elle ne peut pas laire une descente de canons entre Nieuport et Dunkerque, parce que les dunes sont impraticables et que le citoyen Castagnier est d'ailleurs avec plusieurs bfttiments en observation le long des dunes.
J'ai envoyé, le k , sept bataillons à Schoorbakke, commandés par le général Gougdot. Ils se sont emparés de Dixmude et restent de ce cêté en observation pour soutenir ma droite en arrière et empêcher que l'ennemi vienne m'attaquer de ce côté. L'ennemi s'est retiré au nombre de 3, 000 hommes à Thourout; il s'y fait aussi un rassemblement de paysans; mais vingt-cinq républicains en ont fait fuir deux mille.
Les enlèvements que je bis &ire sont considérables; chevaux, bœufs, vaches, fourrages, grains, chariots, bois, fer, cloches, plomb, cuivre, draps, toiles, argenterie des ^;lise8, je &is tout refluer sur Dunkerque; je les adresse à la municipalité.
Les coquins de prêtres avaient fait cacher dans les églises presque tous les eflets des villages, parce qu'on leur avait dit que les Français n'y entraient plus; mais comme ils se sont trompés! J'ai fait fouiller toutes les églises, et dans toutes j'y ai trouvé de beaux eflets. Les vases ci-devant sacrés étaient aussi cachés dans les clochers , mais je les ai trouvés. A Dunkerque de suite I Mes prises se montent bien à présent à six millions. Je ne compte pas celui que la ville de Fumes doit me donner en numéraire. Ahl quand j'entrerai dans Nieuport, quel coup, que d'enlèvements. Les mâtins sont foutus; je ne veux laisser aux habitants que les yeux pour pleurer.
Je vous enverrai, citoyens représentants, et au ministre de la guerre le procès-
ni. 97
nifllBBUa lATIOSAU.
&18 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [37 oct. 1793.]
verlud de tous mes enlèvements, quand ib seront finis. Je suis tdlemâit sur* charge d'ouvrage que je n'ai pas un seul moment à moi.
Je ne dois pas oublier de vous dire que les quatre bataillons de Tannée révolutionnaire , que j'ai avec moi et que j'emploie aux travaux des tranchées , travaillent avec le plus grand zèle et sans faire attention aux bombes qui pleuvent sur eux. Je ne puis vous nommer personne; tous les républicains de mon armée ont le même courage et tous se distinguent dans les fonctions qui leur sont attribuées.
Depuis deux mois le citoyen Seron^'^ capitaine au bataillon des chasseurs du Mont-de-Cassel , &it auprès de moi les fonctions d'adjudant général, chef de mon état-major. Je n'ai qu'à me louer de son zèle et de ses talents. Le général en chef me promet toujours de lui obtenir son brevet, mais il n'arrive pas. Veuillez bien, citoyens représentants, le lui fidre obtenir et me l'adresser. Il est nécessaire qu'il l'ait promptement.
Le général de brigade Hoche, employé dans l'armée que je commande, est parti le A, pour conunander dans l'armée de la Moselle, en qualité de gâiéral de division ^*K Le génénd Roulland ^'^ est arrivé ce matin pour le remplacer ^*^
(') Gabriel -Antoiae- Ovide Seron, né à Nogent-l* Artaud (Aisne) le 8 octobre 1771, fils d*un géomètre-arpenteur, garde national en 1789, sergent-major au 1*' bataillon de l'Aisne le 96 août 179I1 souslieutenant dans la compagnie franche de Yandamme le i*' octobre 1799, lieutenant le i** mars 1793, capitaine au bataillon des chasseurs du Mont -Casse! en septembre 1793, adjudant générai chef de bataillon provisoire le 94 pluviôse an 11 (19 février 1794)1 non compris dans Torganisation du 96 prairial an ui (i3 juin 1796), retiré à Nogent-i' Artaud.
(') Hoche quitta en effet Tannée du Nord le 95 octobre 1793. (Cf. p. 388.)
(') Henri-Victor Roulland , né à Sainte Quentin - d^Eiie (Manche) le 11 octobre 1751, soldat au régiment de Normandie le 99 septembre 1770, congédié le 99 août 1775, chef du 9* bataillon de l'Orne le 90 septembre 1791 1 chef de brigade par arrêté des représentants Truilard et Berlier le 97 septembre 1793, puis général de brigade et commandant de la place de Bergues le 98 , commandant dé Landrecies le 96 janvier 179 4, confirmé dans son grade le 19 avril 1794, prisonnier de guerre par la capitulation de Landrecies le 3 0 avril 1794, rentré en France par échange le 97 novembre 1795, employé k Tannée
des Gûtes de Brest et commandant la suhdivinon d'IUe-ei-Vilaine le 16 décembre 1795, conunandant la subdivision de la Manche le 19 octobre 17971 celle du Morbihan le 1*' janvier 17991 et celle des Côtes-du-Nord le 96 mars 1800, réformé le 91 mai 1801, commandant de BeUe- Jsle-en-Mer le 8 juin 1801, chevalier de la Légion d'honneur le 1 1 déoeoibre 1 8o3 et officier le i4 juin i8o4, retraité le 1*' septembre 1816, chevalier de Saint- Louis le 90 août 1893, mort à Rennes (Ilie-et-Viiaine) le 6 février 1897. Le général Roulland avait fait les campagnes de i'fle^e-France de 1771 à 1774.
(*} Le général Roulland adressa, le 19 brumaire an u (9 novembre 1793), aux représentants Truilard et Beiiier, à Boulogne-sur-Mer, un rapport déta^lé sa les événements arrivés sous Nieiq>ort depuis le 6 brumaire (97 octobre 1793). B ; raconte que, dès son arrivée, il a communiqué au général Yandamme Tordre qu*il avait reçu du général D*Avaine de venir remplacer le général Hoche; qu*ensuite il a parcouru tous les postes et trouvé partout le soldat dans les meilleures dispositions, malgré des fatigues exoessivas, résultant des mauvais temps, et le manque de pain qui s*est fait souvent sentir. (Copie, Arch. adm. de la guerre , dossier Roulland. )
Dans ce moment, Nieuport est en feu; je verrais presque assez diair pour écrire sur les dunes ^^\
Sdut et fraternité.
Le général commandant demnt Nieuport, D. Vaicdamme.
P.S. Je vous envoie plusieurs lettres qui m'arrivent à Tinstant d'Ostende. J*en ai donné copie au géaérd D'Avaine, commandant en chef la frontière, depuis Lille jusqu'à la mer^'^
(Orig. , Areh. de la gaerre, année du Nord.)
MAUBEUeE, 6 BROMAIRB Ail II (^7 OGTOBRB 1793). LB GiviUkh FBRRAND AU MIBISTRB DB LA GUBRRB BOUGHOTTB.
6 bminaire an u.
LE oininAL FBBBàND au CITOTEN BOUCHOnE, MINISTEE DE LÀ OUERME.
Ce n*est point.un général, c'est un vrai sans-culotte, un en£mt de giberne qui vous écrit, et qui ne s'aperçoit pas d'aujourd'hui combien il est facile de porter de loin une opinion sur des fidts, qu'on jugerait avec plus d'impartialité, si on avait été dans le cas d'y participer. Je le répète, c'est aux militaires expérimeptés que j'en appelle de ma conduite devant le blocus de Maubeuge. Une autre autorité, non moins respectable, est cdle du repr^ntant du peuple Bar. Si je cher
(0 Le 8 bramaire ( a 9 octobre ) le général Yandamme écrivit au générai D*Avaine qa*il se voyait avec peine forcé d'abandonner le siège de Nieuport par suite des dispositions que ledit général avait fait prendre à son année. «Je crains d'avance, général , disait-il, de faire battre en retraite une armée telle que je commande, composée de si braves républicains, mais puisqu'il le font je m'y décide. Vous pouvez compter que ma retraite se fera dans le plus grand ordre et qu'il ne se commettra aucmi désordre; mes troupes se contiendront dans leur retraite comme à la charge , à l'exception qu'elles n'iront pas d'un même coeur.» (Areh. de la guerre, armée du Nord, reg. du générai D'Avaine, pièce n* 79.)
^') Le 97 octobre 1798 le représentan Isoré écrivit au général D'Avaine ( copie car tifiée par D'Avaine, areh. de ia guerre, armée du Nord) : v Je regarde Menin, conmie l'a bien écrit le générai Jourdan , un poin t bien important, et i tel prix que ce soit il faut le garder. L'ennemi est ^posé a faii« son possible pour nous forcer à évacuer Menin pour conserver Gonrtrai. Il parait que Gourlrai est le repaire des ressources de l'ennemi. . . Yandanmie va bien; les autres iront bien sur la gauche. Arrangezvous pour Ypres. Si l'ennemi est inquiété sur Gourtrai, vous en profiterez. Il y a un bataillon de vieille troupe i Saint-Venant Demandez4e, n vous le juges à propos, i» — Isoré suspendit de ses fonctions le générai D'Avaine le 99 octobre.
iSO CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [17 ogt. 1793.]
chais à appeler un instant les regards sor moi, je dirais qn*ancnne occasion ne B*e8t montrée où je n'aie prâché d'exemple, dans les circonstances les plos périllenses. Quant à la partie de votre lettre, qui parait me dicter la conduite que j'aurais eue à tenir pour profiter de la retraite de Tennemi, tout me porte à croire qu'on vous a induit en erreur sur la manière dont cette retraite devait mBîtaire* ment s'opérer. L*ennemi n'a pas manque de fiûre filer ses équipages et son artillerie de position en tête de ses colonnes; il a, avec raison, profité de la nuit et du brouillard pour passer la Sambre. Cette marche s'est efiectuëe k deux lieues an-dessus et au-dessous de Maubeuge, ayant toujours laissé ses avant-postes pour masquer sa retraite* Je n'ai pu être instruit qu'à sa heures et demie du malin par des déserteurs qui m'ont donné les premiers renseignements. Je me sois empressé d'envoyer de fortes découvertes et fiûre sortir de fortes colonnes pour profiter des avantages que l'ennemi eût pu m'offiîr. Voici ma conduite. Je provoque ma censure de tous les honmies qui sont à portée de la juger.
Nommé au généralat, que je n'ai jamais brigué, ce ne peut être que la confiance nationale qui m'y a appelé. Si la nation m'en croit encore digne, ce sera toujours avec regret que j'apprendrai lopinion désavantageuse de mes fières les porie-gibemes et cdle de leur oi^gane sur mes dispositions militaires ^^K
Le général de FiaaiRD.
Quant aux dix ou douze mille hommes que vous mettez si gracieusement à ma disposition , vous n'avez pas sans doute consulté les états de situation que je vous ai fidt passer. Vous y auriez vu que je n'ai jamais eu plus de treize à quatorze mille hommes en activité de service et portant les armes, tant dans la ville que dans le camp retranché, et que, d'aprè» cela, il devenait impossible d'exécuter des projets qui sont si facUes à combiner de loin.
(Orig., Areh. de U guerre, année do Nord.)
(*) Le repréeeatani Hents écrivit de Maubeuge, le a 9 octobre, au Comité : crGardei-voua bien de siupendre Ferrand : c^eat un excellent divisionnaire et un patriote infaillible* Deux fois pendant le blocus il a tenté des sorties. Elles ont mal réussi, parce que les autres généraux, qui avaient vendu la ville, rendaient la bravoure nulle. Ferrand n*esl pas fait pour diriger ni un plan de campagne, ni une bataille, mais il dirigera une division et il ne mourra qu'A la tète d*une division. Jourdan en est content, et on lui ôtendt un moyen en
Tôlant, car il y a disette de généraux. 1 (Cf. Âulard, VIII, 10a.) — Jacques Ferrand, porte -drapeau au commencement de la Révolution, après vingt-qnatre ans de services, avait eu dès iors un avancement très rapide. Élevé du grade de chef de bataillon À cdui de général de brigade par les représentants le 6 août 1793, investi, le 9 s septembre, du commandement en chef de Tarmée des Ardennes, il semble qu*il ait justifié le jugement qu*en porte Henti, car il ne fut mis à la retraite qu'en 1796.
YILLB-AFFRANGHIB (lYOn), 6 BRUMAIRE AN II [ù'J OGTOBRB 1793). LB G^N^RAL EN GBBF DOPPBT ^^^ AU COMITE DE SALUT PUBLIC.
Quartier géoèral de Yîlle-Affraneh'e, le 6 da a* mois de Tan n de la Répabliqae. ÀMBDis DOPPgT, oàNÉnàL EN CBKF DB VABMiB DB8 ÀlFB8^*\
AU comné db salut pobuc de ia contention nationale.
Citoyens repr&entants ,
J*ai reçu ce matin l*ordre de me porter contre les tyrans et les esclaves de Toulon ('\ Je ne nagerai rien pour me rendre digne de la confiance de la République. Je sais où est mon poste d'après vos ordres. Les murs de la cité des pins insolemment rebelles tomberont sous les bras républicains. Je vous préviens cependant qu*ayant donné les ordres les plus précis pour y porter des forces,
(>) Amédée Doppet, né à Lémena (Savoie) le i8 mara 1753, et non à Chambéry, comme il le dit par erreur dans ses Mémwrêê, fila d*mi fabricant drier, enrôlé au régiment du commissaire générai de la caYaierie en 1 770 , fusilier au régiment des gardes françaises le 10 mai 1771 , congédié le là avril 1773, docteur en médecine de rUnifersité de Turin, sous-officier dans ia garde nationale de Grenoble le 1*' avril 1 790 et membre de ia Société des Amis de la Constitution de cette ville, secrétaire d'Aubert Dubayet à Paris en septembre 1791 , membre de la Société des Amis de la Constitution en octobre 1791 et de celle des Cordeliers, grenadier dans le bataillon de Saint-Roch de ia garde nationale soldée le «9 mars 1799* congédié le 7 juin suivant, rédame, le 3i juillet 1799 , la création de la légion des Allobroges, dont il est nommé lieutenant-colonel le i3 août suivant, député de Chambéry pour opérer la réunion de la Savoie à la France le th octobre 1799 , cbef de brigade le 9 août 1793 et général de brigade k Tannée des Alpes le 19 du même mois, général de diviaûm et commandant en chef Tannée des Alpes le 11 septembre 1793, général en chef de Tarmée des Pyrénées orientales le i3 brumaire an 11 (3 novembre 1793), cmf^é à cette armée comme divisionnaire
le 3o frimaire an 11 (90 décembre 1793), destitué le 16 pluriôse an m (4 février i 795 ) , réintégré le 9 frimaire an iv (93 novembre 1795), agent du gouvernement dans les départements de la Mosdle, de la Meurtbe et des Vosges, du 1*' frimaire au 1*' floréal an iv (99 novembre 1796 au 90 avril 1 796) admis au traitement de réforme le 17 brumaire an vi (7 novembre 1797), député du Mont-Blanc au Conseil des Cinq-Cents le 9 4 germinal an vi (1 3 avrU 1 798), sorti du Consdl par suite de Tannulation de son élection le 99 floréal an n (1 1 mai 1798), retiré aux environs de Grenoble, mort à Aix-les-Bains (Savoie) en 1800. Le général Doppet a Insêé plusieurs ouvrages , parmi iescpiels des Mémotrei poUii^i et miUtainM, publiés de son rivant à Garouge en 1 797 et réimprimés dans la collection Baudouin.
(*) Doppet était arrivé devant Lyon le 96 septembre 1793, et il était entré dans cette riUe le 9 octobre. (Cf. Mémoim politisé et militaim du général Doppet, p. 189 et 195.)
(*) Par arrêté du Comité de sidut public, en date du 93 octobre 1793 (cf. Aulard, VU, 586), qui était parvenu le 97 à Doppet par un courrier extraordinaire et accompagné d*une lettre de Boucbotte. (Cf.
Mémoirei, p. aoa.)
&SS CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [98 oct. 1793.]
qa*y en ayant déjà porte, j'en attendrai la réonion. J'aime à frapper, lonqoe je sois sAr de ne pas compromettre la patrie. Je sois bien maître de ma vie, mais je doÎB compte de son sang an peuple souverain.
Dès que je reçns hier votre dépêche au snjet du triomphe des années de h République dans la Vendée , je la fis aussitôt porter à Timprimenr. D importe , comme vous l'avez senti, d'instruire du sort qui partout attend les rebdies, car les aristocrates ont toujours soin de prêcher l'existence d'une Vendée, avant qu'die existe réellement. C'est par des contes gigantesques qu'ils entraînent les fiubles dans leur parti. Ainsi, en publiant l'extinction de la Vendée, on étouiFera tous ceux qui auraient dessein de bâtir des nids de contre-révolutionnaires.
J'ai aussi bit imprimer pour l'armée des cdendriers républicains. J'ai cru devoir dans une instruction prouver à mes frères d'armes que ce changement était des plus nécessaires.
Je vous adresse enfin un exemplaire de tout ce que j'ai cru propre k édairer l'armée.
Le citoyen Albitte ^^^ est ici. Nous avons travaillé et nous travaiQons jusqu'à l'heure de mon départ à frire partir les moyens qui doivent nous frire terminer avec Toulon.
Vive la République, une, indivisible et démocratique I
(Orig. aat, Areh. de la gatrr», année da nège de Lyon.)
DOPPBT.
117. PARIS, 7 BRUMAIRB Ail II (98 OGTOBRB 1793)^^). LB GOMrr^ DB SALUT PUBLIC AU G^Nl^BAL D>AVAIIIB.
Paris, le 7 da s* mois de fan 11 de la République une et indirisîbk.
IB8 nSPRÉSBItTÀirTa DV PBUPLE, COMPO$ANT LE COMETE DK SAUTT PUBLIC, AU CÉNÉnAL DB DirtBION D>AfAillB , AV QUABTIBK BinÛBAL DB CA8SEL.
Le Comité de salut public, citoyen générai, applaudit aux avantages que votre division a remportés sur les ennemis ^'^ : il accepte avec em-
(') Antoine-Louis Albitte, né à Dieppe le 3o décembre 1761 , homme de loi, député de la Seine-Inférieure à l'Assemblée législative et k la Convention, mort à Roesiëné (Pologne) le aS décembre 181a. fl avait été envoyé k Lyon le 1 8 octobre 1 798. (Cf. Aulard, VII, &80.)
(t) Gamot est présent à la séance du Comité. (Cf. Aulard, VUl, 7a.)
^) Cette lettre r^nd à une lettre du général D*A vaine au général Jourdan , transmise par ce dernier au Comité de salut public le 4 brumaire an 11 (aS octobre 1793), et dont void le principal passage :
ft Je m'empresse , général , de vous reûlre compte de nos opérations. La ligne des troupes que je commande d^uis Arienx jusqu'à la mer avance sur un front également
pressement l'augure des nouveaux succès que vous lui faites espérer. Néanmoins il croit devoir vous faire observer que vos forces iui paraissent beaucoup trop morcelées. Il est temps de songer à frapper des coups décisifs, et pour cela il faut agir en masse; il faut d'abord disperser l'armée ennemie , la mettre en déroute , la désorganiser, et ensuite toutes ses places, tous ses postes tomberont et se replieront d'eux-mêmes. Ce n'est pas que le Comité désire que vous cherchiez à Uvrer bataille sans nécessité, mais il voudrait que vous prissiez des positions qui le forçassent à évacuer le territoire de la République. Si, au lieu de disséminer les forces , par exemple on les réunissait pour enlever Tournai ou le camp de Maulde , si on se plaçait de manière à intercepter les subsistances qu'il est obligé de tirer de son pays , si l'on brûlait ses grands magasins , il faudrait bien qu'il évacuftt les places qu'il occupe. Une seule victoire de ce genre supplée et entraîne toutes les autres; elle fait plus que toutes les actions de détail. Il ne faut point se piquer de battre les ennemis dans ses différents postes, à forces égales ou inférieures. C'est im honneur chevaleresque qui ne convient point à notre système, et avec le faux honneur on perpétue la guerre à l'infini. Il faut, au contraire, chercher l'art d'attaquer toujours l'ennemi où il est faible, et avec ime supériorité de forces telle que la victoire ne puisse jamais être douteuse. C'est ainsi que vous le forcerez successivement sur tous les points et que vous lui Aterez l'envie de reparaître. Le général Jourdan veut cerner l'ennemi, l'envelopper.
vsmqaeor partout depuis Marchiennes jiuqa'à Furnes. Hier au matin , Wervicq a été forcé après qudque résistance. Les mêmes trouves ont ftit Tattaque de Menin sur les derrières « tandis <pi*une autre colonne faisait fattaque de Thuin. Ce poste a été forcé après une résistance opiniAtre. Mais que ne peurent pas des soldats républicains? Nous y avons pris sept pièces de canon, fait 5oo prisonniers. Nous nous sommes égdement rendus maities du vfflage de Ylamertingfae entre Ypres et Poperinghe.
Nous leur avons tué, à Poperinghe, une quarantaine d^hommes, entre autres un oflkier supérieur de la cavalerie hessoise, un autre blessé et fait prisonnier avec sept on huit autres blessés. Nous n^avons eu dans cette aflGûre aucun mort et seulement cinq
ou six de Uessés légèrement On a pris hier à midi la ville de Fumes, qui était gardée, ainsi que ses ouvrages externes, par trois mille hommes. L'attaque a commencé à cinq heures du matin. Il ne nous a pas été possible de nous saisir de quelques-unes de leurs pièces; ils les ont fait évacuer avant de quitter la place. Nous leur avons fait une soixantaine de prisonpiers. Une partie de nos troupes les ont poursuivis, la baïonnette aux reins. Je ne puis pas encore vous dire combien ils nous en auront tué ou fait prisonniers. Ce matin, nous devons attaquer la ville de Nieuport et après celte conquête nous porter sur Ostende ...)»( Copie certifiée par le génénd Jourdan, Arch. de la guerre, armée du Nord.)
AS& CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [98 oct. 1798.]
renfermer dans les lieux qu*il a envahis. Secondes -le, en tâchant d'opérer avec lui une jonction qui sépare Tennemi de ses magasins; en un mot, tirez des garnisons tout ce qui est disponible rs^rres-vous et agisse^ en masse, en réduisant néanmoins, autant que vous le pourrez, la guerre à des affaires de poste. Le Comité a cru devoir vous faire connaître directement ses intentions à ce sujet, persuadé du zèle qui vous anime et de vos talents militaires ^^K
A expédier : Carrot.
(Minate ant , Areh. de la gaem, amie d« Nord. — Re;. de eorfeepopdaiiee , arehiffi de la fiunille Camot.)