‹ Correspondance générale de Carnot (volume 2)Chapitre 41 sur 147 · LB GKNERAL DAGOBBRT^^^ AU COMITE DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

LB GKNERAL DAGOBBRT^^^ AU COMITE DE SALUT PUBLIC

Mont-Libre <'\ le 7 septembre 1793, Tan 11 de la République frauçaise.

LB GENERAL EN CHEF DE L'ARM ÉE CENTRALE DES PYRENEES ÀUI MEMBRES COMPOSANT LE COMITE DE SALUT PVBUC DE LA CONVENTION NATIONALE.

Citoyens reprësentants ,

Si je n*ai pas communique avec vous plus tôt, ne l'attribuez qu'à Textréme embarras où je me suis trouve et où je me trouve encore. Envoyé dans cette partie le 10 août dernier, en vertu d'un arrêté des représentants du peuple près Tannée des Pyrénées orientales, pour empêcher ou tout au moins retarder le siège du Mont-libre, commander une armée qui n'existait pas, et qui devait s'organiser au moyen des troupes de réquisition, je n'avais, pour toute ressource, que quelques bataillons, dispersés sur les différents points par où l'ennemi aurait pu pénârer. J'avais proposé depuis longtemps de faire une diversion en entrant sur le territoire espagnol; je (us désigné par les représentants pour cette entreprise,

(*) Luc-Siméon-Auguste Dagobert, dit Dagobert de FotUmilU, né à la Chapelle- Enjoger (Manche) le 8 mars 1786, lieutenant au régiment de Toumaisis-Infanterie le 9 mars 1756, capitaine commandant la compagnie du lieutenant-colonel le 1 8 juin 1768 , titulaire d'une compagnie le 3 1 janvier 1776, pa»é par incorporation au régiment Royal-Italien le s 9 juin 1775, capitaine commandant le 6 juin 1 776 , chevalier de Saint-Louis le 99 juillet 1781, major le 17 mai 1787, major du bataillon de chasseurs royaux du Dauphiné le 1*' mai 1788, lieutenant -colonel le 1*' janvier 1 79 1 1 colonel du 5 1 * d'infanterie le 9 7 mai 1 799 , maréchad de camp provisoire et commandant Tavant-garde de Tarmée du Var ie 19 octobre 1799$ confirmé dans son grade et employé à Tannée d'Italie le 8 mars 1793, passé à Tannée des Pyrénées orientales le 10 mai 1793, général de division le 1 5 mai 1 798 , commandant des troupes cantonnées depuis Olette jusqu'à la Garonne le 7 août 1 793 , général en chef provisoire de Tarmée des Pyrénées orientales le i3 septembre 1798, a cessé ces fonctions le 99 du même mois, suspendu par

les représentants le 17 novembre 1798, réintégré et employé à Tarmée des Pyrénées orientales le 9 février 179&, commandant la division de Gerdagne le 99 mars 179a, mort à Puycerda le 18 avril 179a. Le général Dagobert avait fait, sous Tancien régime, les campagnes d'Allemagne de 1767 i 1769, et de Corse en 1768 et 1769. Il avait été blessé quatre fois : 1* d'un coup de feu à la joue  la prise de Minden le 9 juillet 1759; 9* à la main gauche i l'affaire d'Obcr-Weimar le 9 septembre 1769; 3** à l'épaule à la prise de Wetzlar en 1 769 ; /i* de deux coups de feu, dont un au pied droit, près de Wesel le 17 octobre 1760. Le 3o avril 1794, la Convention décréta que le nom du général Dagobert serait inscrit sur la colonne élevée au Panthéon.

(') Dans la séance de la Convention du 18 septembre 1798, on lut une lettre de Dagobert, écrite de Mont-Libre, 4 septembre 1798, et dont les termes sont un résumé de la seconde partie de la lettre publiée ici. Il est probable qu'il y a au Moniteur du 1 5 septembre une erreur de date.

(^) Nom républicain de Montlouis-sur- Tet, ville de Tarrondissemenl de Prades.

nVUMBBIB ■ATIOIAM.

98 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [7 sbpt. 1793.]

qui était d'autant plus diflicile que i*ennemi avait un camp en face du Mont-Libre et à ]a portée du canon. Avant mon arrivée dans cette place , j'avais adressé des réquisitions dans les départements de TAriège, Haute-Garonne et le district de Quilian poiu* obtenir des forces. Plus de dix jours se passèrent sans que j'aie reçu aucune réponse. Ennuyé d'attendre des réquisitions qui n'arrivaient pas, affligé de l'insolence de l'ennemi qui nous bravait, je me déterminai à l'attaquer dans son camp le a 8 août dernier. Il avait huit pièces de canon bien servies; notre artillerie était en partie prise sur les remparts de cette place , c'est-à-dire des pièces pesantes et difficiles à manœuvrer. Dès le conmiencement de l'affiiire, plusieurs furent démontées. Je n'avais pas un honmie de cavalerie : il avait 600 dragons. Ma colonne de droite restait sans rien faire; les braconniers montagnards, qui disaient partie de celle du centre , avaient pris la fiiite dès le commencement du combat. Pendant que 3oo chevaux chargeaient de firont la colonne de gauche, 3oo autres la tournaient par derrière; une quatrième colonne, composée de miquelets, avait reçu Tordre de tourner la montagne pour aller s'emparer du général ennemi dans son quartier général, et était restée ventre à terre dans le bois. Dans cette circonstance critique , je fus assez heureux pour inspirer qudque énei^e k la colonne de gauche; je me mis i sa tête; la cavalerie fut repoussée et presque entièrement détruite; on força ensuite à la baïonnette l'ennemi à prendre la fuite; le camp, les huit pièces de canon, le bagage, quantité d'armes et de munitions, tout resta en notre pouvoir. L'ennemi a perdu beaucoup de monde dans cette journée; nous lui avons fait soixante prisonniers, dont quinze officiers. Dès le même jour, je m'approchai assez de Puycerda pour que l'ennemi , firappé d'épouvante, en dâogeftt aussitôt. Le lendemain je m'emparai de cette place, de même que de Belver. Je descendis, sans perdre de temps, le long de la goi^ de S^fre jusqu'à trois lieues d'Urgel, sans pouvoir joindre l'ennemi. Nous avons trouvé dans Puycerda quantité de magasins de toute espèce, ce qui indique assez les grands projets des Espagnols sur les départements voisins. Ainsi, citoyens représentants, vingt-quatre heures ont suffi pour chasser les satellites du despotisme de la Cerdagne française, de la vallée de Carol qu'ils avaient envahie, et pour soumettre aux armes de la République toute la Cerdagne espagnole.

Je m'occupai sans relâche des expédients que je pourrais employer pour, avec la petite armée que je commande, pousser plus loin nos conquêtes. J'étais allé reconnaître sur les montagnes lequel me serait le plus facile de pénétrer sur Ribes , Ripoll ou Campredon , lorsqu'une ordonnance vint m'apporter la nouvelle qu'un corps de 5, 000 hommes s'était emparé, le 3 , de notre camp sur Olette et se dirigeait avec un train d'artillerie considérable sur le Mont-Libre. Je revins promptement et me mis en marche, le U , dès les trois heures du matin, avec un corps de 3,000 hommes. J'attaquai avec tant d'impétuosité qu'après un feu de mousqueterie des plus vifs, qui a duré près de deux heures, l'ennemi fut mis pleinement en déroute et forcé d'abandonner toute son artMlerie , composée de quatre obusiers, deux pièces de 16, deux de lâ, deux de 8 et six de &, tout son bagage, une quantité très considérable d'armes et de munitions, douze caissons, près de cent chevaux ou mulets d'artillerie, 3oo prisonniers, dont 3o officiers. Cette journée, citoyens, est encore plus avantageuse à la République que cdle du

98 août, puisque yingtHjuatre heures plus tard Mont-Libre était assise, sans qu*ii eût ëtë possible de Tempécher, à raison de nos peu de moyens et des positions avantageuses que Tennemi aurait prises. Je dois les plus grands ëloges aux corps qui composaient ma petite armée; tous les officiers et les soldats se sont distingués. Ceux qui à la journée du a 8 avaient fui ou étaient restés en arrière , parce qu'ils n'avaient jamais vu le feu, ont effiicé, le &, d'une manière édatante cette tache faite à leur gloire ^^\

Salut et fraternité,

Dagobbrt.

(Orig., Arch. de U guerre, armée dei Pyréoéee orientales.)

PARIS f 7 SEPTEMBRE 1793. — BU BOIS DU BAIS ^^^ \ GARNOT.

Paris, ce 7 septembre 1793, Tao 11 de la République uoe et indivisible.

Je vous adresse ci-joint, mon cherCamot, la preuve bien manifeste de ce que je vous ai écrit à Tégard du général Gudin , commandant la division de Maubeuge ^'\ Cest lui-même qui , par délicatesse , reconnaît qu'il n'est point en état de commander un corps de troupes de quelque importance; et en cela il est infiniment louable. Lisez donc ce qu'il m'écrit et la copie de la lettre qu'il a écrite au ministre de la guerre , et vous jugerez s'il est possible de lui confier plus longtemps le commandonent d'un des postes les plus importants de la République ^^\ Je le connais et il n'a véritablement plus besoin que de sa retraite. Je ne conçois donc guère comment, d'après les preuves qui en ont été donn^ depuis longtemps, on persiste à vouloir lui confier les postes les plus difficiles. J'ajouterai encore que par une lettre particulière on me mande que toute la division de Maubeuge va m^adresser une réclamation pour que le commandement soit définitivement ôté k Gudin. On indique le général Ihler^^^ comme étant celui sur les connaissances et Factivité duquel l'on peut compter pour ce commandement. Le général Gudin

(') En tête on lit : «Reçu le 19 septembre. 9 — En marge Camot a écrit ces mots : «Détails intéressants sur les opéralions de l'année des Pyrénées orientales.»

^ Député du Calvados à la Convention.

Il avait récemment rempli les fonctions de commissaire à Tannée du Nord et avait rende â Maubeuge. C'est pourquoi ii fournit i Camot des renseignements sur ie commandant de cette place et sur la capadté des divers généraux.

<*' le n'ai pas trouvé le texte de cette première lettre à Camot.

(*) Cf. lettre du Comité de salut public à Bouchotte, en date du 3o août 1793, p. 66. — Dès le 3o juillet, du Bois du Bais avait écrit de Maubeuge au Comité pour demander de bons généraux : «Je vous proteste qu'il en a été nommé un de la division d'iri pour commander Tannée des C^tes de la Rochdie, nommé Gudin, qui n'a rien, mais absolument rien de ce qu*il faut pour obtenir la moindre confiance; son

moindre défaut est d'être infirme i>

( Orig. , Arch. de la guerre , armée du Nord.)

{*) Cf. t. Il, p. 339.

100 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [7 ssn. 1793.]

l'indique loi-méme; quant à moi, je ne le connais pas, mais il parait , par ce qn on m en a dit et ëcrit , (jue Ton pouri'ait lui confier le commandement gënérâl de cette division^''.

Il y a deux gëni^raux auxquels il faut nécessairement donner la retraite, qui sont Gudin et Fontbonne'^^ tous deux infirmes et peu capables. J'indique à leur place Desjardin ^^\ lieutenant-colonel du 9* de Mayenne-et-Loire, et PinteviUe'*\ lieutenant-colonel du 9* de Seine-et-Marne '^*K Je les ai déjà indiqués au ministre de la guerre comme des hommes distingués par leur républicanisme très prononcé, leur énei*gie militaire et leurs connaissances ; ils sont de Tespèce qn'il nous en faut.

(*) Le général Diler fut suspendu le 1 '1 septembre 1798.

(*) Alexandre-Louis de Pontbonne, né i Étoile (Drdme) le i3 juin 1700, fibd'un capitaine, 8ou»-licuienant d'Auvergne-Infanterie le 96 juin 1769, lieutenant le 16 juiUct 1776, 1*' lieutenant le i5 avril J778, capitaine en a* le 8 jamier 1780, capitaine commandant le 99 décembre 1786, chevadicr de Saint-Louis le 19 juin 1788, lieutenant-colonel du 18* d'infanterie le 98 avril 1793 et colonel le 19 septembre suivant , général de brigade a Tarmée des Ardennes le 8 mare 1 7981 suspendu dfi ses fonctions par les représentants en juillet 1 793 , général de divuion à Tarmée dltaiie le lA metwidor an in (9 juillet 1795), autorisé à prendre sa retraite le h ventdse an iv (aâ février 1796), assassiné d'un coup de feu dans la forêt de TEsterel, près de Fréjus, le 90 germinal an if (9 avril 1796), en se rendant de Nice à Paris. Le général de Fonlbonne avait fait campagne dans les colonies de 177541788. Son nom manque dans la Biographie du Dttuphiné, d'Adolphe Rochas.

(^^ Jacques Jardin, dit Deêjardin, né à Angers (Maine-et-Loire) le 18 février 1769, fils d'un voiturier, soldat au régiment du Vivarais le 8 décembre 1776, caporal le 1" février 1781, sergent le 1 7 juin 1788, renvoyé le 5 février 1790, chef instructeur dans la garde nationale d'Angere le 90 février 1790, adjudant général de cette milice le 5 août 1791* élu lieutenantcolonel du 9* bataillon des volontaires de Maine-et-Loire le 19 août 1799, général de brigade à Tarmée du Nord le 3 sep-

tembre 1 793 , général de division le 99 ventôse an II (19 mars 1794), commandant en chef de farmée des Antennes te 90 prairial an n (8 juin 179^), mis en disponibilité le i*** vendémiaire an x (98 septembre 1801), commandant de la Légion d'honneur le lÀ juin i8oà, blessé à la bataille d'Eylau le 8 février 1807, et mort le 11, à l'ambulance de Landabei^.

(*) Memie Pinteville, né à Châlons-sur- Marne (Marne) le 18 octobre 1765, volontaire dans le régiment de Picardie du 16 avril 1769 au 16 décembre 1763, cavalier d'octobre 1766 i octobre 1770, gendarme dans les gendarmes du roi du 10 janvier 1778 au 90 décembre 1780, 9* lieutenant-colonel du a* bataillon de la Marne le 7 septembre 1791 et 1" lieutenant-colonel le 98 décembre 1799, chef de la 171* demi-brigade de ligne en juillet 1798, général de brigade le 97 septembre 1798, suspendu et mis en arrestation par les représentants Bar et Hentx à Maubeuge le i4 brumaire an n (il novembre 1798), emprisonné Â la Conciergerie à Paris, mis en liberté le 1*' fructidor an 11 (18 août 1 79^1). Pinteville rentra au service le i*' prairial an m (90 mai 1795) comme lieutenant dans la gendarmerie de la Marne et fut promu capitaine le 99 prairial an v (10 juin 1797). Cet ex-général fut retraité en cette qualité le 3o septembre 1807. 11 rivait encore en 1817. 11 avait fait la campagne de Hanovre en 1769 et s'était distingué à Jcmappes, dans la retraite de Belgique et au blocus de Maubeuge.

^^) Pinteville commandait le 9* bataillon de la Marne et non de Seine-et-Marne*

Ainsi, selon moi, mon cher Camot, il faudrait nommer, diaprés ce quon en dit :

r Ihler, commandant général de la division;

9* Meyer^'\ général de brigade commandant le camp;

3* Desjardin, lieutenantrcolonel , en faire un général de brigade pour commander les avant-postes;

&* Pintevilie, lieutenant-colonel, en faire un général de brigade pour commander la place.

Retraite à Gudin et Fontbonne, infirmes.

Comme cette division est considérablement augmentée , il serait peut être nécessaire qu*il y eût un général de plus. Alors j*indiquerais Basquiat/'\ bon républicain, colonel du 18* r^^ient, qui prit si courageusement une redoute à Tennemi pendant mon séjour à Maubeuge.

Je vous supplie, mon cher Camot, de prendre en considération Tobjet de ma lettre qui n*a que celui de mettre la République dans le cas d^élre bien servie ^'^

Votre collègue,

Du Bois DU Bais.

t'> Pierre - Amould Mcyer, né à Gap (Haute»-Alpes) le 9 a septembre 1763, fils d*iin marchand, fabricant de bas de soie, volontaire à la compagnie de chasseurs du régiment de Champagne le 10 août 1789, capord le 17 janvier 17Î8, congédié par ancienneté le 10 août 1790, instructeur dans la garde nationale des Hautes-Alpes, élu lieutenant-colonel en second du 9* bataillon des volontaires de ce département le 98 novembre 1791, commandant de ce bataillon le i** août 1798, génénddebri- ^de le 97 août et de division le 95 septembre 1793, commandant de la division de Maubeuge le 99 octobre suivant, destitué le 96 brumaire an 11 (16 novembre 1793), mis en liberté le 99 thermidor ( 1 6 août 1 79& ) t Meyer fut réintégré comme chef d^escadron au 8* de cavalerie le 93 frimaire an III (i3 décembre 179a), devint adjudant général à Tarmée du Rhin le 5 vendémiaire an vi ( 96 septembre 1 797 ) , pour sa participation au coup d^État du 1 8 fructidor, senrit Tannée suivante à Tarmée d^Helvétie et fut envoyé dans le département de la Lozère en Tan ix. Il mourut en Tan i. Il avait été blessé à la bataille de Jemappes. Le nom de ce général a été omis dans la Biographie du Dauphiné,

d*Adolphe Rochas. (Cf. aux Arch. adm. de la guerre une brochure intitulée : L'ex-général de divition Meyer à eee concùoyem, et aux Archives nationales, AF 11 3o6, à la date du 99 thermidor an 11, une autre brochure intitulée : Pétitiùn du frère du général Meyer à la Convention naUonale. )

(*) François-Léonard de Basquiat, né à Saint-Sever (Landes) le 99 janvier 1780, soldat au régiment de Navarre-Infanterie le 10 mars 1768, sous-lieutenant au régiment d*Auvergne le 17 mai 1779, lieutenant le 96 août 1777, capitaine le 16 novembre 1781, capitaine de grenadiers le i5 novembre 179I1 lieutenant-colonel au ] 8* d'infanterie le 9 mai 1799, chef de brigade provisoire le 8 mars 1793.

(^) Les indications données par du Bois du Bais furent en partie suivies. Si le général Gudin ne fut pas immédiatement mis à la retraite, le ministre de la guerre lui envoya le général Ghancel pour le seconder. Rouchotte prévint, le 1 1 septembre 1793, le général Gudin par la lettre suivante (Minute aut., Arch. de la guerre, armée du Nord):

9 Je vous préviens, général, que le Conseil exécutif provisoire, connaissant le patriotisme, le courage et l'expérience du citoyen

102 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [7 »pt. 1793.]

Je vous envoie auiri une lettre qui m*a été ëcrite dei dëpartemenU de TOnest Vous y trouverez des détails intëressants sur Tesprit public qui y règne et qu'il importe que le Comité de salut public connaisse. Je serais bien aise que vous me fissiez repasser mes lettres sans me répondre, parce que vous n*en avez pas le temps. Vous les mettrez seulement sous envdoppe à mon adresse, rue Verneuil, n* &t6.

(Orig. aut, Areh. da la goerre, urmét dn Nord.)

MAUBBUGB, 7 SEPTEMBRE 179a* LUGB, COMlfANDAIlT TEMPORAIRE DE U TILLE, AU COMITE DE SALUT PUBLIC.

Analyte. — Q expose les excès et Tindiscipline des troupes de la division et annonce Tarrivée des représentants Gossuin^'^ et Collombel^*^ Une canonnade semble annoncer que Tennemi est devant le Quesnoy.

(Analyie, Areh. da la gnaire, reg. du eomilé da salai public, C , fol. &91.)

Chaned, génénd de division, l'envoie A Maubeuge pour vous aider dans le oommandement de la divtnon et les opérations que voua seres en état d^entreprôidre. Le Gonteil espère que vos soins réunis procureront Tavantage de la République et que vous voua |entendrei pour faire triompher ses armes.

«Le Conseil a égriement accordé, U y a environ quinse jours, le grade de général de brigade au citoyen Meyer, chef d*un bataillon des Hautes-Alpes, et à Desjardin, chef d'un bataillon de Seine-et-Marne (lisei : Maymmê-^-LoirB). S'ils n'avaient pas reçu leur brevet et leurs lettres de service , cela proviendrait de la difficulté des communications entre pe quartier général et vous. Rien n'empêche qu'ils ne commencent les fonctions de leur nouveau grade.

«Fontbonne est suspendu depuis plus d'un mois. Je suis étonné qu'il n'ait pas reçu sa lettre. Ibler a donné sa démission; il peut se retirer en se conformant à la loi et présentant son mémoire en retraite . . . n

Le t3 septembre, le général Gudin répondit de Maubeuge à Bouchotle pour lui

annoncer l'arrivée du général Ghaneel. « Les infirmités qui m'accablent me deviennent moins pénibles, pouvant me reposer sur un frère d'armes dont la capacité et le lèle promettent des succès à la patrie.» Il dédaratt avoir déjà employé le générsl Meyer dans son nouveau poste et ajoutait que le général Fontbonne allait partir pour Paris et que le général Ihler se conformerait A la loi. (Orig., Areh. de la guerre, armée du Nord.)

(^) Gossuin avait été envoyé à Tannée du Nord le 1 0 mai 1 798 , en remplacement de Lequinio. (Cf. Aulard, IV, 85.)

t') Pierre Collombel, né à Ai^eil (Seine-Inférieure) en septembre 17 56, commerçant à Pont-è-Mousson, députésuppléant de la Meurtbe à la Convention, avait été appelé à siéger le 1 1 juillet 1798 en remplacement de Salle, et envoyé i l'armée du Nord le 1*' août. (Cf. Aulard, V, &43.) n fut rappelé le 9 sqitembre 1793 (cf. Aulard, VI, 38o), entra au Conseil des Cinq-Cent», puis à celui des Anciens, fut exdu après le 1 8 brumaire et mourut à Paris le 96 janvier 18&1.

38. PARIS, 8 SEPTEMBRE l']^i^^\ LE COMITi DE SALUT PUBLIC AU REPRESENTANT LEGENDES DE LA NIÈTRE^^'.

Paris, ie 8 septembre 1793, i*an 11 de la République.

Votre lettre, mon cher collègue, nous jette dans une grande perplexité ^^^ Vous dites (fie vous n'êtes point partisan des établissements nationaux, et c'est parce que nous sommes pénétrés du même principe que nous avions jugé convenable de ne point mettre en régie la manufacture de Moulins. Nous ne prétendons pas pour cela que cette manufacture en soit moins florissante; nous ne voulons qu'éviter les voleries et ie gaspillage , et nous ne voyons pas comment en venir â bout avec une régie. Au lieu, si c'est une entreprise particulière, l'État ne paye que ce qu'il reçoit.

Nous sentons qu'un grand établissement national pourrait être agréable au département de l'Allier, mais nous sommes représentants de la nation entière , et , en partant de votre principe que les établissements nationaux sont nuisibles à l'État , ce serait donc sacrifier l'intérêt particulier. 11 doit, d'ailleurs, être indifférent aux ouvriers de travailler pour des régisseurs ou pour des entrepreneurs. Les habi-

(*) Carnot est présent à la séance du Gomité. (Cf. Aulard, VI, 351.)

(^ François-Paid Legendre, né i Donxy (Nièrre) le 95 janvier 175g, avocat, député de la Mèvre à la Convention et au Conseil des Cinq-Cents, proscrit en 1816, mort à Constance (Suisse) le 96 décembre

^"^ Legen<lre de la Nièvre avait déjà rempli une mission auprès des manufactures d^armes de Paris (i4 juin 1798).

Le 93 aoàt 1793 il avait été désigné pour aller (aire exécuter la levée en masse dans les départements de la Nièvre et de TAllier. Le ir septembre, il écrivit de Moulins an Comité de salut public une lettre où il annonça son arrivée dans cette ville. «La manuùicture d^armes à feu, disait-il, ne bit rien par la faute des entrepreneurs , qui ont cependant reçu des fonds de la Répu- Uiqiie jusqu'à la somme de 3oo,ooo livres.

et il y pour toute fabrication acbevée cinquante ou soixante fusils. Les ouvriers sont à la veille de manquer de subsistances. Je crob être obligé de prendre le parti de déclarer rétablissement national pour qu*il puisse être utile à la République, parce que je vois que, si nous ne recourons pas à ce moyen, c'est peine perdue de stimuler des hommes qui n'ont pas l'intention et la volonté de faire. Je vous préviendrai des mesures que je prendrai ultérieurement, mais je vous prie de me seconder de toutes vos forces. 9 II attend, ajoutaitil, le maître canonnier Leclerc de Paris et il espère leur expédier avant quinze jours des lames ou maquettes de fusil. Il compte que Monge et Hassenfratz (membres de la commission des armes) vont lui envoyer le citoyen Clouet pour faire les essais d'étoffe pour l'arme blanche. (Orig., Arch. nat., AF* 11 168.)

lOi CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [8 sbpt. 1798.]

tants du pays ne peuvent donc rien gagner à la mesure que vous proposez ^^\

Nous ne voyons pas aussi sans inquiétude que l'établissement que vous désirez paraisse fait pour l'avantage particulier du citoyen Villeneuve, ci-devant marquis, auquel on attribue Tinertie dans laquelle est demeurée jusqu'à ce jour la manufacture de Moulins ^'-^^ Cette inertie, vous l'attribuez à l'entrepreneur, et il pourrait se faire que l'un et l'autre y eussent contribué. Quel est donc le moyen d'éviter et la paralysie de cette manufacture, d'une part, et le gaspillage, de l'autre? Il nous parait que c'est de dire aux entrepreneurs : « Faites des fusils , faites-en le plus que vous pourrez, nous les prendrons tous au prix courant; et si vous n'en fournissez pas une quantité déterminée et suffisante, la nation rentrera dans ses bâtiments et vous lui rembourserez les avances qu'elle vous aura faites. »

Réfléchissez donc de nouveau, cher collègue, sur cet objet important. Nous attendons votre réponse pour prononcer définitivement; mais, nous vous en conjurons , écartez toute considération particulière et locale.

Nous vous rendons grâces de l'activité que vous mettez à nous rechercher du salpêtre, des maquettes et lames de canon de fusil. Nous attendons le plus grand effet de vos> opérations. Ne perdez pas de vue que nous ne pouvons faire un pas sans vous.

A expédier : Laz. Carnot.

(Minute ant de Carnot « Areh. nat., AF 11 168.)

(*) Dès ie i5 juin 1793, le G>mité de salut public sVtait préoccupa de cette manufacture d^armes de Moulins et du cidevant marquis de Villeneuve. On lit à ce sujet dans le procès- verbal de ce jour (cf. Aulard, lY, 671) : «Lecture faite d*une lettre des commissaires à rétablissement central de construction d*artillene du département de TAUier, par laquelle ils demandent , vu les circonstances urgentes qui les empêchent actuellement de se transporter à Paris, qu*il soit sursis à IVxécution de Tordre donné au citoyen Villeneuve et à son départ jusqu'à la fin de leurs opérations. Le Comité arrête que ce sunis demeure quant h présent accordé, à la charge par

lesdits commissaires de donner, trois jours après la réception du présent arrêté, connaissance au Comité de Tépoque à laquelle le citoyen Villeneuve se rendra à Parts; sauf, en cas de silence, de prononcer la levée dudit sursis et d'arrêter ce qu'il appartiendra, n

^*^ Le ci-devant marquis de Villeneuve fut mis en arrestation ; mais, sur le rapport d'Amar, membre du Comité de sûreté g^ nérale, constatant que les dénonciations faites contre lui étaient de véritables calomnies, la Con\ention décréta la mise en iil>erté de ce citoyen le 1 6 du premier mois de Tan 11 (7 octobre 1793). — Cf. Moniteur, XVllI, 7a.

[8siPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.

LE GOMITi DE SALUT PUBLIC À DELACROIX, LOUCHET^^^ ET LBGENDRB^^^

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