DUNKERQUE, 10 SEPTEMBRE
LE GifNiÎRAL HOUCHARD AU MINISTRB DR LA GUERRE BOUCHOTTE.
Donkerqne, lo septembre t7g3, fan i de la Républkpie.
Enfin les vœnx de la nation sont remplis. Dunkerque n*a plus devant ses murs les soldats de la tyrannie. L*attaque du village de Hondsehoote, qui 8*est convertie en une bataille de la plus grande conséquence , a fini de mettre la déroute parmi nos ennemis, dans la nuit du 8 au g. Voyant que nous étions maîtres de Hondsehoote, ils ont fait leur retraite de devant Dunkerque i minuit. D en était temps pour eux , car le général Landrin entrait à cinq heures dans Dunkerque pour se réunir k la brave garnison et pour leur livrer combat; si ce renfort n*avait pas suffi, je m*y serais transporté moi-même avec io,ooo hommes et j*aurais reccnnmencé le combat le soir même. Us ont évité cette peine aux troupes de la République et se sont retirés sur Fumes , laissant en notre possession les bouches à feu et munitions dont Tétat est ci-joint. Jamais bataille n*a été plus complète et mieux méritée : les troupes de la République, en général, se sont conduites avec la plus grande vfideur. Je vous donnerai des détails une auti*e fois, car je suis horriblement pressé et les rapports particuliers ne m'ont pas encore été envoyés : il y a eu de grands traits de valeur et sans une seule circonstance je n'aurais rien à reprocher aux soldats dont le commandement m*est confié. Les malheurs qui nous arrivent, je vous le répète sans cesse, viennent presque toujours des administrations. Nous avons été souvent sans pain , sans eau-de-vie et sans ambulance. U faut
sentAt une attestation de la majorité de Le s 5 septembre 1793, Jourdeoil, ad-
ses frères d^armes qui témoignât en sa fa- joint au ministre de ia guerre , fit eoimattre
veur. G^est donc & lui de presser la levée au Comité de salut publie que le ministre
de sa suspension et de produire un certifi- avait renvoyé le lieutenant-colonel Girar-
cat de ses frères d^armes, et dès lors il ira dot devant le tribunal militaire de Tar-
remplir les fonctions du nouveau grade au- mée des Ardennes. (Analyse, Arch. de la
quel il a été destiné. n guerre, corr. gén.)
[losm. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 123
oublier tons ces maux mainteDant et prendre des moyens pour qu'ils n'arrivent plus. Berlhelmy vous a rendu compte de la joumëe du 8 ^^K A loisir, je vous donnerai des rapports circonstanciés.
Maintenant vous désirez sûrement savoir ce que je vais faire : j'ai beaucoup pensé è cela. Je ne pense pas qu'il faille me porter sur Fumes; c'est un pays abominable, o& une pluie d'un jour enterrerait l'artillerie; en outre les ennemis y sont trop en force pour espérer de les y forcer; ils sont en aussi grand nombre que moi et ont pour eux tout l'avantage du pays. Il vaut mieux se mettre ici sur la défensive et me porter le long de la Lys pour battre les Hollandais et couper toute rdation entre les Anglais et Cobonrg. Les Hollandais battus à Menin, je contiendrai les Anglais par un corps de 90,000 hommes le long de la Lys et je me trouverai avec une armée de 3o,ooo hommes pour aller faire le si^ du Quesnoy. Je regarde comme impossible que les Anglais puissent revenir après avoir perdu presque toute leur artâlerie, leurs magasins, etc.
Je retournerai aujourd'hui à Hondschoote.
Le général Houchahd.
Je vous prie, citoyen ministre, de faire part de cette lettre mal écrite au Comité de salut public ^'\
(Orig., Arch. de la guerre, armée do Nord.)
(') Le général Berihelmy avait écrit de Hondschoote, le 8 septembre 1798, à Bouchotte (orig., Arch. de la guerre, armée du Nord) : ir Avec 1 8,000 hommes nous venons de forcer Hondschoote, qui était défendu par i5,ooo ennemis, la plupart Anglais. Ils étaient bien retranchés et ce pays-ri est abominable pour la guerre; il est coupé de haies, de bois et de fossés; on ne voit pas h quatre pas devant soi; on ne se bal pas, on se poignarde, c^est le mot. n est aisé d'imaginer que Tavantage est dans un tel pays pour celui qui attend. Noos avons pris aujourd'hui A Tennemi trots ou quatre drapeaux, dnq pièces de canon , des bagages , tué beaucoup de monde et lait des prisonniers, dont plusieurs de marque, entre autres un général hanovrien. L*afltDre a été longue et très chaude ; i4le a été terminée avec la baïonnette, comme celles des jours précédents. Ce moyen est infaillible avec les sans-culottes. Toales les troupes ont bien donné; nous
avons aussi des blessés, peu de tués. Parmi les blessés nous avons des hommes de tout grade , depuis les soldats jusques et compris les généraux. Les citoyens Delbrel et Levasseur ont été , dans toutes les affaires . soldats et représentants du peuple. Aujourd'hui Levasseur a eu un cheval tué sous lui. Delbrel a couru la même chance et , quoiqu'il montât un cheval blessé , il a été plus heureux. La Convention connaît l'esprit des soldats. Ib sont les sans-culottes des armées. Un nommé George, grenadier (vous saurei le nom de son régiment), ayant eu un bras emporté d'un boulet de canon, suivait les rangs et d'une voix de tonnerre chantait la Carmagnol$ et du ton le plus ferme criait : Vive la République! il offrait son autre bras & la patrie. Les offiders et généraux blessés ont tenu la même conduite.» — Cette lettre fut lue k la séance de la Convention du 1 0 septembre. (*) Cette lettre fut lue à la séance de la Convention du 19 septembre. La veille
12& CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [iosbpt. 1798.]
S16BAN, 10 SBPTEMBBB 1 793.
LB GlÎNifBAL GIAGOMONI AO COMITE DE SALCT PUBLIC.
Anah/te. — li bit connaître la véritable situation de 1 arniëe des Pyrénées orientales, quelque affreuse quelle soit. lies approvisionnements manquent partout, notamment les fourrages, malgré les efforts qu'il a bits pour le ravitaille* ment. — «L'état physique et moral de Tannée n'est pas consolant. Les chaleurs continuelles dans un pays malsain, les maladies ont affiiibli sa force d'une manière affligeante. Des malveillants, d'autant plus difficiles k découvrir qu'ils se masquent du patriotisme, soufflent dans toutes les armées l'esprit de découragement et de défiance, au point qu'il ne nous est presque plus permis de rien oser. Il est nr» gent, citoyens représentants, il est urgent d'augmenter nos forces et de ne n^[liger aucuns moyens d*un prompt approvisionnement. Au reste, citoyens représentants, vous devez compter sur notre courage inébranlable. Nous saurons opposer à tout notre énergie et ce véritable amour de la République qui place ceux qu'eUe anime au-dessus des événements et des circonstances ^^\n
(Orig., Arch. de Itgaerre, armée des Pyrénées orieiitalen. )
le ministre de la guerre Bouchot te avait
écrit en ces tennes au général Houchard
(minute autographe, Arch. de la guerre,
armée du Nord) :
«11 leptombre.
ifLa Convention nationale a entendu avec satisfaction les nouvelleii de Berthelmy sur Tévacuation du territoire, le dégagement de Bergues et Dunkerque, et la perte qu*ont faite les ennemis; nous avons lieu d'espérer encore de plus grands succès et les sans-culottes menés par des sans-cuiottes auront raison. Vous vous préparez des souvenirs satisfaisants en travaillant de bon cœur à raffermissement de la liberté; les efforts de nos frères d'armes vous secondent , c^est à qui mieux.
(tLc député Gossuin, revenu de Maubeuge, a rapporté au Comité de salut public et au Conseil exécutif que vous aviei donné l'ordre à Gudin de faire une entreprise avec 1 5,000 hommes pour le dégagement du Quesnoy le 7, et que Declaye de Cambrai devait concourir en se portant avec 6,000 hommes sur Solesmes. Gudin
n'a pu faire son mouvement le 7; il i*a projeté pour demain 1 a. Dans ces entre* faites, le Conseil, craignant que Gudîn. qui a demandé sa retraite et qui n'éprouvera aucune difficulté, ne puisse pas suffire, lui a adjoint Ghancel comme générai de dirision. Je désire bien qu'ils aient les mêmes sucrés que vous et que la Bépublique soit partout triomphante.
«J'ai averti Belalr, qui commande dans la Somme et TAisne, de se tenir en mesure dans ce moment-là. Du concert dans les opérations, tout comme il y en a dans les ctBurs pour le système populaire, et tout ira bien.
«J'attends avec impatience des nouvelles ultérieures de vos mouvements et les détails des 6,7 et 8.
«Salut et fraternité.»
(*) Le 11 septembre, le représentant Fabre annonça au Comité le remplacement du général Puget-Barbantane par Dagobert, et ajouta : «Giacomoni, qui remplit avec lèle la fonction de chef de Tétatmajor, la continuera. 71 (Cf. Aulard , III , â à 9 .)
[losEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.
10 SEPTEMBRE lyQS.
LES Ginituiux fayart et vergnes au comité de salut public.
Analyse. — 1* Le gênerai Favart (k;rit de Lille au Comité pour le conjurer de faire remplacer les munitions de guerre qu'il envoie journellement au génëral en chef, à la division qui reste sous Lille et à Dunkerque. (Arch. du Nord, série A, liasse ii3, publ. par Foucart et Finot, n, 1&0.) — 3* Le général Vergnes écrit de Nantes pour se plaindre que le représentant Carrier ait requis le commandant temporaire de Saint-Malo de faire pai'tir deux bataillons pris sur les trois qui forment la garnison de cette ville, sans informer de ce mouvement le général en chef (Canchux), qui cependant est seul responsable de la protection de la c^le. De cette &çon , Saint-Malo est complètement dégarni, erll est impossible d*y faire passer des troupes prises dans Tarmée agissante, puisque les opérations sont commencées contre la Vendée. Voilà donc une ville très intéressante exposée aux insultes des Anglais ^'^n (Orig., Arch. de la guerre, armée des Côtes de Brest.)
FONTBNAY'LE-PEUPLE, 1 0 SEPTEMBRE lygS. LES REPRÉSKIITAKTS BELLEGARDB ^^^ ET FAYAU ^^^ AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Foateoay-ie-Peuple , 10 seplembre, V&a u de la Répubiiqae une et indivisible.
LK8 JŒPndsENTANTS DU PEUPLE REUNIS i FONTENAY i LEURS COLLÈùffES COMPOSANT LE COMITÉ DE SALUT PURUC,
Nous vous faisons passer, citoyens collègues , une lettre qui nous a été adressée hier. par le général L'Échelle ^*^; vous y verrez que ce brave sans-culotte, à son
^) Le prociirear de la commune de Saîni-Malo fit part de ses inquiétudes au Comité de saiiit public, qui transmit sa lettre au ministre de la guerre le so septembre.
^*^ Dubois de Beilegarde , député de la Charente, avait été adjoint k la commission près i*année des Côtes de la Rochelle le i4 août 1793. (Cf. Aulard, VI, 5&7.)
^) Joseph-Pierre-Marie Fayau, député de la Vendée, avait été chargé, en vertu du décret du 1 6 août 1 793 , de la levée en masse dans les Deux-Sèvres. Il était à ?<iort quand il apprit, le 7 septembre, la
défaite de Chantonnay. 11 partit aussitôt pour Fontenay. (Cf. Aulard, VI, 3&o.)
(*) Cette lettre n*a été mentionnée dans le recueil de M. Aulard que d'après une analyse des Archives nationales.
<*) Jean L'Échelle, né à Puyreaux (Charente) le a avril 1760 (acte de baptême publié par M. P. Boissonnadc dans son HiêUÀre dn volttrUairei de la CkannU^ p. 3a), fils d'un marchand, maître d'armes à Saintes au moment de la Révolution, chef du 1*' bataillon des volontaires de la Charente le 17 octobre 1791, général de brigade à l'armée des Côtes de la
136 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ii sept. 1793.]
arrivée h l'arniëe de Luçon , a venge l'insulte qu on avait £ûte au drapeau tricolore dans la déroute de Chantonnay, et il est bien déterminé k ne pas en rester là. Nous avions la certitude que nos deux armées de Luçon et de Fontenay seraient attaquées hier dans le même temps ; Tattaque du général L'Échelle aura sans doute dérangé les projets. Nous vous faisons passer aussi la rdation du malheureui échec qiie nous avions eu d*abord k Chantonnay; elle vous instruira suffisamment de ce que vous avec k prononcer sur la condoite du générai Tuneq. Pour noos, nous Taurions (ait arrêter si nous étions arrivés à temps; mais il s'est échappé et nous ignorons ce dont il est devenu ^*\
Le rassemblement des habitants de la campagne se fait m aussi bieii qn'oD pouvait Tespérer; il y a lieu de croire que, conformément au plan de campagne, dans quinze jours il n'existera plus de brigands dans la Vendée. Nous avons bit assembla larmée hier au soir, nous l'avons haranguée, et nous avons eu la satiafactioa d'y voir de vrais r^mblicains qui ne respirent que la vengeance.
Comptez sur notre zMe , il sera toujours inbtigaUe ; noos périrons à notre poste, ou ça ira.
Sdut et frateniité.
Bbllbgarde, J.-P.-M. Fayâd.
(Orig. , communiqué par M. Noël Chartvay.)
LE GOMITlS DE SALUT PUBLIC A LA COMMURE DE PARIS.
Paris, le 11 septembre 1793, Tan ii de k RépoMique une et indivisible.
LK COMiTB DE 8AUJT PUBLIC DB LÀ CONVENTION NATIONALE i LA COMMUNE DE PABiS.
Il est juste que les fers, aciers, charbons de terre, que l'on vient d'arrêter chez les marchands de Paris et qui peuvent être utiles à la fabrication d'armes, soient payés leur valeur, sans léser la République. Le Comité vient , en conséquence, d'arrêter qui! sera nommé deux arbitres pour fixer les prix de ces objets et que ces arbitres seront payés à raison de i o livres par jour pendant toute la durée de Tarbitrage.
L*administr^tion centrale devant nommer aussi des arbitres, nous vous invitons à faire promptement cette nomination; après quoi, vous
Rochelle le 17 août 1798, oommandant la de Tarittée de TOtteat, mort à Naules le
19* division militaire le ao septembre 91 i»nimaire an 11 (it novembre 1793).
1798, général en chef provisoire de Tar- (LVte de décès a été publié par M. Cfaaa-
mée des Côtes de rOuest le 99 septembre ain dans la Vendée patriaU, III, a&9.) 1793, confirmé par la Convention le (^ Cf. la lettre du général Ro68i^nel,«B
1** octobre aous le titre de générai en chef date du 9 septembre, i la page 116.
[u 8UJ. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DO COMITÉ. 127
voudrez bien la communiquer au ministre de la guerre et à l'administration centrale de la fabrication extraordinaire, quai Voltaire, n"* li.
Les membres du Comité de salut piéUe, Garnot, G.*A. Pribur, Prieur, député de la Marne.
(Orig., Arelu imL, DXLII, cartoo i.)
àS. PARIS, 11 8BPTKIIRRK fJ^S^^K US COMITE M SALUT PUBLIC AU MINISTRR DE LA GUERRE B0UCH0TT8.
Le Comité de salut public invite le ministre de la guerre à lui faire savoir si le général Chancel ^^^ est parti pour sa nouvelle destination et à quelle heure, ou si il y a eu quelques obstacles ^^\
Le 11 août^*^ 11 b. i/a.
Carnot, C.-A. Prieur, Thuriot.
(Orig. ant de Prieur, eoU. de M. Etienne Ghtravay.)
<» Gamot anste à ta séance da Comité (cf. Aidanl, VI, AtS) R nk%e et écrit deui airètés : 1* Sommes allouées à des vîRes des départements de i*Aîsne et du Nord; s* Mise eo liberté du citoyen PoUer, cliaq^ d*une mission pour ia fabrication des aimes.
« Cf. t. II, p. 106.
^> On lit sur cette pièce une réponse auto^implie de BoMclwtte dont les tenaes sont wpnidmts daas la réponse au Comité publiée a la pi^ 1 «6. — Le général Cbanoei , tevenn A iWis «près la reddition de Gondé , anât écrk au nîniaire , le a septembre fl 7 93, pour k^ recoomiander ceux tfd s^étaient distiagoés pendant le siège de eeile viHe. — «Je Terrai av«c plaisir, a}oulail4i, citoyen minislre, qn*îi soit rendu compte A la CoBfcnlsop nationale de ma eonduile et de celle de ia garnison de Gondé pendant le Uocus. Malgré le mdbeur qw nous avons éprouvé, faffinne que cette brave
garnison a bien mérité de la patrie. » ( Orig. , Arcb. de la guerre, année du Nord.) Bouchotte fit nommer Cbancel génénd de division et renvoya A Maubeuge pour seconder le général Gudin, accablé d^infirmités. Il le prévint par une lettre, le it septembre. (Arcb. de la guerre, armée du Nord.) Chancel partit en effet avec les représentants Dronet, Isoré et Bar qui, en vertu d*un décret de la Convention du 9 septembre 1793 , aUaient remplacer A rarmée du Nord leurs eoliègues DeÛbrel , Gollombel et Le Tourneur (cf. Aulard, VI, 879), et il arriva avec eux A Maubeuge le matin du 1 3 septembre. (Cf. lettre do général Gudin A Bouchotte et des représentants au Comité de salut public, en date du i3 septembre 1793, Arcb. de la guerre, armée du Nord.)
(^ Prieur a écrit par erreor aoiU an lieu de êepimnbn. — Cf. ei-^qprès la réponse de Boudiotte au Comité.
128 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [n sept. 1793.]
PARIS, 11 8BPTBHBBB 1793.
LE IflNISTBB DE LA GUBRBB BOUCHOTTB AU GOMITlS DE SALUT POBLIC.
Paris, I0 1 1 lepteiiibre, Tan i de la Répnbliqoe une et indtvuible.
IB MOilSTEB DK LÀ GDBRRB AVI BBPRisBNTÀNTS ÊHJ PBBPLB MBMBRBS DO COMITÉ DB SÀLOT PVMUC.
ÏBÎ VU cette nuit vers deux heures, citoyens depuis, le générai Chancel. U m*a quitté pour faire ses dispositions de départ. Il est revenu k quatre heures me prévenir qu'il n'avait pas rencontré le citoyen Drouet. Je lui ai dit de partir en écrivant un mot au citoyen Drouet. J'ai lieu de le croire en route et je vais envoyer vérifier le fait k son domicile.
J. BOLCBOTTB.
(Orig., Areh. de la guerre, armée da Nord.)
HONDSGHOOTE, 11 SEPTEMBRE 1793.
R^GiT DE LA BATAILLE DE HONDSGHOOTE PAR LE G^N^RAL BOUCHARD.
Au quartier général de Hondeehoote, le 1 1 Mptembre 1793, Tan i** de la République une et indimible.
EXPiDITION DC GlENiRAL HODCHARD CONTRE LES TROUPES DBS ABH^BS EN!<iBHIE8 COMBOflb» DEVANT BBRGCES ET DUI«iKBRQDB, AD NOMBRE DB 5o,000 SOMMES AU MOINS.
L'armée française se trouva rassemblée au camp de Cassel le 5 an matin : dès ce jour même les dispositions furent faites pour attaquer les ennemis. Le général divisa son armée en trois corps principaux : celui de la droite, commandé par le général Dumesny ^*) et fort d'environ g,ooo hommes, destiné à se porter devant
(') Pierre-Michel- Joseph Saloimm, dit Dumesny, né à Angouiéme (Charente) le 17 janvier 1739, lieutenant dans le régiment de Mailly le 10 octobre 1755, capitaine le 5 avril 1769, réformé en 1763, capitaine commandant la compagnie da lieutenant-colonel du régiment de Guyenne le /i août 1770, capitaine titulaire le 16 octobre 1771, capitaine en second de la compagnie lieutenant-colonel le 8 juin 1776, capitaine-commandant le 3o janvier 1778, chevalier de Saint Louis le 97 septembre 1781, lieutenant-colonel du
go* régiment le 6 novembre 1791* lieutenant^colonel du 56* le s3 mars 1791, colonel le 97 mai 1799, général de brigade provisoire le 7 avril 1793, confirmé le i5 mai suivant, suspendu le 97 septembre 1793, réintégré et employé comme général de division du 9 5 prairial an m au 5 frimaire an vi (i3 juin 1795 au 95 novcmlire 1797), retraité en février 180t. Le général Dmnesny avait fait les campagnes de 1756 à 1769. (Cf. Etienne Charavay, Le général Dumenty, dans La RévoltUûmJrançaiiê, t. XXIV, p. &07.)
[il SEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 129
Ypres, pour couvrir le flanc droit des autres colonnes qui devaient agir sur Tennemi et empêcher le camp de Menin de porter du secours.
L*avant-garde, forte de 19,000 hommes environ, était commandée par le général d'Hédouville ^*^ Le corps d'armée était commandé par le général Houchard; les flanqueurs de gauche d'environ 5, 000 hommes étaient commandés par le général Landrin.
Le 6, dès les trois heures du matin, toutes les colonnes se mirent en mouvement : le générai d'Hédouville avec son avant-garde se porta sur Poperinghe, qu'il enleva : il fit beaucoup de prisonniers et prit beaucoup d'équipages k l'ennemi. Pendant le même temps, un détachement de ravantrgarde commandé par Vandamme attaquait le château de Reninghelst, où l'ennemi fut écrasé et obligé de Tévacaer. De là l'avant-garde se porta sur Rousbrugge, qu'elle prit. Là die passa le pont d'Yser et, à neuf heures du soir, se trouva à Oost-Cappel; jamais marche de colonne n'a été plus rapide et plus triomphante.
Le corps d'armée du générd en chef, dès les sept heures du matin, se trouva en présence des ennemis à Hontkerqne. Le général Colaud , avec un petit corps détaché, y attaqua si vigoureusement les ennemis qu'il les força de faire leur reti'aite dans les bois de Saint-Six, d'où ils se sont sauvés. Le général Colaud, avec son corps, se porta alors jusqu'à Proven, où il fit sa réunion avec le général d'HédouviUe.
Le corps d'armée, maître d'Hontkerque avec environ 7,000 hoomies, se porta sur Uerzeele , que l'ennemi occupait en force et où il s'était retranché.
Le général Jourdan enleva les premiers retranchements l'épée à la main et chassa les ennemis du village après un combat de feux assez vifs; néanmoins les ennemis revinrent à la charge et repoussèrent les troupes de la République hors du village.
Le général Houchard ordonna dans ce moment qu'une charge à la baïonnette fît faite sur toutes les rues du village , et cette charge s'exécuta avec la plus grande impétuosité et en criant '<r Vive la République Id Le général en chef, profitant de la bdle disposition où se trouvaient les troupes , se porta sur le village de Rambecque ou l'ennemi s'était r^iré et avait pris une exceÛente position derrière l'Yser. L'attaque commença par du canon , et pendant une heure elle fut excessivement chaude. Une pluie abondante vint à tomber dans ce moment, qui nuisait infiniment aux progrès de l'attaque; le général Berthdmy proposa alors au général en dief de marcher aux ennemis la baïonnette en avant; les colonnes se formèrent et on marcha : les troupes passk^nt l'Yser, partie sur le pont, partie par des gués, et forcèrent l'ennemi étonné à se retirer.
Les diemins étaient devenus affreux , les troupes étaient excessivement fatiguées et le général en chef aurait désiré borner les succès de cette journée à la possession du village de Bambeoque; mais il se laissa aller à l'ardeur que montraient les troupes , ainsi que les officiers de son état-major, et au désir des représentants du peuple Levasseur et Delbrel, qui avaient vaillamment combattu pendant toute la journée au milieu des troupes de la République.
Il)
Joseph d'Hédouvitie. Cf. t. Il, p. 1 to.
MVMIIBIUS lAXIOXALB.
13a CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ii sept. 1798.]
Les troupes se mirent donc en marche et la colonne fut dirigée sur Rexpoéde; ce village est an milieu des bois et les ennemis n*y firent aucune résistance* La nuit étant survenue et le temps affreux, il fidlut rester dans ie village, dont la défense était facile; toutes les dispositions furent faites pour espérer d'y passer la nuit avec tranquillité ; il n'en fut pas cependant ainsi. Dès les dix heures , Tennemi , venant par la gauche et sur le devant du village du cAté de Killem, il attaqua brusquement tous les postes; une batterie d'artillerie l^père eut deux pièces de démontées, beaucoup de canonniers et beaucoup de chevaux tués; la terreur s'empara de beaucoup de troupes; malgré cela, il fut remédié à tout ce premier désordre; mais, vers les trois heures du matin, l'ennemi attaqua avec plus de vivacité; ils percèrent dans le village et mirent les troupes en déroute; elles furent ralliées derrière le village et en disposition de retraite. Quelques instants avaat que d'être chassés du. village, j'envoyai deux compagnies de grenadiers pour essayer de relever et d'emporter les deux pièces d'artillerie l^père de 8 qui allaient tomber au pouvoir de l'ennemi; ces braves grenadiers remplirent leur mission avec le plus grand courage et me ramenèrent les deux pièces malgré le feu de Tennemi.
La retraite se fit sur le village de Bambecque, ou l'ennemi ne nous poursuivit point, k mon grand étonnement J'attendis le jour et j'examinai s'il était posnUe de faire remarcher les troupes au combat Jamais chose n'a été plus imposable; le soldat était sans pain, sans eau-de-vie, par la n^ligence et des ocmuniasaires des guerres et des commandants partieuliov qui n'avaient pas exécuté les ordres. Une multitude de soldats était débandée et portée yen Gaaad , et les chemins Paient si affi'eux qu'on pouvait à peine s'y tenir : dans cet état de choses, j'ordonnai la retraite sur Herxeele, et je fis arrêter et bivouaquer les troupes en attendant qu'on leur fit conduire des subsistances; ce fut alors que j'entendis un combat très vif du cAté de Rexpoëde et les força à la retraite après un vif combat (ajc). Dès le soir, il me donna avis de ses succès et il envoya le brave Vandamme affronter l'ennemi jusque sous Hondschoote, qui était le lieu dans lequel l'ennemi devait se retirer. Je me décidai moi-même à marcher sur Hondschoote le 8 au matin, pour attaquer l'ennemi dans le point le plus intéressant pour lui ; noua nous y présenlAnies sur plusieurs colonnes : le général Colaud tenait la droite, le génâral Jourdan le centre, le commandant Vandanune avec les flanqueurs de gauche attaquait la droite. Dès les premiers coups de canon, le génénd Ledaire sortit de Bergties et se dirigea sur Hondschoote le long du canal avec la pfus grande intelligence. Jamais combat ne fut plus vif et plus chaud. Les ennemis étaient environ 18,000 honunes, et nous, nous dlions environ à 16,000. Après quatre heiut» d'un feu terrible de niousqueterie et d'artillerie, je fis cfaai^ger les troupes à la baîoimette; et le village fut emporté, c'est-à-dire la bataiUe gagnée. D n'y eut ])as moyen de poursuivre les ennemis dans un pays coupé et où on ne voit pas à deux pas de soi; d'ailleurs ils avaient eu le soin de couper le pont du canal à Houthem.
Il s'est passé pendant cette action de grands traits de vdeur; un soldat du bataillon ci>devant d'Anjou, ayant perdu un bras, cria qu*il lui en restait un antre poiv sa patrie; la division de gendarmerie aux ordres du géaâii Ledaire, mal-
[il SEPT. 1793] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 131
gré le fea à mitraille de rennemi, monta dans un retranchement et lui enleva
un drapeau; un soldat de la Corrèze, nouvellement arrivé, prit aussi un drapeau
sur Tennemi; mais, au milieu de ces actes héroïques de valeur, il est une chose qui
bit ombre au tableau: une quantité assez considérable de mauvais soldats quittent
le combat, se cachent dans les fossés et s'en vont au travers les haies; on est obligé
de mettre sur tous les chemins de la cavalerie pour les arrêter, qui même ne peut
les ramener au combat. Ce désordre épouvantable a lieu dans toutes les actions.
Le représentant du peuple Levasseur a eu un cheval de tué sous lui pendant
i*action , d'un boulet Le général Jourdan a été blessé à la poitrine d'un coup de
bîscaién , au moment où il allait monter dans un retranchement : sa blessure n'est
pas dangereuse. Le général Colaud a eu un biscaïen à travers la cuisse au moment
oh 3 forçait les [volontaires] du Doubs à charger k la baïonnette; sa blessure est
dangereuse et il ne sera pas en état de servir de longtemps. Le citoyen Mengaud <'\
commandant la 36* brigade , a été blessé aussi <^. Le nombre de nos blessés ne peut
être que considérable; il va peutrêtre h 700; je n'ai pas encore l'état des morts.
Quant k l'ennemi, ^ perte est énorme; presque tous ses généraux ont été tués
ou blesaés; parmi les blessés sont le prince Adolphe^'', fils du roi d'Angleterre,
elle fdd-maréchal Freytag ^^K Ce dernier l'est mortellement Un général anglais
a été tné; un général*major hessois, fait prisonnier ^'^
(') Antoine-Xavier Mengaud, né i Belfort (Haat-Rbin) le 9 avril 175a , fils dW tfocat au conseil d^iJMce, garde du corps du comte d^Artois, compagnie d* Alsace, le i5 janvier i77&t retiré le 1*' octobre 1781, commandant une compagnie de voloDiaîres k chevd a Beifort en juillet 1 789 , commandant de la garde nationde de Beifort en janvier 1 790 , procureur syndic en octobre 1790, juge au tribunal du district en janvier 1791, élu capitaine de grena- £en au a* bataillon des volontaires du HauUlttiin le 3o août 1791 et lieutenantcotood en premier le a septembre suivant , S^nM de brigade le 3o juillet 1798, nommé provÎBoirement par les représentons cbef de la 36* demi -brigade le ** septembre 1 793 , général de division le s^ «eplembre 1793, employé à Tarmée de '^^Ofret-Moé^e le i3 juin 1798, réformé •* *8 février 1797, remis en activité et OQQuii^ eommandant de la 6* division mi- ^^•"'«(Besançon) le S7 juillet 1799, em- '^é à f^fjoée d'Italie le 8 décembre 1 799, *?^ïï>iandaDt à Tortone le 4 juillet 1800, ^^'^le 99 '^ wivant, sous-préfet de ^^ le s5 i^^^f « ^o^ » baron de TEm- ^"'^le i,iiiir*«*ii, remplacé le sa août
181&, retraité le 96 janvier i8ao, mort k Beifort le 3o décembre i83o.
(*) H avait reçu le 7 septembre un coup de feu k la cuisse gauche.
(') Adolphe -Frederick, duc de Cambridge, né le 9& février 177&, septième fils du roi d^An^eterre George III, était tombé le 6 septembre, k huit heures du soir, en compagnie du feld-maréchal Freytag, au milieu d*un piquet de cavalerie française , et tous deux avaient été blessés et faits prisonniers; mais le colonel Mylius était parvenu presque aussitôt à les délivrer. Ce prince mourut le 8 juillet i85o.
(*> Le feld-maréchal autrichien Henri- Guillaume de Freytag commandait Tannée d'observation. Le 6 septembre, il fut attaqué par Houchard et Jourdan et dut repasser TYser et se retirer sur Hondschoote. C'est en se portant le soir sur Rcxpoëde pour rétablir ses communications avec l'armée anglaise qu'il fut blessé en même temps que le duc de Cambridge, fait prisonnier, puis délivré. Il céda alors le commandement au général de Wallmoden.
(*) Le général -major Cochenhausen, blessé mortellement et fait prisonnier le 8 septembre devant Hondschoote.
132 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ii hept. 1793.]
J'oubliais de dire qu'à l'affaire de la nuit de Rexpoëde j'ai eu le malheur que l'adjudant gënëral Coquebert ait tombe entre les mains des ennemis, en voulant aller, par un excès de sèle , rejoindre la colonne du général Hédouville; l'adjoint
aux adjudants généraux a été tué à côté du général d'Hédouviile, en
disant : frJe^uis heureux de mourir pour la République.*
La perte des ennemis pendant les trois jours de combat doit avoir été énorme; on assure qu'elle va à 6,000 hommes tant tués que blessés : les gens du pays disent qu'ils en ont emporté i5o chariots.
Le combat d'Hondschoote, qui fut terminé à deux heures après-midi, décida l'ennemi à lever le siège de Dunkerque dès les cinq heures du soir. Ils firent filer pendant la nuit tous leurs bagages, de sorte qu'à la pointe du jour le général Landrin, à la tête de sa division, réunie à la garnison, voulant faire une sortie pour livrer combat à l'ennemi, n'en trouva plus. Ils ont abandonné dans la levée du siège, qui s'est &ite avec une précipitation inconcevable, cinquante-deux bouches à feu en fer coidé , ti-ois cents milliers de poudre et beaucoup d'autres objets.
J'ai beaucoup examiné leurs différents camps. U parait qu'ils étaient devant Dunkerque près de /io,ooo hommes; ils se sont retirés derrière Fumes.
L'artillerie pendant toutes les affûres a donné des preuves de la plus grande intrépidité, et, toutes les fois que l'infanterie a chargé à la baïonnette, elle a remporté la victoire. Les troupes ont été cette fois-ci assez bien disciplinées; la cavalerie surtout se distingue pour son amour pour le bon ordre. Je mettrai au jour les faits remarquables ]>articuliers, à mesure qu'ils me seront connus. Je ne saurais trop ex]>rimer combien la présence des représentants du peuple influe sor le bon ordre et la décision des combats.
Les carmagnoles ont bien mérité de la patrie, et il n'y a rien de tel que les vrais ans-culottes.
HODCHAHD.
( Orig.t knh, de la gaerre, armée du Nord.)
GIVET, 11 SBPTRMfinB IVQS.