LE COMITÏ DE SALUT PUBLIC AUX REPRESENTANTS PRÈS LURM^E DU NORD
Votre lettre, citoyens collègues, a dû nous étonner, puisqu'elle parait prouver que vous avez perdu de vue l'objet de votre mission. Les circonstances étant devenues de plus en plus aggravantes, nous ne pouvons que persister dans la mesure que vous aurez à faire exécuter. Cette mesure consiste dans un secours partiel, au moins de trente mille hommes, pris dans les deux armées de la Moselle et du Bas- Rhin et dirigés vers Cambrai pour se réunir à l'armée du Nord , afin de former toutes ensemble une masse assez imposante pour repousserles troupes de Cobourg, qui menacent dès à présent Paris et par con-
(*) Par une lettre datée de Caen, le commisâons données pour la fabrication 90 septembre 1798, Oudot et Robert Lin- des piques étaient comprises dans le dédet avaient demandé au Comité si les cret rappelant les commissaires.
1<J6 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [<3 sen. 1793.]
séquent la Rt^publique entière , dont on peut presque dire que l'existence actuelle dépend de la sâreté de Paris.
Voilà ce que vous ne pouvez négliger, citoyens collègues, malgré les raisons qui vous ont été et vous seront encore alléguées pour ne pas découvrir les frontières de la ci-devant Alsace et Lorraine.
Nous savions et vous saviez avant votre départ que la mesure de la marche partielle des armées de la Moselle et du Bas-Rhin serait sujette à de vives réclamations et même à des objections fortes. Mais nous devons voir avant toutes choses l'établissement de la République. Notre but est de chercher un remède sûr et prompt pour tout le corps politique, sans nous laisser détourner par les plaintes de telle ou telle partie qui se croit plus ou moins endonunagée. A loo lieues de distance les frontières sont intactes, et avec une simple défensive elles résisteraient encore longtemps; à &o lieues songez que nous avons deux places prises et une vigoureuse attaque à repousser.
Nous vous engageons donc, citoyens collègues, à porter au conseil de guerre qui va se tenir à Bitche la résolution de donner à la ligne du Nord un secours effectif et tellement nombreux que tous les esprits soient rassurés et que la République voie en même temps appliquer à sa plaie un remède efficace et très prompt.
Les douze mille hommes organisés dans les armées du Rhin et de la Moselle dont vous nous parlez , qui sont encore sans armes, mais que nous allons nous occuper d'armer, peuvent être jetés dans les places frontières de la Moselle et du Rhin , mais ne doivent pas marcher et faire nombre dans le secours que nous demandons pour la ligne du Nord; car à peine arrivés, il faudra vraisemblablement se battre. Ainsi le secours, s'il est partiel, doit du moins être composé des troupes les mieux armées et les plus aguerries.
Quant à ce que vous dites de la possibilité de se procurer des subsistances en pays ennemi en agissant sur quelque point, il parait qu il n'est guère permis de se livrer à cette espérance. Consultons notre expérience : quand nous avons voulu agir au dehors , avons-nous été heureux? Gomment se fier à nos généraux, dès qu'ils s'éloignent du peuple et de la surveillance républicaine ? Contentons-nous de nous défendre, de nous retrancher, de ménager nos forces, de harceler l'ennemi. La seule attaque vraiment utile de notre part envers l'ennemi serait de faire la guerre à ses subsistances et à ses fourrages.
En dernier résultat, citoyens nos collègues, nous croyons que l'existence de la République dépend de former, sans le moindre délai, une armée du Nord qui soit égale à celles de Cobourg, Clerfayt, les Anglais, les Hollandais, Hessois, Hanovriens, réunis 'sur cette malheureuse ligne du Nord. Toute mesure qui tendra à cette prompte formation est salutaire. Toute mesure qui contrariera cette réunion de nos forces, là où est le véritable mal, deviendra dès lors subversive de la République.
La conséquence de ces réflexions nous impose une responsabilité par heure et par minute. Fermez l'oreille à toute autre considération. Joignez Cobourg avec des forces ffespcctables qui puissent combattre avantageusement et vous serez les sauveurs de la Patrie. Autrement la République est perdue : il ne reste plus qu'à se voiler la tête.
Nous ne vous recommandons rien pour la garnison de Mayence; vos mesures sont bonnes et le décret s'effectuera peu à peu. Ce n'est pas là où est le danger, citoyens nos collègues, c'est entre Cambrai et Péronne que le sort de nous tous est fixé ^^K
()lipute, Arch. noL, A F ii a&&.)
ARrAt^ DD comité de salut public envoyant CARNOT aux ARMi^BS DU NORD