‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 119 sur 181 · MADBBU6E, fj OCTOBRE · texte numérisé non relu

MADBBU6E, fj OCTOBRE

LBS RBPRiSBIfTANTS CARNOT, DUQUBSNOT BT BAR À LA CONVENTION NATIONALE.

Maubeuge, 96 vendémiaire an 11 de la République une et indivisible.

L'armée républicaine a vaincu celle des despotes coalisés, ils ont disparu devant elle. Nous venons d'entrer dans Maubeuge, aux acclamations du peuple et de la nombreuse garnison c[ue nous avons délivrée. Le combat a duré deux journées consécutives, depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit. Nous nous disposions à recommencer ce matin et les troupes étaient déjà sous les armes, lorsque les éclaireurs envoyés à la découverte sont venus nous rapporter (ju'on ne voyait plus

(') Cf., à la date du 19 octobre 1793, le rapport du gënénd Ferrand sur les opérations de la garnison de Maubeuge jusqu^au'dëbloeus de la ville.

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Tennemi. Nos troupes alors se sont emparées de son camp , que nous avons trouvé jonché de cadavres. Jamais dispositions plus formidables^ n'avaient peut-être été prises contre une place qu'on veut réduire. Les retranchements, auxquels Tennemi travaillait depuis dix-sept jours avec la plus grande activité, auraient effrayé et découragé toutes autres troupes que des troupes françaises et républicaines. Cobourg se croyait si bien inexpugnable dans sa position , qu'il avait dit : «(J'avoue que les Français sont de fiers républicains, et je le deviens moi-même s'ils me chassent d'ici. » Ce propos fut rendu à nos braves et le poste fut emporté une heure après.

L'ennemi, ayant réuni toutes ses forces en ce moment décisif, nous força pour un moment de l'évacuer. Les soldats le chassèrent une seconde fois; l'ennemi le reprit encore. Enfin, indignés d'une telle résistance, les républicains chargèrent, la baïonnette en avant, et demeurèrent victorieux. L'ennemi a fui avec précipitation, et toute son artillerie serait probablement tombée en notre pouvoir, si la garnison de Maubeuge eût pu savoir ce qui se passait de notre côté et eût fait une sortie en même temps que nous attaquions l'ennemi de front.

Le coup d'essai du général Jourdan est d'avoir battu Cobourg, voilà l'éloge de ses talents; celui de son patriotisme est dans la bouche de ses compagnons d'armes. Il a été bien secondé par les généraux qui sont à ses ordres. Vous déclarerez sans doute de nouveau que l'armée du Nord a bien mérité de la patrie.

L'ennemi, en s'enfuyant, a commis les plus horribles dévastations; il a brûlé presque tous les villages ; il s'est vengé de son désastre sur presque tous les malheureux habitants de la campagne. La loi veut qu'ils soient indemnisés. Vous désirez sans doute c[ue ce soit le plus tôt possible. Nous avons mis provisoirement à la disposition du district d'Avesnes une somme de 900,000 livres pour subvenir aux premiers besoins de ces victimes de la rage impéride et royale de Cobourg ^^\

Carnot, Duqubsnoy, Bar.

(Copie, Areb. de la gaerre, année da Nord.)

(^) Cette lettre, lue par Barère à la tri- «La Convention nationale, après la lee-

bnne de la Convention le 1 9 octobre , sou- ture de cette lettre , décrète : leva de fréquents applaudissements. Sur la

proposition de Billaud-Varenne et de Gos- «An. 1. Uarmée du Nord, qui a rem-

suin , la Convention rendit le décret suivant : porté près Maubeuge une victoire complète

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [19 oct. 1793.]

t02. AVESNBS, 17 OCTOBRB 1793. CARNOT AU COMITE DB SALUT PUBLIC.

Avesnes, le 6* jour de la 3* décade du i*' mois de Tan ii de la République française.

CARNOT, nEPnisBNTANT DO PEOPLB PRÈS UARuéB DU NORD, 1 SB8 COLlieUBS COMPOSANT LB COMITB DB SALUT PUBLIC,

Triomphe à la liberté, gloire aux armes de la République! Les ennemis sont chassés, le siège de Maubeuge est levé. Ci-joint la lettre datée de Maubeuge, par laquelle nous rendons compte de ce succès décisif à la Convention nationale. Je vous prie de faire déclarer de nouveau que l'armée du Nord a bien mérité de la patrie; jamais décret n'aura été plus juste. Je vous prie aussi de faire approuver la mesure par laquelle nous avons fait donner des secours provisoires aux malheureux habitants des campagnes incendiées par les brigands de l'Autriche. Donnez connaissance à la Convention des détails (jue vous avez reçus de nous par nos dépêches précédentes; il est important néanmoins que vous ne parliez pas de notre force qui n'est que de cinquante mille hommes. Il faut, pour le succès des opérations ultérieures, que les ennemis nous croient beaucoup plus forts. Nous avons trouvé les habitants de Maubeuge très froids et la garnison très molle; elle eût ^pu, en faisant des sorties perpétuelles pendant l'action, harceler l'ennemi de manière que notre victoire eût été beaucoup plus avantageuse par la prise que probablement nous aurions faite de toute l'artillerie ennemie. Les citoyens de Maubeuge ne nous ont pas reçus avec les transports qu'on devrait manifester, ce semble, envers des libérateurs. Nous allons travailler à électriser un peu ce pays et à y remonter l'esprit public.

Je ne puis rien vous dire encore de nos projets. L'ennemi, qui craignait une déroute complète, s'est hâté de faire sa retraite. Un brouillard

sur les Autrichiens, a continué de bien mériter de la patrie. Le président est chargé d^écrire aux dignes républicains de cette armée une lettre qui leur apprendra la reconnaissance nationale pour la bravoure et le xèle qui les ont constamment animés.

«Ait. 9. La Convention nationale approuve toutes les dispositions prises par les

représentants du peuple envoyés près de cette armée. Son comité des finances lui fera, dans la séance de demain, un rapport sur les secours provisoires à distribuer aux citoyens du département du Nord qui ont été pillés ou dont les demeures ont été dévastées ou incendiées par Tennemi.)»

(Cf. MoniUw, XVm, i66.)

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des plus épais, auquel la pluie a succédé, la favorisé en nous dérobant sa marche. Sa retraite a été régulière et il n'a point perdu son ensemble, mais nous croyons son armée absolument découragée. Je crois (jue sa perte a été de quatre mille hommes à peu près ^^\ Nous avons eu de notre côté deux mille hommes environ , tant tués (jue blessés. L'affaire a été des plus chSiudes; il est peu d'exemples d'un combat de quarante-huit heures poursuivi avec un pareil acl^arnement. L'armée est vraiment digne des plus grands éloges. Jourdan est digne du commandement qui lui est confié. Cependant le succès lui était nécessaire: il était perdu, s'il eut échoué; on le dénonçait déjà comme un traître et moi aussi, pour avoir tiré des villes les garnisons pour les joindre au corps de l'armée. C'est un brave et honnête sans-culotte que Jourdan. Le général Duquesnoy est aussi très bon; les autres, tels que Balland, Fromentin, Lemaire, ont beaucoup de bonne volonté, mais sont faibles en talents. Cordellier n'a pas paru. Je crois que le général en chef ne sait pas encore où il demeure. C'est peu de chose , à ce qu'il me semble. L'armée est tout éparpillée; le succès la décompose aussi bien que les revers. Demain elle va se reposer, se rallier, se mettre en état d'opérer de nouveau. Je vais combiner avec Jourdan les opérations ultérieures, après quoi je me rendrai auprès de vous, ce sera le plus tôt possible. Si vous voulez que cette victoire mémorable et qui sauve la République ait un nom particulier, vous pouvez l'appeler raffaire de Wattignies^ car c'est ce village qui a été le théâtre du combat qui a fixé la victoire; il a été pris et repris cinq fois de suite, trois fois par nous et deux fois par l'ennemi, mais c'est nous qui, étant restés les mattres de cette position, avons tellement serré l'ennemi qu'il a jugé à propos de battre en retraite au plus vite. Nous tâcherons de ne pas nous en tenir là, mais je ne puis vous dire ce que nous ferons, l'ennemi ayant, comme je vous dis, conservé son ensemble plus que nous-mêmes. Je me propose de vous porter moi-même les résolutions qui seront arrêtées. Notre fatigue est excessive.

Carnot.

Je vous prie d'ouvrir la lettre que nous envoyons à la Convention avant de la remettre au président. Il est bon que vous ayez connais-

(*) Le bulletin de rarmée autrichienne n'accuse que 3,ooo hommes. En revanche, il noua attribue une perte triple de celle mentionnée par Gamot.

330 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE! DE CARNOT. [17 oct. 1798.]

sance de ce qu'elle contient, quoique le récit soit très succinct. Vous aurez des détails par la lettre officielle que Jourdan doit écrire au ministre.

Cette lettre est la troisième que je vous écris aujourd'hui : une le matin à six heures, lorsque nous ne savions pas encore ce qu'avait fait l'ennemi, et datée d'Avesnes; la seconde écrite deMaubeuge et adressée à la Convention nationale, c'est celle ci-jointe; et la troisième est celle-ci que je vous écris d'Avesnes, où nous sommes revenus pour faire passer à Maubeuge les subsistances et autres objets qui lui manquent. Il était temps de la ravitailler ^^\

(Orig. aat., Arch. nat, AF 11 aSg, musée.)

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