LE GÉNÉRAL JOURDAN AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE
Aq quartier général d^Avesoes , le 1 7 octobre , Tan n de la République française.
LB GÉNiRAL BN CHBF DB L'ARMis DU NORD AU CITOTBN MINISTRB DB LA 6UBRRB,
J'ai reçu hier, sur le champ de bataille, votre dépêche, citoyen ministre. La division de droite, aux ordres du générai Duquesnoy, a forcé le camp et le poste de WatUgnies, que sa position rendait imprenable; mais rien n'a résisté à la bayonnette des républicains. La division de gauche , aux ordres du général Fromentin , a forcé Levai, Saint-Waasl, Saint-Rémy et Saint- Aubin.
J'apprends à l'instant que l'ennemi a évacué dans la nuit le camp qu'il avait sur les hauteurs de Douriers, sans doute parce qu'il a craint d'y être enveloppé. Je monte à cheval et j'espère vous en rendre bon compte ^*K
Le combat d'hier a commencé à huit heures du matin et a cessé à la nuit.
W Outre ces lettres les deux frères Car- ' not écrivirent du champ de bataille à leur père pour lui annoncer quUls étaient sains et saufs. (Cf. Mémoires iur Camot par son JUê, nouv. éd., I, 4ao.) Nous n'avons pas retrouvé le texte de celte lettre.
W Le 17 octobre 1798 Jourdan donna les ordres suivants : Au général Fromentin, Réunir sa division et la faire camper dans la position la plus convenable pour défendre le passage de la Sambre. Donner Télat dos pertes éprouvées par sa division dans les
journées des 1 5 et 16. — Au général Cordellier. Faire camper ses troupes en arrière de la haie d'Avesnes. Donner Tétat des pertes. — Au général Boi/oiu^. Camper dans les positions qu*il occupait avant de se porter en avant de la haie d'Avesnes. Donner Tétat des pertes. — Au général Duquêtnoy, Camper sur les hauteurs de Wattignies et donner l'étal des pertes. —Au général Beauregard. Camper sur les hauteurs de Solre-le-Cbâteau et donner Tétai des pertes. (Arch. de la guerre, reg. de Jourdan.)
mm^
L'ennemi a perdu beaucoup de monde. Les républicains se sont battus avec un courage dont il n'y a pas d'exemple.
Les représentants du peuple Camot et Duquesnoy ont marché à la tète des troupes qui ont chargé. Ils ont destitué sur le champ de bataille le général de brigade Gratien qui, ayant reçu Tordre de se porter en avant, avait battu en retraite. Cet acte de justice a produit un bon effet et cette brigade a ' été de suite reprendre son poste.
Je n'ai pas le temps de vous donner de plus amples détails. Il est plus essentiel dans ce moment de se battre que d'écrire.
Salut et fraternité.
JOURDAN
(Copie certifiée par Boachotte, Ârch. de la guerre , armée da Nord.)
AVESNBS, 17 OCTOBRE lygS.
LB GIEn^RAL JOURDAN AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE.
Aa quartier général à ÀTeenes, le 17 octobre 1793 , Tan n de la Répnbligne^'l
LB ClTOTBir JOVBDÀN, oilfiHÀl BN CHBF DB L'ÀBUéB DO ITOBD , AV CITOTBir BOOCHOTTB, MINISTRB DB Là OVBRRB.
Citoyen ministre.
Les troupes de la République viennent de remporter une victoire signalée sur les satellites des tyrans coalisés. La supériorité du nombre, la position presque inexpugnable dont ils s'étaient emparés , tons ces avantages réunis n'ont pn arrêter la valeur de nos soldats. L'ennemi , attaqué au centre et sur les ailes , s'est vu forcer, malgré une résistance opiniâtre qui n'a fait qu'augmenter ses pertes. Sa position était extrêmement avantageuse. Maître des hauteurs couronnées par des bois, il avait étaUi différentes batteries qu'il fallait affronter avant de le joindre. Il eût été aussi difficile que dangereux de l'attaquer de face , et la latitude de son front ne me p^mettait de le tourner qu'en dégarnissant beaucoup le centre. Je pris cepen-» dant ce parti; j'ordonnai au général Duquesnoy de se porter sur le flanc de l'ennemi et de gagner une position qui me mit à portée de l'attaquer avec avantage. Ce général exécuta mon ordre avec autant de bravoure que d'intelligence ^*^ , et cette
(*) On Ht en tête : «Reça le 17 (du Duquesnoy, crsans connaÎMance et sans ta-
1*' mois) i 8 heures du soir. Répondu le lents», qui a entrave les opérations de
s8.» Jourdan, et son frère le généraL «J'avais ,
W Hébert, dans la séance du dub des dit-il, jusqu'à ce jour r^ardé Duquesnoy
Jacc4iins du 18 brumaire (8 novembre comme un bon patriote: c'est un cultivateur,
1 793 ) , attaqua violemment le représentant c'est un asses pauvre citoyen \ ii n'a pas les
332 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [17 oct. 1798.]
manœuvre a décide du sort de cette bataille, qui a dure deux jours. L'ennemi, se voyant tourne, a oppose la résistance la plus opiniâtre pour garder le village de Wattignies, qui couvrait son camp. Ce village a été pris, repris trois fois; les représentants du peuple Camot et Duquesnoy ont été à la tête des troupes; ils ont inspiré par leur exemple k nos soldats ce courage digne des républicains français. Rien n'a pu leur résister; ce poste a été enlevé à la baïonnette, malgré le feu de la mitraille et des obusiers. Malbeureusement la nuit est survenue et il me fîit impossible de pousser plus loin Tennemi. Je m'attendais ce matin à le forcer jusque
qualités d*uii générai et n*en a pas sans doute les prétentions. Pourtant il est certain qu^il a voulu mettre un sien frère à la tête des années et qu^il s*est constamment opposé aux vues de Jourdan, pour pouvoir l'entourer du soupçon. Je ne veux contre le frère de Duquesnoy que les témoignages de Duquesnoy lui-même. Un jour, en ma présence, le ministre de la guerre, qui s'occupait alors de régénérer Tannée, sachant que Duquesnoy avait un frère dans les armées , lui demanda à quoi il pouvait l'employer. Duquesnoy répondit : «r Je vous prie de le laisser à sa place; il n'est pas bon pour commander une armée , pas même une division; il est fort bien à sa place.» Cétait alors son sentiment : je regardai cet aveu comme admirable ; cependant il parait qu'il a bien changé; il en veut faire un général. Il tient maintenant sous le despotisme le plus cruel et le général Jourdan et l'armée entière : personne n'oserait écrire au Comité de salut public; la lettre serait interceptée, l'auteur arrêté, traîné dans les cachots.» — (Cf. Aulard, La iocieté de$ Jacobim, V, 5oo.) — Celliez, ancien commissaire du pouvoir exécutif k l'armée du Nord, confirma les dires d'Hébert et il lut des lettres accusant les représentants de ne pas être toujours k leur poste et Carnot de chercher à faire avancer son frère. Hébert ajouta que Duquesnoy avait dit faussement que son frère s'était distingué à Wattignies. (Cf. Moniteur, XYIU, 390). — La dénonciation d'Hébert fut transmise au Comité de salut public. Elle contenait des inexactitudes, car on voit que le général Duquesnoy, promu divisionnaire par Bouchotte le 3 septembre 1793, malgré les protestations de son frère (cf. plus haut,
p. 900, note 1), était tenu en grande estime par Jourdan et avait pris une part glorieuse à la victoire de Wattignies. D'ailleurs, dans la séance du 19 (9 novembre), Duquesnoy se défendit d'avoir voulu élever son frère aux grades. trJe déclare, dit-il, que je n'ai qu'un frère dans les armées, que je n'ai jamais sollicité pour lui; qu'il fut fait général de brigade sans ma participation , et à la recommandation d'Hébert lui-même. Enfin, nommé général de division, le ministre de la guerre m'écrivit pour l'en aviser. Je lui répondis pour lui témoigner ma surprise qu'il ne m'en eût pas prévenu auparavant, et je dis formellement que je ne doutais point du patriotisme de mon frère , mais beaucoup de ses talents pour cette place. Cependant, voici une lettre écrite par le chef d'état-major Renoud (lisez Ernouf)^ contenant les détails de l'affaire de Maubeuge, dantf la^ quelle on dit que c'est particulièrement à Duquesnoy et à Jourdan , dont on fait aussi l'éloge parfait, que le succès de cette journée est dû. n — Duquesnoy disait vrai et il trouva un appui dans Robespierre, qui réfuta en ces termes les calomnies proférées par Hébert contre les généraux, cr D'abord je vous dirai que nous sommes parvenus k réunir dans l'armée du Nord trois républicains qu'il serait peut-être fort difficile de rencontrer ailleurs. C'est Beauregard , général sans-culotte , dont vous connaissez les talents. C'est Renoud (Ernouf), chefdel'état-major, ami de Jourdan; c'est Duquesnoy, ami aussi de Jourdan. Tous trois s'entendent parfaitement, et l'amitié de ces trois hommes peut sauver la chose publique. 7> (Cf. Aulard, ut iupra. p. 5o3.)
dans ses derniers retranchements; mais, profitant de Tobscuritë de la nuit et dW brouillard épais qui s'est ëlevë et a dure jusqu'à midi , il a opëré sa retraite et repassé la Sambre , au-dessus et au-dessous de Maubeuge. Sa perte est d'environ six mille hommes. Nous n'avons eu, de notre côté, qu'environ deux cents hommes de tués et douze cents de blessés. L^ennemi avait déjà repassé la Sambre quand j'ai été averti de sa retraite; il ne l'aurait pas faite facilement sans le brouiUard qui me cachait absolument ses mouvements. Enfin Maubeuge est libre. Notre avantage eût été beaucoup plus considérable sans la lâcheté du général Gratien, qui fit battre en retraite une brigade destinée à renforcer l'attaque du village de Wattignies. Ce général a été destitué par les représentants du peuple à la tête de sa colonne et mis en état d'arrestation.
Je ne puis trop louer le courage et l'énergie que les soldats républicains ont montrés dans cette action. C'étaient autant de héros. Le citoyen Camot , chef de brigade du génie , a rendu les plus grands services. Il m'est de la plus haute importance de conserver ce brave homme à l'armée du Nord , qui manque absolument d'ingénieurs. J'espère que vous voudrez bien donner des ordres pour qu'il y soit employé.
Je m'occupe à prendre des mesures pour profiter de la défaite de l'ennemi; je ferai les plus grands efforts pour le chasser du territoire finançais. J'attends tout de la valeur, du zèle et du courage de nos soldats.
Sdut et fraternité.
(Orig. , Arch. de la guerre, armée du Nord.)
JOURDAN
GABROUGBS, I7 OCTOBRE 1793.
LB G^NiRAL KBLLBRMANN AU COMITÉ DB SALUT PUBLIC.
Analyie. — Deux lettres : l'Envoi d'une lettre du général du Merbion^*^ et
(0 Pierre Jadart du Merbion , né à Montmeillant (Ardennes) le 3o avril 1737, fils d'un major d'inianterie, lieutenant du bataillon de milice de Mazarin le 1*' avril i75ii, lieutenant au régiment de Yastan le 5 novembre 1767, prisonnier de guerre à Harbourg le 98 décembre 1757, échangé le s 3 juillet 1761, sous-aide-major le i** février 1 763 , aide-major le 99 février 1 768 , capitaine le 10 septembre 1769, capitaine de chasseurs le 6 juin 1 776 , chevalier de Saint-Louis le 99 janvier 1779, capitaine en second de grenadiers le 9 avril 1780,
capitaine commandant le 95 février 1789 , lieutenant-colonel du 91* régiment le 5 février 1799, colonel le i5 octobre 1799, maréchal de camp provisoire à Tarmée dltalie le 93 novembre 1799, général de brigade le 8 mars 1793 et de division le i5 mai suivant, général en chef provisoire de Tarmée d'Italie le 8 août 1 793 , confirmé le i5 prairial an n (3 juin i794)« commandant en chef des années d'Itafie et des Alpes le 6 fructidor an 11 (91 août 179Û), remplacé par Scherer le i3 brumaire an lu (3 novembre 1794), pen-
334 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [jyocr. 1798.]
d'une copie d'une lettre du résident de France à Gènes ^^^ annonçant que le Midi est menace d'un grand effort de Tennemi. U a donne ordre k deux bataillons de se rendre k Grasse et a envoyé des munitions au général du Merbion. Il prie le Comité de lui faire passer des secours de Lyon. — a"* Se conformant à Tarrété du Conseil exécutif prononçant sa destitution ^*\ il a écrit au général d'Omac^'^ pour lui remettre le conmiandement de Tannée ^*^
(Analyses, Arch. de la gaerre, reg. D da Comité de Salot pnblic, p. 6&3.)
âonné le 18 floréal an m (7 mai 1796), mort à Montmeillant le 7 ventôse an ? ( s5 février 1797 ). Le général du Merbion avait fait les campagnes d'Allemagne de 1 767 à 1761, une sur mer en 176s, et avait passé huit ans en Amérique, de 1766 à 1773. (Cf. Paul Laurent, Note$ inédite$ $ur le général du Merbion; Paris, 1896 , in-8^)
U) C'était TiUy.
t*> Le général Kellermann avait en vain protesté contre sa destitution (cf. p. 955). L'impopularité du vainqueur de Valmy était extrême. En effet, dans la séance du club des Jacobins du 19 octobre 1793, on lut une lettre de lui, par laquelle, après s*étre félicité d'avoir fait triompher le patriotisme dans le départeoient du Mont- Blanc, il priait la société de lui confirmer le titre de général des Jacobins, que lui avaient donné les ennemis. Cette lecture souleva des protestations telles, que, sur la proposition de Pereira, Kellermann fut rayé de i« société des Jacobins. (Cf. Aula^rà, La êociétédeê Jacobine, Y, 668.)
(S) Jean -Jacques de la Roque d'Olès^ d'Omac, né à Angles (Hérault) le 91 mars 1799, fils de Jean, sieur d'Omac, cornette au régiment de dragons de Languedoc le lo juin 1766, réformé le 99 septembre 17/18, lieutenant en second le 7 juillet 17/19 et en premier le 18 août 1751, capitaine le 10 février 1759, chevalier de Saint^Louis le 1 9 mars 1 763 , aide-major le 19 juin 1763, major du régiment Mestre-de-camp-général le 9 décembre 17711 rang de mestre de camp le 3 mars 17 7/1, lieutenant-colonel le 8 avril 1779, brigadier le 1*' janvier 1 786 , maréchal de camp
le 9 mars 1788, employé à Tarmée du Mi(U le 99 mai 1799, lieutenant général le 7 8q>tembre 1799 , commandant en chef provisoire de l'armée des Alpes en Tabsence de Kellermann le 95 avril 1 793 , destitué le 99 juin, réintégré par le représentant Gauthier le 93 aoàt 1793, autorisé à prendre sa retraite le i*' firimaire an 11 (91 novembre 1793), retiré à Angles, où il vivait encore en Tan vui. Le général d'Omac avait fait les campagnes d'Italie de 17 /^ à à 1768 et d'Allemagne de 1761 et 1769. 11 avait été blessé d'un coup de feu à Tépaule lors de la descente des Anglais à Cherbourg en 1758.
^*î Le 95 octobre 1793 le général d'Ornac écrivit des Marches k Bouchotte pour lui mander qu'après la retraite précipitée des Piémontais sur le mont Genis et le mont Saint-Bernard, il a établi son quartier général aux Marches pour veiUer sur la Maurienne et la Tarentaise. Il avait donné ordre au général Le Doyen d'attaquer les Piémontais qui se fortifiaient au col de la Roue, mais, vu la surtension de ce général, Tattaque a été contremandée. D ne sait que faire, vu que le bruit court que lui-même est suspendu et remplacé par le général Doppet, «ce qui, dit41, me jette dans un embarras extrême , en me forçant d'user de la manière la plus circonspecte du commandement qui m'est confié, t» (Orig., Arch. de la guerre, armée des Alpes.) — Le 3i octobre, le général Doppet prévint le ministre qu'il avait ordonné au général d'Omac de cesser tout commandement. (Arch. de la guerre, armée des Alpes.)
[i7 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 335