‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 10 sur 207 · AOÛT 179Q.] MISSION AU CAMP DE SOISSONS · texte numérisé non relu

AOÛT 179Q.] MISSION AU CAMP DE SOISSONS

sourire. On commence à se mettre au fait des coupables manœuvres qu'emploient les mauvais citoyens pour répandre Talarme et semer la défiance. Dans l'affaire du pain de munition, la rumeur qui, il y a deux ans, aurait pu avoir des suites fâcheuses, s'est apaisée sur-lechamp. Quelques-uns , ayant entendu parler des alarmes que cet accident avait occasionnées à Paris, nous ont dit un mot de grand sens : ^11 serait possible, ont-ils dit, que les mêmes sujets qui auraient jeté une poignée de verre pilé dans le pain eussent ensuite écrit à leurs correspondants de la capitale que 700 personnes étaient mortes empoisonnées. »

On commence à vouloir examiner avant de croire : tout le monde s'attache aux intérêts politiques, tout le monde fait des vœux et cherche dans sa tête un moyen de prospérité. On raisonne beaucoup. Il ne nous a pas paru qu'on en fût plus méchant pour cela. Loin de là ; si l'esprit public continue à faire des progrès semblables, nous osons croire que les hommes n'auront bientôt plus besoin que de la raison et de l'éducation pour remplir l'objet de la loi. Hâtez-vous donc, législateurs, de former une éducation nationale. Cette réclamation s'est fait entendre à nous de toutes parts. Le besoin de savoir a succédé au besoin que les despotes avaient de Tignorance des peuples. Nous avons reçu, je le répète, des réclamations sans nombre sur la nécessité de former au plus tôt des établissements d'instruction publique, et nous avons promis de comprendre ces réclamations dans les objets essentiels dont nous avions à vous entretenir ^^\

A Soissons nous avons voulu voir la société des amis de la Constitution ^^^ et nous y avons trouvé un patriotisme ardent, mais rien de ces fureurs qu'on se plaît à reprocher aux sociétés populaires; elle adore la liberté et se soumet à la loi. Le caractère que nous a présenté celle de Soissons est celui que sans doute elles prendront toutes avec le temps.

On voit, en parcourant les campagnes, l'arbre de la liberté placé dans les villages, comme autant de signaux, avec le bonnet et les

(*) Carnot faisait partie du Comité d^in- législative , publies par J. Guillaume ;

slniclîon publique depuis le 38 octobre Paris, Imprimerie nationale, 1889, in-4%

1791; il en fut nommé président le 6 août p. 873.)

1793, le jour même où il parlait devant t») Le Journal logographique porte, à ce

r Assemblée. (Cf. Procèn- verbaux du Co- passage, la mention suivante: «Applaudi des

mile d'inslruclion publique de V Assemblée tribunes et d'imc partie de rAssembléc??.

22 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [6 âoét 179a.]

rubans tricolores. Une récolte superbe promet aux citoyens Tabondance que le ciel répand sur le sol de l'innocence et de la liberté. La gaieté, la sérénité, régnent sur leur front. Les jeunes gens sont tous partis pour la frontière. Les vieillards les encouragent à Tunion et à la fraternité; la vraie pierre de touche de la prospérité et de la confiance publique est, vous le savez, la régularité du recouvrement des contributions; nous avons à cet égard le compte le plus satisfaisant à vous rendre. L'empressement des contribuables à s'acquitter nous a été aflirmé par l'attestation du district de Soissons. Elle est prouvée par le tableau de recouvrement que nous sommes chargés de vous remettre de leur part. Le droit de patentes éprouve cependant des retards et des fraudes. Les tribunaux et surtout les commissaires du roi sont accusés de négligence à cet égard ^^). Nous avons recueilli, sur ce sujet et sur plusieurs autres relatifs aux subsistances, des notes très importantes, que nous demandons la permission de remettre à votre comité des finances.

On reproche aux tribunaux Fextréme inactivité qu'ils mettent i ré* primer les délits qui se commettent dans l'immense forêt de Villers- Cotterets, qui produit 600,000 livres. Vous jugerez sans doute que ces accusations contre le chef de l'ordre judiciaire et la conservation de cette magnifique propriété nationale demandent la plus sévère attention.

Nous avons encore été informés que nombre d'émigrés concertent avec leurs femmes résidantes en France des séparations de biens pour éluder la loi du séquestre.

Nous vous avons déjà fait part de nos observations sur le besoin pressant qu'ont toutes les municipalités du seizième des biens , pour lesquels elles ont fait des soumissions. Nous croyons devoir vous rappeler encore que plusieurs de ces municipalités n'ont aucunes ressources. Leurs dettes s'accumulent, leur crédit s'évanouit. Dans plusieurs endroits, à la Fère par exemple, les officiers municipaux ont fait individuellement des avances sur leur crédit personnel. A Compiègne, les citoyens aisés se sont réunis aux officiers municipaux pour venir au secours de la chose pul)lique ^'-^ par des contributions volontaires. Partout nous avons cru voir dans les autorités constituées un respect, un ménagement pour les biens des émigrés, tenant un peu de la faiblesse ou plutôt occasionné

t^J Le Joumalloffographiquc poric : «Ap- ^'^ Le même recueil porle : «ApplaucB»-

plaudissemeDls et rires d'mi côté 77. scnienls généraux *«.

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