‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 12 sur 207 · MISSION DE CARNOT, COUSTARD <" ET C.-A. PRIEUR · texte numérisé non relu

MISSION DE CARNOT, COUSTARD <" ET C.-A. PRIEUR

k LARMEE DU RHIN.

iO AOÛT AU à SEPTEMBRE 1792.

[A peine TAssemblife nalionale cul-elle prononce ia suspension du pouvoir eiéculif qu elle se préoccupa de TeOet que produirait cet important dvënement sur les armdes. Le procès-verbal de la séance du lo août 179a mentionne en ces termes la discussion qui eut lieu h ce sujet ^'^ :

rrUn membre dénonce les ministres pour avoir envoyé à Tarmée une proclamation insidieuse; il demande que les ministres soient interrogés sur ce fait La proposition est décrétée. Les ministres interrogés attestent qu'ils n'ont envoyé à Tannée d'autre proclamation que celle dont TAssemblée elle-même a connaissance depuis deux jours.

ttUn membre alors observe qu'il serait facile à Tincivisme d'^^arer les armées par de faux récits des événements de cette journée et par une communication infidèle des décrets de l'Assemblée. 11 ajoute que ces événements et ces décrets sont d'une importance telle qu'il y aurait une négligence coupable h ne pas employer tous les moyens de les faire connaître avec une exactitude rigoureuse et que toute erreur de la part de nos braves soldats pourrait être si funeste que le salut public fait un devoir impérieux de la prévenir. En conséquence il propose que l'Assemblée nationale nomme douze commissaires pns dans son sein, afm qu'on puisse en

t*î Anne-Pierre Goustard de Massy, né à Léogane ( Saint -Domingue) le s8 octobre 173/i, gendarme de la garde du Roi le 9 août 1760, mousquetaire de la garde le 1*' janvier 1763, lieutenant des maréchaux de France à Nantes le 5 janvier 177a, chevalier de Saint-Louis le 1 8 octobre 1777, colonel des volontaires nantais en 1789, administrateur et président du département de la Loire- Inrérieure en 1790, député de ce département à TAssemblée législative le 3i août 1791 et à la Convention le 9 septembre 1793, compromis avec les Girondins, condamné à mort et exécuté à Paris le 7 novembre 1798, en même temps que le duc d'Orléans.

^*^ Glaudc -Antoine Prieur du Vernois, né h Auxonne (Côle-d'Or) le a 2 décembre

1 763 , sous-lieutenant à Técole de Méaèret le 1" janvier 178a, lieutenant en premier le 19 octobre 1788, capitaine du génie le 1" avril 1791, député de la Côte-d'Or i l'Assemblée législative le 1*' octobre 1791 et à la Gonvcntion le ao septembre 179a, membre du Gomité de salut public le 1 II août 1 798 , député au Conseil des Cinq- Cents , chef de bataillon le U avril 1796, chef de brigade le a janvier 1801, réfonné le aa décembre 1801, retraité le a 5 avril 1811, mort à Dijon le 11 août i839.

Prieur fut le principal collaborateur de Camot pour les affaires militaires et un des fondateurs de Thcolc polytechnique. 11 contribua à rétablissement du système décimal et de ruuiformilé des poids et mesures. t'^ Procèi-verbal 3 p. aa.

envoyer (rois h chacune des quatre années. Ces commissaires seront charges de faire connaître les ëvënemenls du lo août, les changements survenus dans l^ordre politique du gouvernement, tous les décrets de T Assemblée et le serment qu'elle a fait de maintenir Ja liberté et Tégalité ou de mourir h son poste. i>

La proposition fut aussitôt décrétée et l'Assemblée chargea la commission extraordinaire de présenter une liste de vingt-quatre membres , parmi lesquels TAssemblée choisirait les douze commissaires. Elle renvoya h la même commission la rédaction d'une instruction destinée aux commissaires.

La commission extraordinaire présenta la liste demandée et l'Assemblée décréta que les douze membres inscnts les premiers seraient nommés commissaires. Ce furent Lacombe Saint-Michel, Camot l'alné, Gasparin, Delmas, Du Bois du Bais, Bellegarde, Antonelle, Kersaint, Coustard, Prieur, Peraldy etRouyer. L'Assemblée les autorisa h régler entre eux leur destination et leur ordonna de partir le plus promptement possible pour les armées.

Le 10 août, h la séance du soir, Carnot-FeuUns, au nom du Comité militaire, proposa la rédaction du décret sur la mission h remplir par les commissaires. Un membre demanda que ceux-ci fussent investis du pouvoir de suspendre les généraux, les ofljciers de tout grade et même les fonctionnaires civils ou militaires. La proposition fut adoptée et le décret définitivement rédigé en ces termes :

(t L'Assemblée nationale, considérant qu'il est nécessaire de faire passer h l'armée le plus tôt possible le détail exact des événements qui ont eu lieu h Paris, ainsi que la cause de ces événements mêmes; que les circonstances commandent impérieusement d'y apporter la plus grande célérité, décrète qu'il sera nommé à l'instant douze commissaires pris dans son sein pour se rendre sur-le-champ aux diverses armées. Il leur sera remis une instruction, qu'elle charge la commission et le comité militaire réunis de rédiger;

(T Décrète en outre que lesdits commissaires seront investis du pouvoir de destituer, s'il y a lieu , les généraux d'armée, les officiers de tout grade en activité de service, et tous fonctionnaires civils ou militaires, h la charge d'en avertir le corps législatif. i>

Le 11 août 1793 l'Assemblée nationale donna les instructions suivantes aux commissaires {Procès-verbal, XIII, i3i-i33):

(rLes conunissaires de l'Assemblée nationale aux armées se muniront d'un nombre suffisant d'exemplaires des proclamations et principaux déci'ets du corps l^slatif relatifs aux ipesures prises sur les événements du jour, pour en donner connaissance aux différents corps de l'armée dans lesquels ils les feront proclamer. Ils les instruiront en même temps du détail de ces événements, ainsi que de la situation de l'Assemblée nationale et de celle du roi. lis leur feront part des dispositions où sont tous les membres de l'Assemblée nationale de maintenir de tout leur pouvoir la liberté et l'égalité, jusqu'à ce qu'une Convention nationale vienne exprimer le vœu du peuple français. Ils leur rappelleront en même temps que la nation entière compte sur eux pour repousser les eniiemis extérieurs de l'empire, avec toute l'énergie et le courage dont ils ont donné jusqu'ici des preuves et dont seront constanuiieut capables des hommes hbres qui préféi*eront toujours la mort à l'esclavage de leur pays.

ffLes commissaires sont autorisés a suspendre provisoirement tant les généraux

que tous autres officiers et fonctionnaires publics, civib et militaires, et même k les faire mettre en élai d'arrestation, si les circonstances l'exigent, ainsi que de |M)urvofr h leur remplacement provisoire, s'ils le jugent nécessaire, à chai^ Iontcfois, dans l'un et l'auti^e cas, d'en instruire sur-le-champ l'Assemblée nationale.

(r Ils se feront remettre des états exacts des approvisionnemenlis de toat genre qui se trouveront tant aux années que dans les places. Us s'informeroot des besoins qu elles pourraient avoir encore et tiendront des notes exactes de tontes les demandes et de toutes les plaintes qu'ils pourraient recevoir tant des ofliden, sous -officiers et soldats, que de tous autres fonclionnaires publics ou autres citoyens, ils se feront remettre aussi des mémoires détaillés sur Tétat de chaque forteresse, de même que sur l'emplacement et la force de chaque corps ou dâachement de troupes de l'armée qu'ils parcourront

(t Enfin, ils prendront tous les renseignements et emploieront tous les moyens, tant auprès des différents corps et généraux de l'armée qu'auprès des corps administratifs, des municipalités et de tous les citoyens, pour que la sAreté individuelle et les propriétés soient partout protégées et pour qu'il soit déployé tontes les forces nécessaires pour en imposer aux ennemis de l'Etat et assurer à la nation son indépendance et sa liberté ^'^»

Les douze commissaires râlèrent leur destination et se divisèrent ainsi entre les quatre armées :

Armée du Rhin : Camot, Couslard et Prieur;

Armée du Nord : Delmas , Du Bois du Bais et Bellegarde ;

Armée du Centre : Antonelle, Kersaint et Peraldy;

Armée du Midi : Lacombe Saint-Michel , Gasparin et Rouyer.

Caroot, Coustard et Prieur partirent le samedi ii août, passèrent par Meaux, Châloos-sur-Mame, Verdun, Metz et Sarrebourg, et ils arrivèrent à Phalsbourg le mardi 16 août, à 7 heures du soir. L'armée du Rhin était sous le commandement du général Biron^*^ depuis le âo juillet 179a ^^K Celui-ci avait appris sen-

ti) Gorsas fit une curieuse appréciation des instnictioos données aux commissaires. (Cf. le Courrier de$ 83 déparlemenlt , n^'du 19 août 1799, p. 180.)

(') Armand -Louis de Gontaut, duc de Biron, né à Paris le 1 3 août 1767, enseigne à drapeau au régiment des gardes-françaises i.î 1 8 janvier 1761, sous-liculenanl le 1 8 octobre 1761, lieutenant le 19 février 176A, capitaine le 1 1 octobre 1 767, chevalier de Saint-Louis le 10 juillet 1769, colonel de la légion royale le 27 février 177^, mestre de camp du régiment Royal-Dragons le a juillet 1776, colonel propriétaire du corps des volontaires étrangers de la marine le 1" septembre 1778, brijjadier de dragons dans Tarmée de Rochambeau lo i*' mars

1780, colonel propriétaire d^un corps de volontaires étrangers de son nom le i*' avril 1780, mestre de camp propriétaire d*un régiment de hussards de son nom le 1 & septembre 1783, maréchal de camp le 1" janvier 1 78/i , député de la noblesse du Quercy à TAssemblée constituante le 5 mai 1789, lieutenant général le 1 3 janvier 1 79s , commandant en clief Tarmée du Rhin le 9 juillet 1 79a , Tarmée d'Italie le 95 décembre 1793, Tannée des côtes de la RocheUe le i5 mai 1793, destitué le 11 juillet 1793, mis en arrestation le 16 juillet 1793, condamné à mort le 3o décembre 1793, exécuté à Paris le 3i décembre 1793.

(^) Biron était arrivé à Tannée du Rhin lo t8 juillet 179a, et le ao il avait prêté

lemenl le i3 août au soir par un des administrateurs du Bas-Rbin, Louis ^'\ les ëv<%iement8 du lo, et dès le lendemain ^'^ il en informait le gënëral Gostioe, qui commandait à Landau ^^\ »r Je ne pense pas me tromper, mon cher gënëral, lui disait-il , en me persuadant que nous resterons tous deux inëbranlablement h nos postes et que nous n'abandonnerons pas notre patrie h Finvasion des despotes ennemis. » Custine lui rëpondit aussitôt qu'il ëtait dans les mêmes sentiments que son chef et que rien ne pourrait lui faire abandonner son poste ^*K

En même temps que Carnot et ses collègues partaient pour Tarmëe du Rhin, le capitaine Malet ''^ adjoint h Tëtat-major de cette armëe, revenait d'une mission que les gënëraux lui avaient conOëe le ai juillet 179^. Malet avait ëtë charge de choisir dans les rëgiments des hommes propres à complëter les compagnies d'artillerie, de rechercher les ormes h feu de toute espèce et de presser l'organisation des volontaires gardes nationaux. Il avait visite h cet effet Schelestadt, Colmar, Neuf-Brisach, Huningue, Hœsingen, Vesoul, Besançon, Dôle, Poligny, Lons-le- Saninier, Bourg, Mâcon, Chalon, Dijon et Auxonne, et ëtait revenu h Strasbourg par Dôlf». Son rapport est date de Strasbourg, le 1 3 août 179a ^^K]

serment et pris le commandement (Arch.

de la guerre, reg. 8, fol. 1.)

(*) Jean-Antoine Louis, né à Bar-le-Duc le 10 mars 176s, commis à Tinlendance d** Alsace au moment de la Révolution , administrateur du Bas-Rhin en 1791, député de ce département à la Convention , membre du Comité de sûreté générale le 16 septembre 1793, député au Conseil des Cinq- Cents, mort h Paris le 19 août 1796.

(') Arch. de la guerre, armée du Rhin.

— Biron écrivit dans le même sens au général Kellermann. ( Ihid, , reg. 8 , fol. 70. )

t^) Custine avait été désigné par le roi pour commander le camp de Soissons, mais le maréchal Luckner avait, le 1 1 août 1 793 , protesté contre cette mesure et demandé que Cnstine restât à Landau , où ses services étaient très nécessaires. (Arch. de la guerre, armée du Rhin.) Le ministre par intérim Gavière accéda à ce désir par une lettre du i3 août 1799. {Ibid,)

^•^ Archives de la guerre, reg. 8, fol. 56.

— On avait répandu le bruit que Custine avait émigré et Corsas l'avait annoncé dans son Courrier des 83 départemetits, Custine protesta par la lettre suivante, insérée par

Corsas dans son numéro du 9 août 1799 (p. 139) :

fxLe lieutenant général commandant la 5' divieion, Af. Custine, à Ant.-Jos. Corsas.

i" août 1791 , Pan it de la liberté.

«rSans doute. Monsieur, les traitements rigoureux que j^ai éprouvés vous ont fait naitre Tidée -de mon émigration et vous avez pu croire qu^ils m'avaient détaché de la Constitution. J'espère vous prouver par ma conduite et par mes actions qu'elle n'a pas un plus xélé défenseur. Je serai sans doute le dernier des citoyens qui émigrera , et ce ne sera que dans la supposition où les ennemis de la liberté triompheront, ce que je ne crois pas possible. Voudriex-vous bien insérer ma réponse dans votre journal?»

(^) Claude-François de Malet , né à Dûle le a 8 juin 175/1, entré au service comme mousquetaire, générai de brigade en 1799, fameux par sa conspiration contre Napoléon, fusiUé à Paris le 39 octobre 181a.

^*) L'original autographe de ce rapport est aux Archives de la guerre, armée du Rhin. J'en ai publié le texte dans'la revue la Révolu tioti française , numéro d'avril 1891.

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [i5 Aoi)Ti79a.]

1. PHALSBOURG, i U AoAt 179a. LES COMMISSAIRES AU dni^kh BIRON.

Analyse^^\ — Les commissaires préviennent le général Biron de leur arrivée à l'armée du Rhin.

(Lettre mentionnée par les commissaires dans la lettre n'* 3 et dont la réponse est publiée ci-dessous.)

WISSBMBOURG, l5 AOÛT lyQS. LE GifiiBKh BIRON AUX COMMISSAIRES.

Ad quartier général h Wissembooi^, le i5 aoùl 1799, Tan 1?' de la liberté^*^

Messieurs ,

J ai reçu la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrîreet je m'empresse de vous assurer que Tarmée du Rhin est absolument dévouée à la cause de la liberté.

Je crois , Messieurs , qu'il sera utile que j'aie l'honneur de causer quelques instants avec vous avant que vous alliez au camp.

Je suis avec respect, Messieurs,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Le général de l'année du Rhin ,

BlRON.

(Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin.)

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