RAPPORT DE CARNOT, GARRAU ET LAMARQDE À LA CONVENTION
Citoyens,
Les commissaires envoyés par vous aux frontières des Pyrénées pom* y préparer des moyens de défense, viennent vous rendre compte de ce qu'ils ont fait pour s'acquitter de leur mission; ce compte n'est que le résumé et le complément de. ceux qu'ils vous ont déjà rendus par leur correspondance dans le cours de leur travail.
Une longue alliance entre nous et les Espagnols avait depuis longtemps éloigné de ces contrées tout appareil militaire; les forteresses étaient négligées, leurs approvisionnements presque nuls, et le peu de forces actives qu'on y entretenait prouve qu'on ne s'y occupait guères d'une invasion que tous les calculs moraux rendaient invraisemblable.
Enfin la difficulté de franchir les monts entassés qui bornent les frontières, une sécurité fondée sur l'intérêt commun des deux puissances, semblaient garantir entre elles une paix inaltérable, lorsque la voix irrésistible de la raison proclamant les droits des peuples et dessillant leurs yeux, leur apprit qu'ils n'avaient d'autres souverains qu'euxmêmes, d'autres ennemis que les stupides idoles révérées sous le nom de rois, et que le globe entier ne devait plus leur offrir que des égaux, des amis et des frères.
Jusqu'alors la philosophie n'avait pas paru bien redoutable à ces êtres nantis du sceptre et ivres de pouvoir, qui se croyaient de la caste des dieux, mais sa lumière cette fois fut si vive que, frappés de leur néant, ils ne virent plus pour eux de salut possible que dans une ligue universelle. Cette ligue, formée par la frayeur et la tyrannie, fut dispersée, comme elle devait l'être, par l'amour de l'égalité et le courage des hommes libres.
On pense bien que les Bourbons d'Espagne ne furent pas les derniers à entrer dans cette conjuration des couronnes contre les droits de l'humanité et du bon sens, mais plus circonspects ou plus timides que
^•^^ Le rapport porte la date du la jan- interrompit la lecture et ordonna Timprc!»-
vier 1793, jour où il fut déposé, mais il sion du rapport. (Cf. Moniteur, XV, 3o8.)
ne fut lu par Carnot, en séance de la — Tissot {Ménmret sur Carnot, p. 906)
Convention, que le 39 jamier. L'assemblée dit que ce rapport est Tcruvre de Carnot.
ai .
32^1 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [la jant. 1798.]
les princes du Nord, ils rassemblaient leurs forces à petit bruit et attendaient, pour mettre le comble aux malheurs de la France, le succès de la grande coalition.
Leurs projets, cependant, ne pouvaient être ignorés de nous; la protection ouverte qu'ils accordaient aux émigrants, les vexations qu'ils faisaient éprouver à tout ce qui pouvait être soupçonné d'adhérer à nos principes, l'ardeur sanguinaire avec laquelle ils avaient travaillé aux désastres de nos colonies, décelaient assez depuis longtemps les vues de cette cour traîtresse.
Enfin des avis multipliés annonçant des hostilités imminentes, les citoyens se croyant menacés d'une irruption prochaine et demandant de prompts secours, la Convention nationale jugea convenable d'envoyer sur les lieux des commissaires, afin d'y rassembler une force imposante et de faire passer nos craintes à nos voisins.
Rien n'était moins fondé, sans doute, que ces vaines terreurs dont on avait si souvent entretenu l'Assemblée législative; nous avons su que ces agressions qui, quelquefois par l'exagération des rapports, avaient trompé le zèle de quelques-uns de ses membres, n'étaient autres choses que des rixes particulières de bergers à bergers sur le sommet des montagnes, oîi ils se disputent le territoire pour la nourriture de leurs troupeaux. Ces combats ont eu lieu de tout temps et il serait difficile de les faire cesser, parce que les montagnards qui se les livrent sont à peu près indépendants de toutes autorités, mais ces querelles d'individus n'ont absolument rien de commun avec les dispositions politiques respectives de la France et de l'Espagne.
En parcourant le pays avec les chefs de l'armée , nous avons observé que les habitants d(î rcxtrérae frontière étaient en général beaucoup plus tranquilles sur la prétendue invasion des Espagnols, qu'on ne paraissait l'être à dix ou douze lieues dans l'intérieur et même dans les places fortes. Ce n'est pas certainement que les descendants de ces fiers Cantabres que César regardait comme invincibles, aient dégénéré de la valeur de leurs ancêtres; ils sont toujours les mêmes et offrent encore, pour ainsi dire, les traits caractéristiques des peuples primitifs.
Les craintes dont nous parlons ne sont en effet qu'apparentes et s'expliquent en partie par le courage même des habitants, et en partie peut-être par l'égoïsme de quelques cités. C'est que d'une part les citoyens ne connaissant pas bien la force de leur situation et craignant
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de ne pouvoir y faire toute la résistance qu'on attend d'eux, désireraient de plus grands moyens, et que d'une autre part les villes sentant combien la présence d'une armée, les établissements qu'elle entraîne, les travaux d'un camp ou d'une nouvelle forteresse donnent d'activité au commerce et de rapidité à la circulation, cherchent, comme cela est assez naturel, à attirer et à fixer auprès d'elles cette source de vie et d'abondance.
La chaîne des Pyrénées ne permet d'accès en France que par ses deux extrémités; l'une du côté de Bayonne vers l'Océan, l'autre du côté de Perpignan vers la Méditerranée; partout ailleurs il n'existe que des passages étroits, ou, en langage du pays, des ports, lesquels sont ou fermés par des places de guerre , ou trop étranglés pour qu'une armée puisse y parvenir avec ses subsistances et ses équipages, de sorte qu'il suffit d'y placer quelques postes militaires pour arrêter les partis ou détachements ennemis qui pourraient pénétrer jusqu'à eux.
Au rapport des généraux expérimentés qui ont le plus étudié cette frontière, l'accès par Bayonne est tel que l'Espagne ne peut nous attaquer avec quelque apparence de succès, sans y employer au moins cent mille hommes , indépendamment d'une escadre d'observation dans la mer des Basques, mer qui n'est tenable en aucun temps. Ce fut cette dernière cause qui, en 1676, fit échouer l'entreprise formée par les Espagnols, lorsque l'amiral Tromp, qui était venu se joindre h eux, se trouvant forcé à la retraite, faute de pouvoir mouiller sur ces parages, ils se virent obligés eux-mêmes d'abandonner leur entreprise.
Il suffit donc, pour assurer la tranquillité de cette partie de la frontière des Pyrénées, dont Bayonne est le centre de forces, qu'il soit établi dans cette ville un entrepôt, lequel soit en tout temps approvisionné de manière à ce qu'une armée de vingt-cinq à trente mille hommes qui aurait ordre de s'y porter sur-le-champ y trouvât tout ce qui serait nécessaire à sa consommation en subsistances, armes, effets de campement et munitions de toutes espèces pendant le cours d'une campagne. On suppose d'ailleurs que cette même ville, ainsi que Saint- Jean-Pied-de-Port, Navarrenx, Hendaye et Socoa, qui en couvrent les avenues, auraient toujours leurs fortifications parfaitement en état de défense.
L'attaque par les Pyrénées-Orientales serait un peu moins difficile
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aux Espagnols, si le passage n'était défendu par les places de Villefranche, Mont-Louis, Fort-les- Bains, Prats-de-Mollo, Bellegârde, Collioure, Port-Vendres et Perpignan.
Celte dernière place doit être considérée pour cette partie de la frontière qu'avoisine la Méditerranée, conoime le centre des forces, de même que Bayonne l'est pour la partie qui avoisine l'Océan, et Ton doit également y ét;d)lir un entrepôt suHisant pour fournir pendant une campagne entièiT à la consommation d'une armée de trente à quarante mille hommes.
Les villes intermédiaires, et Toulouse principalement, qui est centrale et située sur un grand canal de navigation, seraient susceptibles de plusieurs établissements militaires pour les<|ueb on trouverait, sans beaucoup de dépenses, dans les bâtiments nationaux dont la vente ne peut être que difficile et peu lucrative, toutes les ressources désirables.
L'Espagne a aussi ses moyens de résistance du côté de Bayonne; elle a Fontarabie, Saint-Sébastien, Jacca, Pampelune; du côté de Perpignan, elle a Uoses, Fi{juières, Puycerda, Urgel, Barcelone. Nous ignorons si ces forteresses résisteraient à une attaque de vive force faîte par des Français; nous croyons que les Espagnols auraient moins k compter sur ces boulevards en eux-mêmes pour leur défense, que sur l'espèce d'énergie qu'inspire un fanatisme que leur gouvernement s'efforce chaque jour de rendre plus aveugle, et, de notre côté, nous n'aurions pas moins à espérer peut-être dt»s lumières philosophiques qui nous précéderaient et qui commencent à éclairer l'horizon des Catalans et de la Biscaye, que du courage même de nos soldats vainqueurs des rois du iNord.
Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons savoir aucun gré à la cour d'Espagne de la modération ([u'elle affecte en ce moment à notre égard; et si la (Convention nationale, dont nous ne voulons point prévenir la Tlécision, choisit la paix, nous pouvons dire que ce ne sera pas du moins par un motif de reconnaissance; mais à quelque parti qu'elle s'arrête, elle sentira facilement la nécessité de continuer avec vigueur les préparatifs que nous avons commencés par ses ordres, caries choses ne peuvent rester dans l'état actuel vis-à-vis de cette puissance étrangère. Il faut nécessairement ou la guerre, ou un autre traité que celui qui existe; un traité qui affranchisse notre commerce des entraves hon-
[iQ jANv. 1793.1 MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 327
t^uses qu'il éprouve et qui fixe d'une manière plus certaine et plus juste la démarcation des deux frontières.
Or, on ne peut amener l'Espagne à ce but que par une guerre décisive ou par des mesures assez efficaces pour lui faire adopter les conditions équitables qu'on pourrait lui proposer.
Le commerce entre les deux nations devrait être parfaitement libre : c'est l'esprit de tous les traités; et cependant une multitude de gènes, de prohibitions, do droits particuliers l'annulent presque entièrement. En effet, à l'exception des comestibles qu'elle tire de chez nous, et des mulets (|ui sont nécessaires à son agriculture, l'Espagne repousse, autant (|u'il lui est possible, tout ce qui vient de France.
Une de nos principales exportations, par exemple, est celle des cochons; mais pour se réserver le profit de la salaison, qui va à peu près à dix francs par tête d'animal, l'Espagne favorise l'entrée chez elle de ceux qui sont en vie, et met sur la viande salée une imposition qui équivaut presque à une défense absolue. Et réciproquement elle interdit la sortie de ses matières premières, et particulièrement des laines qui alimentaient autrefois nos manufactures; nous-mêmes, peut-être, faisons-nous de fausses spéculations à ce sujet. La sortie des viandes salées est prohibée; cette loi de circonstance doit être réformée le plus tôt possible, pour ce ([ui regarde les frontières d'Espagne, car si Ton veut empêcher l'exportation des cochons, c'est tout au plus des cochons en vie, afin de se réserver au moins la main-d'œuvre de la salaison.
Nous avons été vivement sollicités, tantôt pour arrêter la sortie de toutes espèces de comestibles, tantôt en sens contraire : la raison en est simple; les propriétaires demandent la libre exportation, parce qu'il n'y a qu'elle ([ui puisse mettre un prix considérable à leurs denrées. Les consommateurs au contraire, les militaires, par exemple, qui ont une paye fixe, et les ouvriers, qui ne voient que le moment actuel, voudraient la prohibition absolue, parce qu'ils auraient alors leurs subsistances à meilleur compte.
Combattus par ces deux opinions contraires, nous nous sommes déterminés à laisser les choses dans leur état, parce que tout changement subit, en fait de commerce, produit une secousse et des refoulements toujours fâcheux ; nous avons seulement arrêté provisoirement la sortie des bœufs, objet peu considérable en lui-même, mais qui a
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contribué à calmer les inquiétudes, et sans lequel il serait impossible, d'ailleurs, d'approvisionner de \iandc l'armée qu'on s'occupe de rassembler ^^K
II est évident que toutes ces chicanes de commerce sont également nuisibles aux uns et aux autres, et qu'il est de l'intérêt de l'Espagne, autant que du nôtre, de les faire disparaître.
Nous devons remarquer à ce sujet que la France entretient sur la frontière, pour la perception des droits de douanes, des bureaux qu'on nous a assuré, non-seulement se nuire réciproquement par leur nombre, mais encore avoir des recettes fort inférieures à ce qui est nécessaire pour en payer les commis.
Quant à la démarcation des frontières, elle est toute à l'avantage de l'Espagne et formellement contraire à la teneur du traité qui veut que cette démarcation soit fixée par le versant des eaux, c'est-à-dire que tout le pays dont les eaux se jettent dans nos rivières soit nôtre, et que tous ceux au contraire dont les eaux sont portées en Espagne soient à elle.
Or, c'est ce que n'ont point du tout observé les commissaires des puissances respectives employés à planter les limites : dans certains endroits on a anticipé quelque peu sur le territoire espagnol, dans d'autres, au contraire, on a abandonné à l'Espagne ce qui devait appartenir à la France, d'autres enfin sont restées indivises, mais il n'y a nulle compensation, en général, à faire entre les parties concédées de part et d'autre. L'Espagne s'est fait adjuger tout ce qu'il y a de plus utile; les forêts limitrophes sont demeurées dans son lot, et au moyen de ces forêts elle exploite des mines abondantes, tandis que nous qui en avons d'aussi bonnes nous sommes obligés de les abandonner, faute de bois.
Nous observerons, en passant, que depuis plusieurs années des géographes attachés au département des affaires étrangères sont employés à faire la carte des montagnes limitrophes ^^^ Ce travail sera très
^*^ La Convention nationale persévéra dans celle voie, car, le 1" mars 1798, elle rendit un décret étendant à tous les départements de la République la prohibi' lion provisoire d'exporter à rétranger, tant par mer que par terre , tous bestiaux , chevaux, mulets, grains et fourrages. (Procèêverbal f p. 19.)
(*) Ce travail était dirige par le lieuienant-colonel du génie Grandjean, qui avait le titre d'ingénieur en chef des aflfaires étrangères. Cet officier envoya au ministre des affaires étrangères, de Saint- Jean-de- Luz, le s3 octobre 1793, un Mémmrê ïïwt la frontière de$ Pyrénén, dont l*original existe encore aux archives de ce ministère
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intéressant sans doute , mais nous sommes obligés de dire qu'il nous a paru conduit avec assez peu d'activité, quoique le traitement de ceux qui en sont chargés soit fort considérable.
Nous croyons, citoyens, que de ce qui vient d'être dit au sujet des limites et du commerce de la France avec l'Espagne il suit que nécessairement il faut entre les deux puissances une explication quelconque. Il reste à savoir si ce sera par la voie des négociations ou par celle des armes que les termes de nos rapports avec cette puissance seront fixés; si vous voudrez traiter avec un roi et surtout avec un Bourbon, et si, en supposant le traité conclu, il existe un moyen de vous assurer de sa fidélité et de sa constance à en remplir les conditions. Dans toutes les hypothèses, nous pensons que la continuation de l'armement commencé est absolument indispensable.
Chargés par vous de donner des ordres nécessaires pour cet armement, nous y avons mis tout le zèle que peut insphrer le devoir et le désir du succès; nos opérations vous sont déjà connues, nous ne ferons ici que les résumer en très peu de mots.
Nous avons pris pour base l'organisation complète d'une armée agissante de 4 0,000 hommes avec tout l'attirail qui lui est nécessaire, non que cette force nous paraisse suffisante pour l'attaque , mais premièrement afin d'entreprendre une chose possible, tout s'étant trouvé à créer, et secondement parce que cette force serait facilement soutenue par* celles qui peuvent se tirer, au moment du besoin, des côtes maritimes, tant de l'Océan que de la Méditerranée.
C'est en parlant de cette base que nous avons ordonné la levée de deux bataillons dans chacun des départements voisins des Pyrénées, et la plupart de ces bataillons sont organisés. Nous eussions craint de nuire à l'agriculture si nous eussions demandé davantage; car dans ce pays qui, d'ailleurs, a déjà fourni beaucoup, tant aux troupes de ligne
(Espagne, 63 /i, if* aS et 99). Lacucc eut des aiïaircs étrangères m^aiinonça qu^il vous
connaissance de ce ménwire et il en de- a envoyé un mémoire militaire, fruit de
manda communication au ministre Le Brun ses longues observations, t) Lacuée expii-
par une lettre datée de Rayonne, le 3o oc- quait ensuite quUl aurait besoin de ce tra-
tobre 1799 (ibid., n" 5a). ou il disait: vail pour la rédaction du plan général
«rEn passant à Saint- Jean-de-Luz j\ii vu d*opérations défensives et offensives sur la
chez les commissaires de la Convention na- frontière des Pyrénées. Après un échange
tionale le citoyen Grandjean qui, depuis de lettres entre le ministre et le lieutenant-
six ans, s^occupe d^une carte des Py renées colonel Grandjean, la communication du
et d^un mémoire y relatif. Cet ingénieur mémoire fut accordée k Lacuée.
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qu'aux volontaires nationaux, on est parvenu, par la nature même du local, au terme que nous cherchons à obtenir par nos lois, la division des propriétés; presque tous les individus sont cultivateurs, chacun a sa petite possession, et il eût été aussi cruel à nous de l'en arracher, qu'à lui pénible de s'en séparer.
Outre ces bataillons, nous avons formé une légion des montagnards, connus sous le nom de miqmlets; les ordres nécessaires ont été donnés pour l'organisation de celle des Pyrénées, décrétée par TAssemblée législative; nous vous avons enfin soumis le projet d'une troisième légion de volontaires tant à pied qu'à cheval.
Pour visiter les forteresses et postes militaires, nous nous sonmies toujours fait accompagner par les généraux ou des officiers d'un mérite parfaitement connu, et nous n'avons rien ordonné que de leur avis et de concert avec eux.
L'artillerie était un de nos plus pressants besoins; nous avons pris toutes les mesures possibles poiu* que cet objet fiU pleinement rempli : achat de cuivre, construction d'affûts, approvisionnements de munitions, établissement d'une école, voilà quels ont été les divers points de nos ré(juisitions à cet égard.
Nous avions pris le m^nie soin pour les vivres, les fourrages, les hôpitaux, les casernes, les lits, les fournitures, l'armement, l'habille- 'ment, l'équipement militaire et les effets de campement. Si l'exécution pouvait suivre la pensée, ou si le ministre de la guerre eAt daigné seconder nos travaux; si, par une lenteur inexplicable, il n'eût g^acé le cœur des citoyens qui s'empressaient autour de nous et se portaient si ardemment à l'accomplissement de nos vœux, nous eussions pu nous promettre d'avoir, au mois de mars, sur les frontières des Pyrénées, une armée en état de soutenir l'éclat de nos premiers succès et d'aller planter sur les bords de l'Èbre l'arbre de la liberté ^*^.
^'^ I^cs |)iniulcs n'avaionl pas rosse après (Iol\irii)ce,ofiîcicrs(];cnéraux,comiiii88aire8 I« (Icparl (l(vs commissaires cl co n'etnit pas <les (rueiTes, payeurs des troupes, muniseulement Lncuée (pii en ét;iil l'cclio. J.e tionnnires, ]»ersnnne, mon ami, personne Ijéncral \uc6 étant en lournéo écrivit de ne j)enl obtenir une 8ylial>e de lui, on, si Toulouse, le ft janvier 179^, à Liromhe on Tohlient, elle est négative, louche ou Saint-Michel pour lui l'aire connaître com- insidieuse. JVlnis >enu exprès ici pour debien les chemins de Hayonne à Toulouse mander au commandant [][énëral de i'arnHfc étaient exécrahhs. 11 ajoutait : «-Kncore si le la permission d'aller dévoiler ces forfaits à ministre répondait quand on lui écrit, .\fais la («onvenlion nationale; mais, loin de me non, (fénéral d'armée, chef de Tétat- major l'accorder, il m'a dit (|uc lui-même soilici-
[la jAifv. 1793.] MISSIOxN À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 331
Mais vous connaissez, citoyens, les obstacles que nous avons rencontrés et la stagnation à laquelle nous avons été réduits pendant près de six semaines. Ils ont été tels que, loin de pouvoir nous trouver en mesure pour attaquer 5 l'ouverture de la campagne, nous n'eussions pas même pu nous établir sur le pied d'une défense respectable sans les lois infiniment sages que vous avez enfin successivement rendues sur les besoins de nos armées; l'activité va renaître, nous serons à couvert au printemps, et si le pouvoir exécutif le veut, nous pomrons entrer en Espagne au commencement de l'automne, temps le plus convenable à cette expédition à cause des chaleurs du climat qui sont excessives pendant l'été ^'^
Nous ne croyons pas devoir nous étendre davantage sur ces objets de préparatifs militaires, parce que les détails qui les concernent sont tous réunis dans un mémoire particulier annexé à ce rapport, mémoire qui nous a été fourni par l'adjudant général, commissaire du pouvoir exécutif, olliciellement, en sa qualité d'agent responsable, en vertu d'une réquisition de nous, et qui ne laisse rien à désirer ^-^
Une conséquence bien importante de tout ce qui vient d'être dit, est qu'une puissance qui peut avoir des guerres à soutenir doit toujours y être préparée de longue main; premièrement, parce que c'est le meilleur moyen de les éviter; et en second lieu, parce qu'en ne s'occupant qu'au moment du besoin, on donne à son ennemi le signal de la défense et le temps de faire de son côté les mêmes préparatifs. Mille inconvénients d'ailleurs accompagnent les armements précipités ; les dépenses en sont au moins doubles on triples, les fournitures plus mauvaises, et les denrées ainsi que la main-d'œuvre se portent tout à coup à un prix que ne sauraient atteindre la plupart des citoyens.
(jÇ serait donc une loi bien importante et bien sage que celle qui, après avoir fixé le nombre des armées de la Répul)lique, ordonnerait
lait depuis longtemps l'agrément de se rendre à Paris. Le ministre se garde l»ien de In lui donner. Et vous voulez (jue nous nous battions ! Tout !«' monde est dans rabattement et dans le «lernier dégoût.?» (Cf. Courrier des 83 départements , par (iorsas, n" XXXI du 3i janvier 1793, p. '181 et A83.)
i'^ li nous a été pénible d'inculjier un
ministre qui ne nous est connu que par sa réputation de civisme et d'intégrité , et nous sommes bion éloignés d'accuser ses intentions; mais nous ne pouvions sicrifier à cette considération des vérit«'»s qui intéressent si essentiellement la sûreté de l'État. (Note du rapport,)
^*' ÏAi mémoire de Lacuce a été public à la date du 13 décembre 179a.
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que dans rarrondissement assigne à chacune d'elles, il serait établi des magasins à domeiire, dans lesquels il se trouverait en tout temps des subsistances, munitions et effets militaires quelconques pour la consommation de 80,000 hommes, au moins pendant un an; que ces effets ne pourraient, pour cause quelconque, être distraits ou transposés d'un arrondissement dans un autre, sans un décret formel du corps législatif, qui alors dans sa sagesse pourvoirait aux plus prompts moyens de remplacement. Voilà quelle serait l'économie bien entendue. Une pareille loi strictement exécutée, et l'instruction publique donnant à tous les citoyens une éducation militaire, il serait facile en tout temps de ramasser en un clin d'œil une force immense dans un point quelconque de la République, et certainement alors la France n'aurait jamais de guerre à soutenir que celle qu'elle voudrait bien entreprendre.