LE MARÉCHAL DE CAMP LAGOÉE A GARNOT
Toulouse, le U février 1793.
Je profile, mon cher concitoyen, du retour du courrier extraordinaire pour m'entretenir avec vous pendant quelques minutes.
Comme j'ai été étonné de voir dans Corsas que Barère a défendu Pache^'^
(') Dans la séance de la Convention du •J9 janvier 1798 Coraeyras, député extraordinaire de la Haute-Garonne, dénonça le ministre de la guerre comme ayant désorganisé Tarmée des Pyrénées. Après cette communication le député Bailleul demanda la destitution immédiate du ministre, mais Barère prit la parole en ces termes :
(T Comme organe des départements méridionaux je devrais appuyer les dénonciations faites contre le ministre de la guerre , mais je dois à la vérité de dire qu'hier, dans le Coniilc de défense générale , Carnot , Tun de vos commissaires aux Pyrénées, Ht
au ministre cette double inculpation : Vous n^avez rien fait pour organiser Tannée des Pyrénées et vous avez tout fait pour la désorganiser. Le ministre nous a répondu qu*un décret du 19 novembre avait empêché cette organisation. 11 nous parut juste alors d*examiner s*il n^y avait pas une faute de la part de l'assemblée ; mais le ministre ne put nous répondre sur ce qu^ii y avait à faire pour établir dans ce pays une armée active, parce qu*il n*y avait pas ce qu'il appelle une armée matérielle. 11 nous demanda le temps d'examiner sa correspondance ; hier il envoya au Comité de défense
358 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE C.4RN0T. [hrif.ijg3.\
Vëritablement je n'y comprends plus rien. Quoi 1 Barère défendre l*hoiiime qui expose cette frontière à la dëvastalion ; Barère défendre celui qui est aecuaë par tout son pays; Barère défendre celui qui est cause que nous manquons de toat, celui qui vous a empêchés, vous et vos collègues, de faire tout le bien que yoos aviez projeté, cela me passe ^^K
Vous avez reçu le tableau de nos besoins; ils sont âionnes, priez, presses, je
fj^énérale et à la députaiion des Basses- Pyrénées un état détaillé des approvisionnements, d*après lequel il parall que, dans nn mois, il y aura de quoi nourrir pendant six mois une armée de quarante mille hommes. (On murmure.) Quant à Tarlillerie, il venait de donner des ordres. (Afiirmwreê,) Quand il s*agira d*altaqucr le ministre Pache pour son administration, je ferai mon devoir, mais je demande qu*on ajourne toute discussion à son égard jusqu*après le rapport delà commission chai^^ d'examiner sa conduite ministérielle. Je demande, en outre, que le Comité de la guerre soit tenu de vous présenter un mode d'organisation de compagnies de miqueiets et un projet sur la distribution d'armes nécessaires à la défense de ce pays.?) Après une observation de Cambon la Convention ajourna la question jusqu'au rapport des commissaires envoyés dans les Pyrénées.
(Cf, Moniteur, XV, 3o8, et Journal des DébaU, p. 38 1 et suiv.) — En rendant compte de ce fait dans son Courrier des 83 départementê , Gorsas avait écrit simplement : (r Barère a fait ses eflbrts pour excuser ce ministre. n (Cf. n** du 3o janvier i793,p.48o,et n''du3î,p. /i8a à 48/i.) ^*) Lacuée écrivit la lettre suivante à Barère (Arch. de la guerre, armée des Pyrénées> reg, D, n" 8a5) :
ToDioDM, \t h fëTher 1793.
ff J'avoue, mon cher concitoyen, que je viens d'être frappé d'un grand étonnement en lisant le n** 98 du journal de Gorsas; j'y vois ces mots : Barère a fait «et effortê pour défendre le miniêtre,
ff Bien convaincu que Gorsas s'est trompé , je ne me plaindrai pas de vous à vous , mais , ri Gorsas ne s^ëtnil pas trompé , je ne pourrais, je \ou8 l'avoue, concevoir les motifs qui vous ont fait agir.
ffQue des hommes dominés par Tespril de parti, que des bonunes qui ^giK»renl notre position défendent Pache, à la bonne heure. Mais vous qui savez que nous n*a¥on8 aucun canon, que nous n'avons ni car»
touches, ni gai^usses, ni boulets pour en faire; que nos troupes sont nues, qui! nous manque 90,000 hommes pour Tabsolue d^ fensive; vous qui savez que Padie a tout fait pour emp^er roi^ganisttion de cette armée : non je ne puis le croire. Vous qui savez que vos concitoyens n*ont point d'armes et que Pache aurait pu leur en donner; vous qui savez que les troupes sont sans souliers, sans chemises; véritablement je n*ai pu le concevoir.
«Après avoir déchai*gé mon ccBur sur cette prétendue défense de Pache, k laquelle je ne crois pas , je dois vous dire que si sous un très petit nombre de jours on ne remplit point les demandes dont je vous envoie une copie, je dépose là Tautorité dont je suis revêtu , je troque mon emploi contre un mousquet et je vais me ranger dans une des années du Nord, où je n*aurai pas la douleur de voir une armée dénuée de tout. Je veux bien mourir des coups de l'ennemi, mais non de chagrin de me trouver à la tête d'une armée dénuée de tout; mais non de honte; parce que, avec nos moyens actuels, il nous est impossible de résister aux Espagnols. Vous sentes, mon cher conriloyen, qu'il m*en coûtera pour abandonner une frontière où je suis connu et j'ose croire estimé, mais je vois clairement que si Pache reste au ministère, nous n'aurons rien, et vous aurez la douleur bien amère de passer pour avoir contribué à notre dénuement en défendant un ministre que je n'accuse point comme crio minel , mais comme inepte.
(T Recevez mes fraternels compliments.»
(9 riy. 1793.] ACTES DE GARNOT À LA CONVENTION. 359
vous en conjure; tous les rapports que nous recevons annoncent une prochaine invasion. EUe est, assure-t-on, fixëe du 18 au 90 de mars. Ualarme est dans le département des Basses-Pyrënëes. Nous recevons des dëputations de tous les corps administratifs; ils demandent de l'argent , des hommes et des |fmes. Nous leur répondons : nous n'avons rien, nous leur montrons notre correspondance; ils nous plaignent et disent : il faudra nous sauver nous-mêmes. Véritablement le ministre paraît vouloir réduire les frontières au désespoir et les fonctionnaires h l'abandon de leurs postes ; car vous sentez qu'il n'est pas possible de rester chef là où le parc est sans canons, les arsenaux sans armes, les magasins sans boulets, l'armée sans chariots, sans caissons, sans chevaux, ni de bât ni de trait, les hommes sans habits , etc. Je vous épargne la longue kyrielle que je pourrais faire ; vous l'avez reçue par le dernier courrier.
J'ai reçu la lettre d'avis pour les 900,000 livres, mais il n'est qu'un seul objet qui soit clairement désigné pour que je puisse me permettre d'agir; c'est la confection des cartouches. Vous ne pouvez, mon cher Camot, me blâmer de cette prudence; je sais qu'on veut tâcher de me mettre en responsabilité. Je me souviens d'une lettre qu'Hassenfratz ^*^ m'a écrite sur cet objet dans le mois de novembre.
Je vous enverrai jeudi des observations sur le rapport du Comité.
Je vous recommande nos malheureux montagnards; vous n'avez pas d'idée de leur bonté, de leur sagesse.
Le général a demandé Lomet pour aide de camj) lieutenant-colonel, mais le ministre ne répond jamais.
Vous me qualifiez toujours du titre de maréchal de camp, et je ne le suis point <*^
J'ai cru mes idées sur le ministère bonnes; je m'en réfère h la Convention.
Adieu, je vous aime et vous embrasse de bon cœur.
(Arch. de la guerre, année des Pyrénées, reg. D, n* 896.)
TOULOUSE, ij FEVRIER I793.
LE MÂRécHÂL DB CAMP LAGU^ i GARNOT.
Toulouse, 9 février 1793.
Nos côtes , depuis Bordeaux k Hendaye sont bien , mais celles de la Méditerranée sont mal. Allez donc, je vous prie, au bureau de la guerre et faites partir les
(') Jean -Henri Hassenfratz, né à Paris le 90 décembre 1 7S5 , ingénieur des mines et chimiste , était un des prinripaux collaborateurs de Pache. C'est lui qui était chargé de la direction du matériel de la guerre. H se relira en même temps que le ministre. Il devint, en 1795, professeur à r Ecole des mines et moumt à Paris le a 6 février 1897.
(*) Lacuée avait été nommé maréchal de camp le 3 février 1798, mais la nouvelle de cette promotion ne lui était pas encore parvenue. On voit que Camot, qui avait été un des promoteurs de la nomination de son ami et qui savait qu'elle ne pouvail tarder, lui avait, par anticipation, donné, sur Tadresse de ses lettres , le titre de maréchal de camp.
360 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [9 f^v. 1793.]
trente-cinq premières pièces de canon de fer qui vous tomberont sous la maio. Nous avons un besoin indispensable de bouches h feu ; on peut les tirer du Greuzot ou de Monl-Cenis ou même de Toulon , ou même de Nice ou de ViUeGranche.
Demandez pour celle armëe des sabres qui sont à Lyon. Assurez-nous douze ou quinze mille fusils tout de suite. Procurez-nous l'ordre d^acheter du cuivre, de fondre ici nos ])etites pièces pour les montagnes. On nous donnera Cardailiac ^^K
Celte armée est la vôtre, mon cher Camot, ne Toubliez pas. Donnez-moi qoel- (]uefois de vos nouvelles et comptez sur mon tendre et inviolable attachement h vous et h la République.
P. S. Immédiatement après son arrivée Servan va partir pour Rayonne. Parcourez souvent, mon ami, les états que je vous ai envoyés, aGn de ies faire compléter.
(Arch. de la giiorre, armt^ des Pyrénées, reg. Ç, n* 17,)
PARIS, It FÉVRIER 1793.
CARNOT EST CUARGif D'UN RAPPORT PAR LE COMPTA DIPLOMATIQUE.
Landi, 11 féTrier.
I^ président fait lecture de plusieurs pièces. Le comité charge Gamot d*uii rapport sur la demande de Rlaux ^'^ et La Porte, commissaires adjoints, relative à la question de savoir s'ils pourront dresser procès-verbal des pétitions qui semnl faites par les bailliages de Harskirch et Neu-Saarwerden et autres communes ^'^ Cai*not est chargé encore de diverses autres pièces relatives à des demandes de réunion.
(Arch. nal'o F^ U'aoq, rog. du Comité dipiomadqae.)
[Dans la séance du Comité de défense générale du 11 février 1798 on lit : rrDillon est cnten(hi sur divei's renseignements qu^il est venu proposer au Gomitë relativement aux colonies occidentales ^^^ ; il annonce ensuite avoir un plan h communiquer sur ces mt^mes colonies. Le Comité nonmie trois commissaires, Gamot, d'Espipassy, Merlino ^*-, pour recevoir celle communication. ^ (Cf. Aulard, II, 1 08.)]
^^^ Ville du département du Lot.
'*^ Nicolas-François Blaux, ne à Rambcrvillers (Vosges) le 5 septembre 1739, avocat en 1751, maire de Sarreipiemines en 1789, député de la Moselle à la Convention le 7 septembre 179a, el au Conseil des Anciens le aâ vendémiaire an iv (i6 octobre 1790).
'•*' Cf. plus loin le rappor do («aruot en date du ih février 179^
(*) Le (j^énéral Arthur Dillon 8*étaît occupé des questions coloniales à rAssemblëe constituante où il représentait la Martinique. 11 venait de faire annuler par la Comention, le 6 février 17989 le décrel rendu contre lui le 18 août 1799.
^^) Jean-François-Marie Merlino, députe de PAin à la Convention, né à Lyon le 11 décembre 1737, mort dans la même ville le 10 décembre i8o5.
[fj FÉv. 1793.1 ACTES DE CiRNOT À LA CONVENTION.