RAPPORT DE CARNOT SUR LA REUNION DE BRUXELLES ▲ LA REPUBLIQUE
(Citoyens, vous avez ordonné que votre comité diplomatique vous ferait un prompt rapport sur le vœu que les citoyens de Bruxelles viennent d'émettre pour leur réunion à la République française. t!e vœu vous était connu depuis longtemps ^*^^ ainsi que celui de Mons, do Gand,
<*) Nicolas-Marie Quineltc, né h Paris le 16 septembre 176a, députe de TAlsne à la Léjjislativc et à ia Convention , ministre de rintcrieur en 1799, mort k Bruxelles le 16 juin 1891. II n'alla pas dans les Pyrénées, mais fut un des commissaires envoyés pour arrêter Dumouricz et livrés par celui-ci aux Autrichiens.
(') Les commissaires de la Convention et les commissaires nationaux qui parcouraient la Beijriquc annonçaient dans leurs lettres ios hoimes dispositions des citoyens de ce pays pour leur réunion à la France. ( Cf. Aulanl et Arch. du ministère dos affaires élrangèrciî. ) Celle léunion clait d\iilleur8 prévue par le conseil exéculif. Une circulaire adressée par le ministre des aifaircs étrangères Le Brun aux conimL<;saires nationaux en Belgique le 3i janvier 1798 (Arcli. des affairos étrangères, Pays-Bas, i8i^,p. 96). ronti(.>nt les instructions suivantes :
ffLes deux Flandres, Bruges, Liège, le Limbourg, Slavolot, Malmcdy, la I^gne, Dinanl et les cain]ia(^cs, Mons, une partie môme de Bruxelles penchent et volent pour être réunis à la France, comme la Savoie. Appuyez , encouragez , facilitez ce vœu (fune reunion qui leur seinhie un bienfait: mettez
diligemment en usage tout ce que vous avez à cet égard de moyens peraouifii et aclievei bientôt ce que la Belgique diemême a commencé d*une manière si prononcée
ffL^avantage des Belges est ici de conquérir en quelque sorte la France par cette réunion, s'ils parviennent à Tobtenir de notre République, comme il y a lien de le croire. Il est encore d'anermir leur liberté, d'assurer ceUe de l'Escaut, de faciliter celle de la Hollande et d'agrandir en tout par la suppression des douanes et des traves, leur industrie, leurs débouches el leur sphère, non seulement dans la France et dans l'Europe, mais encore sur lea mers, au delà des mers
er L'avantage particulier de ia France dans cette réunion, si die s^eflTectuait, comme il est possible, serait d'augmenter notre population de trou millions dliommes , l'hypothèque de nos assignats de plus d'un milliard par la vente des Mens lUh tionaux, nos revenus annads d*envir<ni quarante millions et nos forces de ciii* quante mille soldats.»
D'autre part, le 6 février 1798, des députés de la société des Amis de la liberté et de l'égalité de Bruxdies étaient venus
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do Liè(je et d'un nombre immense d'autres communes du Hainaut et ' de la Belgique; mais aucun d'eux ne vous était parvenu jusqu'à ce moment revêtu des formes légales qui garantissent la liberté entière et l'authenticité d'un acte aussi solennel. Celui de la ville de Bruxelles et de sa banlieue vous est enfin arrivé ^^\ et votre comité diplomatique vous propose la réunion immédiate de cette grande et superbe cité au territoire de la République.
Le Belge, né pour la liberté, a mille fois essayé de briser ses fers, et chacun de ses efforts n'avait fait que le plonger plus profondément dans l'abtme dont il voulait sortir. Chaque secousse qu'il a donnée à sa chaîne a été pour ses tyrans un avertissement nouveau de la rendre plus dure et plus pesante; l'espoir enfin serait à jamais perdu pour cette belle contrée, si elle se trouvait abandonnée à ses propres moyens; mais la France est là, et jamais peuple, digne de la liberté, n'invoquera en vain sa puissance.
Quel que fût le despotisme impérial, ce n'était pas encore peut-être le plus grand des maux qui a£9igeassent ce pays. Ses états aristocratiques, ses innombrables privilégiés, nobles ou fainéants, orgueilleux de toute espèce, cette ivraie qu'on retrouve partout, qui partout est le fléau du peuple et de la raison, tenait les citoyens dans cet excès d'asservissement, qui ne permet pas même d'oser tourner ses regards vers une situation meilleure. Telle était la stupeur de tous les peuples qui nous environnent , lorsque l'éclat de la Révolution française fit briller l'espérance à leurs yeux et pénétra, accompagné de la terreur, jusqu'au fond du palais des monarques.
Le peuple de Bruxelles a été retenu quelque temps , ainsi que le sont encore grand nombre de villes, par les doutes qu'on s'est efforcé de jeter sur la fermeté de vos résolutions, peut-être par la supposition de
exprimer à la Convention les yœux de ieur.> concitoyens. (Cf. Moniteur, XV, 876.) Le 1 9 février des olFiriers et soldats belges, le général Rosières en tête, signèrent une pétition pour demander la réunion de Bruxelles à la France, et les députés Delacroix, Gossuin et Merlin de Douai, transmirent cette pétition à la Convention dans une lettre datée de Bruxelles, le 17 févrior 1793. (Orig. , Arch. nat. . F' û4oa.)
(^) La réunion de Bruxelles avait été votée dans une assemblée de citoyens de cette ville tenue le 9 5 février 1798. Le même jour tes commissaires en Bdgi<[ue en informèrent la Convention par une lettre de Camus (Orig., Arch. nat, F' 6âos), qui fut lue , le 37, en séance. C*est alors que la Convention renvoya la pétition tu comité diplomatique,' qui chargea Camot du rapport.
ao.
388 CORRESPONDANŒ (;ÉNÉR\LE DE GARNOT. [t" mabs 1793.]
votre (lofaul de moyens pour résister li tant d'ennemis ^^); mais le gcnie de la liberté, vos succès multipliés, celte ardeur militaire qui se ranime avec une vivacité toujours croissante, lorsque les ennemis la croient prôte à iinir de lassitude, annoncent dune voix terrible à tous les tyrans de l'Europe que leur chute est aussi prochaine qu'inévitable.
Votre comité diplomatique vous a déjà présenté le développement des principes d'intér^M et de justice (|ui doivent être les guides d'un peuple libre en matière de réunion. Il ne s'agit donc plus que d'applications particulières.
Le procès-verbal de l'assemblée primaire, qui réunissait les citoyens de Bruxelles et de sa banlieue, annonce un enthousiasme que je tenterais vainement d'exprimer. Le vœu pour la réunion a été unanime, l'impatience des citoyens n'a pas permis de l'émettre autrement que par des acclamations* réitérées et des cris de Vive la République Jranfaise ! Vive la réunion! Des illuminations, des Wtes publiques, des salves d'artillerie et le bruit des cloches ont attesté l'allégresse des citoyens; on a juré l'abolition de la tyrannie; jamais vœu ne fut plus libre, jamais serment ne fut plus solennel ^"^K
Je n'examinerai point ([uels peuvent cître les intérêts respectifs des deux peuples à la réunion désirée. Dans ce moment un seul doit nous
'^ lu ciloyen de Bnixellos , noitiiiic Tlionias Tome, fit imprimer une pn>(estation à la Conveul on contre lo projet de l'éunion à la France. Sa hrocluire de ({unire pajjes in-S", intitulée Thomas Torne aux Français, fut envoyée au comité diploniali({ue le a5 jamler 1793. (Arch. nat. , F' ^l'ioa.) l*) Il (»st inlcn»ssant de rappro.her d(»s termes de ce rapport une lettre adressée de Biiixellcs, le ;>.6 févrii*r 179H, au ministre des alViilri^s élran|j»*n'S Le Bnin par un aèrent de la Répuhiicpie française à Bruxelles, (]. Melman (Orijj. , Arch. «les aiïaires étrau^jôres , Pays-Bas , 1 8 'i , j). i oT) ) : rLa réunion tie Bruxelles à la France \ient (Kètre >otée par une assend)lée a^-sez nombreuse, composer des Iial)itant8 de la ville, «le militaires français et heljjes. l ne aussi prompte «iéci-ion ne pouvait rtn» aun-néi' (jue par «h's niesuros toutes polititpies. Ij»s mesures send»i(Mit avoir été Mon (^)n^erté^'^: le résultat eu e>t la pieii\«". Top^Midant . il
ne faut pas nous le dissimuler, ia conviction est loin dVtre dans la majorité des tètes, mais il ne faut pas désespérer de Ty faire naître. Peut-être serait-il facile de prouver (|ue la réunion des Belges à la France leur est, à plusieurs égards, bien plus avantageuse qu'à notre République, leur est surtout bien plus profitable qu'une ruineuse et impraticable isolation d*État. J'en ai additionné les nombreuses preuves dans un écrit (|uc les commissaires du conseil se pnïposi'ul de faire imprimer, i» — La brochure de Metman fut imprimée sous ce titre : De la réunion de la Belgique à la France par C. M,, agent de la République française. De l'imprimerie de F, Hayei, l'un r de la Hécolutiun, In-ia de 99 pages. (Arch. des aiïaires étrangères, Pays-Bas, i8à, p. 1 '](}.) Metman en ajourna la distribution, en raÎMiU des circonstances (cf. lettre du !•) mars l'jc^'^). et le ministre Le Brun le félicita de cette décision.
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lixer, la gloire nationale, l'engagement que nous avons pris d'aider et de défendre tous les peuples qui veulent conquérir leur liberté. Bruxelles ne peut conserver la sienne sans nous; c'en est assez, de ce moment Bruxelles est française.
Citoyens, vous êtes impatients de prononcer ce décret qui va porter le coup mortel à vos ennemis.
(Copie, Arch. des affaires étrangères, Pays-Bas, t. (iLXXXIV, p. 167. — Impr. dans le Moniteur, XV, 590, et dans le Journal de» Débati, n" i64, p. 5.)