STRASBOURG, li 1 AOÛT I
LES COMMISSAIRES AU PR^SIDEIST DE L'ASSEMBLl^E NATIONALE.
Strasbourg f le ai août 1799, Tan iv de la liberté.
Monsieur le président.
Pressés par la multitude des objets qu'embrasse la mission que nous a confiée l'Assemblée nationale, nous trouvons à peine l'instant de lui rendre un compte succinct de nos opérations depuis le 17, jour du départ de notre dernière lettre , et nous la prions d'excuser le désordre qu'elle pourra trouver dans celle-ci.
Le 1 7 nous partîmes du quartier général de Wissembourg pour aller à Landau. En cette occasion et dans toutes celles ou il y a eu à
fausses conjectures que les mauvais citoyens cherchent à répandre , relativement aux circonstances qui ont déterminé l'Assemblée nationale aux résolutions salutaires qu'elle a prises pour sauver TÉtat et pour consolider à jamais la régénération française. Tels sont, Législateurs, les sentiments dont les administrateurs du département du Bas- Rhin et du district de Strasbourg sont pénétrés. Ils vous supplient d'en agréer rhommage et d'être assurés de toute la fermeté avec laquelle ils sont déterminés à faire exécuter les lois cl à rester à leur poste.
(rLesadminislrateurs composant le conseil général du déparlement du Bas-Rhin et du district de Strasbourg réunis :
{tBbaun, président, Stoebbr, Buchholtz,
AiiDRé, Jacob, Donscii, Laurent, Dessol-
LIEBS, OSTERMAKN, SaBEZ, BeRTRARD,
GoArrEKALiR, Louis, vice-présideni^
Burobr, SALnMANN, Edblhanr, Bbrta-
BOLB, procureur général 8}fndic, Ergbl,
P. Neumarn , HiRscoBL , Obbbuii , MOTAUX,
Stouulen, président du district, Bbbu,
CaRiSTiAiii, procureur syndic suppléant,
Stempbl, ZiMiiEB, Ahmbl, P.-F. Mohbt,
CaBiSTHANN, secrétaire, li
La proclamation imprimée du conseil
général du département du Bas- Rhin à
leurs concitoyens, en français et en aile-
mand, est jointe h cette lettre.
(^) Cet arrêté fut imprimé à Strasbourg en français et en allemand et affiché sur les murs de la ville. 11 en existe un exemplaire à la bibliothèque municipale de Strasbourg, Je dois cette indication et tous les documents provenant de la bibliothèque et des archives de Strasbourg, à l'obligeance de M. Rodolphe Reuss, le savant historien de l'Alsace. Je suis heureux de le remercier publiquement de son précieux concours.
[ai AOÛT 1793.]
courir quelques risques d'être enlevés, les généraux ont eu soin de nous donner une bonne escorte.
La ville de Landau , tant par l'excellence de sa fortification que par celle des troupes qui veillent h sa garde, fait le désespoir des ennemis, qui voudraient pénétrer par le Palatinat^^^ Le brave et incorruptible Custine est à la tête de la garnison ^^^ et lui communique son dévouement et sa confiance dans l'Assemblée nationale ^^\ Les décrets ont été reçus dans cette clef de l'empire avec le même enthousiasme que dans les camps de Wissembourg et de Lauterbourg. MM. Joseph Broglie^*^ colonel du a" régiment de chasseurs à cheval, et Villantroys, second lieutenanf-colonel du même régiment, ont seuls manifesté une opposition assez formelle aux décrets que nous leur annoncions pour nous obliger à les suspendre de leurs fonctions ^^^ ; nous avons sur-le-champ remplacé le dernier, sur l'avis du général, par M. Bouchard, qui a pour lui l'expérience, des blessures et la voix publique ^^l Quant à M. Broglie, nous avons cru devoir laisser sa place vacante pour ne point blesser la délicatesse d'un de nous (M. Couslard), dont le parent, premier lieutenant -colonel du régiment ^^\ arrivait de droit à cette place. Il a fallu, pour satisfaire la délicatesse
t'î Cf. aux Archives de la guerre, armée du Rhin, un rapport de Cusline sur Tëlat des fortifications de Landau, en date du 18 août 1793.
i'ï Depuis le 6 août 179a.
('^ Le 20 août 1793 le gênerai Biron écrivit de Strasbourg à Custine une lettre où on lit : erLes commissaires de TAssemblée nationale sont enchantés de la manière dont vous les avez reçus et de celle dont vous menez votre place. Je n^en ai pas été étonné, mais j^ai été bien aise de voir qu'ils vous rendaient une justice que vous méritez à tant de titres. . . y> (Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin).
(*) Auguste- Louis- Joseph de Broglie, né le 3o janvier 1766, sous-lieutenant au r^iment.d'Auuis le i/i juin 1780, capitaine le 31 septembre 1786, major en second le 1" mai 1788, lieulcnant-colonel et aide de camp du maréchal Luckner le 3o juin 1791, colonel du 2* chasseurs le 5 février 1793. (Cf. plus loin, à la date
du 3o août 1799, un ordre des commissaires pour faire arrêter Joseph de Broglie. )
(^) La suspension eut lieu le 18 août. Le même jour Custine en avertit le général Biron. (Arch. de la guerre, armée du Rhin, reg. 8, fol. 65.)
(*) Cf. plus haut la réquisition des commissaires à la date du 20 août 179^.
(^) Guy, chevalier de Coustard de Saint- Lô, né à Saint-Domingue le 12 août 17A8, mousquetaire le 38 mars 1768, capitaine de cavalerie le 17 janvier 1778, chef d'escadron le 1 o mai 1 789 , chevaUcr de Saint- Louis le 35 mai 1791* lieutenant-colonel au 9* chasseurs le 6 novembre 1791» maréchal de camp le i5 septembre 1793, général de division le i5 mai 1798, suspendu de ses fonctions le 7 octobre 1798, membre du directoire central des hôpitaux en Tan viii, réformé le 7 floréal an i\, chevalier de la légion d'honneur le 1 A juin 180^, retraité le 7 juillet 1811, mort à Paris le jq novembre 1890.
56 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ai A0ÔT1792.]
de MM. Coustard, résister au vœu de tout le corps des chasseurs, qui l'appelaient à leur tôte, et oublier la gloire dont cet officier patriote venait de se couvrir à Taffairv? de Rhilsem ^^\
La garnison de Landau est d'environ 7,600 hommes, indépendamment de 600 gardes nationaux de la ville qui ne le cèdent en rien aux autres. Cette garnison, quoique très en état, telle qu'elle est, de braver jusqu'à l'hiver toutes les forces ennemies, n'est pourtant pas h beaucoup près ce qu'elle devrait ôtre , vu l'importance de sa position. Il manque beaucoup de choses à son approvisionnement et au bienôtre des troupes; il n'y a plus d'argent pour continuer les travaux de la fortification ^^^; une multitude de plaintes particulières nous sont parvenues. Nous vous envoyons les pièces et états relatifs à tous ces objets, en priant l'Assemblée de les prendre dans la plus prompte et la plus haute considération. Parmi ces plaintes il en est une qui est générale pour toutes les troupes que nous avons vues, c'est qu'il reste encore une multitude de places vacantes et que la plupart des officiers n'ont pas leurs brevets, excepté ceux dont le patriotisme est douteux. Les autres éprouvent toutes sortes de rigueurs et la sévérité à leur égard est en général d'autant plus grande que leur patriotisme est plus fortement prononcé. Ce malheur, fruit de la longue perfidie du ministère, est plus facile à indiquer qu'il ne l'est d'en proposer le remède. On peut au moins trouver un moyen pour qu'il soit sur-le-champ nommé aux places vacantes et expédier des brevets aux officiers.
Le 1 8 au soir nous sommes partis de Landau pour revenir à Wissembourg, que le général Biron avait quitté sur notre réquisition^*^
^'^ Le 3 aoûl 1799 les Autrichiens surpriront dans le villa{;e de Rûlzlieim (el non RhiUetn , comme récrivent les commissaires, ou [ihptxheim, comme l'imprime le Moniteur) les chasseurs à cheval, qui se défendirent vaillamment, mais durent se retirer sur Wisscimhourg. ( Cf. Monifewr, XIII , 36 1 ). Cent à celte affaire que se distingua Couslard Saint-Lù, comme le mentionne Kellerniann dans une leilre du 7 août 1793 au tninisire de la guerre (Arch. de la guerre, armée du Bhiu) : <tKu même lomps que celle attaque fui faite (il s'agit du comhat d'Arnheim), il y en a eu une à Hiilzlieim, où cinq cents hommes, commandés par
M. Coustard Saint -L6, Ueutenanl-colonel du â* répriment de chasseurs à cheval, ont été attaqués par quatre mille hommes dMnfanterie et douze cents chevaux. Cet oiOder a fait une très helle retraite et n^a perdu, tant tués que blessés ainsi que prisonniers, qu'environ cinquante hommes. n
^*^ Cusline s'entendit avec les commissaires, et nolamment avec Prieur, sur les réparations et adjonctions à faire aux forlifications de Landau. (Cf. lettre de Custinc du 1" septembre 1793, Arch. nal , AA 53, n° 1^90.)
^^^ Cf. la réquisition des commissaires à lu date du 17 août 1793.
[ùi Aoâriyga.]
pour se rendre à Strasbourg, en abandonnant au général Kellermann toute l'armée campée à Wissembourg et à Lauterbourg. Les motifs qui nous ont déterminés à donner cette réquisition sont qu'il nous a paru essentiel de placer les généraux Biron et Kellermann dans des postes dont l'importance répondit à la haute confiance dont ils jouissent et de rapprocher en ces circonstances l'un des deux au moins des départements du Haut-Rhin et du Doubs, qui peuvent être menacés.
M. de La Morlière^^^ d'ailleurs, qui commande à Strasbourg ^^^ est d'un âge très avancé et sollicite avec instance un poste moins pénible ^'^; enfin personne n'était plus propre que le général Biron à préparer les esprits dans la ville de Strasbourg avant notre arrivée. Vous n'ignorez pas, Monsieur le président, combien de ressorts on a mis en œuvre pour soulever le peuple strasbourgeois contre l'Assemblée nationale, combien de manœuvres ont été employées pour l'engager à refuser vos conunissaires et à se séparer de la France. Ces projets, dont nous fûmes instruits, nous firent abandonner le dessein que nous avions formé d'aller d'abord à Strasbourg. Nous crûmes qu'il était nécessaire
(^) Alexis Magallon de La Morlière, né à Grenoble en février 1707, lieutenant au régiment de Bourgogne te 3o mars 1728, ciipiLaine le 36 août 1738, lieutenantcolonel le 16 décembre 17/iA, colonel le 16 octobre 1766, brigadier le 37 juillet 17A7, colonel des volontaires de Flandre le 1" avril 1767, maréchal de camp le 10 février 1769, lieutenant général le 95 juillet 1763, grand-croix de Saint-Louis le 7 mars 17931 commandant en chef de Tarmée du Rhin du 1*' juin au 9 juillet 1793, commandant la i.V division militaire le 18 septembre 1793, cessa d^étre employé le i5 mai 1793* admis au traitement de réforme le 33 pluviôse an vi, mort eu 1799.
(') Le 19 juillet 1793 Luckner avait présenté le général La Morlière comme commandant particuUer de Strasbourg aux citoyens de celte ville. « Il Ta pris dans ses bras , dit le Courrier de Strasbourg ( n" 173, p. 685), et lui a dit: Mon ami, il nous reste peu à vivre; il faut bien nous battre contre les Autrichiens. Vous répondrez de la ville à la nation , à la loi et au roi ; cl à
moi (en se frappant la poitrine.) En cas d^attaque, il faut résister jusqu^à la dernière extrémité et plutôt tout détruire. J*ai acheté une maison ici; je veux que dans Textrémité ce soit la première brûlée, n
(') Le 30 août 1793 le général La Morlière écrivit de Strasbourg au ministre de la guerre pour demander comme retraite le commandement en chef de la SI* division militaire : «M. La Morlière, disait-il, le plus ancien lieutenant général de Tarmée en activité, a rempli sa tâche militaire pendant soixante -dix ans avec honneur, loyauté et désintéressement. Il sent avec de sincères regrets que le poste important qu*il occupe et que son dévouement à la chose publique lui avait fait accepter est au-dessus des moyens physiques qui lui restent.» Son fils (François-Louis Magalion de La Morlière, qui devint général ) demanda , par lettre du même jour, à ne pas être séparé de son père, dont il était Taide de camp. (Arch. de la guerre, armée du Rhin.) Le 31 le général écrivit aux commissaires une lettre dont on trouvera le texte plus loin.
58 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ 9 1 aoôt i 79a.]
de laisser le peuple de ce pays s'éclairer sur ses véritables intérêts et sur les faits qu'on lui avait présentés sous un jour odieux pour le soulever. Nous pensâmes que l'exemple de l'armée et de la garnison de Landau, dont on nous annonçait les bonnes dispositions, influerait d'une manière avantageuse sur l'esprit public de Strasbourg. Ces mesures ont obtenu le succès que nous nous en étions promis. Nous essayerions inutilement de vous peindre l'enthousiasme avec lequel nous avons été accueillis dans cette grande ville ^^^ Nous y arrivâmes le dimanche 1 9 au soir. Un nombre considérable de cavaliers de la garde nationale strasbourgeoise vint au-devant de nous jusqu'à plus d'une lieue. A mesure que nous approchions, de nouveaux détachements arrivaient. A une demi-lieue à peu près la foule devint si considérable que nos chevaux ne purent plus aller qu'au petit pas. La grande route était couverte d'un peuple inunense qui se livrait à l'allégresse; des cris de Vive la nation, vive la liberté, vive régalité, perçaient les airs. Les plus prompts se jetaient aux portières de la voiture pour nous embrasser, les autres nous prenaient les mains qu'ils pressaient sur leur cœur et contre leurs lèvres. Les dames formant un cortège nombreux vinrent nous complimenter ingénument, nous offrir des bouquets et nous traiter comme des frères qu'on revoit après une longue absence. Nous arrivâmes enfin aux portes de la ville au milieu de ces acclamations; elles redoublaient à mesure que nous approchions de notre auberge. Les gardes nationales étaient en bataille devant les maisons, les citoyens se pressaient aux fenêtres et préparaient une illumination. Rendus au logement qu'on nous avait préparé chez un hôte renommé pour son patriotisme, nous y trouvâmes les corps administratifs qui nous exprimèrent leur dévouement â l'Assemblée nationale, leur soumission à ses décrets, leur empressement â l'honorer dans la personne de ses commissaires.
Le lendemain nous fîmes à la tête des troupes rangées sur la place d'armes la proclamation des lois que nous étions chargés de leur annoncer; elles furent écoutées avec un transport égal à celui que nous avaient témoigné les autres citoyens.
Voilà, nous le croyons. Monsieur lo président, une grande partie
^') On lit dans la icltre de Binon à Cus- reçus ici. Je crains qu'ils ne soient obliges tinc, du a o août 179!) : (T Les commissaires d^iser de rigueur avec le département. » de rAsseniblée nalionale ont été fort bien (Orifj. , Arcb. delà |;uerre, armée du Rhin
[ai AOÔTiyga.]
des difficultés vaincues, ou plutôt ces difficultés, qu'on essayait de nous représenter comme insurmontables, ont disparu comme des chimères et sont devenues pour nous la source des jouissances les plus pures. Les vrais amis de la liberté et de l'égalité, ceux qu'on n'a jamais vu hésiter sur les principes, peuvent seuls en sentir tout le prix.
La société des amis de la Constitution, longtemps interdite, a repris ses séances et a voulu annoncer sa modération et son respect pour l'Assemblée nationale en conunençant par nous demander l'exercice d'un droit qu'elle savait parfaitement lui appartenir sans autorisation.
Il nous eût été doux, dans un jour si beau, de n'avoir eu à frapper aucun coup d'autorité, mais quelques officiers nous ont réduits h la nécessité de suspendre leurs fonctions. En voici la liste :
MM. Formigier^*^ lieutenant-colonel au 37" régiment d'infanterie; Saint-Florent ^^^ lieutenant-colonel au 3 y*' régiment d'infanterie; Gromard^^^ Villaret^*^ Cornet ^^^ et Neyremand^^^ lieutenants-colonels
^') Aimé Beaupuy de Formigier, né en Périgord en 17/10, enseigne le 98 avril 1 760, capitaine le 30 mars 1778, capitaine coromandanl le 18 mai 1783, lieutenantcolonel du 97' régiment le 98 mars 1793, destitué le 93 novembre 1799.
t*î G ni -Joseph Bois de Saint- Florent, né dans le diocèse de Valence le 9t juin 1787, lieutenant le i5 décembre 1757, capitaine le h août 1770, ^pitaine-comniandant le 98 février 1778, chevalier de Saint-Louis te 99 juillet 1781, lieutenantcolonel au 37* régiment le 90 juillet 1791.
(^^ Quentin Gromard, né à Fresnoy (Seine-Inférieure) le là août 17/13, aspirant d'artillerie le sU juin 1769, élève le 17 septembre 1763, lieutenant en second le 9^ octobre 176a , lieutenant en premier le i5 octobre 1766, capitaine par commission le 1" novembre 1776, capitaine eo second le 9 mai 1778, capitaine de canoooiers le 19 juin 1786, chevalier de SaiotrLouis le 5 octobre 1787, lieutenautcoloncl le iG mai 1799, remplacé le i*' novembre 1799.
^^' Jean do Villaret- Joyeuse, no à Auch
le 18 octobre 176^ , aspirant d^artillerie le 8 décembre 1 769 , élève le 1 9 février 1 768 , lieutenant en second le 99 octobre 176^, lieutenant en premier le 1 5 octobre 1765, capitaine le 3i octobre 177^^ chevalier de Saint- Louis le 16 novembre 1788, Ueutenant- colonel le 99 août 1791.
î*î Olivier- Josi^ph Cornet, no à Pondichéry (Inde) le îî5 avril 17^/1, aspirant d^artillcrie le 91 décembre 1769, élève le 19 février 1768, lieutenant en second le 3 mai 176^1, lieutenant en premier le i5 octobre 1766, capitaine le 97 octobre 177/i, chevalier de Saint-Louis le 93 décembre 1787, lieutenant-colonel le 1" avril
t*^ Charles-Pierre de Neyrcmand, né à Joinville (Haute-Marne) le 9G avril 17^8, aspirant d'artillerie le i3 septembre 1760, élève le 3 mars 17C9, lieutenant en second le 10 septembre 1768, lieutenant en premier le 10 octobre 17O5, capitaine le 1*' octobre 1779, chevalier de Saint-Louis le 5 septembre 1788, lieutenant-colonel le 1" avril 1791, remplacé le i*' novembre
6» CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [ai aoôt 179a.]
d'artillerie; Romclin, Doneux^*^ Philippe de Vaulx^-^ et de Verd^*^ capitaines au 96' régiment d'infanterie; Costard, officier au 87* régiment d'infanterie.
Nous avons aussi fait les remplacements qui nous ont paru ne pouvoir éprouver aucun retard. M. La Rivière ^*\ premier capitaine du i" bataillon du 37* régiment, a remplacé i\I. Saint-Florent. M. Mangin, premier lieutenant du 3* régiment, a remplacé M. Baubert, capitaine, absent depuis plus d'une année, quoique son congé fût expiré. La nomination de MM. Berria et Besson, faite par M. Kellermann, dont on éludait sans cesse la réception sous divers prétextes, a été confirmée par nous. Enfin deux officiers, ayant prétention h une même place de lieutenant au 10' régiment des chasseurs à cheval, h cause d'un malentendu du pouvoir exécutif, nous avons donné cette place à celui qui nous paraissait le mieux fondé à la répéter et nous avons recommandé l'autre (M. Maizières) au général Biron, qui a promis aussitôt de le placer dans sa légion.
Les mêmes plaintes que celles qui nous avaient été portées à Landau sur le défaut de brevets et sur le non-complet des officiers nous ont été répétées maintes fois ici. Les soldats ont demandé, comme à Landau, d'être payés comme en campagne, attendu leur service infiniment pénible et la perte prodigieuse des assignats, qui est de 66 à 48 pour cent. Les officiers ont, par la même raison, demandé d'être payés comme en campagne et que les deux tiers de leurs appointements leur fussent payés en numéraire. Les généraux ont beaucoup insisté sur ces demandes des officiers et soldats; ils nous ont surtout
^*) Jean-Jacques Doneux, né à Liège en 17/J9, volontaire le i3 juillet 1756, souslieutenant le 19 avnt 1767, lieutenant le 3*j juin 1766, capitaine en second le j8 sopterabre 1777, chevalier de Saint- Louis le la juillet 1781, capitaine-commandant le 90 avril 1788, destitué le 1" octobre 1799.
(') Jean-Philippe de Vaulx, né le 9 mai 17/16, sous-lieutenant le iU décembre 1761, lieutenant en second le 99 février 1768, lieutenant en premier en 1770, capitaine en si'cond le 9 A juin 1780, chevalier de Saint-Louis le 93 décembre 1787.
^^^ Philippe-Otton de Verd, né le a dé-
cembre 1753, sous-lÎAutenant le aS mare 177/i, lieutenant en second le 9 A juin 1780, lieutenant en premier le 10 juin 1787, capitaine le 6 novembre 1791*
(*) Jean-Pierre La Rivière de Neufaiaison , né à Neufmaison ( Ardennes) le 3o mai 1737, soldat le i*' avril 1766, sergent le i3 mai 1768, porte-drapeau le 19 novembre 1768, sous -lieutenant le 8 juin 1776, lieutenant en second le 91 février 1779, premier lieutenant le 7 août 1786, chevalier de Saint-Louis le 7 juin 1789, capitaine en second le 1*' novembre 1789, lieutenant -colonel au 37* d'infanterie le 9 1 août 1799.
[ai AOÛT i79a.j MISSION À L'ARMÉE DU RHIN. 61
pressés d'invoquer votre justice en faveur des officiers de santé qu'on paye entièrement en assignats, quoique leur traitement soit fort modique; ils demandent avec instance qu'il leur soit donné par mois comme aux officiers militaires 5o livres en argent monnayé.
Enfin une plainte générale des officiers et soldats est qu'ils n'ont aucun moyen de connaître les lois qui les concernent, ce qui les livre à l'arbitraire de leurs chefs et les prive de la satisfaction de savoir si on leur rend exactement justice. Les journaux qui leur tombent entre les mains sont rarement ceux qui leur conviendraient. Peut-être, Monsieur le président, l'Assemblée pensera-t-elle que ce serait un travail utile et une dépense peu considérable et d'une grande utilité que celle d'un journal militaire qui parviendrait gratis à chaque corps, que le soldat aurait droit de lire et qui l'instruirait et des lois qui le concernent et des principes moraux qui pourraient l'empêcher de s'égarer et de se désunir.
Enfin, Monsieur le président, des plaintes sans nombre nous ayant été portées contre les administrateurs du département et le chef de la municipalité, nous avons cru devoir donner à cet objet capital toute l'attention qu'il méritait. Nous avons été au lieu des séances de l'administration, nous nous sommes fait représenter les registres et avons requis qu'il nous fût délivré des extraits des pièces principales ^^\ Nous vous faisons passer ces extraits d'après lesquels l'Assemblée nationale pourra prononcer; mais, vu l'urgence, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de prononcer la suspension du procureur général syndic et d'une partie des membres, soit du directoire, soit du conseil général. Nous avons remplacé provisoirement ces administrateurs et la copie de notre arrêté est ci-jointe.
L'administration du district nous a paru bonne et aucune plainte ne nous est revenue contre elle.
Quant au chef de la municipalité ^^^ comme l'Assemblée nationale est déjà saisie des plaintes portées contre lui, nous avons cru devoir nous abstenir de prononcer sur ce qui le concerne. Une partie des habitants de Strasbourg paraît avoir en lui une confiance aveugle, l'autre publie hautement qu'elle le regarde comme un traître; elle l'accuse d'actes arbitraires, d'oppositions scandaleuses aux nouveaux
^*) Ces extraits, au nombre de huit, ceriiGés par Hoffmann, secrétaire général, sont conservés aus Archives nationales (DXL 17, n" 99). — ^*^ Le baron de Dietrich.
62 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ai août 179a.]
décrois de l'Assemblée nationale ot d'inlrigues perfides pour faire rétrojjrader l'esprit public et influencer les délibérations des corps administratifs. Nous avons eu avec lui de longs entretiens; il a nié tous ces faits et nous nous proposons de remettre à rAssemblée nationale tous les éclaircissements que nous aurons pu recueillir à cet égard.
A notre arrivée des canonniers de la garde nationale, emportés par l'enthousiasme universel, s'étaient écartés des règles de la discipline et n'avaient pas été réprimés par leur officier. Cet officier avait été puni. Les amis de la Constitution, à la séance de laquelle nous assistions, nous ont fait part de cet événement, dont nous étions en quelque sorte la cause. Nous avons cru que dans ces moments il valait mieux tolérer un excès de zèle que de comprimer le sentiment du patriotisme; nous avons demandé comme simples citoyens au commandant de la place la grâce de l'officier et nous l'avons obtenue.
Nous avons nous-mômes installé les nouveaux membres de l'administration du département. Le premier de leurs actes a été de prêter le serment de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir à leur poste. Nous avons examiné les fortifications et l'hôpital. Les choses nous ont paru dans le meilleur ordre possible. Demain nous quittons cette ville pour nous rendre î\ Schclestadt^*^
Les commissaires de rAssetnblée nationale à l'armée du Rhin, L. Carnot, Anne-Pierre Coustard, C.-A. Prieur, F.-J. Rittbr.
(Orig. , Arch. nat., DXL 17, n** 99.)