C.-A. Priedr, L. Carnot
(Orig. aut de Priear, Àrch. de la guerre, armée du Rhio. Cette pièce est classée, par erreur, au 90 août 1793.)
^^^ Le ministre de la guerre Ser\an écrivit, le 9q , au {'énérai Biron sur la qucslion du licenciement des Suisses. trJe sens bien. Monsieur, disait-il, que le licenciement des Suisses peut avoir des inconvénients, mais j'espère que la sagesse de Texécution et les avantages immenses que le corps législatif fait aux individus empochera que cette opération ne produise aucun des contre temps que nous avions à craindre. Je n'ai pas été très content de la nouvelle répartition qu'on a faite de ces régiments.
Blamont est le dernier point où Ton devait les placer. S'il en est temps encore, il serait bon, je crois, de changer leur route, car vous jugerez, comme moi, qu'il serait dangereux de les transporter si près de leurs frontières et de leurconGer dans ce moment un des points de défense que leur nation pourrait vouloir menacer.» (Arch. de la guerre, armée du Rhin, reg. du ministre.) i'^ En tète de cette pièce Prieur a écrit : w Pièce qui exige le plus sérieux et le plus grand examen, ainsi qu'un secret absolu.»
72 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aa août 1798.]
15. STRASBOURG, ââ AoAt 1793' LES COMMISSAIRES À LA COMMISSION DE CORRESPONDANCE DE L'ASSEMBUSk*
Strasbourg, le 39 août 1793, Tan i? de la liberté.
Vous verrez, Messieurs et chers collègues, par la lettre que nous écrivons à rAssembléc nationale, comment nous avons été reçus à Strasbourg et quelles sont les opérations que nous y avons faites. Cependant il ne sera peut-être pas inutile que nous vous instruisions confidenliellement de ce qui s'est passé entre nous et M. Dietrich. La réputation de ce maire nous était connue depuis longtemps, comme elle l'est h vous-mêmes. Plus nous approchions de Strasbourg et plus nous apprenions de nouvelles particularités sur le maire, qu'on s'accordait à nous représenter comme un homme gouvernant non seulement la municipalité, mais encore le département, particulièrement par le moyen du procureur général syndic (M. Levrault); dirigeant avec facilité le général La Morlière; jouissant d'une grande popularité^ c'est-à-dire auprès de la très grande majorité des habitants, en un mot faisant tout ce qu'il voulait à Strasbourg. L'Assemblée nationale a connaissance des adresses tendantes à la rébellion faites par les corps administratifs et attribuées au maire , de ses liaisons avec les principaux chefs du parti actuel de l'opposition, des actes arbitraires de pouvoir envers quelques citoyens, dont il est accusé, et de plusieurs autres griefs qu'on a contre Im'. Mais dans tout cela il a eu l'adresse de se cacher en se faisant donner des réquisitions des pouvoirs constitués, auxquels par conséquent il ne paraissait qu'obéir. Quoi qu'il en soit de la réalité plus ou moins fondée de ces reproches, et malgré que divers bruits nous eussent donné à penser que les intrigues du maire nous préparaient une réception peu favorable à Strasbourg, cependant, à notre arrivée, après nous avoir reçus à la tête de la municipalité, il s'empressa d'avoir un entretien particulier avec nous, dans lequel il chercha à se disculper de toutes les inculpations qui lui étaient faites, en nous les représentant comme étant le fruit d'animosités particulières. Il essaya de prouver qu'il n'avait fait aucun acte qu'on pût lui imputer personnellement; il se plaignit d'avoir été trompé par les correspondances de ses amis de Paris, notamment quelques députés du Bas- Rhin, et que plusieurs personnes dans le bon sens l'avaient négligé.
[aa AOÛT 1793.] MISSION X L'ARMÉE DU RHIN. 73
de manière qu'il n'avait plus été au courant ; il nous assura que par ses principes propres il était plutôt républicain que royaliste, qu'il était disposé à obéir en tout à l'Assemblée nationale, qu'il emploierait même son influence, s'il en avait, sur ses concitoyens, pour les ramener dans la bonne voie, mais qu'il perdrait toute confiance, tout moyen d'être utile, s'il revenait trop brusquement sur ses pas. D'une autre part il nous engageait à ménager la tranquillité de la ville, que si nous nous trouvions dans le cas de le suspendre, il nous priait de l'avertir d'avance, afin qu'il pût se retirer de la ville et se dérober à rafi*ection de ses concitoyens qu'il ne voulait pas mettre dans le cas de violer la loi , de manquer de respect à l'Assemblée nationale par attachement pour lui; enfin il a tant renouvelé ses conférences avec nous que ses anciens amis en témoignaient déjà de l'humeur et qu'il semblait se préparer une rupture entre eux. Il est certain que cette tournure des choses a singulièrement facilité nos opérations ici ; nous avons entrevu la possibilité de diviser en deux le parti feuillant et nous en avons profité. Voilà un des motifs qui nous a déterminés à ne pas suspendre le maire de ses fonctions ; nous ne risquions pas la tranquillité de la ville, nous établissions sans obstacle une nouvelle administration de département, et nous croyions avoir atteint le but en attendant ce que l'Assemblée nationale devait prononcer.
Il ne nous reste à ajouter que depuis que le maire est suspendu et mandé à la barre, il est venu nous voir, nous a manifesté les mêmes sentiments qu'auparavant. Notre intention n'est pas de le condamner ni de l'absoudre, nous vous le peignons seulement tel que nous l'avons vu. Au reste l'impression la plus remarquable qu'il nous a faite, c'est de nous faire voir qu'il était tourmenté par la peur et qu'il cherchait une issue pour se faire pardonner le passé en se disposant à bien servir à l'avenir la chose publique , si cela est encore possible ^^\