STRASBOURG, 2 2 AOfiT 179a
LES COMMISSAIRES A LA COMMISSION DE CORRESPONDANCE DE L'ASSSMBUfs.
Strasbourg, ie 99 août 179s , Tan i? de la liberté.
Nous avons reçu hier, Messieurs et chers collègues, les sept paquets (}ue vous nous avez adressés par un courrier extraordinaire. Reconnaissants des renseignements que vous voulez bien nous donner, et convaincus comme vous du danger qu'il pourrait y avoir à rendre publiques toutes les communications que nous avons à faire à l'Assemblée nationale, nous allons vous faire part de plusieurs objets qu'il importe de faire connaître, soit à la Commission extraordinaire, soit à d'autres comités.
Le temps suffisant à peine pour écouter toutes les demandes dont nous sommes continuellement assaillis et ne pouvant pas mettre en ordre les objets, comme nous le voudrions, nous vous envoyons d'abord, pour compléter ce que nous écrivons d'ailleurs ou y suppléer, plusieurs pièces importantes, sous diflJérents dossiers qui portent nos observations.
Il est bon que vous sachiez. Messieurs, quels sont les motifs réunis qui nous ont déterminés, à Landau, à suspendre MM. Joseph Broglie et Villantroys. L'un et l'autre interrogés, en présence de l'état-major delà garnison, de répondre par oui ou par non sur l'intention oii ils étaient de se soumettre aux décrets de l'Assemblée, ces Messieurs onf à la vérité tous les deux tergiversé, alléguant leurs anciens serments et reprochant à l'Assemblée nationale une usurpation de pouvoir. Cependant ayant été ramenés au point précis de la question, ils avaient fini par dire oui d'assez mauvaise grâce. Les choses en étaient à ce point, lorsque nous avons reçu une multitude de plaintes contre ces Messieurs de la part de beaucoup d'olficiers et de soldats, à raison de leur incivisme. M. Joseph Broglie était dénoncé comme un intrigant adroit, dangereux depuis longtemps et étroitement lié h son parent Victor ^^\ On reprochait à M. Villantroys des manœuvres également inciviques, quoique d'un genre moins élevé. Enfin le général Gustinenous déclara sans détour qu'il ne pouvait avoir confiance en ces deux Messieurs et que la responsabilité qui pesait sur lui pour la conservation de la forteresse où il commandait lui imposait le devoir de nous exprimer ses craintes. Nous n'hésitâmes plus alors à prononcer la suspension, malgré la délicatesse de MM, Coustard. Nous crûmes remplir nos devoirs
^'^ Victor et Joseph do Broglie étaient cousins germains. (Cf. La Chesnaye des Bois.)
[aa AOÛT 1793.] MISSION À L'ARMÉE DU RHIN. 75
et satisfaire à toutes les convenances , en laissant au ministre de la guerre le soin d'envoyer au lieutenant-colonel Coustard le brevet de colonel qui lui revient de droit, et qu'il a d'ailleurs si bien mérité, et nous nous bornâmes à nommer deuxième lieutenant- colonel M. Houchard, aide de camp de M. Custine , dans lequel ce générai a une confiance bien méritée. Depuis, nous avons su que Messieurs les suspendus avaient voulu essayer leur influence sur leur troupe par un discours perfide et véhément, mais le général Custine les a foudroyés d'un mot; il leur a signifié leur destitution sur la place d'armes en présence de toute la garnison, de telle manière enfin que tout le monde a applaudi vivement aux mesures que nous avons requises.
La suspension des deux lieutenants-colonels d'infanterie que nous avons pareillement ordonnée à Strasbourg a satisfait de même leurs corps respectifs. Le vœu manifeste de ces corps nous a été présenté dans deux pétitions que nous remettrons à l'Assemblée à notre retour ; le remplacement de ces officiers a été fait au gré de ces régiments qui les ont choisis eux-mêmes.
Quant aux quatre lieutenants-colonels d'artillerie qui, en alléguant leurs anciens serments et s'obstinant à refuser de répondre à la soumission que nous exigions d'eux au nom de l'Assemblée nationale, et qui par là n'ont laissé aucun doute sur le projet qu'ils avaient formé de ne pas reconnaître cette autorité suprême , nous devons prévenir la commission qu'il importe incessamment de les remplacer par des officiers patriotes. Malheureusement nous n'avions pas à notre portée ce qu'il fallait pour faire ce choix ; il importe donc que le ministre de la guerre prenne des mesures promptes afin que le service en cette partie n'en souff're pas.
Nous avons reçu ce matin votre lettre du i g , accompagnée du relevé des adhésions de plusieurs départements et des feuilles des journaux. Nous vous remercions de vos soins et répondons à vos amitiés par les mêmes sentiments ^^K
Les commissaires de l'armée du Rhin,