‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 49 sur 207 · DELÉMONT, 37 AOÔT I · texte numérisé non relu

DELÉMONT, 37 AOÔT I

LES COMMISSAIRES AU PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Au quartier général de Delémont en Porrentruy, le 37 août 179» y Tan iv de la liberté, i de Tégaiité.

Monsieur le président,

Vous connaissez la suite de nos opérations jusqu'au aS, jour de notre départ de Strasbourg. Avant de sortir de cette ville, nous avons cru en devoir retirer le commandement h M. Baudreville, dont la conduite nous a été dénoncée par un grand nombre de citoyens comme suspecte et infiniment dangereuse. La tranquillité s'est d'ailleurs parfaitement maintenue, malgré les efforts de (pelques malveillants qui ont essayé d'échauffer les esprits en répandant avec profusion des billets imprimés en langue allemande, dont nous vous envoyons quelques exemplaires et qui signifient qu'il vaut mieux se rendre aux ennemis que de souffrir qu'on leur ôte leur municipalité et leur maire ^^^

^>) Cf. sur les diflicultés que les événe- à ce sujet entre Barthélémy et le minisire

meiits (lu 10 aoiit avaient créées entre h^ des affaires étrangères LeBnm est des plus

Français ot les Suisses le lome I des Papier$ curieuses.

de Barthélémy, publiés par Jean Kaulek. ^'^ Voici le texte de ce bUlet, donl un

Barthélémy était, depuis le sa janvier exemplaire est joint à la lettre des com-

1799, ambassadeur de France aupiùs du missaires : «Wir wollen unsem Mair und

corps helvétique. Dès que la suspension du unsere Munizipalitât beibehalten, und

pouvoir exécutif lut connue en Suisse», tout ehnder als dièse zu verlieren, wollen wir

rapport oiliciel cessa entre Tambassadeur lieber die Oestreicher und Prcussen ta

vl les cantons. La coiTespondance échangée Hilfc rufen.??

[97 AOÔT 179s.]

Nous requîmes aussi, étant encore à Strasbourg, M. Biron de suspendre le départ du régiment suisse de Steiner, en garnison à Landau; les raisons sont les mêmes que celles qui nous avaient fait suspendre le départ de Vigier; ces raisons, connues de la Commission extraordinaire, sont très fortes et la mesure n'a été adoptée qu'après une longue discussion et sur l'avis du général Biron. Ënfm comme M. La Morlière ne peut suffire à un service aussi pénible que celui qu'il faisait à Strasbourg el qu'il demandait instamment qu'on l'en retirât, nous avons autorisé M. Biron à s'en saisir, si les circonstances exigeaient une activité plus grande que celle dont M. La Morlière était susceptible. Enfin M. Biron, affecté de la pénurie des armes, nous ayant proposé M. Ollendorff comme officier intelligent en cette partie pour aviser aux moyens d'en procurer à l'armée, nous lui avons donné à ce sujet une conunission provisoire ad hoc.

Après Strasbourg, nous nous sommes rendus à Schelestadt, où nous avons trouvé une excellente municipalité. Vous en pourrez juger par l'extrait que nous vous envoyons de ses registres ^^\ La garnison y est aussi très bonne et très attachée à l'Assemblée nationale; néanmoins l'aristocratie y est soutenue principalement par un tribunal qui a une assez mauvaise réputation, ainsi que presque tous les tribunaux, par M. Denner, juge de paix, si mal famé que nous avons cru devoir le suspendre, et par M. Baudinot, faisant les fonctions d'adjudant de la place, lequel nous avons également suspendu, sur le vœu d'un grand nombre de citoyens , et remplacé par M. Zaeffel, commissaire de police ^^^

(') Le 30 août 1799 le conseil général de la commune de Schelestadt avait désapprouvé la conduite du conseil général du Bas-Rhin et avait arrêté que la loi relative i la suspension du pouvoir exécutif serait enregistrée, lue, publiée et affichée dans les lieux accoutumés de la ville. (Copie, Arch. nat., DXL 17, n* 99,) — Le Conseil général du département du Haut-Rhin avait, le i3 août 179a, adressé de Colmar i ses concitoyens une proclamation, imprimée en français et en allemand, pour les inviter à rester invariablement attachés k la constitution et à maintenir de toutes leurs forces la royauté. (Arch. nat. , C 118, dosrier 33 '1.)

^^^ Cf. aux Archives de la guerre (armée du Centre, 3i août 1799) les pièces suivantes, classées par erreur à Tarmée du Centre au lieu de Tarméc du Rhin , et à la date du 3i août 1793 au lieu du a/i : i*" Lettre du conseil général de la commune de Schelestadt (rà Messieurs les commissaires de TAssembléc nationale à leur passage à Schelestadt'», demandant la destitution de Tadjudant-major de place Baudinot, créature du ci -devant lieutenant général Guelh, émigré, à cause de son incivisme prononcé et de ses intelligences avec Tennemi. — a" Lettre du même aux mêmes pour se plaindre des effets de la protection scandaleuHe que le ci -devant

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Ih* Sf'lirlestiiiit iitMi^ ;iV(»fiH rW* i\ (ioim.ir. où nous axuiis tromr {.• niiis mÎ t*iii|)n'SM»iiii'hl , tant fi*' ia part <!(*> roqis afiiniiii^^tratirs r| (i*s hahitanls ijik* d** la part i\o> hatailloiis <!«* voioiitain's. ijui \ riM'iii\i>nt liMir ori^Hiiisatioii. ri «ii* la f^anl*» rilov«>nii«*. (ii'tti* );ani«* rilnv^nnr i>h( nniiiiiV (i'iiii zMt* |mmi roininun; in(i«*|H*n(iamiii«*iit <!»• l'infaiit«Ti«*. (|iii osl Ih*II«*. il \ a mil* roinpai^iiit* d«* ra\ai(Ti«* \olonlain*. iim* aiitn' fl«*s onfniils fll«* la |»alri<* et iiiir aiitn* d*' franrs-lin*iirs anii«*H <!*' (Mrai»iiirN ra\tVs, birii rirnvs «•! i|iiî nous onl paru (ii);n«*s d*» M»nir d** niiMlfJi's pour <Mi fonn«T d\iuln*s ^ .

hans r(»tt«* villt* nouH avon» n*ru des plainl«*s anu'n*^ ronin* !«* tribunal «*t plusiiMirs jufp*s d«* pai\ df*s «environs. On a rq^rdt* romni*Min bienfait la su*^ponsion (|U(* nous avons prononoV rontn* (|u«»l(|U(*^-unH d<'s plus roupabl<*s. \oiri la li>t(* dos susp^n^^ions f*t d<*s n*niplar«Mni*nt*» qur nous a\ons faits: MM. Bois|jauti«T. CÎoUhtv. Hrir|isl»»lt«T ' , Marquair ^\ jtifp*^ nu tribunal du distrirt d«* (iolniar: Villars, i^rrlliiT au ni«*m<* tribunal; L*mpfrid. romniis fprpnii*r: Srluniderlini;. ju|^> d<* paix df* liilN*au>ili«*; MûlItT. juf;e di> paix du ranton de Saint -liippo|\t«»: (iliauiïour (b> ki<Mit£lii*im , ju|p* d«* paix du canton d«* Soullx. M*rtion fl«* la xilli* d«* (fU(*buill<T; lludl«*r. ju|^i* df* paix du ni«W* canton. s«*rtion d*lssenli<*ini: B«'t24'l.buissi«T, ot ltirli<Tt, ju}^«^ d«* paixd«»s xillr <>l canton di» B«T|jli«»ini , [ ont /'tr sommes ] d«' s'ab^tiMiir provisoinMU«*nt Ao b»urs fonctions resprrtixrs, sous jM»in«» dVtn» ibVlan»s coupabl«*s d«* forf.iitun». ol n^mplacrs pro\isoin*m<^nt. s<ixoir: M. Boi>i;auti«T par M. B«*ch**|t' \ suppléant; M. CÎoIIhtx par M. hubois b» j«Min«' '\ olliciiT municipal; M. lb*irbstrtt«T par M. Kti«»nn«» MiwTt '• ; M. Marquair par M. (în^mT,

liirN'Imn* (lu ii**|kart«'iii«*iit a amml** ju\ |ir»'"tn«« n^frariain-^ #-1 ii<*niai»ii«nl la iltMilulioii ilu jil(;c il** |iaii [MtritT, qui *»* fait |»ublit|iit*iii<-iii un iiK*rit«* ilf- «^ «•'iiliriH'nt* r«Hitrf-tt'tii|utiiiiinairt<«. .'{' U'Ure du

iii^ii«* .ju% UM^iiii** |M»ui !•*« |int-r il*' iiH'Itn* un In ui aui uian«ni»rt'« riiu|>atilf« ilf* roiilr«--n*«iiluli«*nnjiir>«« ii«* S hrli^tljcit . ihi nMiti«*unMi*mK*nl i4i ih* r<iiii|itf «ur i.âiMi haliltjhU i|U«* l'iii |Mtri«<li'*. ri ir.Mil<»ri««T !•• • ••iiiiiiiii'I.Mil i!»' I I !■■• Jt 1 iirv iwirt'i ♦!*• Il »lll«" ï'Mi« h» *u*|<**i I».

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* J<'an<|*i*>rr«* \lan|uair. ju|^* cI^mii* 17X1». ii'A. V«'nm lU-ïill»», p. a*»3.*

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homme de loi; M. Villars par M. Probst^^^ de Rouffach, qui nommera son coomiis aux lieu et place du sieur Lempfrid; M. Schmiderling par M. Christophe Ortlieb^^^ de Ribeauviilé; M. Mûller par M. Humbrecht, procureur de la commune de Saint-Hippolyte; M. Chauffour par M. Hamberger^^^ maire d'Ammerschwihr; M. Ingold par M. Beck père, de Guebwiller; M. Rudier par M. Bach, de Soullz, et M. Richert par M. Pfeiffer, ancien maire de la ville de Bergheim.

De Colmar nous avons été à Neuf-Brisach , où commande M. d'Harambure. Cet officier général ne nous a pas montré à beaucoup près le même dévouement à l'Assemblée nationale que les généraux Biron^ Kellermann et Custine. Nous n'avons pu nous empêcher de nous expliquer à cet égard avec lui ; nous savons qu'il avait fait lire officiellement à ses troupes la déclaration de M. Victor Broglie ; lui-même nous avait remis un imprimé qui contient la sienne et ([u il nous a priés de vous adresser, ce que nous faisons. Cette pièce, à laquelle il paraît attacher infmiment de prix, ne vous paraîtra peut-être pas digne des mêmes éloges ^*l

Cependant, comme M. d'Harambure a suffisamment la confiance des troupes et qu'il passe pour n'être point capable d'une trahison , nous l'avons laissé à son poste ^^\

Après Neuf-Brisach, nous avons été à Huninguc. Nous avons vu avec la plus vive satisfaction cette petite ville, sous le canon de laquelle se

(» Malhieu Probst. (Cf. Véron-Révillc, p. 986.)

W Cf. Véron-Réville, p. a8A.

(3) Tbiëbaut Hambergcr. (Cf. Véron- Révillc, p. 980.)

(*) Celte pièce imprimée a 3 pages 10-8" et est intitulée : «Déclaration deM.d^Uarambure sur la position actuelle du gouvernement, adressé (jtc) à M. de Riron, général en chef de Tarmée du Rhin.n Le général dllaramburc déclare qu'il n^a rien à changer à la conduite de toute sa vie, qui est, entre autres choses, «d\'iltendre le VŒU bien exprimé de tous les Français, mais de rester fidèle à la constitution cl au roi en la personne de Louis XVI. 7) — Le 93 août 1799 Biron avait prévenu d'Harambure qu'il avait commimiqué sa déclaration aux commissaires, qui, dit-il, n^^r-

tent ce malin pour aller en haute Alsace. r» (Arch. de la guerre, reg. 8, p. 106.)

'•*^ Le i3 septembre 1799 la garnison de Neuf-Brisach envoya à l'Assemblée nationale une adresse signée par le général d'Harambure et par tous les officiers. On y lisait: «rRcpi'ésentanls du peuple français, réunis sous les drapeaux de la liberté et de l'égalité, fidèles au serment de vivTe libre ou mourir, vouant à Tcxécration de la postérité les infâmes et les lâches qui ont li\Té la forteresse de Longwy, résolus d'imiter les généreux Spartiates péris au passage des Theniiopylcs, nous jurons de conserver la place de Neuf-Brisach ou de nous ensevelir sous ses ruines. Malheur à ceux qui oseraient nous proposer (l'enfreindre notre parole sacrée. n (Orig., Arch. nal., DXL 5, 8/i.)

100 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [27 août 179a.]

trouve la ville de Bâle. Les citoyens et la garnison s'y sont réunis pour donner à TAssemblée nationale dans la personne de ses commissaires toutes les marques de zèle, de respect et de dévouement que peut suggérer la plus entière confiance ^^K La garnison est commandée par M. de Lesser ^^\ officier général, et le camp établi à quelque distance de ses murs l'est par M. d'Aiguillon. Nous nous sommes cependant vus obligés de suspendre dans cette ville patriote M. Rouget de Lisle^^\ oflScier du génie , qui n'a pas voulu se soumettre aux décrets de l'Assemblée.

D'Huningue ^'^^ nous nous sommes rendus à Delémont, principal lieu des cantonnements établis dans les gorges de Porrentruy sous les ordres du général Ferrier. Nous sommes obligés de vous dire. Monsieur le président, que son armée manque des choses les plus nécessaires et que jamais la malveillance du pouvoir exécutif n'a été plus révoltante que dans sa conduite envers ce général, actif et patriote, qui apparemment a laissé éclater d'une manière trop franche son amour pour la liberté et pour l'égalité. Nous avons les preuves de ses sentiments, tant par sa réputation qui n'est pas équivoque que par la confiance sans bornes qu'il a su inspirer par sa justice et sa modération, tant aux soldats qu'aux habitants mêmes du pays étranger qu'il habite.

Nous entrerons, sur la défense de ce pays, dans de plus grands détails dans notre lettre à la Commission extraordinaire.

(*) Le a3 août 1793 des oflîciers de la garnison d'Huninj^ue écrivirent au ministre de la guerre pour lui signaler la déplorable situation de leur ville, tr menacée dVne surprise ou trahison concertée entre les traîtres qu^elle renferme et les émigrés réunis aux Autrichiens.}) Ils ajoutaient : crLes commissaires de TAssemblée nationale ne sont point encore arrivés; nous allons leur envoyer un courrier pour les prier d'accélérer leur arrivée.» (Arch. nat., T 1637, registre de la correspondance du ministre de la guerre avec le général Biron.)

t*î Cf. ci -dessus à la page 85 ta note consacrée à ce général.

(•^) Claude-Joseph Rouget de Lisle , né à Lons-le-Saulnier le 10 mai 1760, souslieutenant à Téroie du génie en 1783, lieutenant en premier le 7 septembre 1789, capitaine le 1" avril 1791, suspendu le

35 août 179a, réintégré eo octobre 1799, suspendu en août 1793, décrété d'arrestation par le Comité de salut public le 6 janvier 1 796 (Orig., Musée des archives, n"* 1896), réintégré comme capitaine le 30 mars 1 795 , chef de bataillon le 9 mars 1796, démissionnaire le 39 mars 1796, mort à Choisy-le-Roi le sô juin i836. — Le 35 août 1793, jour de sa suspension. Rouget de Lisle fit un rapport sur Tétat des travaux de la place d^Huningue.(Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin.)

^*) Le 36 août 1799 le maréchal de camp de Lesser écrivit d'Huningue à M. de Monter, colonel du 11* dragons (né i Strasbourg en 1788, colonel depuis le 1 0 juin 1793), pour lui prescrire de donner une es(%rte de dragons aux conunissaires (]ui se rendaient à Delémont. (Arch. de la guerre, armée du Rhin.)

[ù^L0Ù^i^9^.] MISSION À L ARMÉE DU RHIN. 101

Ce soir nous nous rendons à Porrentruy, et demain à Blamont et Belfort. On nous annonce que les esprits sont parfaitement disposés sur toute l'étendue de la route qui nous reste à parcourir pour achever la mission dont nous a honorés l'Assemblée nationale ^^\

Les commissaires de V Assemblée nationale à V année du Rhin, L. Carnot, A.-P. Coustard, C.-A. Prieur, F.-J. Ritter.

(Orig., Arch. nat, DXL 17, n* 99.)

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