PARIS, 27 AOÛT
LE MINISTRE DE LA GUERRE SERVAN AU GiSniSrAL BIROIf.
Paris, ie 27 août 1799 , Tan it de la liberté et le i*' de TégaUté.
J'ai lu, mon générai, avec beaucoup d'attention votre lettre du a 3 aoùt^*\ Je vais faire écrire à M. Beauharnais pour rengager à aller se mettre à la tite de votre état-major.
J'ignore si M. du Falga sera reçu h prêter le serment, comme on Tespérait; j'en ai entendu dire beaucoup de choses avantageuses. Dans la position critique dans laquelle nous nous trouvons , il m'est presque impossible de satisfaire à vos pressés dësirs sur la nécessite de changer votre ëtat-major. Avec des adjoints dont vous serez sûrs, et en dispersant vous-même les adjudants ou adjointe douteux, vous réussirez plus sûrement h vous bien entourer. Quant à Strasbourg, en ayant le commandement de toute Tarmëe du Rhin, Strasbourg dépend entièrement de vous, pour y faire et ordonner ce que vous jugerez à propos, et vous y avez le commandement supérieur.
J'ai écrit à M. La Moriière pour lui accorder sa place dans l'intérieur et la place qu'il désirait pour son fils. M. de Falck est maréchal de camp. Vous avez bien fait de suspendre les mouvements des régiments suisses ; je pense aussi que les administrateurs du Bas-Rhin, ainsi que vous, Monsieur, ont très bien fait de sommer les magistrats de l'état de Mulhouse de vous abandonner la totalité des fusik et les canons qu'ils ont en leur possession.
J'attendrai avec impatience ce que vous aurez pu faire relativement h des forces
^') La copie no porte que ces deux signatures, mais l'original devait être signé des qaatre commissaires. — (') Cf. le texte de cette lettre du général Biron i sa date, p. 81.
[97AodTi79â.J MISSION À TARMÉE DU RHIN. 109
envoyées à M. Luckner. Songez, mon gênerai, que le grand point, celui vraiment capital, est de sauver Paris à tout prix. Si nous avions le malheur de perdre quelques parties de frontières, nous parviendrions à les reprendre, parce que nous marcherons à nous mettre en mesure, au lieu que si Paris était pris, je ne sais plus prévoir ce qui arriverait.
Dans ce moment il faut savoir tirer parti de tout. Décidez surtout les volontaires qui vous arrivent à compléter les bataillons qui doivent se porter à 800 ; compléter les troupes de ligne; joindre leurs grenadiers h vos troupes légères; iaire du reste deux portions, Tune, la meilleure, en faire des bataillons d'état-major, Tautre, ia mettre dans des villes ou sur les derrières. Les bataillons d*état-major serviront pour les gardes du camp, le service du canon, les travaux, etc. Armez-les avec des fîisiis de chasse, des piques, habituez-les à combattre sur quatre de hauteur, les deux premiers rangs avec des fusils, les deux autres avec des piques de dix pieds.
On vient de décréter que les sergents porteraient des armes de longueur. Gela me donnera quelques fusils; il faut se bâter de les distribuer, les sergents restassent-ils avec leurs sabres. Quant aux objets qui manquent à vos troupes, prenez sur vous de les leur procurer. La nation vous saura gré des précautions que vous aurez prises, ou des ordres que vous aurez donnés sur cet objet : nous ne devons plus rien ménager.
Je vous prierais, en engageant les gardes nationales non armées de se servir de fusils de chasse et en armant vous-même une partie de vos volontaires , de faire répandre une petite instruction pour engager à faire pour les servir des cartouches de leur calibre, avec 3 ou 6 chevrotines, en faisant observer que cette manière est inOniment plus meurtrière en ce qu'elle contribue à faire blesser beaucoup plus de monde.
Le ministre de la guerre,
Sbrvan.
(Copie certifiée conforme par Biron, Arch. de ia guerre, armée do Rhin^*'.)
WISSEMBOURG, Q'] kotl 179^* LE GJ^N^RAL BIRON AUX COMMISSAIRES.
Au quartier général à Wissembourg , le 97 août 179a, Tan iv de la liberté.
Messieurs,
Je reçois ia lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire, en date de Huningue le 96 de ce mois^'^ Vous me paraissez désapprouver que j'emploie M. de Martignac dans le Haut-Rhin. Permettez-moi, Messieurs, de vous présenter quelques observations. M. de Martignac est lieutenant général employé dans Tarmée du Rhin; il n'a point fait de déclaration, vous ne l'avez pas suspendu de ses
^'^ Celle lellre ûgure aussi dans le registre de la correspondance du ministre, mais avec quelques diiïérencos de rédaction sans importance. — ^*^ Je n*ai pas retrouvé le texte de celle lellre.
110 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aBâoôriygs.]
fonctions; je n*ai donc pas le droit de l'interdire; s'il n'est pas interdit, il dmt donc être employa qudque part, et il faut nécessairement qae ce soit ou à Landau, oo au commandement du camp de Wissembourg, ou à celui de la ville de Strasbourg, ou dans le Haut-Rhin. Je ne crois pas avoir besoin de vous ex[diqoer pourquoi j'ai pri^feré ce dernier parti, puiscjue si M. de Mortignac ne mérite pas votre confiance , il serait plus dangereux de l'employer |>artout ailleurs dans Farmée du Rbin, son grade de lieutenant général le mettant en dief dans tous les points depuis le départ de M. Kellermann , excepté dans le Haut-Rhin , où il s^a subordonné à M. d'Harambui*e, lieutenant générd, son ancien ^^\
Permettez-moi, Messieurs, de vous observer qu'il devient' de la plus importante urgence de faire remplacer immédiatement ïi Strasbourg les quatre lieutenantscolonels d'artillerie que vous y avez suspendus de leurs fonctions, ou de fiûre lever cette suspension, car le décret de l'Assemblée nationale porte que tout officier suspendu ne doit approcher de so lieues de l'armée ou il servait, et aucun officier ne peut être soumis à aucime responsabilité relative à la place de Strasbourg, s'il est privé des secours des officiers instruits de Fartillerie. Lcssuspoisions des officiers généraux et de beaucoup d'autres sont ordinairement d'une médiocre importance; mais celle d'un officier d'artillerie ou du génie qui connaît bien une gi*ande place peut avoir les suites les plus funestes.
Daignez donc. Messieurs, joindre vos efforts aux miens, pour obtenir sur-iediamp des remplacements sans lesquels la sûreté de Strasbourg est évidemment cx)mpromise.
Le général de tarmiû du Rkm,
RiRON.
(Orig. aut. , Arcli. de, la (picrrc, armée du Rhiu.)